A quelques pas de là…

« On ne nait pas femme, on le devient. » [S. de Beauvoir]

Posted on: 23/02/2013

La « théorie du gender » pour les nuls.

Mariage pour tous - Théorie du gender pour tous 

Depuis quelques temps, la « théorie du gender » sert de repoussoir à tout et rien. Sauf qu’on n’y comprend pas grand-chose. On a l’impression d’assister à un ramassage des hétéroclites un soir de juillet : de gros camions opaques dans lesquels on fourre tout et rien, avec un groupe de copains-copines bourré-e-s qui chantent des chansons paillardes sur le trottoir. Une espèce de vacarme assourdissant où on ne sait pas ce qu’on voit, ce qu’on entend et comment on s’appelle.

 

 

Entre ignorance et désinformation, la « théorie du gender » en huit mots :

Cela fait presque 50 ans que Gallimard a publié Le Deuxième Sexe (1965), consacrant ainsi la célébrissime phrase de Simone de Beauvoir : « On ne nait pas femme, on le devient. » Attention asseyez-vous, choc psychologique en vue : si cette phrase a un sens pour vous, si vous la comprenez et que vous êtes d’accord, c’est que vous êtes partisan-e de la « théorie du gender ».

Avant d’aller plus loin, je voudrais quand même faire remarquer le procédé subtil par lequel on décrédibilise des dizaines de chercheurs et de chercheuses en sciences humaines et sociales. Il suffit apparemment d’utiliser le terme anglais, et d’apposer le nom « théorie » devant. Et hop ! La « théorie du gender » donne l’impression d’un infâme barbarisme que ces hippies d’Anglo-Saxons voudraient nous imposer, à nous Français rationnels et civilisés. Que je sache, on ne parle pas de la « théorie de la sozial klasse » pour parler des études liées aux classes sociales, inspirées du marxisme (ou pas). Alors arrêtez de nous polluer les yeux et les oreilles avec cette expression de « théorie du gender » sortie de nulle part, bon sang.

Parlons pHomme-Femme Genrelutôt de « gender studies » ou d’études de genre. Le genre, dans ce sens, est compris, comme en grammaire, comme le masculin et le féminin. Les études de genre étudient les relations entre hommes et femmes, la place des uns et des autres dans la société, les mécanismes qui permettent de faire évoluer ou non cette place. Exactement comme les études sur les classes sociales étudient les rapports entre classes sociales, les dynamiques, etc.

On peut trouver ça sans intérêt. Mais parler de « théorie » pour ridiculiser un ensemble d’études qui se contente de prendre l’axe hommes-femmes comme point de départ, il faut avouer que c’était fortiche.

 

Ramassis d’idées reçues sur la « théorie du gender » :

Selon cette théorie, les personnes ne sont plus définies comme hommes et femmes mais comme pratiquants de certaines formes de sexualités (homosexuels, hétérosexuels, bisexuels, transsexuels). [Elle affirme] que l’identité sexuelle est une construction culturelle relative au contexte du sujet ! (1)

Et la palme de la mauvaise foi est attribuée à… ! Alors non. N’importe quoi. Les études de genre s’intéressent effectivement aux communautés homosexuelles (entre autres) mais elle ne définit rien ni personne. Encore une fois, elle s’intéresse aux rapports entre personnes, sur la base de certains critères : hommes/femmes, homosexuel-le/hétérosexuel-le, tout comme il y a des études pays pauvres/pays riches, jeunes/vieux, etc.

En revanche, elles partent du principe que chacun-e naît avec un sexe biologique, déterminé par l’appareil génital (pénis/vagin), les hormones, etc. Jusque là, même Mme Boutin sera d’accord. Mais elles ajoutent que ce sexe biologique n’a que très peu de rapport avec la construction de la personnalité d’un homme ou d’une femme. Les études de genre affirment en effet que les hommes ne sont pas biologiquement, génétiquement prédestinés à aimer le bleu, à vouloir travailler et gagner de l’argent et à ne pas pleurer. Il n’y a pas chez les hommes un gène du bleu et un gène de l’absence de larmes. Les études de genre affirment, de même, qu’il n’y a pas chez la femme un gène du rose, du maquillage et du portage de jupe. Ces études se penchent, entre autre, sur la façon dont des dizaines d’années d’un certain modèle ont façonnées nos comportements. Elles montrent comment les parents ont tendance à éduquer leurs filles différemment de leurs garçons : en leur demandant plus souvent d’aider aux tâches ménagères, en offrant des pistolets aux garçons et des poupées aux filles…

 

L’individu […] devient féminin ou masculin comme il le veut. Ainsi, il n’y a plus de « sexe masculin ou « sexe féminin », mais un « genre masculin » et un « genre féminin » qui ne tient absolument pas compte de la réalité physique du sexe en lui-même ! (2)

Alors là, bravo. RGenreéussir à déformer à ce point le propos des études de genre, il fallait oser. Pour rectifier, le concept de « genre » a été forgé pour désigner l’ensemble des valeurs sociales attachées à un sexe. Ou, pour le dire plus simplement, le genre féminin désigne le fait d’être douce, d’aimer le rose et de s’habiller en jupe et talons hauts. Le sexe féminin désigne la présence d’un utérus. Le genre masculin désigne le fait d’avoir des muscles, de travailler et de gagner de l’argent et d’être allergique au ménage. Le sexe masculin désigne la présence d’un pénis.

La femme se comporte alors de façon dite « masculine » lorsqu’elle aime le foot, boire des bières en mangeant une pizza. L’homme se comporte alors de façon dite « féminine » lorsqu’il pleure ou reste au foyer. Eh oui. C’est tout de suite moins scandaleux quand c’est expliqué clairement.

 

Xavier Breton a estimé que le projet de loi sur le mariage pour tous «s’appuie sur la théorie du genre, idéologie qui consiste à dire que l’homme et la femme sont interchangeables». […] Il s’inquiète par exemple de l’expérience menée à la crèche Bourdarias à Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis. Là-bas, «on encourage les filles à manier le marteau à l’atelier bricolage, et les garçons à s’exprimer à l’atelier émotions», raconte David, un des éducateurs. (3)

garçon et bébéDire que l’homme et la femme sont interchangeables, ça fait peur. Ouh ! Mais que deviendrait un monde dans lequel les femmes seraient garagistes et les hommes infirmiers ? Qu’adviendrait-il de notre société si les femmes étaient PDG et les hommes pères au foyer ! Quelle menace ! Sérieusement… Des hommes continueront d’être PDG, vous savez. Simplement, ça serait bien si les femmes pouvaient l’être aussi, si elles en ont l’envie et la compétence.

Et c’est ça qui fait scandale ?

 

 

Sources :

(1)  http://www.depute-mallie.com/richardmallie369.html

(2)  http://radix.ecclesiae.pagesperso-orange.fr/inf.desinfo.gender.html

(3)  http://www.liberation.fr/politiques/2012/12/09/deux-deputes-veulent-une-enquete-sur-la-theorie-du-genre_866172

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