A quelques pas de là…

Archive for the ‘Sphère professionnelle’ Category

Les droits des femmes, c’est mon gagne-pain. J’en fais à longueur de journée, et même encore après. Alors les histoires de harcèlement sexiste au travail, vous pensez si ça me connaît. Je sais nommer, définir, qualifier, je connais les textes de loi, le Code du Travail, la prévention, la répression.

Mais c’ui-là, je ne l’ai pas vu venir…

 

Que dit la loi ?

Pendant longtemps, on a considéré le harcèlement à l’égard des femmes au travail sous l’angle unique du harcèlement sexuel. En relevait « toute forme de pression exercée dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle ».

Heureusement, la législation a évolué. En premier lieu, elle a modifié le texte existant. Ainsi, relève désormais du harcèlement sexuel « le fait, même non répété, d’user de toute forme de pression exercée dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle ».

La législation a également ajouté une interdiction supplémentaire. Sont désormais aussi interdits les « propos ou comportements à connotation sexuelle, répétés, qui soit portent atteinte à la dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent une situation intimidante, hostile ou offensante ». Une circulaire du 7 août 2012 du Ministère de la Justice précise le champ d’application de cette loi :

  • Propos ou comportements : paroles, gestes, envois ou remises de courriers ou d’objets, attitudes…
  • Répétés : commis à au moins deux reprises, sans délai maximal ou minimal entre les deux reprises
  • Portent atteinte à la dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant : ouvertement sexistes, grivois, obscènes et/ou homophobes, transphobes
  • Créent une situation intimidante, hostile ou offensante : ayant pour conséquence de rendre insupportable les conditions de vie, de travail ou d’hébergement de la victime

Le délit est constitué si ces paroles ou comportements sont effectués sans le consentement de la victime. La circulaire précise qu’un silence permanent face aux agissements ou une demande d’intervention auprès de la hiérarchie doit être considéré comme une absence de consentement. Il n’est donc pas nécessaire que la victime demande directement et explicitement à l’auteur de cesser.

 

Pendant ce temps, dans le royaume de Fort Fort Lointain…

Etant passionnée par les questions d’égalité femmes/hommes, j’ai eu l’occasion de discuter avec un copain de toutes les inégalités subies par les femmes, des attitudes du quotidien aux discriminations patentes.

Je lui expliquai donc que j’avais le sentiment que les femmes devaient en faire beaucoup plus pour obtenir la même reconnaissance que les hommes. Dans la sphère professionnelle par exemple, il est extrêmement fréquent que je voie des chefs désinvoltes, qui se permettent des approximations, un manque de préparation, etc. Dans le même temps, je constate que leurs adjointes bossent comme des dingues pour faire tourner la boutique et que, si elles osent une seule fois venir peu préparées ou faire preuve de poigne, tout le monde leur tombe dessus.

J’ajoutai à l’attention du dit copain qu’il fallait aussi tenir compte de tout le reste : l’intériorisation de la menace permanente que constituent les commentaires sexistes dégradants, le harcèlement de rue qui oblige, même dans les petites villes de province (je le sais, j’y habite !) à modifier son comportement…

Je précisai d’ailleurs que j’avais pu constater que les commentaires les plus sexistes ne venaient pas toujours des hommes…

Et au moment même où je disais cela, j’ai tout à coup eu une sorte de grand flash dans mon cerveau : ma supérieure hiérarchique directe (ma n+1) est une spécialiste en la matière. Par exemple, son supérieur à elle (mon n+2) a eu vent de mon travail par d’autres responsables avec lesquels je collabore. Il a fait savoir à ma supérieure qu’il appréciait mon travail et souhaitait que je puisse le tenir informé de la progression de mes dossiers.

Depuis, chaque fois qu’elle le peut, ma supérieure ricane que le n+2 ne voit pas assez « sa jolie responsable ». Il ne m’a « pas bien vue ». La situation doit la travailler parce qu’elle fait ce genre de commentaires extrêmement fréquemment. Et quand ce n’est pas lié à mon n+2, c’est pour expliquer la bonne collaboration que je peux avoir avec tel ou tel responsable de structure. Je leur ai « tapé dans l’oeil ».

Ce faisant, elle me réduit régulièrement à mon apparence. Mes efforts, mon travail passent ainsi au second plan. Je ne déploie plus de compétences professionnelles. Je ne suis plus la responsable de X et Y, qui a mené avec succès des négociations compliquées et est parvenue à faire avancer des dossiers importants. Non, tout cela disparaît. Je suis juste un physique, un truc qui se voit.

Et, tout à coup, second flash dans mon cerveau. Mais, mais… Ces propos répétés, ouvertement sexistes, qui portent atteinte à ma dignité en raison de leur caractère dégradant… cela porte un nom… Harcèlement sexuel.

 

C’est toujours plus facile à repérer lorsqu’il s’agit d’autrui, n’est-ce pas ?

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Nous vivons à l’ère de la performance et sous le regard des autres. La productivité chiffrée est devenue la mesure de la valeur individuelle, les réseaux sociaux ont entraîné un vaste mouvement de mise en scène de soi et de comparaison accrue avec autrui.

Dans ce contexte, qu’en est-il des femmes, qui, à la différence des garçons que l’on éduque à la prise de risque, sont conditionnées très tôt à être de bonnes petites soldates dociles ?

 

Dans leur vie professionnelle…

Les femmes gagnent toujours, en moyenne, 455€ de moins que les hommes chaque mois. Cela revient à une perte de 235 000€ à la fin d’une carrière de 43 ans. Le montant des retraites perçues par les femmes est toujours, en moyenne, de 671€ de moins que celui des retraites des hommes, et l’écart se creuse depuis 2004. Toutes situations confondues (jeunes, seniors, ayant des origines migratoires, n’en ayant pas, vivant dans l’Hexagone et dans les outre-mers), ce sont les femmes qui sont les plus pénalisées sur le marché de l’emploi.

Les femmes doivent en faire bien plus pour être reconnues, par autrui mais aussi par elles-mêmes. (Les études sur l’estime d’elles-même, dès très jeunes, des filles par rapport aux garçons sont à cet égard confondantes. Pour l’anecdote, l’ensemble des chef(fe)s de service de ma structure se sont vu proposé du coaching individuel. Je vous le donne en mille : sur neuf personnes, toutes les femmes sauf une ont accepté avec enthousiasme ; aucun homme n’a estimé en avoir besoin.)

Si une femme est trop autoritaire, elle sera qualifiée de harpie. Si elle est trop permissive, on trouvera qu’elle manque de capacités managériales. Trop proche de la direction, on l’accusera d’utiliser ses charmes. Trop distante, on lui reprochera de manquer de qualités humaines. Ambitieuse, on la verra comme un requin dont les dents rayent le plancher. Peu carriériste, on songera qu’elle gâche ses possibilités et on refusera de la prendre au sérieux. Qu’elle fixe des limites à sa présence en entreprise pour être plus disponible pour sa famille, et on la cataloguera comme n’étant pas fiable. Qu’elle ait simplement des enfants, et on verra leur existence comme une épée de Damoclès au-dessus de son investissement professionnel. Que son conjoint s’occupe des enfants, et on la verra comme une machine froide et son compagnon comme une créature entre le martyr des temps modernes et le castré façon Renaissance. Qu’elle ose seulement assister à une réunion sans l’avoir bien préparée : elle n’aura pas les épaules pour le poste.

 

Dans leur vie personnelle…

Les femmes ont acquis, de haute lutte, le droit à disposer de leur corps et à exercer ce droit par le biais de l’Interruption Volontaire de Grossesse. (Je passerai volontairement sur les fermetures massives de structures publiques, qui mettent en danger l’exercice effectif de ce droit.) En conséquence, la maternité est devenue largement choisie. Et puisque devenir mère est devenu un choix, les femmes ont à présent l’obligation de réussir aussi cet aspect-là de leur vie.

Il faut faire des enfants épanoui(e)s, auxquel(le)s on fixe des limites sans brider leur créativité, auxquel(le)s on propose des loisirs sans les transformer en machines. Il faut suivre leur scolarité sans leur mettre de pression excessive, les pousser sans les étouffer, leur donner le choix tout en les empêchant de prendre de mauvaises décisions. Il faut éduquer sans crier, faire attention à l’équilibre alimentaire. Et surtout, surtout, il faut être heureuse en tant que mère. Il faut aimer ses enfants par-dessus tout, se sacrifier de bonne grâce, ne jamais se plaindre de la charge qu’ils/elles font peser sur le quotidien et l’organisation. La mère parfaite est une mère qui se dévoue et qui sourit.

Les magazines féminins ont ajouté à cette pression-là celle de réussir son couple et, tant qu’à faire, sa vie sexuelle. Il faut baiser régulièrement, et jouir à chaque fois. Il faut essayer de nouvelles positions, de nouvelles pratiques, de nouveaux et nouvelles partenaires. Il faut réinventer son couple, avoir peur de la routine, partir en vacances, maigrir avant les vacances, s’entendre avec les ami(e)s de l’autre, avec sa famille.

 

MERDE.

Je revendique, au nom de toutes les femmes, le droit à être imparfaites et à faire des erreurs.

Au boulot, parfois, nous manquons de tact, nous nous laissons envahir par le flux des tâches à accomplir sans prioriser, nous arrivons sans être bien préparée, nous demandons à partir plus tôt pour aller chercher nos enfants à l’école, nous sommes en retard sur une tâche à accomplir, nous insistons lourdement pour obtenir une promotion, nous laissons passer une possibilité de promotion.

Dans notre couple, parfois, nous nous engueulons, nous sommes de mauvaise foi, nous nous laissons marcher sur les pieds, nous faisons l’amour un peu par habitude, nous ne jouissons pas, nous ne baisons plus, nous restons célibataires longtemps, nous nous accrochons à nos principes sans vouloir faire de compromis.

En tant que mères, parfois, nous laissons passer des comportements problématiques, nous sur-investissons la scolarité de nos enfants, nous imposons des règles rigides, nous crions, nous nous énervons, nous cuisinons des pâtes ou des conserves.

Nous faisons du mieux que nous pouvons, nous sommes humaines, nous échouons, nous tirons les leçons de nos échecs, nous nous excusons, nous tâchons de faire mieux la fois suivante, et la fois suivante, parfois nous réussissons, parfois nous ne réussissons pas. Nous naviguons à vue dans ce grand espace qu’est la vie, et nous réclamons simplement QU’ON NOUS LÂCHE LA GRAPPE.

Moi, les droits des femmes, c’est mon gagne-pain. Alors vous pensez bien qu’à l’annonce du premier gouvernement Philippe, j’étais toute frétillante. Le nom de l’heureuse élue ayant été annoncé, il est temps de regarder d’un peu plus près ce qu’elle nous prépare.

 

J’ai attendu le nom de la Ministre toute la journée d’hier. Je me rappelais encore des annonces du candidat Macron : « Je ferai de l’égalité femmes-hommes la cause nationale du quinquennat. Sans cela, on se prive de la force de notre société. » ; « Il y aura un Ministère plein et entier des droits des femmes. » 15h, bim-boum, comme au bac les résultats tombent. Marlène Schiappa est nommée Secrétaire d’Etat à l’égalité femmes/hommes. Habonbabon. Eh ben pour un Ministère de plein exercice, on repassera. C’est dommage, parce qu’il est déjà difficile de faire entendre que les droits de la moitié de l’humanité sont un sujet important, si en plus nous n’avons même pas droit à une Ministre pleine et entière, il va être encore plus compliqué de faire du bon travail.

Passons.

Mais alors, du coup, qu’est-ce qu’elle a dans le ventre, Marlène Schiappa ?

Son cheval de bataille : favoriser l’égalité professionnelle

Elle est la fondatrice du blog « Maman travaille », qui met en avant les difficultés rencontrées par les femmes qui ont une famille et une carrière professionnelle : culture du présentéisme, réunions tardives, difficultés pour trouver des places en crèches… Elle reprend à son compte l’expression « le plafond de mère », utilisée pour expliquer comment la maternité est un frein à la carrière professionnelle des femmes.

Tout cela est bel et bon et Marlène Schiappa soulève de vrais problèmes, de vrais freins. Certes, la société française, les entreprises et les administrations devraient être organisées de manière à prendre en charge partiellement la maternité, et ainsi en décharger les femmes. Cependant, raisonner comme cela laisse complètement de côté la question de la place des hommes dans la parentalité. De facto, les femmes prennent en charge la vaste majorité des tâches domestiques : 1h30 de plus par jour soit 10h30 de plus par semaine que les femmes n’ont pas pour elles, pour voir leurs ami(e)s, lire des livres, faire de la sculpture sur soie… Mais tant qu’on n’aura pas une discussion approfondie autour des conséquences de la parentalité (et non de la maternité), et donc tant qu’on ne réfléchira pas à une manière d’envisager la parentalité comme une charge qui pèse sur les deux membres du couple, et aux façons de répartir équitablement cette charge, on n’en sortira pas.

Conséquemment, les mesures d’Emmanuel Macron, basées sur le travail et les propositions de Schiappa, ne suffiront pas.

Marlène Schiappa veut par exemple créer un congé maternité unique pour toutes les femmes, quel que soit leur statut. C’est bien. Il est effectivement injuste qu’une commerçante soit moins protégée qu’une salariée. Cependant, là encore, on n’envisage l’enfant que sous l’angle du poids qu’il fait peser sur la mère, que l’on tente de soulager, au lieu de réfléchir à l’implication des pères. 

Il aurait été intéressant de réfléchir aussi, en plus, en même temps, à des mesures destinées à favoriser le congé paternité : en le rémunérant mieux, en créant un arsenal législatif et juridique protecteur, pour garantir le retour des hommes dans l’entreprise après le congé et interdire les discriminations sur cette base, voire en le rendant obligatoire, dans une certaine mesure et sous certaines conditions.

De même, il est indispensable de s’intéresser aux scandaleux écarts de salaires qui subsistent encore (les femmes gagnent en moyenne 455€ de moins que les hommes chaque mois, soit 235 000€ à la fin d’une carrière professionnelle). La proposition de l’équipe En Marche, menée sur ce sujet par Schiappa, consiste à effectuer des contrôles aléatoires dans les entreprises, pour vérifier que les salaires sont égaux pour les hommes et les femmes, à compétences égales.

Il faut croire que la dite équipe ne s’est pas suffisamment penchée sur le problème des écarts de salaires. En effet, seule une dizaine de pourcentage de l’écart est due à une discrimination pure : à postes et compétences égales, les femmes sont moins payées. Mais la plus grosse partie de l’écart est due à d’autres facteurs (sur ce sujet, voir mon article précédent : L’intersectionnalité ou le piège de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes). Dans leur majorité, les contrôles ne donneront rien. On dépensera beaucoup d’argent public pour constater que le problème est ailleurs : dans l’éducation des enfants, dans les stéréotypes qu’on continue à ingurgiter et à transmettre.

Ainsi, tant qu’on ne s’attaquera pas frontalement à la formation des professionnel(le)s en contact avec les enfants (éducation nationale, accueils collectifs de mineurs, centres de loisirs, conseillers et conseillères d’orientation, BAFA, etc.), on continuera à se heurter aux mêmes problèmes.

Mouvement des élu(e)s français(es) pour l’égalité

Avec d’autres élues, Marlène Schiappa a fondé le Mouvement des élu(e)s français(es) pour l’égalité.

Parce que nous pensons que c’est à l’échelon local que nous pouvons agir pour l’égalité, lutter contre les discriminations, les inégalités, les stéréotypes; mais aussi le déterminisme social, la victimisation et le communautarisme qui pèsent parfois dans nos milieux.

La victimisation et le communautarisme ? La « victimisation », tu veux dire comme dans les enquêtes faites à échéances régulières par le Ministère de l’Intérieur, et qui nous montrent bien à quel point les chiffres des violences faites aux femmes baissent peu : chaque année, on recense 118 meurtres en raison de violences conjugales, 223 000 victimes de violences par leur partenaire de vie, 84 000 viols ou tentatives. Chaque année.

Et le communautarisme ? Ah, tu veux sans doute parler de ces affreux musulmans qui oppressent leurs femmes alors que nouzot’, non-musulman(e)s, on ne le fait pas, comme le montrent bien les chiffres qui précèdent. Comme dit l’autre : « Une femme qui gagne 20% de moins, qui subit le sexisme et qu’on assimile encore aux tâches ménagères doit avoir les cheveux libres !« 

Et sur le fond ? Éducation aux stéréotypes et à l’égalité

Le combat en faveur des droits des femmes est difficile et long, parce qu’à la racine des nombreux problèmes évoqués jusqu’à présent, se trouvent des questions fondamentales, de culture de société. Ce n’est que par l’éducation à l’égalité, à l’émancipation des stéréotypes qu’on permettra aux jeunes de construire une vie qui ressemble un peu plus à ce qu’ils/elles veulent, et un peu moins à ce qu’ils/elles croient qu’ils/elles devraient faire.

Et sur le volet des stéréotypes, on ne peut pas dire que Marlène Schiappa parte sans handicap. En 2011, elle a publié aux éditions « La Musardine » un livre ayant pour titre Osez l’amour des femmes rondes. DariaMarx fait une analyse détaillé du tissu de clichés insultants que constitue ce livre. Pour ma part, je me contenterais de citer un extrait de son article :

–       Ne vous goinfrez pas en public. On mangera une sucette, pour rappeler l’aspect phallique du geste, mais pas un sandwich, qui pourrait faire penser à  votre indélicate surcharge pondérale.

–       Dansez, mais seulement si vous savez. Inutile d’essayer d’imiter vos copines minces qui se trémoussent sans avoir pris de leçons. Vous auriez l’air d’un tas. Prenez des cours de salsa, par exemple, car sinon, vous risqueriez  « d’incarner l’absence de maîtrise de soi »

–       Ne vous ruez pas sur la bouffe comme une candidate de Koh Lanta après un jeune forcé. C’est bien connu, les grosses ingurgitent des tonnes de nourriture en public, et cela sans aucune retenue. Sachez vous tenir, merde ! L’auteure vous conseille de « ne pas prendre de dessert si personne d’autre n’en prend à votre table » et surtout « de ne pas demander de doggy bag » (?!)

–       Mentez sur votre poids quand vous draguez en ligne ! Mais pas trop ! Juste ce qu’il faut pour attirer un maximum de mecs ! Vous vous arrangerez  avec la vérité une fois le temps du rendez-vous arrivé ! Si vous avouiez votre vrai tonnage, personne ne voudrait de vous, bien sûr.

–       Soyez drôles, mais pas trop. La femme grosse a l’obligation d’être marrante, mais ne doit pas oublier que sa priorité doit toujours rester sa soumission totale à l’homme. Elle préfèrera donc rire aux blagues pourries de son compagnon plutôt que de se lancer dans un récital de vannes. […]

–       On suit la mode, mais pas trop. Parce que soyons honnêtes, les grosses ne peuvent pas tout mettre. Contentez vous donc de mettre une jolie broche, d’accessoiriser.

Le blog FauteusesDeTrouble complète l’analyse :

[L]a deuxième partie de l’ouvrage se fonde sur le syllogisme, plutôt contestable, que la grosse est grosse parce qu’elle est épicurienne, et que, très logiquement, si elle aime bouffer, elle aime aussi baiser. CQFD. C’est pourquoi elle sera bonne au lit et en cuisine : on trouve alors des recettes de cuisine à côté de recettes de fellation. Edifiant.

Euh… Vraiment ? Vraiment ?

Que dire ? « Bienvenue, madame la Secrétaire d’Etat à l’égalité femmes/hommes » ?

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Les inégalités de salaire entre les femmes et les hommes sont souvent pensées en terme de pourcentages, et en termes de possibilité pour les femmes de mener de front leur vie de mère et leur vie professionnelle. Mais quelle place accorde-t-on aux hommes, dans cette réflexion ?

 

Lorsque je parle des inégalités qui existent entre les femmes et les hommes, le sujet le plus consensuel est inévitablement celui des différences de salaire : « KEUHA ? Les hommes gagnent 23% de plus que les femmes en moyenne ? Mais c’est énaurme ! ». Oui.

 

En général, là-dessus, j’aime bien ajouter, l’air de rien, ce que ça donne en euros sonnants et trébuchants. En effet, les commentateurs et commentatrices de tout poil peuvent se permettre de dire et redire que « l’écart est de 23% » : c’est pratiquement indolore, ça reste très flou. On se dit que ça doit sûrement sans doute faire beaucoup (enfin, on suppose). Mais ça reste surtout très abstrait. Du coup, quand je balance que cela représente un écart moyen de 455€ mensuels, soit environ 235 000€ à la fin d’une carrière de 43 ans, en général, les cris d’orfraies montent dans les aigus : « HEIN ? », suivi de l’inévitable : « Mécépapossib. »

 

J’vous explique…

C’est à ce moment-là que j’entame mon discours, bien rodé, visant à expliquer ce qui se cache derrière ce chiffre démentiel. Un pourcentage de cet écart relève de la pure discrimination : à poste et compétences égales, les femmes sont moins bien payées que les hommes. Le reste de l’écart s’explique par la présence massive des femmes parmi les employé(e)s à temps partiel subi (elles sont trois fois plus nombreuses que les hommes), leur propension massive à interrompre ou réduire leur activité à l’arrivée d’un enfant (une mère sur deux, contre un père sur neuf), et leurs « choix » de carrière (87% de femmes parmi les infirmier(e)s, 10% de femmes parmi les neurochirurgien(ne)s).

 

En général, à ce stade de l’explication tout le monde soupire : « Ouf. Nous, on n’est pas discriminées, on est les égales des hommes, et d’ailleurs, nous, on bosse, c’est même grâce à ça qu’on peut assister à la présentation de la petite jeune qui vient nous parler d’égalité. Hé, nous, l’égalité, c’est bon. »

 

C’est vrai. Lorsqu’il y a des femmes dans l’assistance à laquelle je m’adresse, ce sont surtout des femmes qui travaillent, qui ont « des responsabilités », comme on dit (comme si les employées hors postes d’encadrement n’avaient aucune responsabilités, bref).

 

Ces femmes auxquelles je m’adresse ont les moyens de sous-traiter la fonction « féminine » et/ou la fonction « maternelle ». Pour le dire autrement, ce sont souvent des femmes qui salarient d’autres femmes pour s’occuper des tâches domestiques et/ou de leurs enfants. Ces dernières assurent donc la subsistance de leur propre famille en s’occupant de la famille des autres.

 

Et c’est pratique ! Il y a donc énormément de femmes qui s’occupent des enfants (des leurs ou de ceux des autres). Cela conforte le stéréotype selon lequel s’occuper d’enfants est une activité typiquement féminine. En échange, l’existence de ce stéréotype permet à certaines femmes de percevoir une rémunération pour s’occuper des enfants des autres. En quelque sorte, certaines femmes sans qualification valable sur le marché du travail peuvent monnayer le fait d’être une femme : elles acceptent le stéréotype comme quelque chose de valorisant, et elles transforment le  stéréotype  en une compétence professionnelle rémunérée.

 

Du coup, au lieu de partager équitablement les tâches domestiques entre les hommes et les femmes, on continue à les faire porter majoritairement sur les femmes. On entretient le stéréotype mais on déplace le problème : d’une question de genre (les femmes/les hommes), cela devient une question de classe sociale. Les femmes les plus pauvres prennent en charge les activités typiquement  féminines (le soin aux enfants) pour que les femmes les plus riches puissent avoir une activité hors de la sphère domestique et faire éclater le plafond de verre. (Ou bosser deux fois plus pour tenter de le fendiller, bref.)

 

Oui mais ce fonctionnement, il n’arrange pas nos affaires de stéréotypes. Dans ce système, les hommes ne sont jamais impliqués, ils ne sont jamais concernés par la question domestique.

 

Petit point de vocabulaire : le fait de réfléchir aux questions qui se trouvent au croisement de plusieurs problèmes (ici : le genre et la classe sociale) s’appelle l’intersectionnalité. C’est compliqué, parce que ça demande de sortir de son expérience (pour moi, l’expérience d’une fille blanche de la classe moyenne) pour prendre en compte les expériences d’autres femmes, dont on n’a souvent qu’une idée très vague.

 

Mais penser les choses de manière intersectionnelle (ici : penser l’égalité salariale en prenant en compte à la fois la question hommes/femmes mais aussi la question pauvres/riches), c’est le seul moyen d’éviter de déplacer les inégalités et de sortir de ce système par le haut. 🙂


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