A quelques pas de là…

Archive for the ‘Uncategorized’ Category

Le véritable lieu de naissance est celui où l’on a porté pour la première fois un coup d’oeil intelligent sur soi-même.

Marguerite Yourcenar, Les mémoires d’Hadrien.

Je suis née en patrie féministe il y a dix ans. Dix ans. Joyeux anniversaire.

Le féminisme est une fièvre ; grandissante, prosélyte et incurable. Hélas.

Je suis à cette étape de mon féminisme où, depuis de long mois, j’en interroge le sens. A quoi me « sert »-il ? Je suis dans un état de rage quasi-permanent face aux oppressions systémiques vécues par mon sexe. Où que je regarde, de quelque côté que je me tourne, m’explosent au visage des inégalités flagrantes et insupportables. Essayez !

Santé : Les femmes présentant tous les symptômes de l’AVC reçoivent moins souvent que les hommes (32% contre 41%) le bon diagnostic, les médecins attribuant souvent ces symptômes à de simples migraines ou vertiges. Elles sont plus nombreuses que les hommes à renoncer aux soins médicaux (+/- 6 points).

Sport : Les footballeuses professionnelles françaises touchent en moyenne 96% de moins que leurs homologues masculins. Celles qui évoluent dans les grands clubs français touchent en moyenne 4000€/mois contre 75 000€ mensuels en moyenne pour leurs homologues masculins.

Culture : Seules 22% des récipiendaires des grands prix littéraires français sont des femmes. Elles ne représentent que 33% de la programmation théâtrale française.

Sexualité : Les femmes sont 52% à déclarer avoir « souvent » ou « parfois » eu des rapports sexuels pour faire plaisir à leur partenaire sans en avoir eu vraiment envie elles-mêmes, contre 25% des hommes.

 

Ad libitum. Ad nauseam. Je repense à d’autres luttes majeures pour les droits des êtres humains et aux siècles d’oppression, et je me dis qu’il se pourrait bien que celle-ci durât encore longtemps.

Dans mes bons jours, je me laisse entraîner par l’idée que le féminisme a toujours été une bataille contre son temps. On n’est jamais féministe pour des droits acquis, même si on doit en permanence à la fois gratter le mur de tout un système avec ses ongles pour espérer l’éroder, et simultanément garder avec vigilance et férocité les fragments décrochés contre celles et ceux qui, vautours, rôdent avec l’espoir de les remettre.

Dans mes bons jours, je pense que c’est parce que des rangs entiers de féministes sont mortes en terre patriarcale que d’autres se lèvent et vivent avec des chaînes moins lourdes à porter. Et peut-être, rang après rang, toutes ces féministes dont j’aurai été auront construit une société plus libre pour les femmes.

Souvent, je me sens si fatiguée.

Ces belles idées brisent contre des centaines de petits épuisements quotidiens : expliquer (« ça, c’est sexiste »), dénoncer (« ça, c’est sexiste »), interrompre et corriger (« ça, c’est sexiste »)… Le mur est là. Toujours là. Solide. Mes ongles saignent, mes yeux pleurent, et nos conquêtes me semblent des poussières.

En dix ans de mon féminisme, qu’est-ce qui a changé ? Les chiffres ne vacillent même pas (1) et, à part quelques unes de magazines (2) qui me laissent à penser qu’on occupe peut-être une place, je peine à identifier ne fût-ce qu’un bouleversement social d’ampleur, dont nous pourrions nous enorgueillir et qui nous servirait de marchepied. (J’ouvre ici une parenthèse pour donner mon avis sur une modification majeure, récente et langagière : en parlant désormais de « violences sexistes et sexuelles » en lieu et place de « violences faites aux femmes », j’estime qu’on occulte mieux le rapport de domination qui touche un sexe et en favorise un autre.)

2009-2019. Dix ans après, qu’est-ce qui a changé ?

Moi. Le changement est en moi.

Commençons là : il est plus que temps de témoigner admiration et reconnaissance envers les féministes qui ont subi mes approximations, mes idées arrêtées et mes erreurs. Je dois à la patience de leur pédagogie le féminisme qui m’anime aujourd’hui, et que je m’efforce de maintenir inclusif en dépit de mon conditionnement social âgiste, classiste, grossophobe, homophobe, islamophobe, lesbophobe, raciste, transphobe, validiste… (3)

A 29 ans, mon féminisme me fournit la force jour après jour de devenir qui je veux être. Il est ce roc depuis lequel je refuse ce qui ne me convient pas et avance vers ce à quoi j’aspire.

Je porte moins de soutiens-gorges parce que ça n’a pas de sens et que je ne veux plus ; avec mon 90A, j’apprends doucement à embrasser cette nouvelle silhouette dans le miroir, à m’aimer, à être fière. J’ai fait des sports de combat « violents » (krav-maga et boxe thaïe) et je le proclame haut sans craindre d’effrayer. Je n’abdique pas ma liberté professionnelle. Je refuse les relations proches avec les personnes qui ne sont pas féministes, parce que c’est une base solide pour établir le respect de moi-même. Je ne perds pas de temps avec les personnes qui ne sont pas féministes ; « je séduis qui me séduit ». (4)

Mon féminisme me donne la force d’agir et d’aligner mes actes sur mes convictions. Mon féminisme, il défend toutes les femmes, mais il me défend d’abord moi. Moi, le respect auquel j’ai droit, toutes les choses auxquelles j’ai droit.

Mon féminisme, il défend toutes les femmes, mais même s’il ne « sert » qu’à moi, il en vaut la peine.

 

***

(1) https://www.ipsos.com/fr-fr/violences-sexuelles-pourquoi-les-stereotypes-persistent

(2) La nouvelle terreur féministe, Valeurs actuelles, mai 2019.

(3) Ordre alphabétique.

(4) Christiane Taubira : https://www.franceinter.fr/emissions/femmes-puissantes/femmes-puissantes-29-juin-2019

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Trois fois par an environ, on me demande d’intervenir auprès de jeunes gens pour leur parler d’égalité filles/garçons. Ce n’est pas mon métier mais on considère que j’ai suffisamment d’expertise en la matière pour être capable de le faire. Pas sûr… 

 

Il y a presque deux ans, ma collègue est venue me trouver pour me parler de son projet avec les jeunes. Je souviens très bien du sentiment de panique intérieure qui m’a envahie lorsque j’ai compris quelle était sa commande : « Tu auras trois heures. Parle-leur d’égalité. C’est tellement important. Il y a tellement à faire. » Bien sûr, on aurait pu faire appel à des professionnel(le)s des interventions auprès des enfants et des adolescent(e)s. Mais ça coûtait moins cher si j’animais ces sessions moi-même. Soit.

 

J’ai pas mal tâtonné pour trouver le bon angle d’attaque. Comme le disait ma collègue : « Il y a tellement à faire » ! Comment les sensibiliser en trois heures à peine ? La première année, je leur ai parlé de médias : films, séries, chansons de rap. Je voulais parler de la représentation des femmes, de toutes les femmes : jeunes, âgées, blanches, arabes, noires, asiatiques, homosexuelles, valides, handicapées, pauvres, riches… Mais je me suis rendue compte que cette première mouture était à la fois trop ambitieuse et trop peu concrète. Elle était trop peu concrète car les jeunes ne voyaient pas l’importance des représentations. « Ouais ben les Disneys, c’est toujours comme ça. C’est pas pour ça que j’ai envie de m’enfermer dans ma maison en faisant pousser mes cheveux », s’exclama ainsi l’une d’entre elles, en référence au film Raiponce

 

« Après, ça change maintenant. On a des films avec des meufs et tout. » Chaque fois que je parlais de tendances sociologiques, de généralités sociales, l’un d’entre eux ou l’une d’entre elles me trouvaient un contre-exemple tout à fait valable. Je ne parvenais pas à leur faire comprendre la différence entre un fait isolée et un fait structurel. Même le test de Bechdel ne fonctionnait pas. Ainsi, à la question : « Dans ce film de Disney, y a-t-il deux personnages féminins ? », les jeunes répondaient systématiquement oui. Je me souviens de ma surprise :

« Dans Le roi lion, tu vois deux personnages féminins ?

– Bien sûr ! Nala et la mère du roi lion.

– Et quels sont les personnages féminins qui parlent entre eux ?

– Les deux hyènes « ! »

Effectivement, ces deux jeunes femmes avaient raison. Il y avait bien des personnages féminins, mais ils étaient tellement relégués à l’arrière-plan que je les avais oubliés. Du coup, ma démonstration sur l’absence de personnages féminins en dehors des rôles de princesses ne les avait pas convaincues. Forcément.

 

Cette première version était aussi trop ambitieuse, parce que je ne voulais pas me concentrer sur la différence hommes/femmes, mais que je voulais aborder la question de la diversité des personnages et des histoires de femmes. D’abord, la notion de « diversité », vocabulaire médiatico-technocratique, ne leur parlait pas vraiment : « Ben, c’est quand c’est divers, quoi. Quand on a le choix. » Ensuite, je voulais leur dire qu’avoir des femmes aux postes de réalisation ou de production ne garantissait pas une représentation plus diversifiée ou moins stéréotypée. Je citais en exemple le film Triple Alliance, réalisé par une femme avec trois personnages principaux féminins, mais qui sont toutes les trois jeunes, blanches, mince, belles et riches, et n’ont qu’un seul centre d’intérêt : l’homme qui a fait de chacune d’entre elle sa maîtresse. « Mais alors du coup, c’est quoi l’intérêt d’avoir des femmes qui font des films ? » J’ai tenté de faire valoir le fait que en général, les femmes ayant des vécus différents de ceux des hommes, elles portaient à l’écran des histoires différentes, des représentations du monde différentes. Je voyais le vide dans leurs yeux : mon discours ne leur parlait pas du tout.

 

La deuxième année, j’ai donc changé mon fusil d’épaule et j’ai attaqué avec des choses plus concrètes : inégalités de salaires, partage des tâches ménagères et du soin aux enfants, agressions. J’ai senti que je rentrais dans leur vie. Ouf. J’avais trouvé quelque chose qui fonctionnait. 

 

#BalanceTonPorc a permis à de nombreuses femmes de raconter leurs expériences de harcèlement sexuel au travail

La première fois que j’ai testé ce nouveau déroulé, on était en plein affaire Wenstein, et les hashtags #BalanceTonPorc et #MeToo envahissaient les réseaux sociaux. Je me suis dit qu’il était important de parler de consentement, de respect, de vie sexuelle. Mais je crois que j’ai forcé la dose, avec un discours bien culpabilisant et bien moralisant, qui n’offrait aucune piste de réflexion aux jeunes, aucun conseil pour agir concrètement dans leur vie. J’y suis allée avec mes gros sabots, en commençant par les assommer avec les chiffres des viols et agressions sexuelles en France (plus de 50 000 chaque année), des violences commises par le conjoint ou ex-conjoint en France (224 000 par an). Sur cette base, pas de dialogue possible. J’ai enchaîné en leur montrant deux vidéos abordant le sujet. Les réactions de certaines ont été très vives : « A quoi ça sert de parler de tout ça, hein ? De toute façon, ça changera jamais ! Les mecs comme ça, il faudrait leur couper les couilles ! » J’ai essayé de dire que, sur 50 000 viols, il y en avait forcément qui étaient commis par des hommes qui n’avaient pas conscience de ce qu’ils avaient fait. Mon discours était inaudible par plusieurs jeunes femmes de l’assistance, très énervées parce que visiblement très mal à l’aise avec le sujet.

J’ai conclu en leur présentant une petite histoire : « Vous êtes enseignant(e) et une de vos élèves semble aller mal… » Je vous la fais courte : dans mon histoire, l’élève en question a été violée par le copain chez qui elle a passé la soirée, chez qui elle est restée dormir ensuite. Mon idée était de les faire réfléchir en groupe à une manière de réagir. Dans un des trois groupes, une jeune femme s’est mise ostensiblement en retrait, bras croisés. Quand je suis allée la voir pour savoir ce qui se passait : « Vas-y, moi je parle pas de ça, c’est bon. A quoi ça sert, hein ? Les mecs comme ça faut les castrer un point c’est tout. » J’ai évidemment essayé de désamorcer, de lui dire que si le sujet la mettait mal à l’aise, elle avait tout à fait le droit de sortir s’isoler un moment, qu’en discuter ici, dans un cadre neutre, c’était aussi se préparer à réagir correctement si jamais quelqu’un de proche se confiait à nous…

 

Je suis rentrée chez moi mal à l’aise, gênée par ce que j’avais produit, consciente d’avoir été lourde, mauvaise dans ma manière d’aborder le sujet. J’avais sûrement ravivé des traumatismes, je n’avais pas su les aider à avancer. Je m’en suis beaucoup voulu.

 

Alors j’ai changé une troisième fois mon intervention. J’ai donné les chiffres des viols et des violences conjugales, j’ai passé une

vidéo qui explique : « Si vous avez du mal à comprendre la notion de consentement pour les rapports sexuels, imaginez une tasse de thé. »

[…] Si une personne est inconsciente parce qu’elle a trop bu ou parce qu’elle dort, ne lui faites pas de thé. Les personnes inconscientes ne peuvent pas vouloir de thé. […]

On a un peu discuté du fait que les viols sont à 80% commis par des personnes de l’entourage (et non pas par des inconnus le soir, dans une ruelle sombre). Et puis je me suis arrêtée là. J’avais prévu d’ouvrir plus largement le débat, en leur demandant comment on pouvait être sûr(e) du désir de son ou sa partenaire (Demander ! Communiquer !). Mais je n’ai pas osé pousser la discussion. J’ai vu les yeux d’un bon tiers des filles présentes se détourner vers le sol. J’ai vu certaines jeunes femmes très actives précédemment se refermer comme des huîtres avec un regard vide. Je n’ai pas voulu pousser, j’ai eu peur de ce que ça pouvait produire chez elles. 

 

Ces regards-là, je commence à les connaître. Quand j’interviens auprès de groupes où les participant(e)s sont nombreux et nombreuses, je

 fais souvent deviner, en guise d’introduction, quelques chiffres. Ceux des violences sexuelles ou conjugales induisent toujours de type de réactions. Et ça me fait toujours mal, en fait, parce que je devine les histoires qui sont derrières, les abus de pouvoir, les conséquences en termes de confiance en soi et en autrui.

 

La vérité, c’est qu’aborder ces questions avec les jeunes, c’est un métier, et ce n’est pas le mien. Il était temps que je m’en rende compte…

Moi, les droits des femmes, c’est mon gagne-pain. Alors vous pensez bien qu’à l’annonce du premier gouvernement Philippe, j’étais toute frétillante. Le nom de l’heureuse élue ayant été annoncé, il est temps de regarder d’un peu plus près ce qu’elle nous prépare.

 

J’ai attendu le nom de la Ministre toute la journée d’hier. Je me rappelais encore des annonces du candidat Macron : « Je ferai de l’égalité femmes-hommes la cause nationale du quinquennat. Sans cela, on se prive de la force de notre société. » ; « Il y aura un Ministère plein et entier des droits des femmes. » 15h, bim-boum, comme au bac les résultats tombent. Marlène Schiappa est nommée Secrétaire d’Etat à l’égalité femmes/hommes. Habonbabon. Eh ben pour un Ministère de plein exercice, on repassera. C’est dommage, parce qu’il est déjà difficile de faire entendre que les droits de la moitié de l’humanité sont un sujet important, si en plus nous n’avons même pas droit à une Ministre pleine et entière, il va être encore plus compliqué de faire du bon travail.

Passons.

Mais alors, du coup, qu’est-ce qu’elle a dans le ventre, Marlène Schiappa ?

Son cheval de bataille : favoriser l’égalité professionnelle

Elle est la fondatrice du blog « Maman travaille », qui met en avant les difficultés rencontrées par les femmes qui ont une famille et une carrière professionnelle : culture du présentéisme, réunions tardives, difficultés pour trouver des places en crèches… Elle reprend à son compte l’expression « le plafond de mère », utilisée pour expliquer comment la maternité est un frein à la carrière professionnelle des femmes.

Tout cela est bel et bon et Marlène Schiappa soulève de vrais problèmes, de vrais freins. Certes, la société française, les entreprises et les administrations devraient être organisées de manière à prendre en charge partiellement la maternité, et ainsi en décharger les femmes. Cependant, raisonner comme cela laisse complètement de côté la question de la place des hommes dans la parentalité. De facto, les femmes prennent en charge la vaste majorité des tâches domestiques : 1h30 de plus par jour soit 10h30 de plus par semaine que les femmes n’ont pas pour elles, pour voir leurs ami(e)s, lire des livres, faire de la sculpture sur soie… Mais tant qu’on n’aura pas une discussion approfondie autour des conséquences de la parentalité (et non de la maternité), et donc tant qu’on ne réfléchira pas à une manière d’envisager la parentalité comme une charge qui pèse sur les deux membres du couple, et aux façons de répartir équitablement cette charge, on n’en sortira pas.

Conséquemment, les mesures d’Emmanuel Macron, basées sur le travail et les propositions de Schiappa, ne suffiront pas.

Marlène Schiappa veut par exemple créer un congé maternité unique pour toutes les femmes, quel que soit leur statut. C’est bien. Il est effectivement injuste qu’une commerçante soit moins protégée qu’une salariée. Cependant, là encore, on n’envisage l’enfant que sous l’angle du poids qu’il fait peser sur la mère, que l’on tente de soulager, au lieu de réfléchir à l’implication des pères. 

Il aurait été intéressant de réfléchir aussi, en plus, en même temps, à des mesures destinées à favoriser le congé paternité : en le rémunérant mieux, en créant un arsenal législatif et juridique protecteur, pour garantir le retour des hommes dans l’entreprise après le congé et interdire les discriminations sur cette base, voire en le rendant obligatoire, dans une certaine mesure et sous certaines conditions.

De même, il est indispensable de s’intéresser aux scandaleux écarts de salaires qui subsistent encore (les femmes gagnent en moyenne 455€ de moins que les hommes chaque mois, soit 235 000€ à la fin d’une carrière professionnelle). La proposition de l’équipe En Marche, menée sur ce sujet par Schiappa, consiste à effectuer des contrôles aléatoires dans les entreprises, pour vérifier que les salaires sont égaux pour les hommes et les femmes, à compétences égales.

Il faut croire que la dite équipe ne s’est pas suffisamment penchée sur le problème des écarts de salaires. En effet, seule une dizaine de pourcentage de l’écart est due à une discrimination pure : à postes et compétences égales, les femmes sont moins payées. Mais la plus grosse partie de l’écart est due à d’autres facteurs (sur ce sujet, voir mon article précédent : L’intersectionnalité ou le piège de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes). Dans leur majorité, les contrôles ne donneront rien. On dépensera beaucoup d’argent public pour constater que le problème est ailleurs : dans l’éducation des enfants, dans les stéréotypes qu’on continue à ingurgiter et à transmettre.

Ainsi, tant qu’on ne s’attaquera pas frontalement à la formation des professionnel(le)s en contact avec les enfants (éducation nationale, accueils collectifs de mineurs, centres de loisirs, conseillers et conseillères d’orientation, BAFA, etc.), on continuera à se heurter aux mêmes problèmes.

Mouvement des élu(e)s français(es) pour l’égalité

Avec d’autres élues, Marlène Schiappa a fondé le Mouvement des élu(e)s français(es) pour l’égalité.

Parce que nous pensons que c’est à l’échelon local que nous pouvons agir pour l’égalité, lutter contre les discriminations, les inégalités, les stéréotypes; mais aussi le déterminisme social, la victimisation et le communautarisme qui pèsent parfois dans nos milieux.

La victimisation et le communautarisme ? La « victimisation », tu veux dire comme dans les enquêtes faites à échéances régulières par le Ministère de l’Intérieur, et qui nous montrent bien à quel point les chiffres des violences faites aux femmes baissent peu : chaque année, on recense 118 meurtres en raison de violences conjugales, 223 000 victimes de violences par leur partenaire de vie, 84 000 viols ou tentatives. Chaque année.

Et le communautarisme ? Ah, tu veux sans doute parler de ces affreux musulmans qui oppressent leurs femmes alors que nouzot’, non-musulman(e)s, on ne le fait pas, comme le montrent bien les chiffres qui précèdent. Comme dit l’autre : « Une femme qui gagne 20% de moins, qui subit le sexisme et qu’on assimile encore aux tâches ménagères doit avoir les cheveux libres !« 

Et sur le fond ? Éducation aux stéréotypes et à l’égalité

Le combat en faveur des droits des femmes est difficile et long, parce qu’à la racine des nombreux problèmes évoqués jusqu’à présent, se trouvent des questions fondamentales, de culture de société. Ce n’est que par l’éducation à l’égalité, à l’émancipation des stéréotypes qu’on permettra aux jeunes de construire une vie qui ressemble un peu plus à ce qu’ils/elles veulent, et un peu moins à ce qu’ils/elles croient qu’ils/elles devraient faire.

Et sur le volet des stéréotypes, on ne peut pas dire que Marlène Schiappa parte sans handicap. En 2011, elle a publié aux éditions « La Musardine » un livre ayant pour titre Osez l’amour des femmes rondes. DariaMarx fait une analyse détaillé du tissu de clichés insultants que constitue ce livre. Pour ma part, je me contenterais de citer un extrait de son article :

–       Ne vous goinfrez pas en public. On mangera une sucette, pour rappeler l’aspect phallique du geste, mais pas un sandwich, qui pourrait faire penser à  votre indélicate surcharge pondérale.

–       Dansez, mais seulement si vous savez. Inutile d’essayer d’imiter vos copines minces qui se trémoussent sans avoir pris de leçons. Vous auriez l’air d’un tas. Prenez des cours de salsa, par exemple, car sinon, vous risqueriez  « d’incarner l’absence de maîtrise de soi »

–       Ne vous ruez pas sur la bouffe comme une candidate de Koh Lanta après un jeune forcé. C’est bien connu, les grosses ingurgitent des tonnes de nourriture en public, et cela sans aucune retenue. Sachez vous tenir, merde ! L’auteure vous conseille de « ne pas prendre de dessert si personne d’autre n’en prend à votre table » et surtout « de ne pas demander de doggy bag » (?!)

–       Mentez sur votre poids quand vous draguez en ligne ! Mais pas trop ! Juste ce qu’il faut pour attirer un maximum de mecs ! Vous vous arrangerez  avec la vérité une fois le temps du rendez-vous arrivé ! Si vous avouiez votre vrai tonnage, personne ne voudrait de vous, bien sûr.

–       Soyez drôles, mais pas trop. La femme grosse a l’obligation d’être marrante, mais ne doit pas oublier que sa priorité doit toujours rester sa soumission totale à l’homme. Elle préfèrera donc rire aux blagues pourries de son compagnon plutôt que de se lancer dans un récital de vannes. […]

–       On suit la mode, mais pas trop. Parce que soyons honnêtes, les grosses ne peuvent pas tout mettre. Contentez vous donc de mettre une jolie broche, d’accessoiriser.

Le blog FauteusesDeTrouble complète l’analyse :

[L]a deuxième partie de l’ouvrage se fonde sur le syllogisme, plutôt contestable, que la grosse est grosse parce qu’elle est épicurienne, et que, très logiquement, si elle aime bouffer, elle aime aussi baiser. CQFD. C’est pourquoi elle sera bonne au lit et en cuisine : on trouve alors des recettes de cuisine à côté de recettes de fellation. Edifiant.

Euh… Vraiment ? Vraiment ?

Que dire ? « Bienvenue, madame la Secrétaire d’Etat à l’égalité femmes/hommes » ?

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Regardées par des millions de gens chaque année, les pratiques sexuelles figurant dans les vidéos porno sont devenues bien plus que l’expression de fantasmes masculins : elles constituent une nouvelle forme de norme. Pendant ce temps, les actrices porno retournent à la prostitution de rue, illégale et violente.

 

 

« Le porno, c’est de la prostitution filmée. » C’est ainsi que Ran Gavrieli commence son allocution d’une quinzaine de minutes intitulée « Pourquoi j’ai arrêté de regarder du porno ? ».

 

 

Le porno est l’épine dans le pied des féministes qui, comme pour la prostitution, ont du mal à concilier libération sexuelle, capacité à choisir, à décider de sa sexualité, et indépendance financière d’une part, et d’autre part refus de l’objectification du corps humain et lutte pour une égalité de pouvoir entre femmes et hommes.

 

 

Or qu’est-ce que la prostitution si ce n’est la cristallisation des dysfonctionnements d’un système

 

patriarcal qui oppose les femmes respectables et les s*lopes qui couchent à droite, à gauche ? D’un système qui crée de toutes pièces la notion de « besoins » pour parler du désir sexuel des hommes ? Qui place majoritairement les hommes (blancs) à des postes où ils décident et les femmes sous leur autorité hiérarchique ? Cela étant, l’activité pornographique, c’est aussi la garantie d’une indépendance financière pour des femmes souvent sans qualification, issues des classes sociales inférieures. C’est aussi un usage flagrant du droit à disposer de son corps.[1] Comme le disent poétiquement les militantes pour le droit à l’IVG : « Mon corps, mon choix, ta gueule. »

 

Au lieu d’entrer dans ce débat et de tâcher de déterminer une fois pour toutes si « la prostitution, c’est bien » ou « le porno, c’est mal », examinons plutôt les valeurs et les messages culturels véhiculés par l’industrie pornographique.

 

La promotion d’une certaine forme de rapports sexuels

Tout d’abord, il faut souligner que ce secteur multi-milliardaire (52 milliards d’euros dans le monde en 2002[2]) s’adresse historiquement et majoritairement à un public masculin. C’est donc largement à partir de leurs fantasmes que se sont structurés les codes pornographiques. Est sexuel ce qui peut susciter le désir masculin, y compris les situations où les femmes acceptent un rapport sexuel sous la contrainte, par obligation, par surprise : pour payer un service (taxi, plomberie), récupérer un objet leur appartenant, satisfaire un employeur et éviter le licenciement…[3]

 

En outre, est sexuel tout ce qui a rapport avec la pénétration (buccale, vaginale, anale). Gavrieli dit que « le porno, c’est du sexe sans les mains ». Les caresses, les baisers, les éléments de sensualité qui connectent deux personnes au-delà de leurs seules parties génitales sont largement absentes des vidéos porno. Contrairement à l’imagination individuelle, qui a souvent besoin de se représenter dans un endroit, dans des circonstances particulières au cours desquelles tout bascule, dans le porno, il n’y a pas de réponses aux questions « où ? » et « comment ? ». Seules les réponses aux « quoi ? » importent. Le déroulement d’une vidéo porno est donc très ritualisé : fellation, pénétration, éjaculation de l’homme à l’extérieur du corps de la femme (il faut qu’elle se voie). L’éjaculation devient donc la finalité de l’acte sexuel, sa raison d’être. Le plaisir éventuel de la femme est accessoire. Elle n’est qu’un moyen conduisant à la jouissance de l’homme.

 

Des normes à suivre pour les filles et les garçons

La fille y a donc une fonction de pourvoyeuse passive. Toute forme d’envie personnelle qui n’aurait pas pour finalité immédiate le plaisir de l’homme n’existe pas. Le garçon, quant à lui, voit sa valeur déterminée par ses performances sexuelles, et plus particulièrement par la taille de son pénis et la durée de son érection. Toute forme de sensualité, d’émotion, d’attention à l’autre est exclue.

 

Or la courte vidéo porno de quelques minutes est devenue largement accessible à n’importe quelle personne équipée d’une connexion internet. L’industrie pornographique, de par son volume de production et par son accessibilité, n’est plus seulement vectrice de fantasmes s’adressant à un public masculin restreint. Elle est devenue un produit culturel (au sens de la culture commune) influençant la psyché collective. Elle agit par elle-même et en influençant des vecteurs non-pornographiques : industrie cinématographique classique, romans, publicité, qui reprennent certains de ses codes. Cinquante nuances de Grey est l’exemple le plus flagrant de cette influence du porno.

 

Cette industrie est aussi devenue un vecteur d’informations pour les adolescent(e)s peu désireux et désireuses de parler de sexualité avec leurs parents avant leur première fois ou au début de leur vie sexuelle. D’une industrie transgressant les normes pour entrer dans le domaine du fantasme, elle est devenue la norme pour toute une génération.

 

Cela conduit régulièrement les adolescentes à se demander si elles doivent céder à la pression sexuelle de leur partenaire pour éviter la rupture, ou à accepter que leurs ébats soient filmés, photographiés, enregistrés sous une forme ou une autre, quitte à voir ces enregistrements être partagés avec d’autres, y compris sur internet. Par ailleurs, des adolescents sont assaillis par des doutes sur leur valeur propre et sur leur aptitude à être en couple et à faire durer une relation s’ils ne sont pas capables des performances des acteurs porno. Certains adoptent mécaniquement leurs attitudes, même si elles ne correspondent pas à leurs désirs propres, persuadés que « c’est comme ça qu’on fait. »

 

Un manque d’informations, à la maison et à l’école

Difficile de contrer ces modèles pornographiques quand, au mieux, les parents se contentent d’un : « Le porno, ce n’est pas la vraie vie » énergique et convaincu, mais finalement peu explicite : à quoi ressenble-t-elle alors, la vraie vie ? Qui prend aujourd’hui la responsabilité d’infliger à son adolescent(e) mal à l’aise une discussion sur le sujet ? Ce n’est pas l’école, qui n’envisage la sexualité que sous l’angle reproductif (étude des appareils reproducteurs humains) ou de santé publique, au mieux (prévention des IST, contraception).

 

Quels parents disent à leur fille : « Tu sais, ce qui est important, c’est que toi tu prennes du plaisir, et que tu puisses demander ce qui te fait plaisir. » ? Quels parents disent à leur garçon : « En fait, au début de ta vie sexuelle, tu éjaculeras vite. C’est normal, et ce n’est pas la fin du rapport, si toi et elle avez encore envie. Et puis la taille n’a franchement pas beaucoup d’importance, parce que les filles sont surtout sensibles au niveau du clitoris, pas du vagin. » ? Au lieu de dire aux unes « Ne tombe pas enceinte ! » et aux autres « N’attrape pas le SIDA ! », pourquoi ne pas leur dire : « Un rapport, ça peut être des caresses mutuelles et des baisers, si vous en avez envie. Parfois, un rapport, c’est une pénétration. Tu peux arrêter quand tu veux, si tu veux. Parfois l’homme a jouit, parfois non. » ?

 

Des films porno à la prostitution (et vice versa)

Au-delà de la question adolescente (qui, ne nous leurrons pas, est destinée à devenir une question adulte dépassant la seule sphère sexuelle et influençant les rapports hommes/femmes), le visionnage de films porno est aussi problématique parce qu’il encourage toute l’industrie du sexe : là où il y a une demande, il y a une offre. Chaque clic sur des vidéos présentant des pratiques « hard » génère des revenus, et se traduit par le tournage d’autres films présentant des pratiques « hard ».

 

De plus, l’activité pornographique n’est qu’une des facettes du travail du sexe, qui comprend aussi les massages « avec finition », la prostitution sur internet ou par téléphone, le strip-tease, la prostitution de rue… « Le porno, c’est de la prostitution filmée », dont les seuls avantages comparatifs sont ceux du salariat : cachets, fiches de paye, cotisation retraite. Mais les carrières pornographiques ne durent pas, et combien d’acteurs et surtout d’actrices continuent à vendre du sexe ?

 

Peu d’études existent qui étudient la circulation des travailleuses du sexe, des plateaux de la pornographie à la rue de la prostitution. L’une d’elle, effectuée par Diaz-Benitez, a montré comment les acteurs et actrices porno brésilien(ne)s étaient parfois recruté(e)s dans la rue, dans les secteurs de prostitution.[4] Par ailleurs, Poulin explique que, dans une étude de 1998, près de la moitié des prostituées interviewées avaient participé à une production pornographique. Plus alarmant, dans une autre étude, près de 40% des prostituées interviewées avaient figuré dans un porno quand elles étaient enfants.[5]

 

Le porno ne fonctionne donc pas en circuit clos, mais n’est qu’une étape dans la vie de travailleuses du sexe qui peuvent passer de la pornographie infantile à la prostitution adolescente, tourner dans un film porno puis se faire embaucher dans un bar de strip-tease, être licenciée et retourner se prostituer dans la rue.

 

Or d’après diverses études, entre 85% et 90% des prostituées sont soumises à un proxénète, et leurs conditions de vie et de travail peuvent être alarmantes. Quelques chiffres, extraits d’études diverses[6] :

  • Parmi les prostituées de rue interviewées en Angleterre, près de 9 sur 10 ont été victimes de violence durant les douze derniers mois
  • Parmi les prostituées interviewées à Minneapolis (Etats-Unis), près de 8 sur 10 ont été victimes de viol par des proxénètes et des clients, en moyenne 49 fois par an
  • Parmi les suicides rapportés par les hôpitaux américains, près de 1 sur 6 concerne une prostituée
  • Les femmes et les filles prostituées au Canada connaissent un taux de mortalité 40 fois supérieur à la moyenne nationale

 

calme mer phareDevant un tel constat, peut-être pourrions-nous, collectivement autant qu’individuellement, choisir de ne plus alimenter ces représentations culturelles dommageables aux filles comme aux garçons, et tâcher de puiser l’érotisme et l’excitation dans une forme de fiction qui n’alimente pas le secteur le plus brutal de l’économie mondiale.

 

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Sources :

[1] Overall C. (1992), What’s wrong with Prostitution? Evaluatinf Sex Work, Signs, vol. 17, n°4, 704-724

[2] Dusch S. (2002), Le trafic d’êtres humains, Paris, PUF

[3] Rappelons que le Code pénal (article 222-23) définit « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise » comme un viol.

[4] Díaz-Benítez, M. E. (2013), Espaces multiples : penser la pornographie depuis ses lieux de production, Brésil(s) vol. 3 : http://bresils.revues.org/

[5] Respectivement : Farley M. et Barkan H. (1998), Prostitution, violence and posttraumatic stress discorder, Women & Health, vol. 27, n° 3, 37-49 et Silbert M. et Pines A.M. (1984), Pornography and sexual abuse of women, Sex Roles, vol. 10, n° 11-12, 857-868, cités par Poulin R. (2003), Prostitution, crime organisé et marchandisation, Revue Tiers Monde, vol.4, n° 176, p. 735-769 : www.cairn.info/revue-tiers-monde-2003-4-page-735.htm

[6] Chiffres cités par Poulin R. (2003), Prostitution, crime organisé et marchandisation, Revue Tiers Monde, vol.4, n° 176, p. 735-769 : www.cairn.info/revue-tiers-monde-2003-4-page-735.htm

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Cannes finiAlors que s’achève le Festival de Cannes, on ne compte plus les articles miniatures illustrés avec force de photos glamour, grandes robes, paillettes et escarpins. Les magazines « féminins » ont emmagasiné assez de « fashion faux pas » pour les huit prochains mois, les journaux télés ont pu éviter un quatorzième sujet sur le mauvais temps, et l’intelligentsia parisienne en a profité pour compter ses troupes : qui y était, qui n’y était pas, qui est « in », qui est déjà « has been ». [Remarque : vous commencez à me connaître. Il était hors de question que je vous mette des photos de « stars » qui, d’après moi, ne sont bonnes qu’à filer des complexes au reste d’entre nous. Les illus de cet article seront donc thématiques !]

 

 Au milieu de tous ces sujets qui se ressemblent, il me semblait important de mettre un coup de projecteur (remarquez au passage le jeu de mots habile… « Projecteur ». « Cinéma ». T’as compris ? Qu’est-ce que je suis drôle.) sur un article de Courrier International de cette semaine, reprise d’un papier du Hollywood Reporter plus tôt dans le mois.

 

Prostitution 2A côté des fastes du Festival, l’envers du décor est bien plus brutal. Entre cent et deux cent mille prostituées afflueraient chaque année au moment du Festival, pour satisfaire les nouveaux et les anciens riches de tous les pays. L’espace de dix jours, la Côte d’Azur se transforme en supermarché humain géant. On y trouve de tout. Pour les amateurs d’exotisme, des étrangères : du Royaume-Uni, du Venezuela, du Brésil, du Maroc ou de Russie. Pour ceux qui rêvent en Français, les putes viennent aussi de Paris ou des environs : Monaco, Nice.

 

Aux mains de prostitueurs professionnels ou le fait des jeunes femmes elles-mêmes, ce trafic peut s’avérer particulièrement rentable : jusqu’à 3000€ la nuit pour une prostituée « de luxe », entre 40€ et 60€ de l’heure pour les femmes des trottoirs. Pour en savoir plus, le Hollywood Reporter a interviewé Elie Nahas, ancien bras droit de Moatessem Kadhafi (le fils de Muammar) et responsable de ce bordel. Au sens propre. Ce délicieux gentleman a quitté la France alors que la justice instruisait son procès pour proxénétisme. C’est trop bête. Il en a pris pour huit ans. Si vous voulez mon avis, huit ans pour organiser du trafic d’être humains sur toute la Côté d’Azur et forcer des jeunes femmes à vendre leur corps pour son profit à lui, ça reste encore pas cher payé. Mais coElie Nahasmme personne ne me demande mon avis…

 

Bref, grand prince, Elie Nahas consent à expliquer le fonctionnement du système à la journaliste. Entre cent et deux cents filles entrent et sortent des hôtels de luxe chaque nuit. Entre trente et quarante yachts stationnés dans la baie de Cannes, sur lesquels on fait monter des filles pour la nuit : prostituées régulières, mannequins en mal de contrats ou actrices hollywoodiennes dont la carrière n’a pas décollée. Evidemment, Elie Nahas jure ses grands dieux n’avoir rien à voir avec le système et s’être contenté de faire le taxi entre l’aéroport et la Croisette. C’est qu’il est généreux, le monsieur.

 

prostitution 1Plus intéressant encore : il affirme que la police cannoise est au courant, mais choisit de fermer les yeux pour dix jours. Un scandale prostitutionnel alors que les plus grandes stars ont décidé de dépenser leur argent chez nous, c’est vrai que ça la fout mal. Et puis, les scandales prostitutionnels, on a déjà DSK qui s’en occupe. Selon Elie Nahas, victime du système, la seule raison pour laquelle la police et la justice française s’en seraient prises à lui serait ses affinités avec la famille Kadhafi. Ca m’arrache de le dire, mais ça ne m’étonnerait pas qu’il ait raison. Le Colonel n’étant plus dans les petits papiers de la République, mais les officiels français ayant tous plus au moins fricotté avec le régime pendant des années, « on » s’est sans doute dit que ça permettrait à tout le monde de se laver un peu les mains à peu de frais.

 

Il faut dire que c’était pas mal raisonné. Le bras droit du fils de Kadhafi condamné par la justice française, ça a de la gueule. On évite en plus d’impliquer la majorité des festivaliers, et en particulier de ceux que Elie Nahas appelle « les Arabes », c’est-à-dire les grandes fortunes du Golfe qui injectent régulièrement des millions dans notre économie. A côté de ça, vous n’allez pas nous faire chier pour cent à deux cent mille filles prises dans les mailles des réseaux prostitutionnels, dont le seul choix se résume à se faire baiser pour de l’argent ou à se faire tabasser par leur mac, non ? Un peu de glamour, on est à Cannes, bordel.

 

Au vu du succès de l’article sur le harcèlement de rue (« Que répondre à : T’es bonne ? »), j’ai pensé qu’il me fallait pousser le raisonnement un cran plus loin. Laissons les gaudrioles pour cette fois (Si-si. Gaudrioles. C’est un mot. Banni de la langue française depuis 1937, peut-être, mais un mot quand même) et complétons le

Guide pratique de survie dans la rue 

 Avant toute chose, pour se défendre correctement, il faut vraiment se défaire du stéréotype de la femme faible et sans défense, qui ne sait pas se battre, qui ne peut pas faire de mal à un homme. Il faut donc oublier l’histoire de la victime de viol qui n’a pas pu se débattre, qui n’a eu d’autre choix que de se laisser faire. Se défendre, c’est comme participer à une compétition sportive : la victoire, elle est d’abord dans la tête. Or dans la rue, en cas d’agression, nous avons les moyens de riposter. Mais pour cela, il va falloir cogner l’agresseur. Il va falloir avoir l’intention de lui faire mal.

rue commerçante Attention ! En plein jour, dans une zone commerçante, la fuite est toujours préférable à une confrontation directe. Le principe de base est toujours bon à rappeler : en cas de problème, le plus simple est encore de se ruer dans un commerce, et d’attendre que l’homme s’en aille.  On peut même demander de l’aide au commerçant ou à la commerçante.

Lorsque la fuite n’est pas une option, il faut faire face. En cas d’attaque, il ne faut pas hésiter à hurler. D’abord, parce que l’homme qui vous agresse ne s’y attend probablement pas. Soit il va prendre peur et s’en aller, soit il va être déstabilisé et vous allez avoir quelques secondes pour agir. Ensuite, parce que crier permet de transformer la peur en colère, et donc d’avoir plus de facilité à agir : la peur paralyse, alors que la colère décuple les forces.

 

Ensuite, il faut bien se mettre en tête qu’à partir du moment où on est agressée et où on ne peut pas fuir, le choix est simple : c’est lui ou nous. Donc soit on cogne et on fait suffisamment de mal à l’agresseur pour qu’il ne puisse pas se relever, continuer ou nous suivre pendant qu’on se met en lieu sûr (le plus souvent, assez loin de là où on est). Soit c’est lui qui aura notre peau.

 

EtranglementSi quelqu’un surgit par derrière et cherche à vous étrangler avec un bras autour de votre cou, le réflexe à avoir est non pas de se ruer vers l’avant pour échapper à l’agresseur, mais au contraire de reculer violemment, vers l’agresseur. En effet, si nous avançons, l’agresseur va resserrer son étreinte et nous étrangler plus fort. Si nous reculons vite et fort, il aura moins de prise sur notre cou et on pourra respirer, voir même se dégager. Dans tous les cas, il faut absolument protéger sa gorge pour éviter d’être asphyxiée. Pour cela, il faut baisser la tête et rentrer le menton vers le cou et hausser les épaules. Baisser la tête et mettre le menton dans le creux du coude de l’agresseur permet aussi de l’empêcher de serrer plus fort.

 

Dans cette position, mais aussi dans les autres cas de figures, il faut ensuite frapper. Pour cela, il faut se débarrasser de cette idée selon laquelle « Un coup de pied dans les cou*lles et il est KO ». D’abord, l’entrejambe de l’agresseur est souvent bien protégé : jean épais, manteau… Ensuite, il y a peu de chance qu’il se tienne avec les jambes suffisamment écartées pour qu’on puisse les atteindre. Il faut donc plutôt viser les points faibles :

  • les tempes : elles protègent une veine qui alimente le cerveau en sang et en oxygène. En frappant à cet endroit, on prive le cerveau de ses ressources, et on l’empêche de fonctionner
  • les oreilles : elles contiennent un organe responsable de l’équilibre. En frappant à cet endroit et en poussant fort l’agresseur, il peut tomber au sol.
  • le larynx, c’est-à-dire la gorge
  • les chevilles
  • les genoux

 

Poing fermé auto-défensePour ne pas se faire mal (et donc pouvoir continuer à se battre le plus longtemps possible), il faut éviter de donner des coups de poings. Ca fait chic dans les films, mais c’est très dangereux pour nos articulations dans la vraie vie. A la place, on peut ouvrir sa main à plat, et en utiliser la tranche (du côté du petit doigt) pour frapper le larynx par exemple. On peut aussi ouvrir la main à plat et utiliser la paume de la main pour frapper les oreilles de l’agresseur, comme si on donnait une gifle. Pour le reste, le plus efficace est de fermer le poing en laissant le pouce sur l’index et d’utiliser le côté extérieur (du côté du petit doigt) pour frapper. Les pieds et les genoux sont aussi des armes redoutables.

 

D’une façon générale, il vaut mieux suivre le mouvement de l’agresseur et utiliser sa force contre lui. S’il nous pousse, par exemple, plutôt que de résister, il vaut mieux attraper ses mains ou ses vêtements et l’emporter dans notre chute. L’idéal, c’est de se décaler de lui pendant la chute, pour éviter qu’il nous tombe dessus. Mais dans tous les cas, il sera au sol en même temps que nous, ce qui lui laisse moins d’avantage. Cela étant, même si nous sommes au sol et qu’il est debout, ses chevilles et ses genoux sont toujours à proximité de nos pieds. Sans compter qu’il lui faut quand même s’approcher de nous pour nous faire du mal, ce qui le rend vulnérable.

 

Quelques conseils additionnels :

–          Si l’agresseur a une arme : il est très compliqué de savoir s’en servir correctement et en restant dans les limites de la légalité. Essayez de l’envoyer le plus loin possible, le plus vite possible pour qu’il n’y ait pas accès.

–          Eviter de rester directement devant lui, dans sa ligne de mire. Il faut essayer de se décaler par rapport à lui, pour qu’il ait plus de mal à nous atteindre avec ses coups. Si possible, mettre quelque chose entre lui et nous : un banc, une voiture, un poteau…

–          Pour les femmes qui ont des bombes lacrymogènes (ou des bombes de laque, qui font le même effet) : ne pas compter dessus. En cas d’agression, il est très probable que vous n’ayez pas le temps de farfouiller dans vos affaires pour prendre votre bombe, l’ouvrir, viser et appuyer. Votre corps est votre arme la plus puissante.

–          Ne pas oublier de se servir de son environnement : graviers, cailloux, branches, canettes ou bouteille qui traîne, même son sac à main pour l’assommer.

–          Si un attroupement se forme et que les gens ne vous aident pas : désignez-les précisément et demandez de l’aide : « Madame avec la chemise verte, venez m’aider ! Monsieur avec le pantalon rouge, appelez la police ! » Chacun et chacune attend sans doute que quelqu’un d’autre bouge, et pense probablement que quelqu’un d’autre a déjà appelé la police.

 

Enfin, faites quand même attention à rester dans les limites de la légitime défense : votre réponse doit être immédiate, et proportionnelle à l’agression. Ainsi, agresser quelqu’un longtemps après l’agression n’est pas de la légitime défense. Si on vous insulte, il vaut mieux répondre avec des mots. Ce n’est que si on vous agresse physiquement que vous avez le droit, et même le devoir de vous défendre.

 

Pour finir, je voNon c'est non Irène Zeilingerudrais vous recommander le petit livre d’Irène Zeilinger « Non, c’est non ! Petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire ». Je m’en suis largement inspiré pour écrire cet article. L’acheter (15€ seulement) vous permettra donc de retrouver toutes les techniques ci-dessus développées plus longuement, mais aussi un certain nombre d’autres conseils pratiques vraiment utiles.

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Cette semaine, je voudrais rendre hommage à la création artistique internationale. Nan, j’déconne. Un article dont le titre mentionne à la fois Jay-Z, T-Pain et Inna ne peut être que le prélude d’une grosse marrade.

Alors un peu d’histoire pour celles et ceux d’entre vous qui ont fait coïncider passage à l’an 2000 et passage sur la fréquence de radio Nostalgie.

InnaCommençons avec une femme, Inna. Née en Roumanie en 1986, elle est complètement inconnue au bataillon jusqu’en 2010. Est alors diffusé sur les ondes radiophoniques françaises un morceau dont les paroles méritent quand même d’être relevées. Malheureusement, WordPress ne m’autorise pas à héberger des vidéos directement sur mon blog, je vous renvoie donc vers Youtube pour ce moment mythique :

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=1nNVEa7Du4E

 Pour celles et ceux qui n’auraient pas compris la situation, Inna s’adresse à un ami imaginaire qu’elle rencontre en boîte et qui lui plait beaucoup, et pour le draguer, elle lui dit :

« I’m gonna break even the law of the gravity to see you in the morning. »

Soit, en français : « Je vais enfreindre même la loi de la gravité pour te voir demain matin. » Newton, si tu nous regardes. Si-si, Inna elle peut faire ça. Enfreindre la loi de la gravité. Même pas peur.

 

Jay-Z_2011En deuxième position, nous retrouvons Jay-Z, un rappeur américain né à Brooklyn en 1969. Outre le fait d’avoir vendu 50 millions d’albums à travers le monde, et d’être à la tête d’une fortune de 460 millions de dollars (approximativement, hein. On n’est pas au million près), il est en couple avec la chanteuse Beyoncé depuis 11 ans. Ensemble, ils ont eu une petite fille : Blue Ivy, en français Lierre Bleu. Débile. Magnifique.

En 2009, Jay-Z et Alicia Keys enregistrent un duo qui est un carton absolu : Empire State of Mind, hommage à la ville de New York et jeu de mot habile autour de l’Empire State Building. Créatif, qu’on vous dit. Dans cette chanson plutôt stimulante, Jay-Z explique que « Si je réussis ici, je peux réussir n’importe où », et c’est vrai qu’on se surprendrait presque à rêver de gloire nous aussi. Jusqu’à ce que…

 http://www.youtube.com/watch?v=xYAkhfJruLg&feature=youtu.be 

Allô ? Non mais allô ? J’sais pas, vous m’recevez ? Ce que le charmant Jay-Z tâche d’expliquer à sa baie vitrée, c’est :

« Mommy took a bus trip, Now she gotta bust out, Everybody rides her, Just like a bus route. »

 Ce qui pourrait se traduire, dans la langue de Molière, par : « Maman a voyagé en bus, Maintenant faut qu’elle se casse de là, Tout le monde la prend dans tous les sens, elle est comme une ligne de bus. »

On remarque la répétition l’usage fin et approprié de la métaphore du bus… Je ne connais pas la mère de Jay-Z, mais en tout cas elle m’a l’air d’une femme charmante.

 

T-PainEnfin, mon préféré : T-Pain. Rappeur lui aussi, il est né en 1985 en Floride. Alors oui, il est moins connu que Jay-Z, mais il a quand même fréquenté du beau monde. D’abord, Kayne West, dont le clip « Monster » a été jugé trop violent et sexiste pour être diffusé sur MTV. Et on parle de MTV, là, pas de la version télévisée de France Culture. Pour qu’ils censurent un truc, chez MTV, il faut quand même se lever tôt. Mais il est aussi copain avec Chris Brown, connu pour ses chansons et accessoirement pour avoir cogné sur Rihanna, sa petite amie… Bref, T-Pain connait du beau monde, et en 2007, il sort « Low », une chanson d’amour… Extrait :

http://www.youtube.com/watch?v=tqYx_f48cRE&feature=youtu.be

 « So sexual, so flexible. […] Work the pole, I got the bank roll. […] That’s what I told her, her legs on my shoulder […] Shawty was hot like a toaster, Sorry but I had to fold her, Like a pornography poster. »

 Mais que de poésie dans une seule chanson ; c’est presque trop : « Tellement sexuelle, tellement flexible. […] Vas-y utilise la barre de pole dance, moi je ramène les billets de banque. […] Voilà ce que je lui ai dit, quand elle avait ses jambes sur mes épaules […] La meuf était chaude comme un grille-pain, Désolé mais j’ai dû la plier en deux, Comme une affiche pornographique. »

Chaude comme un grille-pain ? Chaude comme un grille-pain ! NORMAL. Le mec espère choper avec cette phrase. D’accord. Nan mais OK.

Si vous aussi vous aimez la poésie, la mère de Jay-Z et les grille-pains, n’hésitez pas à m’envoyer vos paroles préférées par email. Je sens que cette rubrique a de beaux jours devant elle.

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