A quelques pas de là…

Archive for the ‘Vous les femmes’ Category

 

Long train

Cela faisait un moment que je n’avais pas mis le nez dans un magazine « féminin ». Mais à l’occasion d’un voyage en train de 6h, je dois l’avouer. J’ai craqué. J’ai pris le « Cosmopolitain » de février 2013 que me proposait gentiment une amie.

 

J’y ai fait plusieurs (re)découvertes. D’abord, j’ai renoué à cette espèce de jargon anglicisant que les rédactrices adorent : du serre-tête « must have » du printemps 2013, au « it bag » de cette saison, en passant par le « fashion faux pas » de Kim Kardashian, tout y était. J’ai hésité à leur envoyer une suggestion d’article : « Ohèmgé Kate est so twentytwelve ! » (ce qui se traduirait, en français correct, par : « Oh mon Dieu, Kate Moss n’est plus à la mode du tout ») mais je me suis retenue.

 

vie de coupleMais surtout, j’ai retrouvé la rubrique « Vie de Couple », sorte de liste de courses des temps modernes, qui compile les choses à dire ou ne pas dire, et des témoignages authentiques-si-si-c’est-vrai-100%-pur-bœuf de femmes qui viennent étaler leur bonheur.

Exemples : « La plus belle chose qu’il ait faite pour moi » (février 2013), « Comment prendre soin de son couple » (septembre 2012), « A ne pas dire quand il rentre » (août 2012).

 

C’est là qu’on peut lire que le copain de « Perrine, 28 ans » a pris une journée de congé quand elle est tombée malade, que l’amoureux de « Cécile, 33 ans » a fait 400 km pour lui souhaiter un bon anniversaire, que « Lisa, 22 ans » et son chéri s’envoient des textos tous les soirs pour se dire bonne nuit, que « Camille, 24 ans » et son conjoint vont toujours se chercher mutuellement à la gare ou l’aéroport, et que finalement toutes les filles de France ont l’air de vivre un rêve éveillé… sauf nous. A côté, on a l’impression d’être la seule gourdasse à manger les restes de la veille par flemme de cuisiner, à avoir les cheveux gras le dimanche, à se coucher bien après l’autre pour finir un dossier trois soirs par semaine, et à agoniser seule au fond de son lit avec la crève quand l’autre est au travail.

 

Dispute de coupleEt surtout, chez nous, on s’engueule. On s’engueule quand la poubelle déborde alors que c’est son tour, on s’engueule quand on apprend qu’on est attendus chez Untel samedi prochain alors qu’on n’avait qu’une envie, c’est de larver, on s’engueule quand on est à découvert à cause de son dernier achat. Et à côté de Perrine-Cécile-Lisa-Camille, on a l’impression de ne vivre qu’un demi-rêve. On oublie toutes ces choses qui font qu’on est tombée amoureuse et surtout qu’on l’est restée. Alors moi, Perrine-Cécile-Lisa-Camille, je l’emmerde. D’abord, parce que c’est marrant, mais Perrine-Cécile-Lisa-Camille, elle est forcément hétéro et ça me gonfle. Ensuite, parce que c’est peut-être simplement une pigiste payée au lance-pierre qui a rédigée cette rubrique toute seule comme une grande, et peut-être que Perrine, Cécile, Lisa et Camille, elles n’existent que dans sa tête.

 

Ensuite, parce que, comme me l’a dit un couple rencontré en Asie : « L’essentiel, ce n’est pas de ne pas de disputer. C’est de surmonter ces disputes. » Les disputes me paraissent normales dans un couple composé de deux personnes nécessairement différentes : il est impossible d’anticiper toutes les volontés de l’autre, partout, tout le temps.  Et surtout, quand deux personnes différentes se côtoient, il y a forcément des ajustements à faire, des moments de frictions. C’est le cas avec nos ami.e.s, avec nos collègues, avec nos parents et nos frères et sœurs. Je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas le cas avec la personne qui partage notre vie.

 

Mais le normal, le banal, les disputes, ça ne fait rêver personne. Et surtout, ça ne fait pas vendre. Faudrait surtout pas que les lectrices se mettent à croire que leur couple va bien, qu’il est normal de s’engueuler. Parce qu’une lectrice qui se sent bien, c’est une lectrice qui n’a besoin de rien ni personne pour être heureuse. C’est donc une lectrice à qui il va être particulièrement difficile de refourguer le Daily Microfoliant, la BB crème au ginseng, ou le Pinceau Touche éclat. Et ça fait une rubrique « Produits Cultes » difficile à remplir. 😉

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La scène se passe au sortir de la gare. Nous sommes le 8 mars, journée internationale des droits de la femme. Je traîne une valise à roulette. Une amie m’accompagne. En passant devant un groupe de sympathique jeunes gens, nous nous faisons apostropher :

« Hé lay-dizzz ! T’as b’soin d’aide ? Viens, j’vais t’aider ! »

A ce moment précis, il me vient à l’esprit cette question évidente, qu’on s’est toutes déjà posée : POURQUOI ??!! Comme on n’a toujours pas de réponse, et qu’on s’est déjà toutes retrouvées dans cette situation, j’ai décidé d’agir.

 Guide pratique de survie dans la rue :

Vous marchez dans la rue. Vous passez devant un groupe, et l’un des mecs vous aborde (oui en général, ils sont courageux. Ils font ça en bande.) :

« Hé ! Miss France ! Miss Monde ! »

Option 1 : Vous faites comme si vous n’aviez pas entendu, et continuez votre chemin.

Déjà, je suis navrée, mais il faut bien que quelqu’un vous le dise: c’est pas très crédible (non, vraiment, j’vous assure). Vous êtes passée à 30 centimètres du type, il s’est adressée à vous avec le volume sonore d’un concert de Nirvana, vous avez forcément entendu.

Ce qu’il risque de se passer si vous continuez votre chemin : « Nan, j’rigole ! Toi, c’est Miss Moche ! Miss Monstre ! »

Option 2 : Vous vous arrêtez et vous adressez au type : « On me demande ? »

Ce qu’il risque de se passer : Le type ne s’attend probablement pas à ce que vous vous arrêtiez. Il vous agresse comme ça, sans raison, précisément parce qu’il sait que personne ne répond. Il vous rappelle que ce trottoir, c’est CHEZ LUI, que c’est lui qui commande, qui décide comment vous avez le droit de vous habiller, vous maquillez, quelles pompes vous pouvez porter si vous voulez pas vous faire emm*rder. Soit il se dégonflera (« Nan, j’rigole ! Toi, c’est Miss Moche ! Miss Monstre ! ») et vous serez revenue à l’option 1. Pas de gains, mais pas de pertes non plus, et le type aura au moins vu qu’il s’adressait à un être humain et pas seulement un corps qui ne répond pas. Soit, c’est le plus probable, il continuera la conversation, avec toujours autant de classe.

« Ca te dit de sucer ma glace deux boules pour te rafraichir ? »

Option 1 : Vous optez pour le même langage fleuri : « Ecoute, si t’as un miroir dans le slip, j’me verrais bien dedans. »

Option 2 : Vous optez pour le mépris : « Ca dépend. [Regard de haut en bas.] En fait, toi t’es comme une crevette. Tout est bon, sauf la tête. »

Option 3 : Vous jouez sur ses préjugés certainement homophobes (un homme qui traite les filles avec si peu de respect n’en a probablement pas plus pour les homos) : « Moi non, mais mon copain cherche un mec pour la nuit. Ca t’intéresse ? »

Ce qu’il risque de se passer : Si le jeune homme opère en bande, il y a de grandes chances pour que ses copains lâchent un : « Ohhh ! », hilares. Evidemment, il y a toujours la possibilité pour que le dit jeune homme revienne à sa technique de défense de base (« Nan, j’rigole ! Toi, c’est Miss Moche ! Miss Monstre ! »). A ce moment-là, soit vous choisissez de partir avec un : « C’est ça, ouais. En tout cas merci, j’ai bien rigolé ! » Soit vous poussez encore un peu votre avantage, parce que c’est fou ce qu’on s’amuse.

Suite de l’option 1, Bien-sûr-grand-fou-prends-moi-partout : « J’suis sûre, ton père, c’est un voleur. Il a piqué le plus grand baobab du monde pour le foutre dans ton caleçon ! » ou la version suédoise : « Ton père, il bosse chez Ikéa ? Parce que t’es vachement bien monté ! » Pour les plus courageuses, rajouter : « Tu m’fais voir ? »

Suite de l’option 2, Jamais-d’la-vie-t’es-tout-pourri : « En fait, t’es pas mal, mais t’es trop jeune pour moi. T’as pas un grand frère ? » Pour les plus courageuses, pendant qu’il s’étrangle : « Un grand père peut-être ? »

Suite de l’option 3, Les-mecs-aussi-ça-sait-sucer : « Allez ! Change de crémerie ! On va golri ! » Pour les plus courageuses, pendant que ça monte au cerveau : « En plus, mon mec acheté un nouveau costard. Tu devrais le voir sans. »

Essayez, et venez me raconter par email ! 😉

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La « théorie du gender » pour les nuls.

Mariage pour tous - Théorie du gender pour tous 

Depuis quelques temps, la « théorie du gender » sert de repoussoir à tout et rien. Sauf qu’on n’y comprend pas grand-chose. On a l’impression d’assister à un ramassage des hétéroclites un soir de juillet : de gros camions opaques dans lesquels on fourre tout et rien, avec un groupe de copains-copines bourré-e-s qui chantent des chansons paillardes sur le trottoir. Une espèce de vacarme assourdissant où on ne sait pas ce qu’on voit, ce qu’on entend et comment on s’appelle.

 

 

Entre ignorance et désinformation, la « théorie du gender » en huit mots :

Cela fait presque 50 ans que Gallimard a publié Le Deuxième Sexe (1965), consacrant ainsi la célébrissime phrase de Simone de Beauvoir : « On ne nait pas femme, on le devient. » Attention asseyez-vous, choc psychologique en vue : si cette phrase a un sens pour vous, si vous la comprenez et que vous êtes d’accord, c’est que vous êtes partisan-e de la « théorie du gender ».

Avant d’aller plus loin, je voudrais quand même faire remarquer le procédé subtil par lequel on décrédibilise des dizaines de chercheurs et de chercheuses en sciences humaines et sociales. Il suffit apparemment d’utiliser le terme anglais, et d’apposer le nom « théorie » devant. Et hop ! La « théorie du gender » donne l’impression d’un infâme barbarisme que ces hippies d’Anglo-Saxons voudraient nous imposer, à nous Français rationnels et civilisés. Que je sache, on ne parle pas de la « théorie de la sozial klasse » pour parler des études liées aux classes sociales, inspirées du marxisme (ou pas). Alors arrêtez de nous polluer les yeux et les oreilles avec cette expression de « théorie du gender » sortie de nulle part, bon sang.

Parlons pHomme-Femme Genrelutôt de « gender studies » ou d’études de genre. Le genre, dans ce sens, est compris, comme en grammaire, comme le masculin et le féminin. Les études de genre étudient les relations entre hommes et femmes, la place des uns et des autres dans la société, les mécanismes qui permettent de faire évoluer ou non cette place. Exactement comme les études sur les classes sociales étudient les rapports entre classes sociales, les dynamiques, etc.

On peut trouver ça sans intérêt. Mais parler de « théorie » pour ridiculiser un ensemble d’études qui se contente de prendre l’axe hommes-femmes comme point de départ, il faut avouer que c’était fortiche.

 

Ramassis d’idées reçues sur la « théorie du gender » :

Selon cette théorie, les personnes ne sont plus définies comme hommes et femmes mais comme pratiquants de certaines formes de sexualités (homosexuels, hétérosexuels, bisexuels, transsexuels). [Elle affirme] que l’identité sexuelle est une construction culturelle relative au contexte du sujet ! (1)

Et la palme de la mauvaise foi est attribuée à… ! Alors non. N’importe quoi. Les études de genre s’intéressent effectivement aux communautés homosexuelles (entre autres) mais elle ne définit rien ni personne. Encore une fois, elle s’intéresse aux rapports entre personnes, sur la base de certains critères : hommes/femmes, homosexuel-le/hétérosexuel-le, tout comme il y a des études pays pauvres/pays riches, jeunes/vieux, etc.

En revanche, elles partent du principe que chacun-e naît avec un sexe biologique, déterminé par l’appareil génital (pénis/vagin), les hormones, etc. Jusque là, même Mme Boutin sera d’accord. Mais elles ajoutent que ce sexe biologique n’a que très peu de rapport avec la construction de la personnalité d’un homme ou d’une femme. Les études de genre affirment en effet que les hommes ne sont pas biologiquement, génétiquement prédestinés à aimer le bleu, à vouloir travailler et gagner de l’argent et à ne pas pleurer. Il n’y a pas chez les hommes un gène du bleu et un gène de l’absence de larmes. Les études de genre affirment, de même, qu’il n’y a pas chez la femme un gène du rose, du maquillage et du portage de jupe. Ces études se penchent, entre autre, sur la façon dont des dizaines d’années d’un certain modèle ont façonnées nos comportements. Elles montrent comment les parents ont tendance à éduquer leurs filles différemment de leurs garçons : en leur demandant plus souvent d’aider aux tâches ménagères, en offrant des pistolets aux garçons et des poupées aux filles…

 

L’individu […] devient féminin ou masculin comme il le veut. Ainsi, il n’y a plus de « sexe masculin ou « sexe féminin », mais un « genre masculin » et un « genre féminin » qui ne tient absolument pas compte de la réalité physique du sexe en lui-même ! (2)

Alors là, bravo. RGenreéussir à déformer à ce point le propos des études de genre, il fallait oser. Pour rectifier, le concept de « genre » a été forgé pour désigner l’ensemble des valeurs sociales attachées à un sexe. Ou, pour le dire plus simplement, le genre féminin désigne le fait d’être douce, d’aimer le rose et de s’habiller en jupe et talons hauts. Le sexe féminin désigne la présence d’un utérus. Le genre masculin désigne le fait d’avoir des muscles, de travailler et de gagner de l’argent et d’être allergique au ménage. Le sexe masculin désigne la présence d’un pénis.

La femme se comporte alors de façon dite « masculine » lorsqu’elle aime le foot, boire des bières en mangeant une pizza. L’homme se comporte alors de façon dite « féminine » lorsqu’il pleure ou reste au foyer. Eh oui. C’est tout de suite moins scandaleux quand c’est expliqué clairement.

 

Xavier Breton a estimé que le projet de loi sur le mariage pour tous «s’appuie sur la théorie du genre, idéologie qui consiste à dire que l’homme et la femme sont interchangeables». […] Il s’inquiète par exemple de l’expérience menée à la crèche Bourdarias à Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis. Là-bas, «on encourage les filles à manier le marteau à l’atelier bricolage, et les garçons à s’exprimer à l’atelier émotions», raconte David, un des éducateurs. (3)

garçon et bébéDire que l’homme et la femme sont interchangeables, ça fait peur. Ouh ! Mais que deviendrait un monde dans lequel les femmes seraient garagistes et les hommes infirmiers ? Qu’adviendrait-il de notre société si les femmes étaient PDG et les hommes pères au foyer ! Quelle menace ! Sérieusement… Des hommes continueront d’être PDG, vous savez. Simplement, ça serait bien si les femmes pouvaient l’être aussi, si elles en ont l’envie et la compétence.

Et c’est ça qui fait scandale ?

 

 

Sources :

(1)  http://www.depute-mallie.com/richardmallie369.html

(2)  http://radix.ecclesiae.pagesperso-orange.fr/inf.desinfo.gender.html

(3)  http://www.liberation.fr/politiques/2012/12/09/deux-deputes-veulent-une-enquete-sur-la-theorie-du-genre_866172


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