A quelques pas de là…

Magazine ELLE de septembre 2013 : viagra féminin et publicité à gogo

Posted on: 17/09/2013

source : jewanda-magazine

source : jewanda-magazine

Etant allée me fendre la poire à l’interview d’Aldo Naouri par Valérie Toranian, grande prêtresse de chez ELLE (je vous prépare d’ailleurs un article là-dessus. Ca va s’intituler : « Regardez-moi comment que j’suis modeste, Aldo Naouri par lui-même. »), ayant assisté à la conf’, donc, j’ai eu la grande joie de me voir remettre gratuitement un exemplaire du magazine ELLE de ce mois de septembre 2013.

 

Vous en rêviez, je l’ai fait. Hop, hop, hop, je vous le débrif’ pour pas cher.

 

ELLE regarde la pub

 

Elle septembre 2013 viagra féminin révolution sexuelle sexismePremier constat, sur 191 pages (première et quatrième de couverture incluses), j’ai pu dénombrer 86 pages de pubs « pures », soit un bon 45% du papier glacé qui n’est consacré qu’à nous refourguer des trucs.

 

Suivent ensuite 21 pages de pubs « déguisées », qui, sous prétexte de nous expliquer avec gentillesse « Comment se faire des ongles en amande » (p. 160), en profite sournoisement pour nous conseiller d’acheter la Luna Lime de chez Agnès B., 17,90€ la lime à ongles. En période de crise, 18 boules dans une lime. Normal, ça choque personne.

 

On continue le décompte, et on se coltine ensuite 28 pages de « photoshoots », c’est-à-dire de filles dans des positions bizarres, avec des vêtements bizarres ; pages qui ont comme unique but de nous faire acheter les dits fringues. Au hasard, on a cette photo :

 mannequin elle pull oversize jupe ridicule sexisme

 

Parce que c’est vrai que c’est tellement tendance de se tenir voûtée avec un pull trop grand pour soi et les cheveux dans le col. Et que, si on regarde sa position, au pauvre porte-manteau humain de cette photo, elle est quand même sur la pointe des pieds, avec le dos rond et une main entre les cuisses. Ordinaire. Moi aussi quand j’attends le bus, j’fais ça.

 

L’un dans l’autre, on arrive à un bon 70% de publicités dans les pages de ELLE, ce qui fait que sur 2,20€ (prix de vente du magazine), nous faisons à chaque fois un don de 1,55€ à Chanel, Dior, Séphora & Co. Etant donné que ces marques sont vraiment en difficulté en ce moment, c’est vrai que c’est un beau geste.

 

ELLE a l’esprit obtus

 

source : slate

source : slate

Quid du contenu, alors ? Eh bien ça commence déjà très très bien en p. 11, puisque l’auteure de l’édito nous explique que, alors qu’elle rédige sa chronique, sa fille se sert de la machine à coudre familiale pendant que son fils de 13 ans regarde les photos à poil de Léa Seydoux dans LUI. Normal, on vous a dit. On est en 2013 et ça ne choque TOUJOURS PERSONNE.

 

Plus loin, p. 26, un mini-riquiqui-toutpetit encart sur « Pauvreté, Les femmes d’abord », qui, en douze lignes chrono, voudrait nous faire un topo de la situation de précarité dans laquelle se trouvent certaines femmes. Et, comme d’habitude chez ELLE, on termine par des propos tout à fait acceptables : « Nous espérons beaucoup, dit Malika Tabti, secrétaire nationale du Secours Populaire, du projet de loi qui devrait amener les Caisses d’Allocations Familiales à se substituer aux pères qui ne paient pas leur pension alimentaire. » Oui, ben bien sûr, quoi de plus cohérent. Lorsqu’un homme met au monde un enfant, puis décide de ne plus vivre avec la mère de cet enfant, il est parfaitement normal et juste qu’il n’ait pas à l’assumer (après tout, à quoi servirait la mère, sinon ?) et que l’ensemble de la collectivité paye pour se substituer à lui.

 

source : streetluxe

source : streetluxe

On continue, p. 34, pages « polémique ». Et là, on s’attend à du lourd, m’voyez. On n’est pas dans Biba, on fait du journalimsme, nous, M’sieurs-Dames. Et la polémique de la semaine, version ELLE, je vous le donne en mille : « Pour ou contre la coupe mulet ? » Ahhhh voilààà. Ca, c’est le débat qu’on attendait ! Et dans la colonne, « pour », on peut lire : « L’idée reçue qu’une fille doit avoir les cheveux longs, elles s’en fichent comme de leur première paire de bas résille. » Eh oui. Rebelles, mais pas trop. Elles ont le droit de couper leurs cheveux comme elles veulent (ça donne du travail aux coiffeurs/euses), mais en revanche, qu’elles n’aillent pas s’imaginer qu’on peut survivre sans bas résille. Ouuuh làlà, non !

 

On passe, on passe, mais on s’arrête quand même sur la chronique du délicieux Nicolas Bedos (qui, pour rappel, avait quand même traité de « pute » et de « salope » une spectatrice du public d’une émission de télévision qui avait osé lui dire qu’elle n’avait pas aimé son livre). Et on lit : « Mon premier choc fut de m’apercevoir que les copines de ma sœur […] avaient toutes un bébé dans les bras ! […] Du coup, je m’oblige à considérer ces nourrissons deuxième génération sous un angle philosophiquement libidineux, envisageant déjà les sublimes paires de loches qui pousseront, plus vite qu’on ne le croit, sur ces torses de naines. » Donc là, on bien est d’accord, Nicolas Bedos fantasme sur des nourrissons. Et toujours personne pour bouger une oreille.

 

source : mikamandine

source : mikamandine

Aucun rapport avec ce que je viens de dire sur N. Bedos, hein, mais alors aucun, mais je suis prise d’une envie subite, là, tout de suite maintenant. Je vous caserais bien la définition de l’apologie de la pédophilie, tiens. Juste pour rigoler un coup, puisqu’il est évident que Bedos fait du second degré :

Le terme d’apologie de la pédophilie recouvre l’ensemble des actions, écrits et prises de position ayant visé à faire accepter socialement la pédophilie ou simplement à en faire l’éloge.

Voilà, ça, c’est dit.

 

Viagra féminin, une révolution sexuelle ?

 

Et enfin, le clou du numéro, le reportage sur le « viagra féminin », en test dans un certain nombre de laboratoires américains. Ami(e)s des clichés, bonsoir, laissez-moi vous présenter « D.G. », auteur(e) de l’article et maître(sse?) en la matière.

 

« Il faut d’abord saluer l’exploit technique car le désir féminin, bien plus complexe que le désir masculin, met en jeu de multiples

source : cergyrama

source : cergyrama

hormones. » Eh oui. La femme, ce jardin sauvage au désir complexe, alors que l’homme, ce benêt, se contente de ruer dans les brancards sans pouvoir se retenir. Mention spéciale à l’amalgame : le viagra masculin n’a rien à voir avec le désir masculin. Il se contente de rendre la chose « techniquement » possible. Nulle doute qu’une pilule miracle pour donner envie aux hommes serait tout aussi compliquée à élaborer. Mais encore une fois, personne ne s’en soucie, puisque les hommes ont systématiquement envie, et qu’il n’y a que la mécanique qui coince. Les femmes, c’est différent. Elles viennent de Vénus, après tout.

 

« Longtemps, on a cru à une nature féminine monogame par essence », jusque dans les colonnes de ELLE de ce même numéro, où N. Bedos (toujours lui) foudroie en quelques lignes la maman de la petite fille sus-citée, qui a eu le mauvais goût d’avoir plus d’aventures que lui à la même époque : « Qui eût cru […] qu’elle deviendrait, au sortir d’un bac L (voilà, ça c’est bien. Une fille, ça lit des livres et ça reste calme.) la plus grosse nympho de Paris, cumulant les liaisons de trois minutes […] ? […] C’est à la débauche que tu dois ta naissance (il parle à l’enfant) – étant entendu que si, l’été dernier, ta mère s’est lavée l’âme sous le jet spermatique de ton père, c’est pour faire oublier son penchant pour la gnôle et les bites médiatiques. » Et voilà. C’est ça, un homme, un vrai. C’est vulgaire et ça rabaisse les femmes qui en font autant.

 

On continue l’article « viagra ». « Et qu’en pensent les hommes ? Dans les cabinets des sexologues, ils sont de plus en plus

source : gentside

source : gentside

nombreux à craindre de ne pas contenter leurs compagnes. » Tu m’étonnes. Avec la pression qu’ils subissent tous les jours, cette obligation d’action, de résultats, de performances, y compris sexuelles, on serait angoissé à moins. C’est pour ça que je ne conçois pas le féminisme comme une libération uniquement féminine. Il s’agit aussi de vivre dans une société dans laquelle les hommes ne ressentiraient plus cette pression sociale qui les oblige à donner, à produire, à réussir, et toujours plus, et toujours mieux, sous peine de se voir socialement dévalorisés.

 

« Aussi fou que cela puisse paraître (pour qui, on ne sait pas. Pour les lecteurs/trices de ELLE désinformé(e)s tous les mois, sans doute), les hommes peuvent éjaculer sans jouir. […] » Et plus loin : « Les doutes ou la peur d’un jugement peuvent entraîner des troubles érectiles immédiats et profonds. » Ah ben ça alors ? Les hommes ne seraient pas des machines à sexe ? On nous aurait donc menti ?

 

Mais attention, le progressisme de ELLE s’arrête là. Parce qu’en fait, si les hommes se sentent moins bien dans leur peau et donc au lit, ça s’rait la faute de ces vilaines femmes castratrices qui refusent de rester à la maison élever sagement des enfants : « Alors que les femmes s’affirment, les hommes deviennent moins solides. […] Ce qui a un impact sur la sexualité des hommes. […] La fonction masculine étant de combler, dans tous les sens du terme, les voilà terriblement démunis lorsque ce n’est plus systématiquement le cas. Surtout face à des femmes toujours plus indépendantes et affirmées […]. »

 

source : aufeminin

source : aufeminin

Et voilà. Donc si, mesdames, vous vous mettiez en tête de prendre le viagra féminin, gardez bien en mémoire que vous ne le faites pas pour avoir, vous, une sexualité épanouie. Que nenni ! Il s’agit uniquement pour vous de rassurer l’ego de votre homme, qui se sent mal à l’aise (mais si, messieurs, puisqu’on vous le dit. Vous êtes mal à l’aise.) depuis 15 ans (‘achement précis les reportages dans ELLE. Il y a tout pile quinze ans PAF !! les hommes ont commencé à se sentir mal à l’aise, dites donc), c’est-à-dire depuis le « chancellement de la domination masculine ».

 

Bien-bien… 191 pages de ELLE plus tard, il ne me reste plus qu’à attendre que les ventes de ce magazine pourri chancellent elles aussi…

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