A quelques pas de là…

Archive for the ‘Réflexion’ Category

Je suis rentrée de vacances la semaine dernière. A l’étranger, j’ai pris un bus jusqu’à l’aéroport, un avion jusqu’à Paris-Beauvais, une navette jusqu’à la Porte Maillot, et deux métros jusqu’à l’immeuble du copain du copain (oui-oui : à Paris, en août, il n’y a plus grand monde à mobiliser !) sur le canapé duquel je devais m’effondrer pour la nuit.

C’est au pied de son immeuble qu’il m’a proposé de monter les 12 kg de ma valise au 4e étage, chez lui. Crevée, j’ai failli accepter quand mon surmoi m’a rattrapée par le col, de justesse : « Hep, hep, hep, tu fais quoi, là ? Tu veux l’égalité ou pas ? On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre, alors TU PORTES TA VALISE. » Et j’ai porté ma valise.

C’est quand même pénible, d’être une femme forte et indépendante. La plupart du temps, ça consiste surtout à se foutre des coups de pieds aux fesses pour faire les trucs toute seule.

Sur le principe, effectivement, on ne peut pas avoir tout et son contraire, réclamer l’égalité et se rétracter dès qu’il faut porter un truc lourd.

Mais, au quotidien, il m’apporte quoi, mon féminisme ? Comme une femme sur cinq, je me prends des remarques sexistes dans la tronche au travail. Comme toutes les femmes (98%), je subis des agressions verbales quand je me promène dans la rue. Je regarde les mêmes séries sexistes, les mêmes films sexistes que tout le monde, j’écoute les mêmes musiques sexistes, je vois les mêmes pubs sexistes que le ou la non-féministe de base. Je ne vis avec personne, donc je n’ai même pas la satisfaction de me dire que mon ou ma partenaire fait sa part des tâches ménagères.

En revanche, je paye ma part au restau, je porte des cartons, des matelas, des canapés-lits quand il faut déménager, je soulève des valises quand il est 23h. Alors, alors ?

 

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Je ne suis pas une féministe parfaite. J’ai gueulé lors des réunions de l’association féministe à laquelle j’appartenais, j’ai expliqué d’un ton enflammé mes positions à mes ami(e)s partageant les idées féministes. Mais au quotidien, en milieu hostile, je m’écrase.

 

Face au propriétaire de l’appartement que je louais

Le propriétaire de l’appartement que je louais (je n’aime pas l’expression « mon propriétaire », qui me donne l’impression d’être son animal domestique) voulait en changer les fenêtres, mais rencontrait des difficultés d’ordre administratif. Il avait besoin d’un permis, que la structure concernée refusait de lui délivrer. A la tête de cette structure, se trouvait une femme. Le propriétaire m’a donc dit tout naturellement :

« Les femmes, ce n’est pas fait pour avoir des responsabilités comme ça. »

 

Ce que j’ai pensé : « Tu te rends compte que je suis une femme, là ? Je serais donc biologiquement cantonnée à des rôles subalternes ? Sympa, autant que j’arrête d’essayer de faire carrière pour me consacrer à mes tâches naturelles : les gosses, la maison… ! »

Ce que j’ai dit, d’une voix égale et respectueuse : « Ce n’est pas tellement lié au fait d’être une femme, si ? Ce serait pareil avec n’importe qui, non ? »

– Non, les femmes ne sont pas capables de gérer ce genre de responsabilités, ça leur monte à la tête.

– Ah… Je ne sais pas… »

 

Et ça, mes ami(e)s, c’est ce que j’ai fait de mieux en termes de combativité ! Le reste du temps, je m’écrase lamentablement. Je suis incapable de rien dire, quelle que soit la gravité du propos tenu… Ami(e) féministe, toi qui complexes parce que tu n’as jamais « la bonne réplique » ou parce que tu n’as pas été « assez incisif/incisive », lis mon récit et déculpabilise. Je sers régulièrement de modèle aux crêpes (par ma capacité à m’aplatir hein, pas parce que la chantilly sort quand on m’appuie dessus !).

 

 

Face aux ami(e)s de mes ami(e)s

Les ami(e)s de mes ami(e)s sont mes ami(e)s, c’est bien connu. Ouais, non. Parfois, les ami(e)s de mes ami(e)s, ce sont de gros boulets. L’autre jour, la discussion portait sur la Thaïlande. Elle a naturellement dérivé sur les transsexuel(le)s :

« Les « ladyboys », là-bas, c’est un fantasme. C’est hyper populaire ! dit quelqu’un.

– Dans les hentais (BD pornographiques d’origine japonaise), on voit parfois des trucs avec des trans. J’en ai offert un à X. pour son anniversaire ! rit un(e) autre.

– Oh je l’ai vu ! s’esclaffe un(e) troisième. C’était dégueulasse !

– Tu imagines si ça t’arrive en vrai ? Elle se déshabille et là, tu tombes sur un sgeg ! Pouah ! La débandade ! s’exclame, hilare, un(e) quatrième.

– Dans les hentais, il y a aussi des trucs avec des chèvres ou des chiens ! » renchérit le ou la premier(e). Et la discussion de se poursuivre joyeusement sur le thème de la zoophilie.

 

Ce que j’ai pensé : « Mais enfin, on ne peut pas comparer les chèvres et les personnes trans ! J’ai des copains et des copines trans ; ce sont des gens normaux, sympas, avec des goûts alimentaires, des coups de cœur cinématographiques, des projets de carrière… Exactement comme vous et moi ! »

Ce que j’ai dit : Eh… Rien. Je n’ai absolument rien dit. J’ai murmuré un « Ben oui, ce sont des choses qui arrivent… » que seule ma voisine a entendu. Et puis, pour ne pas trahir complètement la cause, j’ai croisé les bras, me suis renfrognée, et j’ai reculé mon dos pour l’appuyer contre le dossier de la chaise.

 

 

Un peu plus tard, alors que la discussion avait dérivé sur Disney, et plus précisément sur la fée Clochette, l’une des personnes présentes a dit, en riant : « De toutes façons, la fée Clochette, c’est une pute ! Elle a une robe ras les seins et ras la moule. On dirait qu’elle va faire le tapin, regarde-moi ça ! »

 

Ce que j’ai pensé : « Slut-shaming, bonsoir ! Pour changer, une fille qui s’habille court est une pute, on est en 2016 mais tout va bien. »

Ce que j’ai dit : Au lieu de dire qu’une fille en robe courte avait le droit au respect, je me suis magistralement lancée dans une tirade sur le thème : « Elle n’est pas si courte, sa robe. »

 

 

Face à des collègues

J’ai travaillé en collège, où il y a eu une grosse bagarre entre deux groupes de garçons. L’un de ces groupes, issu d’un établissement voisin, soutenait un garçon qui venait de se faire plaquer par une fille. L’autre groupe, issu de notre établissement, soutenait le garçon qui s’était récemment mis en couple avec cette fille.

 

Le CPE a expliqué qu’il a fallu prévenir la police, et escorter le garçon de notre établissement jusqu’à son domicile, pour éviter qu’il se fasse casser la figure en bas de chez lui. Et puis il termine son récit en disant :

« Evidemment, j’ai convoqué X [la fille]. Je lui ai passé un savon, en lui disant qu’elle avait intérêt à se faire discrète jusqu’à la fin de l’année scolaire. »

 

Ce que j’ai pensé : « Donc deux groupes de mecs complètement teu-bés font les caïds, veulent balancer leurs petits poings d’adolescents pour éviter de montrer qu’ils n’ont pas de vocabulaire suffisant pour se parler, sèment la terreur devant le collège, et c’est la fille qu’on convoque pour lui dire de se tenir à carreau ? »

Ce que j’ai dit : « Ah, quand même. » #JeSuisCourage.

 

 

Face à ma famille

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai fermé ma gueule pour ne pas « gâcher l’ambiance » lors de réunions de famille. C’est difficile, parce que j’ai la sensation de ne pas pouvoir exister « en tant que moi », de devoir subir à chaque fois ces agressions que je prends personnellement. J’ai l’impression de ne pas être dans un environnement « safe », dans lequel je me sens bien : je suis constamment sur la brèche, prête à encaisser ces attaques. J’attends la prochaine remise en cause de ce en quoi je crois, de ce que je défends et donc, in fine, de moi en tant que personne.

 

Les dernières discussions en date portaient sur la parentalité des personnes handicapées. Je parlais d’un reportage que j’avais entendu à la radio, et rapportait les propos d’une femme : « J’avais une chance sur deux de transmettre ma maladie à ma fille. J’ai eu de la chance, elle est en bonne santé », disait-elle. Mon opinion était que vouloir absolument concevoir un enfant biologiquement relié à soi sachant que cet(te) enfant aurait une chance sur deux d’être malade, handicapé(e) toute sa vie, c’était un acte irresponsable et très égoïste.

 

L’une des personnes présentes est alors intervenue : « Ben c’est comme les homos ! Ils veulent absolument des gosses. Pourquoi ne pas autoriser le mariage et l’adoption avec une chèvre aussi ? » (Non, moi non plus je ne sais pas pourquoi les chèvres obsèdent autant les gens intolérants.)

 

Plus tard, lors d’une conversation portant sur les salons de coiffure de la ville, l’une des personnes présentes dit d’un ton tout à fait banal, sans aucune animosité, comme si c’était normal : « Ah, j’ai testé le salon recommandé par X., avec toutes ses fiotes. »

 

Alors qu’on causait « femme de ménage », l’un(e) dit en plaisantant : « Femme de ménage, c’est un pléonasme ! » (L’humour sexiste, c’est toujours aussi hilarant.)

 

Tandis que le dessert approchait et qu’il était question de banane, une personne se mit à imiter un accent « noir » pour demander : « Tu veux manger des bananes ? » Puis, poussant l’imitation plus loin, en roulant le [r] et en parlant fort : « Hiiiiiiii ! Je suis NOIR ! »

 

En parlant de nos ami(e)s respectifs et respectives, une personne a expliqué : « X., à chaque fois on le charie avec le fait qu’il est arabe. Quand on ne retrouve plus un truc : « X. ! C’est toi qui l’a pris, hein ? » » Une autre a ajouté : « J’aimerais bien savoir danser. Y., quand il danse, c’est un truc de fou, il danse trop bien. Il est noir, c’est normal pour lui. »

 

Pendant qu’on évoquait le fait que les filles ayant de nombreux partenaires sexuels étaient montrées du doigt alors que les garçons ayant beaucoup de partenaires étaient encensés : « C’est normal ! Une clé qui ouvre toutes les serrures, c’est une bonne clé. Une serrure qui se laisse ouvrir par toutes les clés, c’est une mauvaise serrure. »

 

Ce que j’ai pensé : « Putain, ce qu’ils et elles m’emmerdent, là, tou(te)s, avec leurs idées à la con ! On n’est plus en 1902, faudrait évoluer, un peu ! Ce n’est pas possible de devoir subir ça à chaque fête de famille ! »

Ce que j’ai dit : Eh ben, rien. Enfin, si : face à certaines remarques destinées à me faire réagir (à me « taquiner »), j’ai haussé les sourcils, les épaules, et en secouant la tête j’ai dit : « Que veux-tu que je te dise ? Tu sais très bien ce que je pense de ça. »

 

 

Pourquoi diantre est-ce que je ferme ma gueule ?

Dans tous les cas cités ci-dessus, je me suis tue. Pourquoi ? Eh bien parce que, en tout maturité affective, j’aime bien quand on m’aime bien. J’ai envie de faire bonne impression, j’ai envie qu’on m’apprécie. Enoncer haut et fort que les trans et les homos sont des personnes comme les autres, que porter une robe courte ne veut pas dire qu’on n’a plus le droit au respect, qu’avoir un vagin ne prédispose pas au ménage, tout ça, ça fait tache. Je deviendrais : « la fille qui n’a aucun humour, avec qui on ne peut plus rien dire ».

 

Objectivement, je devrais me moquer de ne pas être appréciée par des personnes tenant des propos sexistes, racistes, homophobes, transphobes. Alors pourquoi est-ce que je continue à jouer la comédie de la fille qui est normalement sexiste et qui trouve que le racisme, c’est rigolo ? Peut-être est-ce parce que je n’ai pas de cercle d’amis féministe suffisamment vaste pour me permettre de refuser ces moments de sociabilité. 80% des conversations étaient sympas, rigolotes. Devrais-je m’en priver au nom des 20% ? Je devrais. Je devrais pour espérer faire avancer les choses à mon échelle. Mais je n’ai pas le courage.

 

En famille, je me tais pour ne pas gâcher l’ambiance. Chacun(e) d’entre nous ayant un très fort caractère, je sais que la moindre discussion va durer, que nous allons hausser le ton, que personne n’acceptera d’avoir tort, et que toutes et tous, nous défendrons âprement nos manières de voir, quitte à être très désagréables les un(e)s envers les autres.

 

La question qui se pose malgré tout est la suivante : pourquoi cela devrait-il être à moi de faire ces efforts-là ? Pourquoi ne pourrait-on pas partir du principe que c’est à chacun(e) d’éviter de faire état d’opinions conflictuelles ? Ma famille me rétorquera vraisemblablement que c’est parce que je suis en minorité que c’est à moi de me censurer.

 

La solution pour m’assurer qu’ils et elles feront attention serait de m’énerver bien fort à chaque fois, pour que ce soit elles et eux qui se sentent obligés d’éviter ce genre de remarques sous peine de gâcher l’ambiance. Mais je ne le fais pas, je cède à la facilité. D’abord parce que des dizaines de discussions posées avec ces mêmes personnes m’ont convaincue qu’elles ne changeraient jamais d’opinion. Et ensuite, toujours selon le même principe, parce que j’aime bien qu’on m’aime bien, et que, pour ça, je suis prête à manger mon chapeau de temps en temps.

 

Au travail ou avec le propriétaire de l’appartement que je louais, j’évite les conflits. En tant que femme, j’ai été éduquée à cela : à « prendre sur moi », à « laisser glisser comme sur les plumes d’un canard » alors que mes frères ont été éduqués à « se défendre eux-mêmes », à « ne pas toujours appeler papa/maman pour venir à leur secours ». Je le sais bien, et pourtant, cette disposition, même si elle est acquise et pas innée, est devenue une composante de ma personnalité. J’ai peur de déranger, de demander trop, d’entrer en conflit. Je laisse échapper ma rage par derrière mais par devant, je m’aplatis comme une carpette.

 

Je ne suis pas une féministe parfaite. Etre féministe au quotidien, ce n’est pas facile.

Que vous en rêviez ou que vous le redoutiez, vos « représentant(e)s » ont tranché pour vous. Le groupe PS à l’Assemblée Nationale a voté son soutien au dépôt d’une proposition de loi interdisant « l’achat d’acte sexuel ». Haro sur les client(e)s des putes ! L’occasion de faire le point sur ce débat qui oppose traditionnellement les tenant(e)s des différents -istes (abolitionnistes, réglementaristes…) sans qu’on y comprenne grand chose.

 

Partie 2 : Le « réglementarisme », le STRASS et autres paradoxes

Réglementarisme et pénalisation du client

Comme je vous l’expliquais il y a quelques jours, le débat autour de la prostitution se cristallise généralement autour de deux positions opposées. D’un côté du stade, on trouve les abolitionnistes, qui militent pour une lutte contre la prostitution et, à terme, son abolition. Et de l’autre côté du terrain, nous avons les réglementaristes, auxquel(le)s nous allons nous intéresser cette semaine.

 

Les tenant(e)s de cette position « réglementariste » demandent à ce que la prostitution cesse d’être cette chose affreuse sur laquelle tout le monde a un avis sans être directement concerné(e), pour devenir une activité comme une autre, réglementée par la loi. Les prostituées deviendraient des travailleuses du sexe, payant des impôts, bénéficiant d’une couverture sociale, de congés payés, d’arrêts maladies, etc. (Bon, sauf que dans les faits, les putes et les souteneurs paient déjà des impôts : voir notre Partie 1 : Un état des lieux et « l’abolitionnisme ».)

 

Pour ces militant(e)s, la pénalisation du client que le gouvernement actuel envisage n’aura aucun effet positif sur la condition des prostituées, bien au contraire. Ils et elles font ainsi valoir que, si le client est traqué, les prostituées déserteront les centres villes et les zones habitées pour reculer vers les bords de routes, les forêts, etc. où elles seront encore plus vulnérables, à la merci de détraqué(e)s comme des réseaux mafieux.

 

Source : liberation

Source : liberation

Pour les réglementaristes, pénaliser le client conduirait donc, à terme, à un renforcement des réseaux mafieux, qui auraient toute liberté de terroriser les prostituées pour qu’elles se rangent sous leur protection en échange d’une partie de leurs bénéfices. (Alors qu’en ville, c’est bien connu, personne ne se fait jamais agresser, et en cas d’agression, l’ensemble des personnes présentes se précipitent pour stopper l’agresseur ou l’agresseuse.)

 

Finalement, pour les abolitionnistes, quelle que soit la solution choisie, une lutte contre la prostitution, c’est avant tout une lutte contre les prostituées, et qui les fragilise.

 

 

La position du STRASS, Syndicat du TRAvail Sexuel

Le STRASS en particulier, Syndicat du TRAvail Sexuel, défend l’idée que les prostituées devraient être libres d’exercer ce métier s’il leur convient. (1) A sa tête, Morgane Merteuil explique très clairement qu’elle préfère ce travail à n’importe quel autre emploi non qualifié « traditionnel » : hôte(sse) de caisse, technicien(ne) de surface, ouvrier(e) du BTP… En tant que prostituée, elle a la possibilité de travailler le nombre d’heures qui lui convient, à des moments qui l’arrangent, pour faire des choses qu’elle choisit, le tout pour un salaire très confortable. A l’inverse, si elle exerçait un emploi « conventionnel », elle serait à la merci d’un(e) patron(ne) bien souvent exigent(e), sur le pied de guerre 35h par semaine, le tout pour un gagner à peine le SMIC. (2)

 

Mme Merteuil enfonce d’ailleurs le clou en proclamant haut et fort qu’elle ne juge le mode de vie de personne, et qu’elle n’apprécie pas qu’on lui explique que ce qu’elle fait n’est pas « moral ». Pour elle, l’abolitionnisme, « c’est le patriarcat qui a mauvaise conscience ». Ainsi, au lieu de s’attaquer aux réseaux prostitutionnels mafieux, à la traite d’être humains, et à la condition des femmes en général, une poignée de féministes et du personnel politique trouvent malin de se focaliser sur des prostituées qui ont choisi leur vie. Ces féministes et ces responsables politiques partent alors en croisade contre la prostitution et contre l’avis des personnes concernées, parce que c’est plus facile, au lieu de se décider à faire vraiment le bien des personnes qui en ont besoin, en somme.

 

Et lorsqu’on lui oppose l’argument de la marchandisation du corps, Morgane Mertueil répond qu’en tant que prostituée, elle ne vend pas son corps : elle vend des prestations sexuelles. Pour elle, ça n’est pas très différent d’autres professions faisant appel au physique : docker, technicien(ne) de surface, magasinier(e)… « Vendre son corps » ou « vendre sa force de travail » ne serait qu’un jeu sur les mots qui masquerait en fait l’exploitation économique que subissent certain(e)s. (Oui, on l’aura compris Merteuil penche franchement à gauche.)

 

A ce stade de la réflexion, il me faut quand même préciser que le STRASS compte environ 500 adhérant(e)s se réclamant de la prostitution, pour un nombre de prostitué(e)s sur le territoire français estimé entre 15 et 20 000. Donc dans les faits, Mme Mertueil parle pour 3,5% des prostitué(e)s, quoi. (Cela étant, la question de la représentativité des syndicats ne se limite pas au STRASS, m’enfin…)

 

 

Un héritage chrétien et une vraie hyprocrisie

Ce qui est dégradant, estiment donc les abolitionnistes, ça n’est donc pas l’activité prostitutionnelle en tant que telle : c’est le regard que notre société porte sur elle. En effet, des siècles de chrétienté en France ont profondément influencé la façon dont nous percevons « les choses du sexe ». Même si les mentalités changent très rapidement, la sexualité est encore très largement associée à la procréation. Pour le dire autrement : on baise pour se reproduire. De fait, une sexualité en dehors du couple, sans lendemain, uniquement pour le plaisir, ou pour assouvir de simples envies, cette sexualité-là reste encore largement méprisée, qu’elle soit le fait d’hommes (ces coureurs) ou de femmes (ces traînées).

 

Enfin, les réglementaristes pointent du doigt l’hypocrisie française, qui consiste à tolérer et à réglementer l’industrie

pornographique, mais à interdire la prostitution. Et force est de constater qu’ils marquent des points : si le corps doit être préservé, pourquoi tolérer l’existence d’acteurs et d’actrices de films pornographiques ? Quelle est la différence entre une actrice de X, qui se fait enfiler pour gagner sa vie, et une prostituée, qui se fait enfiler pour gagner sa vie ?

 

 

Oui, mais…

Bon, alors d’accord. C’est vrai que les arguments des réglementaristes semblent frappés au coin du bon sens, et qu’après tout, je vois mal pourquoi on irait décider de ce qui est bien ou pas pour une certaine catégorie de population, contre l’avis de cette dernière.

 

Et puis, si les prostituées ont choisi leur vie, elles exercent une activité que je ne me vois pas exercer, mais au même titre que je préférerais éviter de rejoindre les personnes de la DDE qui travaillent dans les vapeurs de goudron et se massacrent le dos à coups de marteau piqueur pendant 40 ans de leur vie.

 

Mais-mais-mais. Mais sur les 15-20 000 prostituées françaises, combien ont réellement « choisi leur choix » ? Combien ont, comme Mme Mertueil apparemment, procédé à une réflexion à tête reposée et choisi cette voie sans qu’aucune contrainte économique ou personnelle ne vienne interférer ? Pour combien les dettes, les frais, pour elles-mêmes et pour leurs enfants, ont joué un rôle décisif dans ce « choix » ?

 

Alors, la glamourisation de la prostitution à grands coups de films réalisés par des gens qui n’y connaissent rien (tousse-Jeune et Jolie-tousse-tousse), les success story à la Zahia, les prostituées qui préfèrent cette activité à une autre, je veux bien. Mais je suis quand même gênée aux entournures par une activité qui implique une pénétration consentie mais pas désirée. Sans compter que je ne peux pas me résoudre à l’idée que le « genre de la prostitution », à savoir le fait que la majorité des prostituées soient des femmes, et la majorité des clients soit des hommes, soit une donnée anodine à balayer d’un revers de main.

 

En effet, quand on constate que la majorité des sièges dans les CA et des Comités Exécutifs des grands groupes sont

occupés par des hommes, on se pose toutes et tous la question des mécanismes sociaux qui font que les femmes n’accèdent pas à ces positions. Mais lorsqu’il s’agit de prostitution, on voudrait me faire croire que cette répartition n’a aucune importance ?

 

Traitez-moi de judéo-chrétienne réac’, j’ai quand même du mal à me résoudre à militer pour que, dans un monde idéal, la prostitution soit une activité normale…

 

 

 

(1) http://site.strass-syndicat.org/

(2) Voir ses diverses interventions sur le blog acontrario.net, entre autres : Discours abolitionnistes : les premières victimes sont les putes et Mon ami abolitionniste et moi (Lettre ouverte à Patric Jean)  

Que vous en rêviez ou que vous le redoutiez, vos « représentant(e)s » (hm, hm) ont tranché pour vous. Le groupe PS à l’Assemblée Nationale s’est déclaré favorable à une proposition de loi interdisant « l’achat d’acte sexuel ». Haro sur les client(e)s des putes ! L’occasion de faire le point sur ce débat qui oppose traditionnellement les tenant(e)s des différents -istes (abolitionnistes, réglementaristes…) sans qu’on y comprenne grand chose.

Partie 1 : Le point sur la situation en France et sur « l’abolitionnisme ». 

Abolitionnistes, réglementaristes et l’Etat français : les positions officielles

Il faut dire aussi que la « technicisation » du débat n’aide pas à prendre position. Globalement, l’opinion s’est polarisée autour de deux courants de pensée : les abolitionnistes d’un côté, et les réglementaristes de l’autre.

 

Les abolitionnistes sont, comme leur nom l’indique, pour l’abolition de la prostitution. Ils et elles pensent que la prostitution, ceymal, et qu’il faut la combattre par tous les moyens. Les réglementaristes de leur côté, sont, la vie est bien faite, pour la réglementation de l’activité prostitutionnelle, c’est-à-dire pour que la prostitution soit reconnue comme une activité comme une autre, et soumise à cet titre à une réglementation de l’Etat.

 

Quant à l’Etat français, il n’interdit pas la prostitution. Mal lui en prendrait d’ailleurs, puisqu’actuellement, les personnes

qui se prostituent sont tenues de déclarer leurs revenus dans la case « Bénéfices Non Commerciaux ». Eh oui ! Pour Bercy, ton cul, c’est un bénéfice. En revanche, dans sa toute-puissante logique, l’Etat a proscrit le racolage actif (celui à base de « Eh mon joli, tu veux me chevaucher toute la nuit ? C’est 100€ la première demie-heure et au bout de quatre, t’as une image. »). Mais, plus étonnant, il a aussi proscrit le racolage passif (*). En gros, si tu as l’air d’une pute, tu te fais aligner.

 

Et c’est là que le bât blesse : ça ressemble à quoi, une pute ? Parce que si la minijupe et le minitop sont des critères distinctifs, il faudrait aligner la moitié des boîtes de France. Alors la Police a trouvé d’autres façons de déterminer si la meuf en bottes, là, au coin de la rue, elle tapine. Critère numéro un : si elle a des préservatifs dans son sac : elle tapine. Ce qui, hurlent les associations concernées, conduit de nombreuses prostituées à se promener sans préservatifs, et à mettre en danger leur santé.

 

Et puis, l’Etat a décidé que le proxénétisme, c’est-à-dire toute activité destinée à faciliter la prostitution d’autrui, était

illégal. Mais-mais-mais, pas à une contradiction près, et surtout parce qu’il a besoin de thunes, l’Etat a aussi décrété que le fait que le proxénétisme constituait un délit était « sans incidence sur son caractère imposable ». Tout à fait M’sieurs-Dames. Et donc les macs de France et de Navarre doivent s’acquitter de l’impôt sur le revenu dans la catégorie « Bénéfices Industriels et Commerciaux » puisqu’ils « spéculent sur le travail d’autrui ». Et puis, soyons fou, « le proxénète est par ailleurs redevable de la TVA sur l’ensemble des recettes encaissées par les personnes qui agissent sous sa dépendance ».

 

Normal. Tout cela est parfaitement cohérent.

 

 

La prostitution, c’est le symbole même de la domination et de l’exploitation des femmes par un système hétéro-patriarcal injuste et oppressif

A tes souhaits. Pour les abolitionnistes, la prostitution, c’est avant tout la marchandisation du corps humain, qui ne doit être acceptée sous aucun prétexte. Ainsi, l’intégrité corporelle est indissociable de la dignité de la personne humaine. Chaque être humain a le droit au respect de son corps et ce dernier doit être protégé, et maintenu en dehors de toute logique marchande. (Mais l’adoption de bébés cambodgiens, ça, on peut « marchandiser », no problem. Ahem.)

 

Les abolitionnistes pointent également du doigt le « genre de la prostitution » : dans leur grande majorité, ce sont des hommes qui achètent des « services prostitutionnels », et ce sont des femmes qui fournissent ces « services ». Et pour ces militant(e)s, cette situation est cohérente avec le reste de la réalité des femmes. En vrac et dans le désordre, citons un salaire en moyenne 31% inférieur à celui des hommes (ça, ça veut dire qu’il faut qu’une femme travaille jusqu’en avril de l’année suivante pour gagner ce que son conjoint touche en décembre) (2), 47 500 victimes de violences conjugales chaque année (130 par jour) (3), 75 000 victimes de viol chaque année (205 chaque jour) (4), etc. etc.

 

La prostitution serait donc à la fois le symbole et le révélateur de tout ce qui est détraqué de notre société lorsqu’il s’agit de la place des femmes.

 

Hostile une réglementation comme celle qui a eu lieu à Amsterdam, les abolitionnistes rappellent que la criminalité a

augmenté dans le quartier rouge de cette ville, au lieu de diminuer. En réalité, disent-ils et disent-elles, le seul motif justifiant la réglementation, ce sont les rentrées d’argent dans les caisses de l’Etat.

 

Ils et elles ne croient pas non plus que l’instauration de maisons closes permettrait aux prostituées une pratique plus encadré (usage de préservatifs, tests de dépistages de MST fréquents, cadence moins soutenue…). Au contraire, ils et elles mettent en avant des témoignages de prostituées espagnoles, officiant dans les maisons closes de l’autre côté des

Plus vite, plus fort, plus seul(e)...

Plus vite, plus fort, plus seul(e)…

Pyrénées. Le regroupement des filles en maisons closes et le fait de dépendre d’un(e) patron(ne) développe en réalité une logique de concurrence à caractère capitaliste. Les filles sont poussées à accepter de plus en plus de choses pour ne pas être « dépassées » par ce qu’acceptent d’une part leurs « collègues », et d’autre part les filles des autres maisons closes. Une concurrence se développe alors, et la prostitution devient soumise au « toujours plus » (plus violent, plus de passes) et au « toujours moins » (moins cher, moins de protections).

 

Par ailleurs, loin de faire disparaître la traite d’êtres humains, l’ouverture de maisons closes a laissé le champ libre aux réseaux mafieux, dont les filles prostituées prennent en charge les « prestations » qu’aucune maison close ne veut fournir. Ainsi, au lieu de s’améliorer, la situation de ces filles se serait même dégradée.

 

Enfin, aux personnes réclamant que la prostitution soit considérée comme un métier comme un autre, les abolitionnistes répondent par l’absurde : si la prostitution vaut n’importe quel métier, alors pourra-t-on se voir proposé ce travail par Pôle Emploi ? Sera-t-on obligée d’accepter, sous peine de radiation ? A quand des CAP prostitution pour former nos filles à ce métier ?

 

 Source : collectif Les jeunes pour l’abolition

 

 

(*) Abrogé à l’initiative d’Europe Ecologie Les Verts en mars 2013.

(1) Rapport du Sénat : Les politiques publiques et la prostitution. Rapport d’information sur l’activité de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes pour l’année 2000.

(2) Rapport de l’observatoire des inégalités : Les inégalités de salaire hommes-femmes : état des lieux, chiffres de janvier 2013.

(3) Rapport du Sénat : Violences au sein des couples (chiffres de 2007) :  Ce même rapport estime à 2 millions le nombre de femmes victimes actuellement de violence conjugales, soit une femme de 18-59 ans sur 10.

(4) En réalité, l’Enquête Nationale sur les Violences envers les Femmes en France de 2000 a estimé ce chiffre à 50 000 femmes de 20-59 ans. L’enquête INSEE sur les violences faites aux femmes de 2005-2006 fait état de 115 000 femmes de 18-59 ans. Bien qu’il ne corresponde pas exactement à la réalité, le chiffre de 75 000 est généralement retenu. Pour une explication plus complète, voir le blog « Pas de Justice, Pas de Paix« .

Le mariage hétéro est mort, vive le mariage pour tous ! Un billet rapide au milieu d’une semaine chargée pour répondre à une question qui m’a été posée souvent : quel est le rapport entre l’égalité hommes/femmes et les droits des lesbiennes, gays, bi(e)s et transsexuel(le)s (LGBT) ?

 

Ce qui dit la loi

assemblee_nationaleMais d’abord, un rappel. La loi qui a été votée cette après-midi (331 contre 255, alléluia !) ouvre la possibilité aux couples de même sexe de se marier. Elle leur donne également la possibilité de déposer un dossier en vue de l’adoption d’un enfant.

 Ni plus, ni moins.

 

Un Papa, Une Maman…

Ce que nous ont bien expliqué les opposant(e)s à cette loi, c’est qu’ils et elles n’étaient absolument pas homophobes, et un-papa-une-mamandonc que ça ne leur posait aucun problème que les homos se marient. En revanche, là où ça les chatouillait un peu, c’est au niveau de l’adoption, rebaptisé « droit à l’enfant » par des gens qui ne reculent devant rien pour manipuler la vérité.

 La raison serait la suivante : un enfant, pour bien grandir, aurait besoin d’un papa et d’une maman. Comme on leur objectait le cas des couples séparés, et comme ils et elles n’étaient pas à une incohérence près, ces charmantes personnes se sont empressé de rectifier, et de nous expliquer que les enfants avaient besoin d’un modèle féminin et d’un modèle masculin.

 

BEEEEP !! Mauvaise réponse. C’est là que leur argumentaire coince.

 

stereotypesJouons-là comme Sarko : « Un modèle féminin, qu’est-ce que c’est ? » C’est d’abord une femme, avec un utérus et un vagin, mais surtout avec les qualités naturelles de la femme : la douceur, la soumission, l’attention aux autres, la capacité à faire tourner des lessives et à faire à bouffer. Bref, une femme, une vraie, celle dont on se moque dans les blagues sexistes : qui porte du rose, des jupes, qui pleure, qui ne comprend jamais rien et nous emmerde à parler tout le temps.

 

Et, vous me voyez venir, ce « modèle masculin » dont aurait besoin l’enfant, c’est un homme, avec son pénis, mais surtout ses qualités naturelles d’hommes : la prise de décision, la force, la responsabilité, le caractère, la capacité à monter des meubles Ikéa et à changer des pneus. Bref, un homme, un vrai, celui qu’on essaye de nous vendre depuis toujours, des dessins animés Disney aux films de James Bond : qui porte du bleu, fait passer son travail avant sa famille, qui se bat avec ceux qui l’emmerde, et trompe sa femme quand il a l’occasion.

 

Ce que les « anti-mariage et adoption homos » ne veulent pas se rentrer dans le crâne, c’est que ce schéma-là, il est dépassé. Que maintenant, c’est pas parce qu’on est une maman qu’on n’aime pas le foot, et c’est pas parce qu’on est un papa qu’on ne peut pas prendre du temps pour consoler son enfant qui pleure. Cette division binaire absurde est la seule raison pour laquelle un couple homo ne pourrait pas élever un enfant correctement : qui ferait la femme ? et qui ferait l’homme ?

 

Une question d’égalité

L’égalité hommes/femmes est basée sur le fait qu’il n’y a pas de différence biologique entre homme et femme qui soit je veux choisir de ne pas me mariersuffisante pour justifier la domination de l’un et la soumission de l’autre. Elle suppose donc qu’il n’y a pas de définition de « femme » et « homme » qui justifie des inégalités. Et c’est exactement là-dessus que se basent les revendications LGBT.

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Long train

Cela faisait un moment que je n’avais pas mis le nez dans un magazine « féminin ». Mais à l’occasion d’un voyage en train de 6h, je dois l’avouer. J’ai craqué. J’ai pris le « Cosmopolitain » de février 2013 que me proposait gentiment une amie.

 

J’y ai fait plusieurs (re)découvertes. D’abord, j’ai renoué à cette espèce de jargon anglicisant que les rédactrices adorent : du serre-tête « must have » du printemps 2013, au « it bag » de cette saison, en passant par le « fashion faux pas » de Kim Kardashian, tout y était. J’ai hésité à leur envoyer une suggestion d’article : « Ohèmgé Kate est so twentytwelve ! » (ce qui se traduirait, en français correct, par : « Oh mon Dieu, Kate Moss n’est plus à la mode du tout ») mais je me suis retenue.

 

vie de coupleMais surtout, j’ai retrouvé la rubrique « Vie de Couple », sorte de liste de courses des temps modernes, qui compile les choses à dire ou ne pas dire, et des témoignages authentiques-si-si-c’est-vrai-100%-pur-bœuf de femmes qui viennent étaler leur bonheur.

Exemples : « La plus belle chose qu’il ait faite pour moi » (février 2013), « Comment prendre soin de son couple » (septembre 2012), « A ne pas dire quand il rentre » (août 2012).

 

C’est là qu’on peut lire que le copain de « Perrine, 28 ans » a pris une journée de congé quand elle est tombée malade, que l’amoureux de « Cécile, 33 ans » a fait 400 km pour lui souhaiter un bon anniversaire, que « Lisa, 22 ans » et son chéri s’envoient des textos tous les soirs pour se dire bonne nuit, que « Camille, 24 ans » et son conjoint vont toujours se chercher mutuellement à la gare ou l’aéroport, et que finalement toutes les filles de France ont l’air de vivre un rêve éveillé… sauf nous. A côté, on a l’impression d’être la seule gourdasse à manger les restes de la veille par flemme de cuisiner, à avoir les cheveux gras le dimanche, à se coucher bien après l’autre pour finir un dossier trois soirs par semaine, et à agoniser seule au fond de son lit avec la crève quand l’autre est au travail.

 

Dispute de coupleEt surtout, chez nous, on s’engueule. On s’engueule quand la poubelle déborde alors que c’est son tour, on s’engueule quand on apprend qu’on est attendus chez Untel samedi prochain alors qu’on n’avait qu’une envie, c’est de larver, on s’engueule quand on est à découvert à cause de son dernier achat. Et à côté de Perrine-Cécile-Lisa-Camille, on a l’impression de ne vivre qu’un demi-rêve. On oublie toutes ces choses qui font qu’on est tombée amoureuse et surtout qu’on l’est restée. Alors moi, Perrine-Cécile-Lisa-Camille, je l’emmerde. D’abord, parce que c’est marrant, mais Perrine-Cécile-Lisa-Camille, elle est forcément hétéro et ça me gonfle. Ensuite, parce que c’est peut-être simplement une pigiste payée au lance-pierre qui a rédigée cette rubrique toute seule comme une grande, et peut-être que Perrine, Cécile, Lisa et Camille, elles n’existent que dans sa tête.

 

Ensuite, parce que, comme me l’a dit un couple rencontré en Asie : « L’essentiel, ce n’est pas de ne pas de disputer. C’est de surmonter ces disputes. » Les disputes me paraissent normales dans un couple composé de deux personnes nécessairement différentes : il est impossible d’anticiper toutes les volontés de l’autre, partout, tout le temps.  Et surtout, quand deux personnes différentes se côtoient, il y a forcément des ajustements à faire, des moments de frictions. C’est le cas avec nos ami.e.s, avec nos collègues, avec nos parents et nos frères et sœurs. Je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas le cas avec la personne qui partage notre vie.

 

Mais le normal, le banal, les disputes, ça ne fait rêver personne. Et surtout, ça ne fait pas vendre. Faudrait surtout pas que les lectrices se mettent à croire que leur couple va bien, qu’il est normal de s’engueuler. Parce qu’une lectrice qui se sent bien, c’est une lectrice qui n’a besoin de rien ni personne pour être heureuse. C’est donc une lectrice à qui il va être particulièrement difficile de refourguer le Daily Microfoliant, la BB crème au ginseng, ou le Pinceau Touche éclat. Et ça fait une rubrique « Produits Cultes » difficile à remplir. 😉

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La scène se passe au sortir de la gare. Nous sommes le 8 mars, journée internationale des droits de la femme. Je traîne une valise à roulette. Une amie m’accompagne. En passant devant un groupe de sympathique jeunes gens, nous nous faisons apostropher :

« Hé lay-dizzz ! T’as b’soin d’aide ? Viens, j’vais t’aider ! »

A ce moment précis, il me vient à l’esprit cette question évidente, qu’on s’est toutes déjà posée : POURQUOI ??!! Comme on n’a toujours pas de réponse, et qu’on s’est déjà toutes retrouvées dans cette situation, j’ai décidé d’agir.

 Guide pratique de survie dans la rue :

Vous marchez dans la rue. Vous passez devant un groupe, et l’un des mecs vous aborde (oui en général, ils sont courageux. Ils font ça en bande.) :

« Hé ! Miss France ! Miss Monde ! »

Option 1 : Vous faites comme si vous n’aviez pas entendu, et continuez votre chemin.

Déjà, je suis navrée, mais il faut bien que quelqu’un vous le dise: c’est pas très crédible (non, vraiment, j’vous assure). Vous êtes passée à 30 centimètres du type, il s’est adressée à vous avec le volume sonore d’un concert de Nirvana, vous avez forcément entendu.

Ce qu’il risque de se passer si vous continuez votre chemin : « Nan, j’rigole ! Toi, c’est Miss Moche ! Miss Monstre ! »

Option 2 : Vous vous arrêtez et vous adressez au type : « On me demande ? »

Ce qu’il risque de se passer : Le type ne s’attend probablement pas à ce que vous vous arrêtiez. Il vous agresse comme ça, sans raison, précisément parce qu’il sait que personne ne répond. Il vous rappelle que ce trottoir, c’est CHEZ LUI, que c’est lui qui commande, qui décide comment vous avez le droit de vous habiller, vous maquillez, quelles pompes vous pouvez porter si vous voulez pas vous faire emm*rder. Soit il se dégonflera (« Nan, j’rigole ! Toi, c’est Miss Moche ! Miss Monstre ! ») et vous serez revenue à l’option 1. Pas de gains, mais pas de pertes non plus, et le type aura au moins vu qu’il s’adressait à un être humain et pas seulement un corps qui ne répond pas. Soit, c’est le plus probable, il continuera la conversation, avec toujours autant de classe.

« Ca te dit de sucer ma glace deux boules pour te rafraichir ? »

Option 1 : Vous optez pour le même langage fleuri : « Ecoute, si t’as un miroir dans le slip, j’me verrais bien dedans. »

Option 2 : Vous optez pour le mépris : « Ca dépend. [Regard de haut en bas.] En fait, toi t’es comme une crevette. Tout est bon, sauf la tête. »

Option 3 : Vous jouez sur ses préjugés certainement homophobes (un homme qui traite les filles avec si peu de respect n’en a probablement pas plus pour les homos) : « Moi non, mais mon copain cherche un mec pour la nuit. Ca t’intéresse ? »

Ce qu’il risque de se passer : Si le jeune homme opère en bande, il y a de grandes chances pour que ses copains lâchent un : « Ohhh ! », hilares. Evidemment, il y a toujours la possibilité pour que le dit jeune homme revienne à sa technique de défense de base (« Nan, j’rigole ! Toi, c’est Miss Moche ! Miss Monstre ! »). A ce moment-là, soit vous choisissez de partir avec un : « C’est ça, ouais. En tout cas merci, j’ai bien rigolé ! » Soit vous poussez encore un peu votre avantage, parce que c’est fou ce qu’on s’amuse.

Suite de l’option 1, Bien-sûr-grand-fou-prends-moi-partout : « J’suis sûre, ton père, c’est un voleur. Il a piqué le plus grand baobab du monde pour le foutre dans ton caleçon ! » ou la version suédoise : « Ton père, il bosse chez Ikéa ? Parce que t’es vachement bien monté ! » Pour les plus courageuses, rajouter : « Tu m’fais voir ? »

Suite de l’option 2, Jamais-d’la-vie-t’es-tout-pourri : « En fait, t’es pas mal, mais t’es trop jeune pour moi. T’as pas un grand frère ? » Pour les plus courageuses, pendant qu’il s’étrangle : « Un grand père peut-être ? »

Suite de l’option 3, Les-mecs-aussi-ça-sait-sucer : « Allez ! Change de crémerie ! On va golri ! » Pour les plus courageuses, pendant que ça monte au cerveau : « En plus, mon mec acheté un nouveau costard. Tu devrais le voir sans. »

Essayez, et venez me raconter par email ! 😉

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