A quelques pas de là…

« Sciences & Avenir : Le sexisme est profondément ancré dans le cerveau ». En fait, non.

Posted on: 04/09/2017

Ce matin, le magazine Sciences&Avenir titrait sur internet : « Le sexisme est profondément ancré dans le cerveau« . J’ai une dent contre les études pseudo-scientifiques qui veulent nous faire croire que les neurosciences sont capables de conclure quoi que ce soit au sujet des différences hommes/femmes et des stéréotypes. Alors je suis allée voir ce que disait vraiment l’étude…

 

Que nous apprend l’article ?

Des chercheurs italiens, de l’Université de Milan-Bicocca, ont étudié le cerveau de 15 étudiants confrontés à des stéréotypes de genre afin de trouver des marqueurs électrophysiologiques communs.

J’ai du mal à comprendre quelle mouche a piqué Sciences&Avenir, magazine plutôt sérieux et de qualité, pour qu’une étude menée sur seulement quinze personnes soit jugée digne d’être relayée.

Sur le fond, les personnes qui, comme moi, n’y connaissent pas grand chose en neurosciences en seront pour leurs frais :

[L]es scientifiques ont enregistré l’activité électrique cérébrale […] de volontaires confrontés à la lecture de 240 affirmations violant ou non des stéréotypes de genre. Poncifs tant masculins (« perdre sa pipe en sortant de la classe de danse classique« ) que féminins (« en changeant l’huile du moteur, elle s’est tachée« ). […] L’expérience a montré qu’ils ont traité cela comme des erreurs linguistiques ou de syntaxe, dont les règles sont enracinées depuis l’enfance. La région cérébrale la plus impliquée dans le traitement de ces informations est le gyrus frontal moyen. La jonction temporo-parétiale et les gyrus temporaux supérieur et moyen sont également engagés.

Ah oui, ah bon ? (Rien compris.)

L’état de mon cerveau pouvant se résumer à ???, je suis allée consulter l’étude elle-même, pour avoir une idée plus précise de ses résultats. Voici donc ce que j’ai lu (la traduction est de moi) :

Les phrases allant à l’encontre de stéréotypes de genre (telles que « Le notaire est en train d’allaiter » ou « Voici le commissaire avec son mari ») ont provoqué des réponses N400 et ELAN (Early Left Anterior Negativity) d’un niveau supérieur aux phrases respectant les stéréotypes de genre (ex : « Le chimiste a mis une belle cravate »).

Bon, vous me connaissez, moi, je suis bête. Du coup, je suis allée consulter wikipédia. J’y ai appris que les signaux N400 étaient « des réponses cérébrales classiques » à toutes sortes de stimuli : « mots, […] y compris auditifs ou visuels, signes de la langue des signes, images, visages, environnement sonore, odeurs. » A ce stade, tout ce qu’on peut conclure, c’est que, quand on lui présente des mots, le cerveau produit des signaux montrant qu’il a perçu des mots. Super.

Ensuite, nous apprenons dans l’étude que, chez quinze personnes, le cerveau produit plus de signaux ELAN lorsque les phrases vont à l’encontre de stéréotypes. Mais, père Castor, c’est quoi un signal ELAN ? Ce sont des signaux qui sont enregistrés lorsqu’un stimuli va à l’encontre d’une structure grammaticale connue. Par exemple, en lisant « Il est la dans chambre » au lieu de « Il est dans la chambre », vous venez de créer tout plein de petits ELAN. Bon, a priori, on s’approcherait de la théorie défendue par la chercheuse à l’origine de cet article, à savoir que les phrases qui vont à l’encontre de stéréotypes sont traitées par le cerveau comme des erreurs grammaticales. Sauf que wikipédia nous apprend aussi que, à ce jour, on n’est pas encore en mesure de conclure que ces signaux ne sont pas impliqués dans d’autres processus cognitifs. Bon.

A l’inverse, l’étude nous apprend que les phrases comportant des stéréotypes induisent une réponse de la jonction temporo-pariétale. Okeille. Et elle fait quoi, la jonction temporo-pariétale, d’après wikipédia ?

La JTP intègre des informations […] émanant des systèmes visuel, auditif et somato-sensoriel. La JTP intègre également des informations de l’environnement externe, ainsi que de l’intérieur du corps. La JTP collecte toutes ces informations et les analyse. Cette aire est aussi connue car elle joue un rôle dans les processus de différenciation entre soi et les autres et dans la théorie de l’esprit. De plus, des dommages causés à la JTP ont affecté la capacité d’individus à prendre des décisions morales et ont provoqué des expériences de « sortie » hors du corps.

Bon, moralité, la jonction temporo-pariétale est impliquée dans tout un tas de trucs, mais aucun n’a de lien avec les stéréotypes.

Donc, si je résume, ce qu’on peut conclure avec cette étude, c’est que quand on présente des mots au cerveau, il reconnaît les mots. Et quand on lit des phrases non stéréotypés, l’une des zones qui réagit est impliquée dans la reconnaissance des erreurs grammaticales, mais elle est aussi impliquée dans la reconnaissance d’autres phénomènes. Et quand on lit des phrases stéréotypés, le cerveau reçoit les phrases et les analyse. Chez 15 personnes.

C’est un peu léger pour titrer « Le sexisme est profondément ancré dans le cerveau », non ?

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3 Réponses to "« Sciences & Avenir : Le sexisme est profondément ancré dans le cerveau ». En fait, non."

Merci, j’ai bien ri.

Oh, moi, si j’peux rendre service…! 😉

Et il y a une belle exploration pour rendre service. Joli travail. Enfin, je voulais dire : travail bien fait.

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