A quelques pas de là…

« On va s’gêner » sur Europe 1 : quand la bande à Ruquier trouve que le viol, c’est rigolo

Posted on: 19/06/2014

Vendredi dernier, par un beau jour de grève SNCF, coincée comme des milliers de Français(es) dans un train bondé, j’écoutais pour me distraire le « Best Off » de l’émission de Laurent Ruquier : « On va s’gêner », sur Europe 1.

 

Un passage de ce podcast du 9 juin 2014, toujours disponible sur le site internet de la radio, m’a fait écarquiller les yeux tout grands et j’aurais crié au scandale si je n’avais pas été dans un lieu public. J’avais l’habitude d’écouter cette émission de divertissement il y a quelques années, et puis j’ai un peu arrêté, gênée que j’étais par les blagues récurrentes relevant en réalité du sexisme, de l’homophobie, du racisme, et du dénigrement des gros, etc. Bref, un ramassis de clichés qui honore peu ceux qui se réclament du titre d’ « humoristes » ou d’amuseur/amuseuse.

Mais étant donné le contexte, j’avais décidé de donner une seconde chance à l’émission, pensant qu’elle m’aiderait à supporter le trajet. Je vous livre donc une transcription fidèle des propos des un(e)s et des autres, agrémentée de mes commentaires révoltés, en gras.

 

Laurent Ruquier : A Moirans-en-montagne, que se passe-t-il, dont tout le monde parle, là-bas ?

Caroline Diament : C’est horrible. On dit qu’un prêtre à violé une handicapée, et tout le village soutient et dit que le prêtre serait incapable de faire ça.

Ruquier : Bonne réponse de Caroline Diament ! Il est déjà parti le prêtre, hein. Il a déjà quitté le village, la paroisse du

Haut-Jura, de Moirans-en-montagne. Je veux en parler parce que je trouve ça tellement effarant ce que j’ai pu lire dans cet article signé Louise Colcombet dans Le Parisien… Effectivement, le curé de Moirans-en-montagne, le père Lagnien (on va donner son nom, tant qu’à faire, on sait jamais, s’il traîne quelque part) était connu du village de 2400 habitants et puis il a été éloigné par les autorités du diocèse pour un motif bien embarrassant. Il a 69 ans aujourd’hui, et il est accusé effectivement d’avoir violé une de ses fidèles, une femme on va dire, un peu trop… psychologiquement souffrante…

Pierre Bénichou : Ah, c’est les meilleures !

Tous : Ha ha ha ! [Pardon ? C’est ça, l’humour de la bande à Ruquier ? Mais ça n’est pas drôle, ça, Monsieur Bénichou. C’est une blague idiote qui minimise l’impact de quelque chose d’aussi traumatisant que le viol, pour le réduire à une simple partie de jambes en l’air. C’est nier complètement ce qu’à vécu la victime, pour se concentrer sur le brave gars qui a réussi à tirer son coup… en la violant. Bravo.]

Ruquier, riant aux éclats : Non, Pierre, Haha, une dévote, qui allait à la messe régulièrement (rires qui continuent)[Mais quelle hypocrisie, Monsieur Ruquier !]

Bénichou, au milieu des éclats de rire : Tu vois bien ce que je dis

Ruquier : Elle a presque 40 ans, elle habite chez sa maman dans le village (les rires se calment), et elle vit de l’allocation adultes handicapés. Alors jusque là, ça paraît tragique et ça l’est, je suis absolument d’accord (nouveau rire de Caroline Diament) [???]. Le curé a été accusé, il est parti, le diocèse l’a éloigné. Mais alors, il y a tout le village qui regrette le curé. C’est ça, moi qui m’épate. Par exemple, ils ont interrogé Jeanne, 89 ans. Elle a dû se marrer la journaliste qui est partie là-bas dans le Haut-Jura, dans le petit village, parce qu’on sent quand même qu’elle prend du plaisir à récolter les témoignages des uns et des autres dans le village, qui paraissent hallucinants. [Ce qui est hallucinant, c’est qu’on puisse « prendre du plaisir » à entendre, puis retranscrire la montagne d’horreur qui va suivre.] C’est-à-dire que vous avez une dame de 89 ans, elle s’appelle Jeanne, elle dit : « A ce qu’on m’a dit… » Là, j’aime bien quand ça commence comme ça, moi (rire dans la voix). « A ce qu’on m’a dit, c’était une fille dont personne ne voulait. » (grands éclats de rire généralisés) C’est-à-dire que nous on dirait ça, on serait accusé de sexisme… [Et ce serait mérité ! Et le fait que ce soit une femme qui prononce ces paroles ne les rend pas plus acceptables ! Non mais où va-t-on ? Une femme handicapée mentale est violée, mais il faudrait presque qu’elle remercie son violeur d’avoir introduit son pénis en elle sans son consentement parce que, vous comprenez, comment aurait-elle survécu si elle n’avait pas connu la Sainte Pénétration ?]

Titoff : Tu vas voir que ça va être de sa faute… [Bingo.]

Ruquier, en riant : « Ah ce qu’on m’a dit c’est une vieille fille dont personne ne voulait. Elle l’a excité. (rires) Puis un homme est un homme, vous savez ! » [Alors ça, ça ne cesse de m’épater. En guise d’excuse pour les viols, on nous sort que : « Les hommes sont les hommes. » Il n’y a que moi que ça choque ? Et les autres hommes, qu’en pensent-ils ? Ça leur plaît de se faire traiter de violeurs, incapables de respecter le désir des femmes ? De sexe à patte qui ne réfléchit pas avant d’agir ? Mais c’est lamentable de sexisme !]

Diament : Oh non ! J’y crois pas.

Ruquier : C’est-à-dire qu’elle s’en fiche qu’il soit curé, elle dit : « Un homme, c’est un homme, hein ! » « Elle avait déjà approché le prêtre précédent, dit quelqu’un d’autre… »

Tous : Ahhh ! (éclats de rire)

Diament : Ah oui, c’est une traînée alors ! [Mais bien sûr. C’est un classique. Une femme a été violée, et on en est

encore, en 2014, à se demander et surtout à lui demander ce qu’elle portait, si elle l’a allumé, si elle l’a embrassé… Mais ON S’EN FOUT ! La fille peut porter une mini-jupe, un maquillage prononcé et s’être collé à lui toute la soirée ! Si elle ne veut pas, elle ne veut pas ! Point ! Et qu’on ne vienne pas me dire qu’elle « l’a cherché ». C’est inadmissible de sous-entendre que ça pourrait être, même un peu, de sa faute à elle.]

Ruquier, riant : « Mais lui, il l’a vue venir ! » (tous rient) Ah non mais c’est incroyable. Le témoignage humain dans ce genre de truc, moi ça m’épate.

Titoff : Trop drôle. [Ouais… C’est pas le qualificatif qui me serait spontanément venu à l’esprit, là.]

Ruquier : « Il l’a vue venir, lui, il s’est pas fait avoir. Là, c’est un coup de malchance ! » (Ruquier frappe sur la table.)

Jérémy Michalak : Il a glissé ! Ça arrive ! (rires) [Que c’est drôle. Faisons donc du violeur un type marrant, qui a fait une bonne blague, et tapons-lui dans le dos : « Ouais, mais en fait, t’as glissé, hein ! » Haha.]

Ruquier : « Là, c’est un coup de malchance, elle avait besoin de réconfort, et puis paf. Voilà. Il a peut-être fauté, mais il l’a pas violée, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? » (Ruquier frappe sur la table.)

Diament : Ah, donc elle était consentante, plus que consentante ?

Ruquier : Voilà ! « Il a été attiré par cette femme différente des autres ! » (tous rient)

Bénichou : Quelle horreur. [Apparemment, ça ne vous choque pas plus que ça, si on en croit vos prochaines interventions.]

Diament : Remarquez, c’est peut-être toutes des vieux croutons de 90 ans, effectivement, au milieu, 40 ans… [Mais oui… Et comme « un homme est un homme » est qu’elle est moins vieille que les autres, il a le droit ?]

Bénichou : Mais non, mais non… Elle aurait dû se rendre compte quand même : « Venez au presbytère… » Elle aurait dû penser quand même qu’il y avait quelque chose de bizarre. (grands éclats de rire) [Bien sûr. De même que, quand une femme rencontre un homme pour la première fois, après une discussion sur internet par exemple, elle n’a pas le droit d’aller chez lui directement. C’est à elle de faire attention, après tout. Ça n’est pas du tout à lui de ne pas la violer. Incroyable que ça soit encore de la responsabilité de la femme et qu’on lui demande de vivre dans la peur constante du viol, plutôt que de s’insurger de ce que des malades considèrent qu’une danse lascive ou le fait d’aller boire un verre chez eux fait que la relation sexuelle leur est due, et qu’ils ont le droit d’employer tous les moyens pour l’obtenir. Mais RIEN n’est dû. C’est clair, ça ?]

Steevy : On peut aller au presbytère et que ça se passe bien aussi.

Diament : Oui, il plaisantait. (grands rires)

Steevy : Moi, j’étais jeune garçon, j’ai été là-bas, il m’est jamais rien arrivé.

Ruquier : Et vous y êtes retourné quand même ? (grands éclats de rire) [Non mais allez-y, sous-entendez que, parce qu’il est homosexuel, il aurait bien aimé être victime d’un pédophile ! Mais où va-t-on ?]

Titoff : Le mec, il dit ça un peu déçu, tu sais…

Ruquier : Moi j’adooore ce genre de témoignage, parce qu’on se dit c’est pas possible d’entendre ça de la bouche de certaines personnes. Parce qu’il a reconnu, quand même, le prêtre.

Diament : Oui, ben j’imagine que l’Eglise ne l’a pas éloigné pour rien.

Michalak : Il a quand même eu des rapports sexuels avec elle ?

Ruquier : Ah oui. Il reconnaît pas qu’il y a eu viol et agression sexuelle sur personne vulnérable, puisque c’est ce dont il est

accusé, mais il dit « Oui, c’est vrai que j’ai fauté avec elle. On a eu une relation intime. » Ça, il l’a admis. [Et à aucun moment l’un des chroniqueurs de cette émission ne va souligner le fait qu’une personne handicapée mentalement n’est pas forcément en mesure d’exprimer son consentement, et qu’en plus de ça, le prêtre avait ascendant sur elle en raison de sa fonction ? C’est comme si un(e) enseignant(e) avait une relation sexuelle avec un(e) mineur(e) : le/la mineur(e) est trop jeune pour exprimer un consentement éclairé, qui plus est vis-à-vis d’une personne qui a autorité sur lui/elle. Ah mais non. On peut pas dire ça. Parce que c’est pas drôle. Alors que le viol sur handicapée, ÇA c’est un sujet marrant.]

Steevy : Quel est son handicap à cette jeune fille ?

Bénichou : Elle aime trop la bite ! [Et vous, votre handicap, c’est d’être un sacré *** Monsieur Bénichou.]

(Eclats de rire, tout le monde est hilare)

Ruquier, mort de rire : Ah non, Pierre ! Hahaha ! Alors là, je vous envoie direct à Moirans-en-montagne ! Non mais le pire c’est que c’est le ton de l’article !

Diament : Ah, j’ai cru que vous alliez dire « Le pire, c’est que c’est vrai. » (Grands rires) [Oui, parce que ça aurait été drôle, ça aussi.]

Ruquier : Le pire, c’est qu’on est dans l’article, on est au cœur des témoignages recueillis. Ben, ils aimaient leur prêtre en même temps, hein, voilà.

Michalak : Oui, bien sûr.

Ruquier : Ils sont prêts à tout lui pardonner, à leur prêtre. [Classique. Donc la parole d’un prêtre est plus valable que celle d’une handicapée mentale. Donc si ce prêtre « n’a pas pu faire ça » (on l’entend souvent), c’est donc qu’il ne l’a pas fait. Donc que la femme ment… C’est vrai que les violeurs, ce sont ces affreux Maghrébins et ces vilains Noirs qui abusent de nos petites filles. Mais un Blanc bien blanc, avec un métier respectable, une situation, ça ne peut pas être un violeur. Bien sûr. C’est tellement facile. Moi aussi j’aimerais bien vivre dans un monde où le fait de gagner de l’argent empêchait d’être un c*nnard. Mais « à ce qu’on m’a dit », la vraie vie est un tout petit peu moins simple, m’voyez.]

Et c’est grâce à ce genre de clowns qui officient sur des médias divers et variés que les agressions sexuelles et les viols commis par DSK sont devenus « des frasques », que le viol commis par Roman Polanski et pour lequel il a, rappelons-le, plaidé coupable, est devenu « une affaire de mœurs ». Ça, mesdames et messieurs, cela s’appelle la « culture du viol ». Ça fait 75 000 victimes par an. Une femme sur six. Mais Ha. Ha. C’est rigolo.

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3 Réponses to "« On va s’gêner » sur Europe 1 : quand la bande à Ruquier trouve que le viol, c’est rigolo"

Dans le genre mauvaise foie, vous faites très fort mademoiselle! J’invite les éventuels lecteurs à écouter l’extrait en question, ils verront que les propos que vous attribuez à Laurent Ruquier sont des témoignages d’habitants du village lus dans article qu’il cite. C’est déplorable de votre part comme procédé

Les témoignages des habitants et habitantes du village sont clairement identifiés dans mon article à l’aide de guillemets. Ce sont bien les réactions ou l’absence de réaction de l’équipe de Ruquier que je trouve déplorables. (En passant, je préfère la civilité « Madame ».)

[…] La bande de Ruquier est coutumière d’une forme d’humour qui perpétue les plus dégueul… Bien loin de remettre en cause un ordre établi en « se moquant de ceux qui pensent comme ça », l’humour que pratiquent les chroniqueurs et les chroniqueuses dont il s’entoure ne consiste qu’à répéter la plupart des préjugés bêtes et méchants sur les personnes sus-citées. […]

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