A quelques pas de là…

Trois fois par an environ, on me demande d’intervenir auprès de jeunes gens pour leur parler d’égalité filles/garçons. Ce n’est pas mon métier mais on considère que j’ai suffisamment d’expertise en la matière pour être capable de le faire. Pas sûr… 

 

Il y a presque deux ans, ma collègue est venue me trouver pour me parler de son projet avec les jeunes. Je souviens très bien du sentiment de panique intérieure qui m’a envahie lorsque j’ai compris quelle était sa commande : « Tu auras trois heures. Parle-leur d’égalité. C’est tellement important. Il y a tellement à faire. » Bien sûr, on aurait pu faire appel à des professionnel(le)s des interventions auprès des enfants et des adolescent(e)s. Mais ça coûtait moins cher si j’animais ces sessions moi-même. Soit.

 

J’ai pas mal tâtonné pour trouver le bon angle d’attaque. Comme le disait ma collègue : « Il y a tellement à faire » ! Comment les sensibiliser en trois heures à peine ? La première année, je leur ai parlé de médias : films, séries, chansons de rap. Je voulais parler de la représentation des femmes, de toutes les femmes : jeunes, âgées, blanches, arabes, noires, asiatiques, homosexuelles, valides, handicapées, pauvres, riches… Mais je me suis rendue compte que cette première mouture était à la fois trop ambitieuse et trop peu concrète. Elle était trop peu concrète car les jeunes ne voyaient pas l’importance des représentations. « Ouais ben les Disneys, c’est toujours comme ça. C’est pas pour ça que j’ai envie de m’enfermer dans ma maison en faisant pousser mes cheveux », s’exclama ainsi l’une d’entre elles, en référence au film Raiponce

 

« Après, ça change maintenant. On a des films avec des meufs et tout. » Chaque fois que je parlais de tendances sociologiques, de généralités sociales, l’un d’entre eux ou l’une d’entre elles me trouvaient un contre-exemple tout à fait valable. Je ne parvenais pas à leur faire comprendre la différence entre un fait isolée et un fait structurel. Même le test de Bechdel ne fonctionnait pas. Ainsi, à la question : « Dans ce film de Disney, y a-t-il deux personnages féminins ? », les jeunes répondaient systématiquement oui. Je me souviens de ma surprise :

« Dans Le roi lion, tu vois deux personnages féminins ?

– Bien sûr ! Nala et la mère du roi lion.

– Et quels sont les personnages féminins qui parlent entre eux ?

– Les deux hyènes « ! »

Effectivement, ces deux jeunes femmes avaient raison. Il y avait bien des personnages féminins, mais ils étaient tellement relégués à l’arrière-plan que je les avais oubliés. Du coup, ma démonstration sur l’absence de personnages féminins en dehors des rôles de princesses ne les avait pas convaincues. Forcément.

 

Cette première version était aussi trop ambitieuse, parce que je ne voulais pas me concentrer sur la différence hommes/femmes, mais que je voulais aborder la question de la diversité des personnages et des histoires de femmes. D’abord, la notion de « diversité », vocabulaire médiatico-technocratique, ne leur parlait pas vraiment : « Ben, c’est quand c’est divers, quoi. Quand on a le choix. » Ensuite, je voulais leur dire qu’avoir des femmes aux postes de réalisation ou de production ne garantissait pas une représentation plus diversifiée ou moins stéréotypée. Je citais en exemple le film Triple Alliance, réalisé par une femme avec trois personnages principaux féminins, mais qui sont toutes les trois jeunes, blanches, mince, belles et riches, et n’ont qu’un seul centre d’intérêt : l’homme qui a fait de chacune d’entre elle sa maîtresse. « Mais alors du coup, c’est quoi l’intérêt d’avoir des femmes qui font des films ? » J’ai tenté de faire valoir le fait que en général, les femmes ayant des vécus différents de ceux des hommes, elles portaient à l’écran des histoires différentes, des représentations du monde différentes. Je voyais le vide dans leurs yeux : mon discours ne leur parlait pas du tout.

 

La deuxième année, j’ai donc changé mon fusil d’épaule et j’ai attaqué avec des choses plus concrètes : inégalités de salaires, partage des tâches ménagères et du soin aux enfants, agressions. J’ai senti que je rentrais dans leur vie. Ouf. J’avais trouvé quelque chose qui fonctionnait. 

 

#BalanceTonPorc a permis à de nombreuses femmes de raconter leurs expériences de harcèlement sexuel au travail

La première fois que j’ai testé ce nouveau déroulé, on était en plein affaire Wenstein, et les hashtags #BalanceTonPorc et #MeToo envahissaient les réseaux sociaux. Je me suis dit qu’il était important de parler de consentement, de respect, de vie sexuelle. Mais je crois que j’ai forcé la dose, avec un discours bien culpabilisant et bien moralisant, qui n’offrait aucune piste de réflexion aux jeunes, aucun conseil pour agir concrètement dans leur vie. J’y suis allée avec mes gros sabots, en commençant par les assommer avec les chiffres des viols et agressions sexuelles en France (plus de 50 000 chaque année), des violences commises par le conjoint ou ex-conjoint en France (224 000 par an). Sur cette base, pas de dialogue possible. J’ai enchaîné en leur montrant deux vidéos abordant le sujet. Les réactions de certaines ont été très vives : « A quoi ça sert de parler de tout ça, hein ? De toute façon, ça changera jamais ! Les mecs comme ça, il faudrait leur couper les couilles ! » J’ai essayé de dire que, sur 50 000 viols, il y en avait forcément qui étaient commis par des hommes qui n’avaient pas conscience de ce qu’ils avaient fait. Mon discours était inaudible par plusieurs jeunes femmes de l’assistance, très énervées parce que visiblement très mal à l’aise avec le sujet.

J’ai conclu en leur présentant une petite histoire : « Vous êtes enseignant(e) et une de vos élèves semble aller mal… » Je vous la fais courte : dans mon histoire, l’élève en question a été violée par le copain chez qui elle a passé la soirée, chez qui elle est restée dormir ensuite. Mon idée était de les faire réfléchir en groupe à une manière de réagir. Dans un des trois groupes, une jeune femme s’est mise ostensiblement en retrait, bras croisés. Quand je suis allée la voir pour savoir ce qui se passait : « Vas-y, moi je parle pas de ça, c’est bon. A quoi ça sert, hein ? Les mecs comme ça faut les castrer un point c’est tout. » J’ai évidemment essayé de désamorcer, de lui dire que si le sujet la mettait mal à l’aise, elle avait tout à fait le droit de sortir s’isoler un moment, qu’en discuter ici, dans un cadre neutre, c’était aussi se préparer à réagir correctement si jamais quelqu’un de proche se confiait à nous…

 

Je suis rentrée chez moi mal à l’aise, gênée par ce que j’avais produit, consciente d’avoir été lourde, mauvaise dans ma manière d’aborder le sujet. J’avais sûrement ravivé des traumatismes, je n’avais pas su les aider à avancer. Je m’en suis beaucoup voulu.

 

Alors j’ai changé une troisième fois mon intervention. J’ai donné les chiffres des viols et des violences conjugales, j’ai passé une

vidéo qui explique : « Si vous avez du mal à comprendre la notion de consentement pour les rapports sexuels, imaginez une tasse de thé. »

[…] Si une personne est inconsciente parce qu’elle a trop bu ou parce qu’elle dort, ne lui faites pas de thé. Les personnes inconscientes ne peuvent pas vouloir de thé. […]

On a un peu discuté du fait que les viols sont à 80% commis par des personnes de l’entourage (et non pas par des inconnus le soir, dans une ruelle sombre). Et puis je me suis arrêtée là. J’avais prévu d’ouvrir plus largement le débat, en leur demandant comment on pouvait être sûr(e) du désir de son ou sa partenaire (Demander ! Communiquer !). Mais je n’ai pas osé pousser la discussion. J’ai vu les yeux d’un bon tiers des filles présentes se détourner vers le sol. J’ai vu certaines jeunes femmes très actives précédemment se refermer comme des huîtres avec un regard vide. Je n’ai pas voulu pousser, j’ai eu peur de ce que ça pouvait produire chez elles. 

 

Ces regards-là, je commence à les connaître. Quand j’interviens auprès de groupes où les participant(e)s sont nombreux et nombreuses, je

 fais souvent deviner, en guise d’introduction, quelques chiffres. Ceux des violences sexuelles ou conjugales induisent toujours de type de réactions. Et ça me fait toujours mal, en fait, parce que je devine les histoires qui sont derrières, les abus de pouvoir, les conséquences en termes de confiance en soi et en autrui.

 

La vérité, c’est qu’aborder ces questions avec les jeunes, c’est un métier, et ce n’est pas le mien. Il était temps que je m’en rende compte…

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Ce matin, le magazine Sciences&Avenir titrait sur internet : « Le sexisme est profondément ancré dans le cerveau« . J’ai une dent contre les études pseudo-scientifiques qui veulent nous faire croire que les neurosciences sont capables de conclure quoi que ce soit au sujet des différences hommes/femmes et des stéréotypes. Alors je suis allée voir ce que disait vraiment l’étude…

 

Que nous apprend l’article ?

Des chercheurs italiens, de l’Université de Milan-Bicocca, ont étudié le cerveau de 15 étudiants confrontés à des stéréotypes de genre afin de trouver des marqueurs électrophysiologiques communs.

J’ai du mal à comprendre quelle mouche a piqué Sciences&Avenir, magazine plutôt sérieux et de qualité, pour qu’une étude menée sur seulement quinze personnes soit jugée digne d’être relayée.

Sur le fond, les personnes qui, comme moi, n’y connaissent pas grand chose en neurosciences en seront pour leurs frais :

[L]es scientifiques ont enregistré l’activité électrique cérébrale […] de volontaires confrontés à la lecture de 240 affirmations violant ou non des stéréotypes de genre. Poncifs tant masculins (« perdre sa pipe en sortant de la classe de danse classique« ) que féminins (« en changeant l’huile du moteur, elle s’est tachée« ). […] L’expérience a montré qu’ils ont traité cela comme des erreurs linguistiques ou de syntaxe, dont les règles sont enracinées depuis l’enfance. La région cérébrale la plus impliquée dans le traitement de ces informations est le gyrus frontal moyen. La jonction temporo-parétiale et les gyrus temporaux supérieur et moyen sont également engagés.

Ah oui, ah bon ? (Rien compris.)

L’état de mon cerveau pouvant se résumer à ???, je suis allée consulter l’étude elle-même, pour avoir une idée plus précise de ses résultats. Voici donc ce que j’ai lu (la traduction est de moi) :

Les phrases allant à l’encontre de stéréotypes de genre (telles que « Le notaire est en train d’allaiter » ou « Voici le commissaire avec son mari ») ont provoqué des réponses N400 et ELAN (Early Left Anterior Negativity) d’un niveau supérieur aux phrases respectant les stéréotypes de genre (ex : « Le chimiste a mis une belle cravate »).

Bon, vous me connaissez, moi, je suis bête. Du coup, je suis allée consulter wikipédia. J’y ai appris que les signaux N400 étaient « des réponses cérébrales classiques » à toutes sortes de stimuli : « mots, […] y compris auditifs ou visuels, signes de la langue des signes, images, visages, environnement sonore, odeurs. » A ce stade, tout ce qu’on peut conclure, c’est que, quand on lui présente des mots, le cerveau produit des signaux montrant qu’il a perçu des mots. Super.

Ensuite, nous apprenons dans l’étude que, chez quinze personnes, le cerveau produit plus de signaux ELAN lorsque les phrases vont à l’encontre de stéréotypes. Mais, père Castor, c’est quoi un signal ELAN ? Ce sont des signaux qui sont enregistrés lorsqu’un stimuli va à l’encontre d’une structure grammaticale connue. Par exemple, en lisant « Il est la dans chambre » au lieu de « Il est dans la chambre », vous venez de créer tout plein de petits ELAN. Bon, a priori, on s’approcherait de la théorie défendue par la chercheuse à l’origine de cet article, à savoir que les phrases qui vont à l’encontre de stéréotypes sont traitées par le cerveau comme des erreurs grammaticales. Sauf que wikipédia nous apprend aussi que, à ce jour, on n’est pas encore en mesure de conclure que ces signaux ne sont pas impliqués dans d’autres processus cognitifs. Bon.

A l’inverse, l’étude nous apprend que les phrases comportant des stéréotypes induisent une réponse de la jonction temporo-pariétale. Okeille. Et elle fait quoi, la jonction temporo-pariétale, d’après wikipédia ?

La JTP intègre des informations […] émanant des systèmes visuel, auditif et somato-sensoriel. La JTP intègre également des informations de l’environnement externe, ainsi que de l’intérieur du corps. La JTP collecte toutes ces informations et les analyse. Cette aire est aussi connue car elle joue un rôle dans les processus de différenciation entre soi et les autres et dans la théorie de l’esprit. De plus, des dommages causés à la JTP ont affecté la capacité d’individus à prendre des décisions morales et ont provoqué des expériences de « sortie » hors du corps.

Bon, moralité, la jonction temporo-pariétale est impliquée dans tout un tas de trucs, mais aucun n’a de lien avec les stéréotypes.

Donc, si je résume, ce qu’on peut conclure avec cette étude, c’est que quand on présente des mots au cerveau, il reconnaît les mots. Et quand on lit des phrases non stéréotypés, l’une des zones qui réagit est impliquée dans la reconnaissance des erreurs grammaticales, mais elle est aussi impliquée dans la reconnaissance d’autres phénomènes. Et quand on lit des phrases stéréotypés, le cerveau reçoit les phrases et les analyse. Chez 15 personnes.

C’est un peu léger pour titrer « Le sexisme est profondément ancré dans le cerveau », non ?

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Le « whitewashing », littéralement « lavage en blanc », désigne entre autres le fait, pour les médias, de présenter des femmes non blanches d’une manière qui les fasse ressembler à des femmes blanches. Par exemple, dans un film historique dans lequel interviendrait une femme asiatique, cela consisterait à choisir une actrice à la peau très blanche, aux cheveux plutôt bruns que noirs, ondulés plutôt que raides, aux yeux peu bridés, aux traits du visage caucasiens, c’est-à-dire une actrice plus proche de l’idéal de beauté des femmes blanches, en lieu et place d’une femme asiatique.

 

Vous connaissez Alicia Aylies ? Elle est née à Fort-de-France, elle a 19 ans, elle fait des études de droit à l’université de Cayenne, elle a été Miss Guyane avant d’être élue Miss France 2017.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le concours Miss France n’est pas au top du féminisme. Mais j’avais trouvé assez cool que, pour la première fois, une Miss Guyane décroche la fameuse écharpe. En plus, je m’étais dit que, pendant un an, on valoriserait un type de beauté un peu différent de la jeune femme blanche, et que ce serait plutôt pas mal pour toutes les femmes de France. A fortiori, je me disais que cela pourrait être très positif pour les jeunes filles métisses, qui ont peu l’occasion de voir dans les médias un type beauté qui leur ressemble, auquel elles puissent s’identifier.

Et effectivement, pendant quelques mois, on a pu voir défiler les photos d’Alicia Aylies :

(Mes préférées sont celles, prises sur le vif, parues sur les réseaux sociaux, sur lesquelles les cheveux de Miss France sont laissés les plus naturels.)

 

Mais j’ai failli m’étrangler quand j’ai vu la photo de la nouvelle campagne du créateur de bijoux Julien Dorcel :

Mais c’est quoi, ça ? C’est qui, elle ? Il se moque de qui, là, Monsieur Julien Dorcel ? Sur l’échelle du ridicule, il se situe où, le photoshopping d’une femme métisse élue « la plus belle de France » pour la rendre semblable à une blanche à peine hâlée, aux cheveux lisses bouclés au fer à friser ? Elle n’est pas suffisamment jolie, notre Miss France ?

Quand est-ce que les Noires auront enfin le droit d’être noires ?

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Je suis rentrée de vacances la semaine dernière. A l’étranger, j’ai pris un bus jusqu’à l’aéroport, un avion jusqu’à Paris-Beauvais, une navette jusqu’à la Porte Maillot, et deux métros jusqu’à l’immeuble du copain du copain (oui-oui : à Paris, en août, il n’y a plus grand monde à mobiliser !) sur le canapé duquel je devais m’effondrer pour la nuit.

C’est au pied de son immeuble qu’il m’a proposé de monter les 12 kg de ma valise au 4e étage, chez lui. Crevée, j’ai failli accepter quand mon surmoi m’a rattrapée par le col, de justesse : « Hep, hep, hep, tu fais quoi, là ? Tu veux l’égalité ou pas ? On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, alors TU PORTES TA VALISE. » Et j’ai porté ma valise.

C’est quand même pénible, d’être une femme forte et indépendante. La plupart du temps, ça consiste surtout à se foutre des coups de pieds aux fesses pour faire les trucs toute seule.

Sur le principe, effectivement, on ne peut pas avoir tout et son contraire, réclamer l’égalité et se rétracter dès qu’il faut porter un truc lourd.

Mais, au quotidien, il m’apporte quoi, mon féminisme ? Comme une femme sur cinq, je me prends des remarques sexistes dans la tronche au travail. Comme toutes les femmes (98%), je subis des agressions verbales quand je me promène dans la rue. Je regarde les mêmes séries sexistes, les mêmes films sexistes que tout le monde, j’écoute les mêmes musiques sexistes, je vois les mêmes pubs sexistes que le ou la non-féministe de base. Je ne vis avec personne, donc je n’ai même pas la satisfaction de me dire que mon ou ma partenaire fait sa part des tâches ménagères.

En revanche, je paye ma part au restau, je porte des cartons, des matelas, des canapés-lits quand il faut déménager, je soulève des valises quand il est 23h. Alors, alors ?

 

Les droits des femmes, c’est mon gagne-pain. J’en fais à longueur de journée, et même encore après. Alors les histoires de harcèlement sexiste au travail, vous pensez si ça me connaît. Je sais nommer, définir, qualifier, je connais les textes de loi, le Code du Travail, la prévention, la répression.

Mais c’ui-là, je ne l’ai pas vu venir…

 

Que dit la loi ?

Pendant longtemps, on a considéré le harcèlement à l’égard des femmes au travail sous l’angle unique du harcèlement sexuel. En relevait « toute forme de pression exercée dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle ».

Heureusement, la législation a évolué. En premier lieu, elle a modifié le texte existant. Ainsi, relève désormais du harcèlement sexuel « le fait, même non répété, d’user de toute forme de pression exercée dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle ».

La législation a également ajouté une interdiction supplémentaire. Sont désormais aussi interdits les « propos ou comportements à connotation sexuelle, répétés, qui soit portent atteinte à la dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent une situation intimidante, hostile ou offensante ». Une circulaire du 7 août 2012 du Ministère de la Justice précise le champ d’application de cette loi :

  • Propos ou comportements : paroles, gestes, envois ou remises de courriers ou d’objets, attitudes…
  • Répétés : commis à au moins deux reprises, sans délai maximal ou minimal entre les deux reprises
  • Portent atteinte à la dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant : ouvertement sexistes, grivois, obscènes et/ou homophobes, transphobes
  • Créent une situation intimidante, hostile ou offensante : ayant pour conséquence de rendre insupportable les conditions de vie, de travail ou d’hébergement de la victime

Le délit est constitué si ces paroles ou comportements sont effectués sans le consentement de la victime. La circulaire précise qu’un silence permanent face aux agissements ou une demande d’intervention auprès de la hiérarchie doit être considéré comme une absence de consentement. Il n’est donc pas nécessaire que la victime demande directement et explicitement à l’auteur de cesser.

 

Pendant ce temps, dans le royaume de Fort Fort Lointain…

Etant passionnée par les questions d’égalité femmes/hommes, j’ai eu l’occasion de discuter avec un copain de toutes les inégalités subies par les femmes, des attitudes du quotidien aux discriminations patentes.

Je lui expliquai donc que j’avais le sentiment que les femmes devaient en faire beaucoup plus pour obtenir la même reconnaissance que les hommes. Dans la sphère professionnelle par exemple, il est extrêmement fréquent que je voie des chefs désinvoltes, qui se permettent des approximations, un manque de préparation, etc. Dans le même temps, je constate que leurs adjointes bossent comme des dingues pour faire tourner la boutique et que, si elles osent une seule fois venir peu préparées ou faire preuve de poigne, tout le monde leur tombe dessus.

J’ajoutai à l’attention du dit copain qu’il fallait aussi tenir compte de tout le reste : l’intériorisation de la menace permanente que constituent les commentaires sexistes dégradants, le harcèlement de rue qui oblige, même dans les petites villes de province (je le sais, j’y habite !) à modifier son comportement…

Je précisai d’ailleurs que j’avais pu constater que les commentaires les plus sexistes ne venaient pas toujours des hommes…

Et au moment même où je disais cela, j’ai tout à coup eu une sorte de grand flash dans mon cerveau : ma supérieure hiérarchique directe (ma n+1) est une spécialiste en la matière. Par exemple, son supérieur à elle (mon n+2) a eu vent de mon travail par d’autres responsables avec lesquels je collabore. Il a fait savoir à ma supérieure qu’il appréciait mon travail et souhaitait que je puisse le tenir informé de la progression de mes dossiers.

Depuis, chaque fois qu’elle le peut, ma supérieure ricane que le n+2 ne voit pas assez « sa jolie responsable ». Il ne m’a « pas bien vue ». La situation doit la travailler parce qu’elle fait ce genre de commentaires extrêmement fréquemment. Et quand ce n’est pas lié à mon n+2, c’est pour expliquer la bonne collaboration que je peux avoir avec tel ou tel responsable de structure. Je leur ai « tapé dans l’oeil ».

Ce faisant, elle me réduit régulièrement à mon apparence. Mes efforts, mon travail passent ainsi au second plan. Je ne déploie plus de compétences professionnelles. Je ne suis plus la responsable de X et Y, qui a mené avec succès des négociations compliquées et est parvenue à faire avancer des dossiers importants. Non, tout cela disparaît. Je suis juste un physique, un truc qui se voit.

Et, tout à coup, second flash dans mon cerveau. Mais, mais… Ces propos répétés, ouvertement sexistes, qui portent atteinte à ma dignité en raison de leur caractère dégradant… cela porte un nom… Harcèlement sexuel.

 

C’est toujours plus facile à repérer lorsqu’il s’agit d’autrui, n’est-ce pas ?

Nous vivons à l’ère de la performance et sous le regard des autres. La productivité chiffrée est devenue la mesure de la valeur individuelle, les réseaux sociaux ont entraîné un vaste mouvement de mise en scène de soi et de comparaison accrue avec autrui.

Dans ce contexte, qu’en est-il des femmes, qui, à la différence des garçons que l’on éduque à la prise de risque, sont conditionnées très tôt à être de bonnes petites soldates dociles ?

 

Dans leur vie professionnelle…

Les femmes gagnent toujours, en moyenne, 455€ de moins que les hommes chaque mois. Cela revient à une perte de 235 000€ à la fin d’une carrière de 43 ans. Le montant des retraites perçues par les femmes est toujours, en moyenne, de 671€ de moins que celui des retraites des hommes, et l’écart se creuse depuis 2004. Toutes situations confondues (jeunes, seniors, ayant des origines migratoires, n’en ayant pas, vivant dans l’Hexagone et dans les outre-mers), ce sont les femmes qui sont les plus pénalisées sur le marché de l’emploi.

Les femmes doivent en faire bien plus pour être reconnues, par autrui mais aussi par elles-mêmes. (Les études sur l’estime d’elles-même, dès très jeunes, des filles par rapport aux garçons sont à cet égard confondantes. Pour l’anecdote, l’ensemble des chef(fe)s de service de ma structure se sont vu proposé du coaching individuel. Je vous le donne en mille : sur neuf personnes, toutes les femmes sauf une ont accepté avec enthousiasme ; aucun homme n’a estimé en avoir besoin.)

Si une femme est trop autoritaire, elle sera qualifiée de harpie. Si elle est trop permissive, on trouvera qu’elle manque de capacités managériales. Trop proche de la direction, on l’accusera d’utiliser ses charmes. Trop distante, on lui reprochera de manquer de qualités humaines. Ambitieuse, on la verra comme un requin dont les dents rayent le plancher. Peu carriériste, on songera qu’elle gâche ses possibilités et on refusera de la prendre au sérieux. Qu’elle fixe des limites à sa présence en entreprise pour être plus disponible pour sa famille, et on la cataloguera comme n’étant pas fiable. Qu’elle ait simplement des enfants, et on verra leur existence comme une épée de Damoclès au-dessus de son investissement professionnel. Que son conjoint s’occupe des enfants, et on la verra comme une machine froide et son compagnon comme une créature entre le martyr des temps modernes et le castré façon Renaissance. Qu’elle ose seulement assister à une réunion sans l’avoir bien préparée : elle n’aura pas les épaules pour le poste.

 

Dans leur vie personnelle…

Les femmes ont acquis, de haute lutte, le droit à disposer de leur corps et à exercer ce droit par le biais de l’Interruption Volontaire de Grossesse. (Je passerai volontairement sur les fermetures massives de structures publiques, qui mettent en danger l’exercice effectif de ce droit.) En conséquence, la maternité est devenue largement choisie. Et puisque devenir mère est devenu un choix, les femmes ont à présent l’obligation de réussir aussi cet aspect-là de leur vie.

Il faut faire des enfants épanoui(e)s, auxquel(le)s on fixe des limites sans brider leur créativité, auxquel(le)s on propose des loisirs sans les transformer en machines. Il faut suivre leur scolarité sans leur mettre de pression excessive, les pousser sans les étouffer, leur donner le choix tout en les empêchant de prendre de mauvaises décisions. Il faut éduquer sans crier, faire attention à l’équilibre alimentaire. Et surtout, surtout, il faut être heureuse en tant que mère. Il faut aimer ses enfants par-dessus tout, se sacrifier de bonne grâce, ne jamais se plaindre de la charge qu’ils/elles font peser sur le quotidien et l’organisation. La mère parfaite est une mère qui se dévoue et qui sourit.

Les magazines féminins ont ajouté à cette pression-là celle de réussir son couple et, tant qu’à faire, sa vie sexuelle. Il faut baiser régulièrement, et jouir à chaque fois. Il faut essayer de nouvelles positions, de nouvelles pratiques, de nouveaux et nouvelles partenaires. Il faut réinventer son couple, avoir peur de la routine, partir en vacances, maigrir avant les vacances, s’entendre avec les ami(e)s de l’autre, avec sa famille.

 

MERDE.

Je revendique, au nom de toutes les femmes, le droit à être imparfaites et à faire des erreurs.

Au boulot, parfois, nous manquons de tact, nous nous laissons envahir par le flux des tâches à accomplir sans prioriser, nous arrivons sans être bien préparée, nous demandons à partir plus tôt pour aller chercher nos enfants à l’école, nous sommes en retard sur une tâche à accomplir, nous insistons lourdement pour obtenir une promotion, nous laissons passer une possibilité de promotion.

Dans notre couple, parfois, nous nous engueulons, nous sommes de mauvaise foi, nous nous laissons marcher sur les pieds, nous faisons l’amour un peu par habitude, nous ne jouissons pas, nous ne baisons plus, nous restons célibataires longtemps, nous nous accrochons à nos principes sans vouloir faire de compromis.

En tant que mères, parfois, nous laissons passer des comportements problématiques, nous sur-investissons la scolarité de nos enfants, nous imposons des règles rigides, nous crions, nous nous énervons, nous cuisinons des pâtes ou des conserves.

Nous faisons du mieux que nous pouvons, nous sommes humaines, nous échouons, nous tirons les leçons de nos échecs, nous nous excusons, nous tâchons de faire mieux la fois suivante, et la fois suivante, parfois nous réussissons, parfois nous ne réussissons pas. Nous naviguons à vue dans ce grand espace qu’est la vie, et nous réclamons simplement QU’ON NOUS LÂCHE LA GRAPPE.

Moi, les droits des femmes, c’est mon gagne-pain. Alors vous pensez bien qu’à l’annonce du premier gouvernement Philippe, j’étais toute frétillante. Le nom de l’heureuse élue ayant été annoncé, il est temps de regarder d’un peu plus près ce qu’elle nous prépare.

 

J’ai attendu le nom de la Ministre toute la journée d’hier. Je me rappelais encore des annonces du candidat Macron : « Je ferai de l’égalité femmes-hommes la cause nationale du quinquennat. Sans cela, on se prive de la force de notre société. » ; « Il y aura un Ministère plein et entier des droits des femmes. » 15h, bim-boum, comme au bac les résultats tombent. Marlène Schiappa est nommée Secrétaire d’Etat à l’égalité femmes/hommes. Habonbabon. Eh ben pour un Ministère de plein exercice, on repassera. C’est dommage, parce qu’il est déjà difficile de faire entendre que les droits de la moitié de l’humanité sont un sujet important, si en plus nous n’avons même pas droit à une Ministre pleine et entière, il va être encore plus compliqué de faire du bon travail.

Passons.

Mais alors, du coup, qu’est-ce qu’elle a dans le ventre, Marlène Schiappa ?

Son cheval de bataille : favoriser l’égalité professionnelle

Elle est la fondatrice du blog « Maman travaille », qui met en avant les difficultés rencontrées par les femmes qui ont une famille et une carrière professionnelle : culture du présentéisme, réunions tardives, difficultés pour trouver des places en crèches… Elle reprend à son compte l’expression « le plafond de mère », utilisée pour expliquer comment la maternité est un frein à la carrière professionnelle des femmes.

Tout cela est bel et bon et Marlène Schiappa soulève de vrais problèmes, de vrais freins. Certes, la société française, les entreprises et les administrations devraient être organisées de manière à prendre en charge partiellement la maternité, et ainsi en décharger les femmes. Cependant, raisonner comme cela laisse complètement de côté la question de la place des hommes dans la parentalité. De facto, les femmes prennent en charge la vaste majorité des tâches domestiques : 1h30 de plus par jour soit 10h30 de plus par semaine que les femmes n’ont pas pour elles, pour voir leurs ami(e)s, lire des livres, faire de la sculpture sur soie… Mais tant qu’on n’aura pas une discussion approfondie autour des conséquences de la parentalité (et non de la maternité), et donc tant qu’on ne réfléchira pas à une manière d’envisager la parentalité comme une charge qui pèse sur les deux membres du couple, et aux façons de répartir équitablement cette charge, on n’en sortira pas.

Conséquemment, les mesures d’Emmanuel Macron, basées sur le travail et les propositions de Schiappa, ne suffiront pas.

Marlène Schiappa veut par exemple créer un congé maternité unique pour toutes les femmes, quel que soit leur statut. C’est bien. Il est effectivement injuste qu’une commerçante soit moins protégée qu’une salariée. Cependant, là encore, on n’envisage l’enfant que sous l’angle du poids qu’il fait peser sur la mère, que l’on tente de soulager, au lieu de réfléchir à l’implication des pères. 

Il aurait été intéressant de réfléchir aussi, en plus, en même temps, à des mesures destinées à favoriser le congé paternité : en le rémunérant mieux, en créant un arsenal législatif et juridique protecteur, pour garantir le retour des hommes dans l’entreprise après le congé et interdire les discriminations sur cette base, voire en le rendant obligatoire, dans une certaine mesure et sous certaines conditions.

De même, il est indispensable de s’intéresser aux scandaleux écarts de salaires qui subsistent encore (les femmes gagnent en moyenne 455€ de moins que les hommes chaque mois, soit 235 000€ à la fin d’une carrière professionnelle). La proposition de l’équipe En Marche, menée sur ce sujet par Schiappa, consiste à effectuer des contrôles aléatoires dans les entreprises, pour vérifier que les salaires sont égaux pour les hommes et les femmes, à compétences égales.

Il faut croire que la dite équipe ne s’est pas suffisamment penchée sur le problème des écarts de salaires. En effet, seule une dizaine de pourcentage de l’écart est due à une discrimination pure : à postes et compétences égales, les femmes sont moins payées. Mais la plus grosse partie de l’écart est due à d’autres facteurs (sur ce sujet, voir mon article précédent : L’intersectionnalité ou le piège de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes). Dans leur majorité, les contrôles ne donneront rien. On dépensera beaucoup d’argent public pour constater que le problème est ailleurs : dans l’éducation des enfants, dans les stéréotypes qu’on continue à ingurgiter et à transmettre.

Ainsi, tant qu’on ne s’attaquera pas frontalement à la formation des professionnel(le)s en contact avec les enfants (éducation nationale, accueils collectifs de mineurs, centres de loisirs, conseillers et conseillères d’orientation, BAFA, etc.), on continuera à se heurter aux mêmes problèmes.

Mouvement des élu(e)s français(es) pour l’égalité

Avec d’autres élues, Marlène Schiappa a fondé le Mouvement des élu(e)s français(es) pour l’égalité.

Parce que nous pensons que c’est à l’échelon local que nous pouvons agir pour l’égalité, lutter contre les discriminations, les inégalités, les stéréotypes; mais aussi le déterminisme social, la victimisation et le communautarisme qui pèsent parfois dans nos milieux.

La victimisation et le communautarisme ? La « victimisation », tu veux dire comme dans les enquêtes faites à échéances régulières par le Ministère de l’Intérieur, et qui nous montrent bien à quel point les chiffres des violences faites aux femmes baissent peu : chaque année, on recense 118 meurtres en raison de violences conjugales, 223 000 victimes de violences par leur partenaire de vie, 84 000 viols ou tentatives. Chaque année.

Et le communautarisme ? Ah, tu veux sans doute parler de ces affreux musulmans qui oppressent leurs femmes alors que nouzot’, non-musulman(e)s, on ne le fait pas, comme le montrent bien les chiffres qui précèdent. Comme dit l’autre : « Une femme qui gagne 20% de moins, qui subit le sexisme et qu’on assimile encore aux tâches ménagères doit avoir les cheveux libres !« 

Et sur le fond ? Éducation aux stéréotypes et à l’égalité

Le combat en faveur des droits des femmes est difficile et long, parce qu’à la racine des nombreux problèmes évoqués jusqu’à présent, se trouvent des questions fondamentales, de culture de société. Ce n’est que par l’éducation à l’égalité, à l’émancipation des stéréotypes qu’on permettra aux jeunes de construire une vie qui ressemble un peu plus à ce qu’ils/elles veulent, et un peu moins à ce qu’ils/elles croient qu’ils/elles devraient faire.

Et sur le volet des stéréotypes, on ne peut pas dire que Marlène Schiappa parte sans handicap. En 2011, elle a publié aux éditions « La Musardine » un livre ayant pour titre Osez l’amour des femmes rondes. DariaMarx fait une analyse détaillé du tissu de clichés insultants que constitue ce livre. Pour ma part, je me contenterais de citer un extrait de son article :

–       Ne vous goinfrez pas en public. On mangera une sucette, pour rappeler l’aspect phallique du geste, mais pas un sandwich, qui pourrait faire penser à  votre indélicate surcharge pondérale.

–       Dansez, mais seulement si vous savez. Inutile d’essayer d’imiter vos copines minces qui se trémoussent sans avoir pris de leçons. Vous auriez l’air d’un tas. Prenez des cours de salsa, par exemple, car sinon, vous risqueriez  « d’incarner l’absence de maîtrise de soi »

–       Ne vous ruez pas sur la bouffe comme une candidate de Koh Lanta après un jeune forcé. C’est bien connu, les grosses ingurgitent des tonnes de nourriture en public, et cela sans aucune retenue. Sachez vous tenir, merde ! L’auteure vous conseille de « ne pas prendre de dessert si personne d’autre n’en prend à votre table » et surtout « de ne pas demander de doggy bag » (?!)

–       Mentez sur votre poids quand vous draguez en ligne ! Mais pas trop ! Juste ce qu’il faut pour attirer un maximum de mecs ! Vous vous arrangerez  avec la vérité une fois le temps du rendez-vous arrivé ! Si vous avouiez votre vrai tonnage, personne ne voudrait de vous, bien sûr.

–       Soyez drôles, mais pas trop. La femme grosse a l’obligation d’être marrante, mais ne doit pas oublier que sa priorité doit toujours rester sa soumission totale à l’homme. Elle préfèrera donc rire aux blagues pourries de son compagnon plutôt que de se lancer dans un récital de vannes. […]

–       On suit la mode, mais pas trop. Parce que soyons honnêtes, les grosses ne peuvent pas tout mettre. Contentez vous donc de mettre une jolie broche, d’accessoiriser.

Le blog FauteusesDeTrouble complète l’analyse :

[L]a deuxième partie de l’ouvrage se fonde sur le syllogisme, plutôt contestable, que la grosse est grosse parce qu’elle est épicurienne, et que, très logiquement, si elle aime bouffer, elle aime aussi baiser. CQFD. C’est pourquoi elle sera bonne au lit et en cuisine : on trouve alors des recettes de cuisine à côté de recettes de fellation. Edifiant.

Euh… Vraiment ? Vraiment ?

Que dire ? « Bienvenue, madame la Secrétaire d’Etat à l’égalité femmes/hommes » ?

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