A quelques pas de là…

La Communication Non Violente (Consciente ou Empathique) de Rosenberg : une autre manière de se disputer

Posted on: 25/08/2013

Après 350 kilomètres, une tonne de meubles et d’électroménager déplacée et une demi-douzaine de coups de téléphones et de paperasse diverse, j’ai enfin emménagé dans mon nouveau « chez moi » ! Je n’ai pas encore internet à la maison, d’où la fréquence un peu erratique à laquelle je poste de nouveaux articles… Mais enfin, me voici !

 

Cette semaine, j’avais envie de m’éloigner un peu des sujets que je traite habituellement pour vous parler de la Communication Non Violente (CNV, aussi appelée Communication Consciente, ou Communication Empathique), mise au point dans les années 1970 par un certain Marshall Rosenberg. (1) Actuellement, elle est très utilisée par les thérapeutes de couple, les formateurs/trices intervenant au sein des entreprises… et dans certaines associations féministes mixtes (héhé). Concrètement, elle a pour but de favoriser la prise de parole de chacun(e) dans le respect du vécu et des expériences de toutes et tous. Par là-même, elle vise à diminuer les tensions et à favoriser la résolution des conflits.

 

A ce stade de la lecture de mon article, Saint Thomas derrière son écran est en train de s’agiter : « Ouais, OK, donc Marshall Rosenberg, il fait de la communication et il est pour la paix dans le monde. Et concrètement, ça marche comment son bordel, à Miss France ? » J’y arrive.

 

Prenons une dispute lambda :

« On fait toujours ce que tu veux, lors de nos loisirs ! Tu dois toujours tout diriger ! Je n’ai jamais mon mot à dire ! J’en ai assez de vivre avec un(e) dictateur/trice ! »

Ajouter à volonté des assiettes qui volent, des portes qui claquent, des crises de larmes et/ou le ton qui monte.

 

J’en vois deux-trois qui s’y reconnaissent… Eh bien Madame, Monsieur, avec Marshall Rosenberg dans la pièce, ça se passerait un tantinet différemment. Décryptage.

 

En théorie, Rosenberg définit la Communication Non Violente comme une manière de communiquer particulière, qui vise deux objectifs principaux :

  • Se libérer de ce qu’il appelle le « conditionnement culturel », c’est-à-dire la tendance à porter un jugement, à catégoriser les choses qui nous sont rapportées en termes de « C’est vrai » ou « C’est faux » ;
  • Se mettre en lien avec soi-même, c’est-à-dire prendre conscience de ce que nous ressentons et désirons vraiment, au-delà des émotions instinctives que peuvent être la colère ou la tristesse.

 

Dans la pratique, cela se traduit par un changement dans la manière de communiquer, en évitant les remarques subjectives (« Tu es toujours en retard », « Tu ne range jamais tes affaires »), qui sont aussi, souvent, des jugements définitifs et absolus (« Tu es égoïste », « Tu es immature »). A l’inverse, la Communication Non Violente préconise de ne faire que des observations objectives, rattachées à un cas précis (« Tu es arrivé avec une demi-heure de retard à notre rendez-vous d’hier », « Tu as laissé traîner ton pantalon sur le canapé ce matin »). Elle recommande également de ne parler que de ce que l’on ressent, soi, personnellement (« Je me sens frustré(e)/en colère/triste/impuissant(e)…). (2)

 

Aux couples qui ont de gros problèmes de communication, et aux équipes professionnelles qui pourraient améliorer leur manière d’échanger, les formateurs/trices et thérapeutes demandent donc de modifier la façon de construire leurs phrases pour les faire correspondre au schéma suivant :

  • Observation : Décrire la situation à l’aide de termes objectifs. Ex : « Tu n’as pas été faire les courses hier. »
  • Sentiments : Décrire les sentiments et réactions provoquées en nous-mêmes par cette situation. Ex : « Cela m’a mis(e) en colère et m’a rendue triste en même temps. »
  • Besoin : Exprimer ses besoins en des termes les plus clairs et précis possibles. Ex : « J’ai besoin que la corvée des courses soit partagée entre toi et moi, alternativement. »
  • Demande : Formuler une demande précise, concrète et réalisable dans l’instant. Ex : « Pourrais-tu aller faire les courses aujourd’hui ? » (3)

 

La dispute classique de tout à l’heure change alors de ton et devient :

« La semaine dernière, les deux films que nous avons été voir étaient des films que tu avais choisis, et qui ne me plaisaient pas. J’ai été frustrée de devoir dépenser de l’argent pour aller les voir. J’ai été triste que tu ne veuilles pas aller voir le film XXX avec moi. J’aimerais que l’on s’efforce d’alterner entre tes centres d’intérêts et les miens. Peut-on aller voir le film XXX ce weekend ? »

 

Il est alors plus facile d’accéder à une demande ponctuelle (voir un film particulier), dans le cadre de besoins clairement identifiés (partager les loisirs), que de résoudre le problème général rattaché à : « Tu dois toujours tout diriger. » Par ailleurs, le recours aux observations objectives et au ressenti personnel, évite des batailles sans fins à coups de cas particuliers qui ne reflètent pas forcément la situation au quotidien : « C’est faux ! C’est toi qui a choisi la destination de nos vacances ! », ou les reproches qui s’accumulent pour éviter de faire face à la demande initiale : « Et toi, alors, tu n’as aucun ordre et ne retrouve jamais tes affaires sans mon aide ! »

 

Le but est se sortir d’une situation de dialogue dans laquelle le jugement et la critique tiennent la part la plus importante. Selon Marshall Rosenberg, cela permet d’éviter les luttes de pouvoir, dans lesquelles la seule alternative est la domination ou la soumission.

 

Je ne sais pas si ça fonctionne vraiment, mais ça ne peut pas être pire que de s’appeler régulièrement par des noms d’oiseaux !

 

Notes :

  1. Marshall Rosenberg, psychologue américain, fut l’élève d’un autre psychologue américain, Carl Rogers, célèbre pour avoir théorisé une méthode d’écoute active et empathique que de nombreux thérapeutes utilisent aujourd’hui.
  2. Les principes de la Communication Non Violente mettent en garde contre de « faux sentiments », c’est-à-dire les phrases qui semblent exprimer des sentiments, mais contiennent en réalité des jugements (« J’ai l’impression que tu ne me respectes pas. ») ou des interprétations du comportement d’autrui (« Je me sens seule, abandonnée, quand tu oublies d’aller chercher les enfants à l’école »). De manière générale, la CNV préconise le recours à des phrases qui ne font pas intervenir le « tu », et à des sentiments « exclusifs » : la tristesse, la peur, la colère, la frustration…
  3. La CNV recommande d’éviter les demandes négatives (« je voudrais que tu arrêtes de… », « je voudrais que tu ne fasses pas… ») pour privilégier les demandes positives (« je voudrais que tu fasses… », « je voudrais que tu ailles… »)
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