A quelques pas de là…

« T’as tes règles ou quoi ? » Menstruations féminines et colère légitime

Posted on: 24/06/2013

Tout d’abord, permettez-moi de vous présenter mes excuses pour le retard de publication de cet article (comment ça : « et des deux précédents aussi » ?!). Mon quotidien est à présent un peu plus calme, et je devrais être capable de vous proposer de la lecture plus souvent.

 

Pique nique au jardin du LuxembourgCette semaine, dans la série « Tiens, j’y avais jamais réfléchi », la fameuse remarque « T’as tes règles ou quoi ? » et son accompagnement de rires gras en bande organisée. Commençons par le commencement. Nous sommes dimanche après-midi, le soleil chauffe timidement les étudiant(e)s qui font de leur après-midi au jardin du Luxembourg un acte militant : « On est le 23 juin, je dois avoir le droit de bronzer en short ! Oui, même s’il fait gris ! »

 

Je suis avec un copain que je n’ai pas vu depuis plusieurs années. Lui, mec cool et populaire par excellence, et moi, Bonne élèveex-étudiante aux bons résultats ayant mis du temps à comprendre que ça n’était pas forcément un défaut. On se raconte nos vies, nos relations de couple, quand le ton monte d’un coup de son côté : « Tu veux pas arrêter d’être la bonne élève de service ? » Sous-entendu dans le contexte : « Tu veux pas arrêter d’être cette fille coincée, qui réussit bien à l’école, fais toujours tout bien comme il faut et a des valeurs d’un autre temps ? »

 

Piquée au vif et bien décidée à ne plus me laisser emmerder sur ce sujet, je réplique, agressive : « Chéri, si ta vie à toi est monotone, fais pas comme si c’était de ma faute ! » Sous-entendu, dans le contexte : « Ecoute, s’il y a des choses que tu n’oses pas faire avec ta copine, compte pas sur moi en faire l’expérience de mon côté, juste histoire de pouvoir te raconter les détails. »

 

agressivitéEt là, surprise, une réponse collector (et encore plus énervée que la mienne) : « Wowww ! Tu me parles pas comme ça ! T’as tes règles ou quoi ? C’est pas la peine de jouer l’hystérique avec moi ; défoule-toi plutôt sur ton tampon ! » J’ai été tellement surprise que j’ai éclaté de rire, ce qui a eu le mérite de faire descendre la tension d’un coup. Alors comme ça, une fille n’a pas le droit d’être légitimement en colère ? Parce que c’est cela dont il est question ici. Si je m’énerve, ça n’a aucun rapport avec la situation. Ca n’est pas parce que le type en face de moi est un goujat. Non-non, mesdames. Si je m’énerve, c’est merveilleux : c’est parce que j’ai mes règles.

 

Autrement, bien sûr, si je n’avais pas mes règles, je serais un modèle de douceur et de gentillesse. Sans doute que je Douce et poticheglousserais bêtement de sa remarque sur la « bonne élève de service ». Peut-être même que je me pendrais à son bras en lui susurrant : «  Oh, mais bien sûr, tu as tellement raison et je suis tellement sotte. Viens donc m’apprendre la vie dans un buisson. »

 

Je me suis d’ailleurs souvenue que les Anglo-Saxons avaient même le terme de PMS, pre-menstrual syndrom ou « syndrome prémenstruel ». Littéralement, il s’applique à la période qui précède juste l’arrivée des règles. Dans le langage courant, PMS est synonyme d’irritabilité des femmes, de caprices, d’agressivité. Je cite le dictionnaire urbain :

Perplexe« Le pire moment pour se trouver à proximité d’une femme, parce qu’elle devient une garce psychotique et irrationnelle, dont l’état de rage lui fait avoir de la bave aux coins des lèvres, et qui a pour but de détruire tout ce qui se trouve sur son passage. »

 

 

Donc, si je résume, si une femme est agressive avant ses règles, c’est la faute des hormones et du PMS. Si une femme estStroumpf grogon agressive pendant ses règles, c’est évidemment la faute des hormones et de ses menstruations. Il manque plus qu’un mot pour désigner la période « post-règles » et on aura bouclé la boucle. On aura dé-légitimé la colère des femmes en évitant que les gens se demandent pourquoi, et à cause de qui elles s’énervent. Et, (d’une pierre deux coups, c’est fantastique), on aura fait passer la femme qui s’énerve pour une hystérique, simplement parce qu’elle ose s’opposer à la personne en face d’elle. Pas mal, pas mal…!

 

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5 Réponses to "« T’as tes règles ou quoi ? » Menstruations féminines et colère légitime"

ha y a tellement des jours comme ça… -__-‘

Oui, les hormones peuvent jouer un rôle dans l’humeur d’une personne…

J’ai déjà demandé à quelqu’un (ma sœur en l’occurrence) « T’as tes règles ou quoi ? ». Ce n’est pas très correct comme question, mais après avoir reçu une réponse agacée à une question banale (du type « Comment ça va, qu’est-ce que tu fais aujourd’hui ?), j’ai trouvé sa réaction démesurée. Il est légitime d’être parfois de mauvaise humeur, simplement parce qu’on a mal dormi, ou quoi que ce soit d’autre. Chez les femmes justement, les règles peuvent être ce « quoi que ce soit d’autre ».

Tantôt les règles deviennent pour certaines femmes le bon prétexte à leur mauvaise humeur, tantôt il est déplacé de penser que c’est à cause des règles qu’une personne est irritable ou en colère.
Avouez que ça peut devenir délicat ?

Donc à l’avenir je « n’accuserai » plus une femme d’avoir ses règles, quelle qu’en soit la raison, mais je n’accepterai pas non plus de me faire allumer sous prétexte ensuite que « j’ai mes règles alors c’est comme ça, et toi de toute façon tu ne peux pas savoir ce que c’est parce que t’es un homme » (ce qui est ma fois vrai, mais chacun doit aussi être capable de se contrôler et de faire preuve de discernement).

Vous dites : « les règles deviennent pour certaines femmes le bon prétexte à leur mauvaise humeur ». Vous avez vraiment connu des femmes qui éprouvaient un désir s’énerver non fondé, et qui avaient besoin de chercher des prétextes pour se faire ce plaisir ? Vous évoluez sérieusement aux côtés de femmes qui aiment s’énerver, qui trouvent cela agréable, plaisant ? N’est-ce pas plutôt vous qui trouvez que leurs motifs d’énervement ne sont pas valables ? Dans ce cas, comment pouvez-vous vous permettre de juger de l’énervement de quelqu’un, et décréter tout seul ce qui vaut de s’énerver ou non ? Qui êtes-vous, pour ériger votre seuil d’énervement en norme universelle ?

Je le dis sans agressivité. 🙂 J’essaie juste de montrer que les choses ne sont pas si simples que vous les présentez et que, quelque part, peut-être êtes-vous un peu prisonnier de certaines représentations.

Vous dites encore : « je n’accepterai pas non plus de me faire allumer sous prétexte ensuite que « j’ai mes règles alors c’est comme ça, et toi de toute façon tu ne peux pas savoir ce que c’est parce que t’es un homme » ». Je vous rejoins : chacun, en société, devrait être capable de faire la part des choses. Personne ne devrait avoir à subir la mauvaise humeur d’une personne sans en être la cause. Mais vous avouerez que, homme ou femme, peu de gens sont capables de faire systématiquement la part des choses et l’énervement dans un domaine se prolonge ou se répercute souvent sur d’autres et sur d’autres gens.

Cela étant, c’est vrai aussi que certaines femmes ont des règles très douloureuses. Elles deviennent alors comme n’importe quelle personne qui a mal à la tête, au ventre, au dos… : dans une situation de douleur physique plus ou moins intense qui prend parfois beaucoup de place et rend moins tolérant(e) (au bruit, à la lenteur, à certaines remarques, que sais-je). Mais, si vous êtes honnête, vous reconnaîtrez sans doute que le nombre de femmes qui vous envoie purement et simplement bouler tous les mois sans exception, une semaine par mois est quand même extrêmement minime. Pour les autres, qui sont de mauvaise humeur de façon ponctuelle, vous l’avez dit vous-même : cela arrive à tout le monde.

Tout d’abord, merci pour la réponse.
Oui, on peut se laisser aller, s’emporter pour des raisons absolument idiotes. Cela ne veut pas dire que l’on éprouve du plaisir à s’énerver, mais plutôt qu’on commence à avoir l’impression que le monde tourne autour de nous et de nos petits problèmes quotidiens. « Peu de gens sont capables de faire systématiquement la part des choses ». C’est tout à fait vrai, et valable pour chaque être humain à un moment ou un autre de son existence.
Finalement, le problème avec la question « T’as tes règles ou quoi ? », c’est qu’elle élimine d’office toutes les autres possibilités pour lesquelles la femme concernée est énervée !
En effet, je juge si la colère qu’une personne porte à mon égard est fondée ou non. C’est important mais difficile d’avoir la réponse. Ce qui peut s’avérer délicat, c’est de reconnaître si la personne est juste mal lunée, ou si nous sommes en effet le con dans l’histoire…
Demander à une femme si elle a ses règles, c’est également terriblement indiscret…
C’était certainement mal formulé : « les règles deviennent pour certaines femmes le bon prétexte à leur mauvaise humeur ». En fait, quand on est de mauvaise, on n’a pas tellement envie d’être embêté, « qu’on nous fasse chier ». Parfois, le simple fait qu’on nous adresse la parole nous ennuie déjà. Ça, je peux le comprendre. Je n’aime juste pas qu’on m’énumère ensuite la liste de chaque petits problèmes. Chez certaines filles (le but ici n’est pas de faire une généralité), la remarque « fais pas chier, en plus j’ai mes règles » existe bel et bien, même si c’est plutôt rare.
En fin de compte je me plains, mais tout ça n’a que peu d’importance. En fait, j’ai atterri ici parce qu’on m’a accusé d’avoir eu une réaction de macho en posant cette question. Quand je l’ai posée, ma sœur m’a d’abord répondu oui (toujours sur un ton agacé). Je me suis alors dit que c’était certainement pénible, qu’elle avait mal à la tête, au ventre ou je ne sais quoi. Je ne cherchais pas à la discrédité d’aucune sorte, juste à comprendre… De manière un peu rustre, je l’avoue.

[…] de clichés cet article, je te renvoie vers ce truc, que j’ai écrit il y a quelques temps : « T’as tes règles ou quoi ? » Menstruations féminines et colère légitime. J’aime bien rabâcher (il paraît que c’est la base de ma profession), mais il y a des limites […]

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