A quelques pas de là…

Auto-défense : comment se défendre en cas d’agression dans la rue

Posted on: 01/04/2013

Au vu du succès de l’article sur le harcèlement de rue (« Que répondre à : T’es bonne ? »), j’ai pensé qu’il me fallait pousser le raisonnement un cran plus loin. Laissons les gaudrioles pour cette fois (Si-si. Gaudrioles. C’est un mot. Banni de la langue française depuis 1937, peut-être, mais un mot quand même) et complétons le

Guide pratique de survie dans la rue 

 Avant toute chose, pour se défendre correctement, il faut vraiment se défaire du stéréotype de la femme faible et sans défense, qui ne sait pas se battre, qui ne peut pas faire de mal à un homme. Il faut donc oublier l’histoire de la victime de viol qui n’a pas pu se débattre, qui n’a eu d’autre choix que de se laisser faire. Se défendre, c’est comme participer à une compétition sportive : la victoire, elle est d’abord dans la tête. Or dans la rue, en cas d’agression, nous avons les moyens de riposter. Mais pour cela, il va falloir cogner l’agresseur. Il va falloir avoir l’intention de lui faire mal.

rue commerçante Attention ! En plein jour, dans une zone commerçante, la fuite est toujours préférable à une confrontation directe. Le principe de base est toujours bon à rappeler : en cas de problème, le plus simple est encore de se ruer dans un commerce, et d’attendre que l’homme s’en aille.  On peut même demander de l’aide au commerçant ou à la commerçante.

Lorsque la fuite n’est pas une option, il faut faire face. En cas d’attaque, il ne faut pas hésiter à hurler. D’abord, parce que l’homme qui vous agresse ne s’y attend probablement pas. Soit il va prendre peur et s’en aller, soit il va être déstabilisé et vous allez avoir quelques secondes pour agir. Ensuite, parce que crier permet de transformer la peur en colère, et donc d’avoir plus de facilité à agir : la peur paralyse, alors que la colère décuple les forces.

 

Ensuite, il faut bien se mettre en tête qu’à partir du moment où on est agressée et où on ne peut pas fuir, le choix est simple : c’est lui ou nous. Donc soit on cogne et on fait suffisamment de mal à l’agresseur pour qu’il ne puisse pas se relever, continuer ou nous suivre pendant qu’on se met en lieu sûr (le plus souvent, assez loin de là où on est). Soit c’est lui qui aura notre peau.

 

EtranglementSi quelqu’un surgit par derrière et cherche à vous étrangler avec un bras autour de votre cou, le réflexe à avoir est non pas de se ruer vers l’avant pour échapper à l’agresseur, mais au contraire de reculer violemment, vers l’agresseur. En effet, si nous avançons, l’agresseur va resserrer son étreinte et nous étrangler plus fort. Si nous reculons vite et fort, il aura moins de prise sur notre cou et on pourra respirer, voir même se dégager. Dans tous les cas, il faut absolument protéger sa gorge pour éviter d’être asphyxiée. Pour cela, il faut baisser la tête et rentrer le menton vers le cou et hausser les épaules. Baisser la tête et mettre le menton dans le creux du coude de l’agresseur permet aussi de l’empêcher de serrer plus fort.

 

Dans cette position, mais aussi dans les autres cas de figures, il faut ensuite frapper. Pour cela, il faut se débarrasser de cette idée selon laquelle « Un coup de pied dans les cou*lles et il est KO ». D’abord, l’entrejambe de l’agresseur est souvent bien protégé : jean épais, manteau… Ensuite, il y a peu de chance qu’il se tienne avec les jambes suffisamment écartées pour qu’on puisse les atteindre. Il faut donc plutôt viser les points faibles :

  • les tempes : elles protègent une veine qui alimente le cerveau en sang et en oxygène. En frappant à cet endroit, on prive le cerveau de ses ressources, et on l’empêche de fonctionner
  • les oreilles : elles contiennent un organe responsable de l’équilibre. En frappant à cet endroit et en poussant fort l’agresseur, il peut tomber au sol.
  • le larynx, c’est-à-dire la gorge
  • les chevilles
  • les genoux

 

Poing fermé auto-défensePour ne pas se faire mal (et donc pouvoir continuer à se battre le plus longtemps possible), il faut éviter de donner des coups de poings. Ca fait chic dans les films, mais c’est très dangereux pour nos articulations dans la vraie vie. A la place, on peut ouvrir sa main à plat, et en utiliser la tranche (du côté du petit doigt) pour frapper le larynx par exemple. On peut aussi ouvrir la main à plat et utiliser la paume de la main pour frapper les oreilles de l’agresseur, comme si on donnait une gifle. Pour le reste, le plus efficace est de fermer le poing en laissant le pouce sur l’index et d’utiliser le côté extérieur (du côté du petit doigt) pour frapper. Les pieds et les genoux sont aussi des armes redoutables.

 

D’une façon générale, il vaut mieux suivre le mouvement de l’agresseur et utiliser sa force contre lui. S’il nous pousse, par exemple, plutôt que de résister, il vaut mieux attraper ses mains ou ses vêtements et l’emporter dans notre chute. L’idéal, c’est de se décaler de lui pendant la chute, pour éviter qu’il nous tombe dessus. Mais dans tous les cas, il sera au sol en même temps que nous, ce qui lui laisse moins d’avantage. Cela étant, même si nous sommes au sol et qu’il est debout, ses chevilles et ses genoux sont toujours à proximité de nos pieds. Sans compter qu’il lui faut quand même s’approcher de nous pour nous faire du mal, ce qui le rend vulnérable.

 

Quelques conseils additionnels :

–          Si l’agresseur a une arme : il est très compliqué de savoir s’en servir correctement et en restant dans les limites de la légalité. Essayez de l’envoyer le plus loin possible, le plus vite possible pour qu’il n’y ait pas accès.

–          Eviter de rester directement devant lui, dans sa ligne de mire. Il faut essayer de se décaler par rapport à lui, pour qu’il ait plus de mal à nous atteindre avec ses coups. Si possible, mettre quelque chose entre lui et nous : un banc, une voiture, un poteau…

–          Pour les femmes qui ont des bombes lacrymogènes (ou des bombes de laque, qui font le même effet) : ne pas compter dessus. En cas d’agression, il est très probable que vous n’ayez pas le temps de farfouiller dans vos affaires pour prendre votre bombe, l’ouvrir, viser et appuyer. Votre corps est votre arme la plus puissante.

–          Ne pas oublier de se servir de son environnement : graviers, cailloux, branches, canettes ou bouteille qui traîne, même son sac à main pour l’assommer.

–          Si un attroupement se forme et que les gens ne vous aident pas : désignez-les précisément et demandez de l’aide : « Madame avec la chemise verte, venez m’aider ! Monsieur avec le pantalon rouge, appelez la police ! » Chacun et chacune attend sans doute que quelqu’un d’autre bouge, et pense probablement que quelqu’un d’autre a déjà appelé la police.

 

Enfin, faites quand même attention à rester dans les limites de la légitime défense : votre réponse doit être immédiate, et proportionnelle à l’agression. Ainsi, agresser quelqu’un longtemps après l’agression n’est pas de la légitime défense. Si on vous insulte, il vaut mieux répondre avec des mots. Ce n’est que si on vous agresse physiquement que vous avez le droit, et même le devoir de vous défendre.

 

Pour finir, je voNon c'est non Irène Zeilingerudrais vous recommander le petit livre d’Irène Zeilinger « Non, c’est non ! Petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire ». Je m’en suis largement inspiré pour écrire cet article. L’acheter (15€ seulement) vous permettra donc de retrouver toutes les techniques ci-dessus développées plus longuement, mais aussi un certain nombre d’autres conseils pratiques vraiment utiles.

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6 Réponses to "Auto-défense : comment se défendre en cas d’agression dans la rue"

A la lecture de cette article , je me sens spectateur d’une scène que j’observe là devant moi ..j’imagine l’action et la réaction …
Je pense que pour « éduquer » à l’école ,on pourrait songer au sein des cours de « Vivre ensemble » à parler et faire parler des agressions sexistes …et proposer aussi ce genre d’apprentissage pour résister aux agresseurs .
Pour autant ,je me dis que si les agresseurs connaissent les techniques d’auto-défense , ils peuvent les contourner et s’en protéger …C’est alors un escalade à qui saura le mieux réagir …!
Pour sûr , on n’apprend pas ni aux filles , ni aux garçons à se battre . Notre culture ne se tourne pas vers ce type d’apprentissage . C’est l’école de la vie qui fait la différence …mais il y a alors des victimes car tout le monde ne peut pas savoir / ne sait pas réagir correctement et instantanément .
Chaque année ,il y a des femmes agressées , des bagarres qui se terminent à l’hôpital ou au cimetière … il faut donc EDUQUER chaque individu à PRENDRE SOIN DE Lui-Même ..
Merci pour cet article qui peut conduire à éveiller nos consciences , vis à vis des personnes faibles, comme les personnes âgées qui n’ont plus la force physique de mettre de la colère au service d’une réaction d’auto-défense . Merci aussi pour les conseils livré dans cet article …éviter l’étouffement / interpeler nommément des spectateurs. Ou des passants / ne pas rester dans « je résiste aux coups  » mais aller jusqu’à  » je donne des coups pour sauver mon intégrité . »…EA

[…] une réponse, mais il a toujours eu peur qu’elles se rapprochent et lui cassent la gueule. Il ne saurait pas bien comment se défendre, seul face à un groupe. Quand il ne répond pas, c’est presque pire : "Eh tu pourrais […]

Je me suis déjà fait agresser dans la rue la nuit en rentrant du travail par 4 individus comment faire plouf ne plus l’être et ne pas avoir peur surtout ? Aidez moi s’il vous plait !

Comment modifier mon commentaire s’il vous plait ?

J’ai modifié votre commentaire pour que votre nom n’apparaisse pas. Si vous voulez modifier autre chose, dites-le moi et je ferai le nécessaire.

D’abord, dites-vous bien ces individus sont des détraqués, des malades violents, qu’ils devraient se faire soigner. C’est dégueulasse ce qui vous est arrivé. Et ça n’a rien à voir avec vous, votre attitude, votre vitesse de marche, le choix du parcours ou du trajet, que sais-je… Dans une société normale, vous devez avoir le droit de marcher où vous voulez, quand vous voulez, sans craindre pour votre intégrité ou votre vie. On vit dans un monde tordu, dans lequel la violence des hommes sur les femmes est courante (femmes battues, viols, etc.) ; ça n’a rien à voir avec vous en tant que personne. C’est la faute de ces individus nocifs, à 100%.

L’important, maintenant, c’est effectivement que vous puissiez arpenter les rues sans avoir peur. Pour ma part, j’ai longtemps été angoissée lorsque j’étais dans la rue, surtout lorsqu’il faisait sombre. J’avais l’impression d’être en danger, vulnérable. Sans entrer dans les détails, des éléments de mon histoire personnelle m’ont conduite à m’inscrire dans un club de sport de combat. (Je dis bien « sport de combat », et non « art martial ».) J’en fais depuis un an maintenant, et ma posture a complètement changé. Dans la rue, je me sens plus assurée. Lorsque je croise des groupes d’hommes adossés à un mur, je n’ai plus cette boule d’angoisse dans le ventre. (Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis sereine, parce qu’il m’arrive souvent de me faire apostropher et que je déteste ça.) Mais j’ai l’impression que, en cas de besoin, en cas d’agression physique, j’aurai quelques réflexes de survie qui me permettront de faire face à des agresseurs lambda et de pratiquer la légitime défense. Evidemment, si je tombe sur un champion de France de MMA, j’aurai du mal, mais vous voyez l’idée. De toutes façons, ce n’est pas comme si les champions de MMA couraient les rues, et surtout, les personnes qui pratiquent sports de combat ou arts martiaux sont, de mon expérience, souvent moins excités et violents que d’autres.

Depuis, j’ai l’impression d’être un peu moins emmerdée dans la rue. Je ne sais pas si je dégage quelque chose de différent ou si c’est psychologique, mais mon impression globale est celle d’une plus grande sûreté.

En guise de conseils pratiques, si vous connaissez ou que vous avez reconnus vos agresseurs, vous pouvez aller porter plainte. Même si elle n’est pas suivie de poursuites judiciaires, une simple convocation de ces individus au commissariat, une bonne gueulante de la part du policier ou de la policière en face d’eux et un rappel à la loi pourraient les inciter à se calmer sérieusement. Si vous avez très peur, dans l’immédiat, à prendre les transports en commun, votre voiture, à vous faire accompagner par un ou une amie/collègue… Le but à court terme est que vous puissiez vous trouver dans la rue sans avoir la peur au ventre, que vous voyez qu’il ne vous arrive rien. A plus long terme, la pratique d’un sport de combat a fonctionné pour moi. Il n’a rien changé à mes trajets, mon allure, ma vitesse de marche, etc. mais il a changé ma vision des choses, de moi-même : je me sens plus en sûreté parce que j’ai confiance en moi-même et en ma capacité de me défendre.

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