A quelques pas de là…

Roman Polanski au Journal de 20h de France 2 : a-t-il pardonné à la fille qu’il a violée ?

Posted on: 11/11/2013

Cette semaine, dans la série « Mais dans quel monde vit-on ? », l’interview de Roman Polanski par Laurent Delahousse. Cette interview intervenant quelques jours à peine après la publication d’une « Vie De Merde » relatant un viol sous prétexte d’ « humour », il faut vraiment avoir le cœur bien accroché pour ne pas envoyer valser son téléviseur au loin.

Pendant que certain(e)s d’entre vous se mettent à jour en visionnant ce monument de complaisance malsaine, un petit rappel concernant « l’affaire Polanski ».

En 1977, Samantha Gailey, mineure de 13 ans, accuse Roman Polanski de viol. Alors qu’elle participait à une séance photo pour l’édition française du magazine Vogue (on passera sur le bon goût de ce magazine et le choix de mannequins âgé(e)s de 13 ans pour ses pages « mode »), Roman Polanski lui aurait fait boire du champagne et lui aurait administré un sédatif, avant de la sodomiser. (On passera également sur l’attitude de l’ensemble des personnels présents, qui sont partis, tranquille Mimile, en laissant la gamine là au lieu de s’assurer qu’elle rentrait chez elle en un morceau.)

Bref, deal avec le D.A., équivalent étatsunien du procureur de la République, et voici notre Roman plaidant coupable

de rapports sexuels avec une mineure, en l’échange de quoi les chefs d’accusations de fourniture d’alcool et de médicaments à caractères de drogue à une mineure, d’acte lubrique envers une personne de moins de 14 ans (Polanski a pris une photo du buste de la jeune fille nue), de viol sur mineure, de viol avec usage de drogue, de copulation orale et de sodomie ont été abandonnées. La mère de la jeune Samantha a préféré ce compromis, qui évitait à sa fille de comparaître devant un tribunal, et par la même occasion la dispensait de toute la chaîne de témoignages, interrogatoires, accusations de la partie adverse, etc. qu’elle aurait dû subir. Et donc, comme c’est l’usage aux Etats-Unis, une caution est fixée. Roman Polanski paye la somme demandée, en l’échange de quoi il reste libre jusqu’à son procès.

Mais le petit père n’ayant pas dit son dernier mot, au lieu d’attendre tranquillement que les hommes en bleu viennent le chercher, il s’embarque pour le pays de Voltaire (le nôtre, pays des droits de l’homme, itou), dont il est citoyen depuis un an. Entre 1978 et 2007, la justice américaine adressera neuf demandes d’extraditions aux différents Etats visités par le Sieur Pol-Pol au cours de ses vacances. Parmi ces Etats, la France, qui refuse comme tous les autres de renvoyer l’homme.

En 2009, Roman Polanski se rend, peinard, à un festival suisse. Et HOP, le v’là sous les verrous. Là, tollé en France dans le petit monde du cinéma. En juin 2010, quatre cent (QUATRE CENT !!) personnalités signent une pétition pour le soutenir. « Comment ? On voudrait renvoyer Ro-Ro aux States ? Pour qu’il assiste enfin à son procès ? C’est un scandale ! Depuis quand un violeur doit-il être jugé pour ses actes ? Scan-da-leux ! » (C’est marrant, ça me rappelle un autre tollé pour une autre affaire d’agression sexuelle impliquant les Etats-Unis et un citoyen français… mais laquelle ?)

Entre temps, en mai 2010, l’actrice Charlotte Lewis, ayant travaillé sous sa direction pour Pirates, l’accuse d’avoir abusé d’elle « de la pire des façons » lorsqu’elle avait 16 ans… Finalement, en juillet, la ministre suisse de la Justice change d’avis et laisse Polanski libre de ses mouvements, renonçant à l’extrader. Depuis, un mandat d’Interpol court toujours. Les seuls pays où Polanski peut donc circuler librement à ce jour sont donc la France, la Pologne et la Suisse. C’est dans ce genre de moments que je suis fière d’être Française.

Le cadre étant posé, passons à linterview scandaleusement complaisante de Laurent Delahousse :

L’invité de 20h30 le dimanche, c’est une star controversée. La double vie de Roman Polanski, le cinéma et les succès, 7 Césars et 3 Oscars, et puis le destin tourmenté, les blessures du ghetto de Cracovie et le parfum de scandale avec notamment la fuite des Etats-Unis.

Oui, la fuite, d’accord ; le scandale, OK. Et prononcer le mot « VIOLEUR », c’était trop demander ? Ou, à défaut, « rapport sexuel avec mineure de moins de 15 ans » ce qui, aux yeux de la loi américaine, revient à un viol (« statutory rape ») puisque les jeunes gens de cette catégorie ne sont pas considérés comme capable de consentir à un rapport sexuel. Ah, ça non. Aucun média ne va vous le dire. Parce qu’expliquer aux téléspectateurs et téléspectatrices que Polanski est accusé de viol sur mineure, c’est moins glam’ que « 7 Césars et 3 Oscars ».

(LD) :Votre cinéma a fait l’objet de beaucoup de commentaires, et votre vie un peu trop, vous trouvez ?

(RP) : Je trouve, oui. Vous trouvez pas ?

(LD) : Ca vous a fatigué ? Blessé ? Usé ?

(RP) : Tout ça.

Non mais… Non mais… Les bras m’en tombent, les mots me manquent… Et la jeune femme qu’il reconnu avoir

violée, on lui demande comment elle va ? Fatigué ? Blessé ? Usé ? Un violeur ? Parce qu’on a lui renvoie son acte en pleine gueule ? Mais c’est le minimum, non ?

Plus tard, un petit reportage revient sur sa carrière et sa vie.

Sa carrière sera ponctuée […] d’ennuis judiciaires. 1978, la fuite des Etats-Unis après une affaire de mœurs. En 2009, son arrestation en Suisse pour la même affaire. […] 25 ans et 2 enfants, Roman Polanski a enfin trouvé la paix auprès de son épouse.

Je crois que c’est une blague, en fait. C’est ça. On doit vouloir tester ma résistance au stress. Une affaire de mœurs ? On parle d’un VIOL sur une gamine de 13 ans, les cocos, on s’réveille ! Viol pour lequel, rappelons-le, il a plaidé coupable.

Il a « enfin trouvé la paix » ? Et la môme de 13 ans, la petite Samantha de l’époque, quelqu’un lui a demandé si elle avait trouvé la paix ? Si les cauchemars s’étaient estompés ? Si les douleurs l’avaient quittée ? Si elle avait cessé de pleurer la nuit, en se demandant ce qu’elle avait fait de mal pour que ça tombe sur elle ? Quelqu’un a essayé de savoir combien de temps il lui avait fallu pour accepter qu’on la touche ? Pour faire confiance ? Pour aimer ?

(LD) Vous avez traversé beaucoup de tempêtes. […] Vous n’avez jamais aimé le parfum de scandale qui vous entourait, ou parfois vous vous êtes dit « C’est enivrant, ce parfum-là » ?

(RP) J’aurais très bien pu m’en passer.

Oui, en même temps, Samantha aussi elle aurait bien pu s’en passé, de l’alcool, des médocs, et de ton sexe dans son anus à l’âge de 13 ans. C’est pas toi qu’on a forcé, mec, il faudrait veiller à arrêter d’inverser les rôles.

Vous en voulez encore à l’Amérique ? A l’Amérique qui a pu, elle aussi, vous en vouloir, puisque vous lui avez échappé, puisqu’il y a eu cette affaire ? […] Au coeur de cette affaire, il y avait une jeune femme, Samantha Gailey, la jeune femme qui a sorti un livre récemment. Elle vient d’écrire qu’elle vous pardonnait. Vous lui avez adressé ce pardon, vous ?

PARDON ? Je m’étrangle. Il vient de lui demander s’il a pardonné à la fille qu’il a violée, là, où j’ai mal compris ?

Réponse de Polanski :

Je peux vous dire que ça fait longtemps qu’il n’y a pas d’amertume entre nous et que de temps en temps, nous échangeons quelques mots.

Ouiiii, mais bien sûr. Et le dimanche, elle vient boire le thé à la maison, nan ? « Il n’y a pas d’amertume entre nous ». Tu veux dire que tu lui en veux pas de l’avoir violée ? Pauvre mec.

En conclusion, Polanski sort un film, « La Vénus à la fourrure ». J’encourage donc naturellement tous les lecteurs et

source : aeoluskephas

Source : aeoluskephas

toutes les lectrices de ce blog à NE PAS Y ALLER et à lui faire un maximum de CONTRE PUBLICITE. Par ailleurs, comme tous les films produits en France, j’ajoute que celui-là a probablement bénéficié de subventions. Payées avec l’argent de mes impôts. Attendez-moi là, je reviens. Le temps de hurler ma colère à un monde qui s’en fout.

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6 Réponses to "Roman Polanski au Journal de 20h de France 2 : a-t-il pardonné à la fille qu’il a violée ?"

ai je bien lu? il a plaidé coupable? et il ne s’est pas encore tiré une balle dans la tête; ravagé de honte, regrets, …..?… et personne d’autre ne s’en est chargé à sa place , non plus?… ahh, bon d’accord! no comment alors !

Mais oui !! Je cite le Washington Post du 10 août 1977 :

Polanski, 43, pleaded guilty to one of six charges facing him, thereby avoiding a trial.

The movie director was allowed to plead guilty to a lesser charge of engaging in unlawful sexual intercourse with a minor at the request of the girl’s mother, who wanted to protect her daughter from the publicity expected to accompany such a trial.

Je n’arrive toujours pas à comprendre comment il a pu traverser les années sans qu’AUCUN journaliste ne lui pose cette question ! Mais je n’arrive pas non plus à comprendre comment QUATRE CENT personnalités du cinéma & co. arrivent à lui trouver des excuses ! Et pourquoi la Ministre suisse de la Justice a changé d’avis. Cette affaire est tout bonnement incroyable !

Et quel message envoyé aux 75000 victimes de viol chaque année !

Remarquez que cette larve de Delahousse s’est prudemment aplatie ce 11 novembre, envoyant au feu une comparse, Isabelle Horlans, lui servir la soupe : https://twitter.com/IsaHorlans/status/399934477428068352. (Les femmes sont souvent les plus indulgentes en matière de viol – voir l’affaire Tristane Banon, et toutes les furies qui se sont déchaînées contre elle.) La Horlans n’hésite pas à réécrire l’interview. Après les « Ça vous a fatigué ? Blessé ? Usé ? » et le « Vous en voulez encore à l’Amérique ? » honteux de complaisance, il n’y a pas d’autre sens à donner à « Vous lui avez adressé ce pardon, vous ? » que celui que tout le monde ou presque a compris sur le moment. Pour Horlans et Delahousse, demandez pardon pour un viol se ferait sur le ton badin « Pardon ? »…

Notez aussi le silence assourdissant des médiats. (Comparez par exemple avec le tintamarre actuel et ses standing ovations quotidiennes pour une banane.) Normal, me direz-vous, ce sont les 400 signataires.

Je ne pense pas que « les femmes [soient] souvent les plus indulgentes en matière de viol ». Cela me semble être un tort malheureusement partagé par hommes et femmes. Mais si vous avez des chiffres prouvant le contraire, n’hésitez pas. 😉

Isabelle Horlans (et d’autres) se servent commodément de la tournure alambiquée de Delahousse, qui s’est peut-être rendu compte de l’énormité de ce qu’il disait, au moment même où il le disait : « Vous lui avez adressé ce pardon ? » Or, dire que l’on demande pardon, c’est adresser des excuses. La formulation actuelle est inhabituelle mais, dans le contexte, son sens est très clair : « Vous lui avez adressé ce pardon ? » = « Vous lui avez pardonné de vous avoir fait vivre ce « tourbillon médiatique » ? » = « Vous lui avez pardonné d’avoir porté plainte pour viol ? » = « Vous lui avez pardonné de l’avoir violée ? »

Effectivement, le silence des médias est aussi incompréhensible que scandaleux. Cela étant, je n’irai certainement pas leur reprocher de couvrir les insultes dont Taubira est victime, qui sont honteuses. Mais quand on invite Polanski, en tant que journaliste, on peut peut-être aussi faire son métier, utiliser son cerveau, poser les bonnes questions et surtout, surtout, avoir un minimum d’éthique, de dignité et de conscience professionnelle.

[…] que les agressions sexuelles et les viols commis par DSK sont devenus « des frasques », que le viol commis par Roman Polanski et pour lequel il a, rappelons-le, plaidé coupable, est devenu « une affaire de mœurs ». Ça, mesdames et messieurs, cela s’appelle la […]

[…] silencieuse sur le sujet, m’a récemment demandé ce que j’en pensais. Il se trouve que j’ai eu l’occasion d’aborder le sujet sur ce blog, lorsque le réalisateur avait été invité par Laurent Delahousse au journal télévisé de […]

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