A quelques pas de là…

Sexisme et racisme dans les programmes scolaires : Ce que l’histoire ne dit pas

Posted on: 11/06/2013

Big brother is watching youL’enseignement de l’histoire aux jeunes enfants est quelque chose qui me fascine depuis que j’ai lu 1984 de George Orwell. Dans ce récit de sciences fiction, le personnage principal découvre que le gouvernement manipule l’histoire qui est enseignée aux citoyen(ne)s pour la faire correspondre à ses buts politiques. A chaque nouvel objectif politique, l’histoire est réécrite, manipulée, tordue.

 

A ce stade de la lecture, selon vos goûts personnels, vous pensez à la France avant la Révolution française, au régime de Vichy, à la Chine de Mao ou au régime chinois actuel. Et la France du XXIème siècle, vous y avez pensé ?

 

Il suffit de regarder les programmes scolaires d’histoire et de feuilleter quelques manuels pour se rendre compte de l’ampleur des dégâts. A les lire, on a l’impression que l’histoire de France est du monde est une succession d’hommes formidables qui ont mené la France à la grande puissance qu’elle est aujourd’hui. La condition des femmes et le racisme des personnages historiques sont complètement occultés. Et moi, ça m’ennuie quand même vachement.

 

Attention, je ne dis pas qu’il y manipulation consciente. Je ne pense pas que nosthéorie du complot hommes et nos femmes politiques se soient un jour réunis dans un bureau pour établir une stratégie visant à nous faire croire 1/ que les femmes n’avaient pas d’importance et 2/ que Pétain n’était qu’une absurdité monstrueuse de racisme au milieu d’une France ouverte et tolérante.

 

Ce que je dis, en revanche, c’est que personne n’a eu l’air de faire un effort pour éviter le sexisme et le racisme qu’on observe aujourd’hui. En même temps, on ne peut pas leur en vouloir. Dans la langue française, la généralisation se fait au masculin : « Les Français étaient contre la guerrien-que-des-hommes-CIAre d’Algérie », « les Marocains ont beaucoup souffert » et HOP ! On a l’impression qu’il n’y avait pas un seul utérus dans le paysage. Une histoire d’hommes qui se battent (de façon virile. Nos soldats, c’pas des tapettes.) contre d’autre hommes ; une histoire écrite par des hommes et pour des… garçons et des filles. Blanc(he)s et pas Blanc(he)s et à qui on doit quand même la vérité. (Au passage, si les instituteurs et les institutrices de France et de Navarre pouvaient nous éviter le traditionnel : « Le masculin l’emporte sur le féminin » pour expliquer que la généralisation se fait au masculin, ça s’rait super sympa. Merci d’avance, z’êtes adorables.)

 

Je vais être honnête, je n’ai pas très envie de me lancer dans une justification théorique. Pour celles et ceux que ça intéresse, je conseille Pierre Bourdieu et Michel Foucault. L’un et l’autre montrent que l’école, loin d’être un ascenseur social, sert à reproduire le modèle en place. Ici, je voudrais juste vous donner quelques exemples, que vous pourrez enrichir à loisir à partir des programmes scolaires.

 

  • La démocratie grecque, ce modèle 

Dans le chapitre « civilisation ancienne », on nous explique que les Grecs Démocratie athénienne(hop ! que des hommes !), plusieurs siècles avant la Révolution française, fonctionnaient déjà de façon démocratique. Formidable ! Si on excepte le fait que les femmes grecques avaient les mêmes droits que les esclaves, c’est-à-dire à peu près aucun.

 

  • Les grands hommes de l’Antiquité : Alexandre ou Jules César

Kleopatra-VII.-Altes-Museum-Berlin1Le programme impose de retracer la vie d’un illustre empereur. Bon, alors suggérer Alexandre ou César, c’est pas mal. Et sinon, quelqu’un a pensé à Cléopâtre (VII, la plus connue) ? Une femme à la tête du Royaume d’Egypte pendant vingt ans, avant même la naissance de J.C., ça n’intéresse personne ?

 

 

 

  • La Révolution française abolit les privilèges et instaure la démocratie

 delacroix_la_liberte_guidant_le_peupleAh, ça, c’est bien. La Révolution française instaure le droit de vote universel et donc la démocratie. Sauf que, c’est marrant, « universel » dans ce cas, ça veut dire « masculin ». La vie est bien faite… En fait, la Révolution française donne le droit de vote à tous les hommes, mais il faut attendre 1944 pour que les femmes aient le droit de se rendre aux urnes. Evidemment, on ne le présente jamais comme ça. Dans l’esprit de tout le monde, le droit de vote des hommes, c’est le progrès, le standard, la norme. Le droit de vote des femmes, c’est presque normal qu’on ait attendu si longtemps pour l’avoir.

 De façon assez pratique, on oublie que la Suède a donné le droit de vote aux femmes dès 1718, et que la Nouvelle Zélande l’a accordé dès 1893. Pire, le Royaume de France, dans cet enthousiasme révolutionnaire qui le caractérisait, a supprimé en 1791 le droit que les femmes avaient (depuis le XIIème siècle dans certaines régions) de voter aux élections consulaires (gouvernements locaux).

 

  • Napoléon, génie français

Napoleon_in_His_StudyJe vais vous éviter un débat sur l’ensemble de l’œuvre de Napoléon. Je tiens seulement à signaler que l’esclavage fut aboli dans l’empire français en 1794 sous l’impulsion révolutionnaire de la fin de siècle. En qu’en 1802, c’est notre bon vieux Napoléon qui rétablit l’esclavage et la traite des Noir(e)s.

 Pour parenthèse, c’est aussi lui qui, en 1803 proclama l’interdiction des mariages interraciaux entre Noir(e)s et Blanc(he)s ou, pour citer la prose de l’époque « entre un blanc et une négresse ou entre un nègre et une blanche ». Son conseiller pour ce décret, Ambroise Régnier, est d’ailleurs enterré au Panthéon. C’est beau.

 

  • Jules Ferry, père de l’école gratuite, laïque et obligatoire

Ah ça, on ne pourra pas lui enlever. Même s’il est loin d’avoir été le seul, Jules Ferry a bien été le père des lois de 1882 220px-Jules_Ferry_by_Georges_Lafosseinstaurant l’école gratuite au niveau du primaire, laïque, et obligatoire entre 6 et 13 ans.

En revanche, ce qu’on oublie souvent de dire, c’est que Jules Ferry est celui qui a relancé la conquête de la Tunisie, qui a aboutie au Protectorat de 1881. C’est aussi lui qui a poussé à l’extension de la mainmise sur le Congo Brazzaville en 1883 et sur Madagascar la même année. Et c’est sous son impulsion qu’a été lancée la conquête de l’Annam et du Tonkin en Indochine, en 1885.

 

  • Victor Hugo, défenseur des droits de l’homme

Victor-HugoIl est en particulier célèbre pour s’être prononcé contre la peine de mort bien avant son abolition en 1981. Ce qui serait sympa, c’est de ne pas oublier que ce grand humaniste était aussi un grand partisan de la colonisation, et qu’il l’avait défendue sans équivoque dans un discours de 1879 à l’Assemblée : « Peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. A qui ? A personne. Prenez cette terre à Dieu. »

 

  • François Mitterrand, président de gauche

Et Charles de Gaulle, grand vilain oppresseur des peuples d’Algérie. Une nouvelle fois, je vais éviter de tomber dans des considérations purement politiques sur l’ensemble de leurs actions. Mais je vais quand même souligner qu’en 1954, c’est bien François Mitterrand, Ministre de l’Intérieur, qui déclare : « Voilà donc qu’un peu partout, d’un seul coup, se répand le bruit que l’Algérie est à feu et à sang. […] Faut-il que l’Algérie ferme la boucle de cette ceinture du monde en révolte depuis quinze ans contre les nations qui prétendaient les tenir en tutelle ? Eh bien Mitterrand-Tour-de-Francenon ! Cela ne sera pas, parce qu’il se trouve que l’Algérie, c’est la France. […] Telle est notre règle, non seulement parce que la Constitution nous l’impose, mais parce que cela est conforme à nos volontés. »

Voilà, donc l’Algérie, c’est la France, non seulement parce que c’est écrit dans nos textes de lois, rédigés par nous-mêmes (commode !), mais aussi parce que ça nous plaît bien.

 

 

Make this pledgeLe but de cette petite liste, que je pourrais continuer sur plusieurs pages, n’est pas de faire la chasse aux sorcières. C’est simplement de montrer que les choses ne sont pas si simples qu’on voudrait parfois nous faire croire. Que l’histoire ne s’écrit pas avec d’un côté les gentils, et de l’autre côté les méchants. D’abord parce que cela serait oublier les gentilles et les méchantes. Et ensuite parce que, même si c’est plus pratique d’asséner de grandes vérités à de jeunes esprits, en leur faisant croire que « c’est comme ça et pas autrement », le rôle de l’école dans une démocratie digne de ce nom, c’est quand même de former des esprits critiques. Et sur ce point, il me semble qu’il y a encore du travail…

 

 

A voir : programmes scolaires du collège datés de 2009. Pour parenthèse, depuis la création d’un Ministère chargée de l’Instruction Publique/Education Nationale, jamais une femme n’a été nommée à sa tête.

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