A quelques pas de là…

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Je ne suis pas une féministe parfaite. J’ai gueulé lors des réunions de l’association féministe à laquelle j’appartenais, j’ai expliqué d’un ton enflammé mes positions à mes ami(e)s partageant les idées féministes. Mais au quotidien, en milieu hostile, je m’écrase.

 

Face au propriétaire de l’appartement que je louais

Le propriétaire de l’appartement que je louais (je n’aime pas l’expression « mon propriétaire », qui me donne l’impression d’être son animal domestique) voulait en changer les fenêtres, mais rencontrait des difficultés d’ordre administratif. Il avait besoin d’un permis, que la structure concernée refusait de lui délivrer. A la tête de cette structure, se trouvait une femme. Le propriétaire m’a donc dit tout naturellement :

« Les femmes, ce n’est pas fait pour avoir des responsabilités comme ça. »

 

Ce que j’ai pensé : « Tu te rends compte que je suis une femme, là ? Je serais donc biologiquement cantonnée à des rôles subalternes ? Sympa, autant que j’arrête d’essayer de faire carrière pour me consacrer à mes tâches naturelles : les gosses, la maison… ! »

Ce que j’ai dit, d’une voix égale et respectueuse : « Ce n’est pas tellement lié au fait d’être une femme, si ? Ce serait pareil avec n’importe qui, non ? »

– Non, les femmes ne sont pas capables de gérer ce genre de responsabilités, ça leur monte à la tête.

– Ah… Je ne sais pas… »

 

Et ça, mes ami(e)s, c’est ce que j’ai fait de mieux en termes de combativité ! Le reste du temps, je m’écrase lamentablement. Je suis incapable de rien dire, quelle que soit la gravité du propos tenu… Ami(e) féministe, toi qui complexes parce que tu n’as jamais « la bonne réplique » ou parce que tu n’as pas été « assez incisif/incisive », lis mon récit et déculpabilise. Je sers régulièrement de modèle aux crêpes (par ma capacité à m’aplatir hein, pas parce que la chantilly sort quand on m’appuie dessus !).

 

 

Face aux ami(e)s de mes ami(e)s

Les ami(e)s de mes ami(e)s sont mes ami(e)s, c’est bien connu. Ouais, non. Parfois, les ami(e)s de mes ami(e)s, ce sont de gros boulets. L’autre jour, la discussion portait sur la Thaïlande. Elle a naturellement dérivé sur les transsexuel(le)s :

« Les « ladyboys », là-bas, c’est un fantasme. C’est hyper populaire ! dit quelqu’un.

– Dans les hentais (BD pornographiques d’origine japonaise), on voit parfois des trucs avec des trans. J’en ai offert un à X. pour son anniversaire ! rit un(e) autre.

– Oh je l’ai vu ! s’esclaffe un(e) troisième. C’était dégueulasse !

– Tu imagines si ça t’arrive en vrai ? Elle se déshabille et là, tu tombes sur un sgeg ! Pouah ! La débandade ! s’exclame, hilare, un(e) quatrième.

– Dans les hentais, il y a aussi des trucs avec des chèvres ou des chiens ! » renchérit le ou la premier(e). Et la discussion de se poursuivre joyeusement sur le thème de la zoophilie.

 

Ce que j’ai pensé : « Mais enfin, on ne peut pas comparer les chèvres et les personnes trans ! J’ai des copains et des copines trans ; ce sont des gens normaux, sympas, avec des goûts alimentaires, des coups de cœur cinématographiques, des projets de carrière… Exactement comme vous et moi ! »

Ce que j’ai dit : Eh… Rien. Je n’ai absolument rien dit. J’ai murmuré un « Ben oui, ce sont des choses qui arrivent… » que seule ma voisine a entendu. Et puis, pour ne pas trahir complètement la cause, j’ai croisé les bras, me suis renfrognée, et j’ai reculé mon dos pour l’appuyer contre le dossier de la chaise.

 

 

Un peu plus tard, alors que la discussion avait dérivé sur Disney, et plus précisément sur la fée Clochette, l’une des personnes présentes a dit, en riant : « De toutes façons, la fée Clochette, c’est une pute ! Elle a une robe ras les seins et ras la moule. On dirait qu’elle va faire le tapin, regarde-moi ça ! »

 

Ce que j’ai pensé : « Slut-shaming, bonsoir ! Pour changer, une fille qui s’habille court est une pute, on est en 2016 mais tout va bien. »

Ce que j’ai dit : Au lieu de dire qu’une fille en robe courte avait le droit au respect, je me suis magistralement lancée dans une tirade sur le thème : « Elle n’est pas si courte, sa robe. »

 

 

Face à des collègues

J’ai travaillé en collège, où il y a eu une grosse bagarre entre deux groupes de garçons. L’un de ces groupes, issu d’un établissement voisin, soutenait un garçon qui venait de se faire plaquer par une fille. L’autre groupe, issu de notre établissement, soutenait le garçon qui s’était récemment mis en couple avec cette fille.

 

Le CPE a expliqué qu’il a fallu prévenir la police, et escorter le garçon de notre établissement jusqu’à son domicile, pour éviter qu’il se fasse casser la figure en bas de chez lui. Et puis il termine son récit en disant :

« Evidemment, j’ai convoqué X [la fille]. Je lui ai passé un savon, en lui disant qu’elle avait intérêt à se faire discrète jusqu’à la fin de l’année scolaire. »

 

Ce que j’ai pensé : « Donc deux groupes de mecs complètement teu-bés font les caïds, veulent balancer leurs petits poings d’adolescents pour éviter de montrer qu’ils n’ont pas de vocabulaire suffisant pour se parler, sèment la terreur devant le collège, et c’est la fille qu’on convoque pour lui dire de se tenir à carreau ? »

Ce que j’ai dit : « Ah, quand même. » #JeSuisCourage.

 

 

Face à ma famille

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai fermé ma gueule pour ne pas « gâcher l’ambiance » lors de réunions de famille. C’est difficile, parce que j’ai la sensation de ne pas pouvoir exister « en tant que moi », de devoir subir à chaque fois ces agressions que je prends personnellement. J’ai l’impression de ne pas être dans un environnement « safe », dans lequel je me sens bien : je suis constamment sur la brèche, prête à encaisser ces attaques. J’attends la prochaine remise en cause de ce en quoi je crois, de ce que je défends et donc, in fine, de moi en tant que personne.

 

Les dernières discussions en date portaient sur la parentalité des personnes handicapées. Je parlais d’un reportage que j’avais entendu à la radio, et rapportait les propos d’une femme : « J’avais une chance sur deux de transmettre ma maladie à ma fille. J’ai eu de la chance, elle est en bonne santé », disait-elle. Mon opinion était que vouloir absolument concevoir un enfant biologiquement relié à soi sachant que cet(te) enfant aurait une chance sur deux d’être malade, handicapé(e) toute sa vie, c’était un acte irresponsable et très égoïste.

 

L’une des personnes présentes est alors intervenue : « Ben c’est comme les homos ! Ils veulent absolument des gosses. Pourquoi ne pas autoriser le mariage et l’adoption avec une chèvre aussi ? » (Non, moi non plus je ne sais pas pourquoi les chèvres obsèdent autant les gens intolérants.)

 

Plus tard, lors d’une conversation portant sur les salons de coiffure de la ville, l’une des personnes présentes dit d’un ton tout à fait banal, sans aucune animosité, comme si c’était normal : « Ah, j’ai testé le salon recommandé par X., avec toutes ses fiotes. »

 

Alors qu’on causait « femme de ménage », l’un(e) dit en plaisantant : « Femme de ménage, c’est un pléonasme ! » (L’humour sexiste, c’est toujours aussi hilarant.)

 

Tandis que le dessert approchait et qu’il était question de banane, une personne se mit à imiter un accent « noir » pour demander : « Tu veux manger des bananes ? » Puis, poussant l’imitation plus loin, en roulant le [r] et en parlant fort : « Hiiiiiiii ! Je suis NOIR ! »

 

En parlant de nos ami(e)s respectifs et respectives, une personne a expliqué : « X., à chaque fois on le charie avec le fait qu’il est arabe. Quand on ne retrouve plus un truc : « X. ! C’est toi qui l’a pris, hein ? » » Une autre a ajouté : « J’aimerais bien savoir danser. Y., quand il danse, c’est un truc de fou, il danse trop bien. Il est noir, c’est normal pour lui. »

 

Pendant qu’on évoquait le fait que les filles ayant de nombreux partenaires sexuels étaient montrées du doigt alors que les garçons ayant beaucoup de partenaires étaient encensés : « C’est normal ! Une clé qui ouvre toutes les serrures, c’est une bonne clé. Une serrure qui se laisse ouvrir par toutes les clés, c’est une mauvaise serrure. »

 

Ce que j’ai pensé : « Putain, ce qu’ils et elles m’emmerdent, là, tou(te)s, avec leurs idées à la con ! On n’est plus en 1902, faudrait évoluer, un peu ! Ce n’est pas possible de devoir subir ça à chaque fête de famille ! »

Ce que j’ai dit : Eh ben, rien. Enfin, si : face à certaines remarques destinées à me faire réagir (à me « taquiner »), j’ai haussé les sourcils, les épaules, et en secouant la tête j’ai dit : « Que veux-tu que je te dise ? Tu sais très bien ce que je pense de ça. »

 

 

Pourquoi diantre est-ce que je ferme ma gueule ?

Dans tous les cas cités ci-dessus, je me suis tue. Pourquoi ? Eh bien parce que, en tout maturité affective, j’aime bien quand on m’aime bien. J’ai envie de faire bonne impression, j’ai envie qu’on m’apprécie. Enoncer haut et fort que les trans et les homos sont des personnes comme les autres, que porter une robe courte ne veut pas dire qu’on n’a plus le droit au respect, qu’avoir un vagin ne prédispose pas au ménage, tout ça, ça fait tache. Je deviendrais : « la fille qui n’a aucun humour, avec qui on ne peut plus rien dire ».

 

Objectivement, je devrais me moquer de ne pas être appréciée par des personnes tenant des propos sexistes, racistes, homophobes, transphobes. Alors pourquoi est-ce que je continue à jouer la comédie de la fille qui est normalement sexiste et qui trouve que le racisme, c’est rigolo ? Peut-être est-ce parce que je n’ai pas de cercle d’amis féministe suffisamment vaste pour me permettre de refuser ces moments de sociabilité. 80% des conversations étaient sympas, rigolotes. Devrais-je m’en priver au nom des 20% ? Je devrais. Je devrais pour espérer faire avancer les choses à mon échelle. Mais je n’ai pas le courage.

 

En famille, je me tais pour ne pas gâcher l’ambiance. Chacun(e) d’entre nous ayant un très fort caractère, je sais que la moindre discussion va durer, que nous allons hausser le ton, que personne n’acceptera d’avoir tort, et que toutes et tous, nous défendrons âprement nos manières de voir, quitte à être très désagréables les un(e)s envers les autres.

 

La question qui se pose malgré tout est la suivante : pourquoi cela devrait-il être à moi de faire ces efforts-là ? Pourquoi ne pourrait-on pas partir du principe que c’est à chacun(e) d’éviter de faire état d’opinions conflictuelles ? Ma famille me rétorquera vraisemblablement que c’est parce que je suis en minorité que c’est à moi de me censurer.

 

La solution pour m’assurer qu’ils et elles feront attention serait de m’énerver bien fort à chaque fois, pour que ce soit elles et eux qui se sentent obligés d’éviter ce genre de remarques sous peine de gâcher l’ambiance. Mais je ne le fais pas, je cède à la facilité. D’abord parce que des dizaines de discussions posées avec ces mêmes personnes m’ont convaincue qu’elles ne changeraient jamais d’opinion. Et ensuite, toujours selon le même principe, parce que j’aime bien qu’on m’aime bien, et que, pour ça, je suis prête à manger mon chapeau de temps en temps.

 

Au travail ou avec le propriétaire de l’appartement que je louais, j’évite les conflits. En tant que femme, j’ai été éduquée à cela : à « prendre sur moi », à « laisser glisser comme sur les plumes d’un canard » alors que mes frères ont été éduqués à « se défendre eux-mêmes », à « ne pas toujours appeler papa/maman pour venir à leur secours ». Je le sais bien, et pourtant, cette disposition, même si elle est acquise et pas innée, est devenue une composante de ma personnalité. J’ai peur de déranger, de demander trop, d’entrer en conflit. Je laisse échapper ma rage par derrière mais par devant, je m’aplatis comme une carpette.

 

Je ne suis pas une féministe parfaite. Etre féministe au quotidien, ce n’est pas facile.

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« Hey, je voulais juste te dire qu’on t’aime et que tu devrais venir te détendre avec nous. » Non, cette phrase n’est pas extraite d’un docu-fiction consacré aux adeptes du mouvement hippie. Elle a été prononcée par ma collocatrice pas plus tard qu’hier soir, et m’était destinée.

Je crois qu’une contextualisation s’impose, avant qu’on ne croit que je « fais des choses » avec mes collocataires, le dimanche soir, entre le fromage et le dessert. Hier, mes collocataires et moi-même sommes allés à la plage, à quelques minutes de la maison. (Oui, je sais. La précision des « quelques minutes » n’était peut-être pas nécessaire. Mais j’aime bien me vanter de temps en temps. ^^) A pays différent, habitudes différentes : c’est illégal aux Etats-Unis de consommer de l’alcool sur la voie publique. Mes collocs avaient donc emmenés des bières, qu’ils prenaient soin de cacher des regards des gardes-côtes et maîtres nageurs qui surveillaient la plage. Autre différence, amusante : la plage est divisée en deux parties : une pour les nageurs… et une pour les surfeurs. 😀 Californie, quand tu nous tiens…!

Après la plage, j’ai décidé de rentrer étudier pour un examen que je passe dans quinze jours. Les autres sont sortis dans un bar-restaurant, et en rentrant, on allumé une chicha (pour les incultes, une chicha, c’est ça) et on commencé à jouer à « action ou vérité ». (Oui, je sais. Les différences culturelles se sont arrêtées à la plage. Il faut croire que les jeunes gens de tous les pays se ressemblent. 🙂 ) Et c’est alors qu’une de mes collocs a pris l’initiative de venir me dire que je travaillais trop. « Oui, mais tu sais, je suis quelqu’un de très stressé, et quand j’ai un examen, j’aime bien étudier en détail pour avoir la conscience tranquille. » lui ai-je répondu. Sa réaction a été : « Tu sais ce qui est bon contre le stress ? … Un moment entre amis ! » Et moi de penser : « Pas faux. Mais tu sais ce qui est encore meilleur contre le stress ? Avoir la certitude qu’on a étudié tout ce qui était étudiable et qu’on a fait du mieux qu’on a pu pour se préparer. On peut alors, la conscience tranquille, regarder sa note en se disant que de toutes façons, on aurait pas pu faire mieux. »

Question de point de vue. 🙂

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– Beaucoup de boîtes aux lettres sont placées au bord de la route, afin que le facteur n’ait pas à sortir de sa camionette pour mettre le courrier dans la boîte aux lettres.

– Beaucoup des boîtes aux lettres s’ouvrent et se ferment sans clé. Ils ont confiance.

– Pas besoin de se déplacer à la Poste. Si on a un courrier timbré à poster, il nous suffit de le mettre dans la boîte aux lettres devant chez nous et de relever le petit manche rouge pour indiquer au facteur qu’il y a un courrier à envoyer. C’est-y pas malin !

-Les éboueurs ne se déplacent pas en bande, comme chez nous. Ici, les éboueurs sont seuls dans leur camion, dont ils ne descendent pas d’ailleurs. Les camions-poubelles sont équipés d’un bras télécommandé qui attrape la poubelle sur le bord de la route et la fait se vider dans la benne. Ils sont forts ces Américains…!


– La grande majorité des maisons dispose d’un broyeur intégré à l’évier, qui permet d’éplucher les légumes, couper les tiges des fleurs, etc. sans avoir à les récupérer à la main avant de rincer l’évier.

– En Californie, on arrose sa pelouse. bien souvent à l’aide d’un système d’arrosage automatique. Ben oui, sinon c’est jaune et tout moche.

– La grande majorité des fast-food propose les sodas à volonté : Coca Cola, Lemonade, Dr Pepper, Root Beer, etc.

– Les Américains que je connais travaillent tôt. S’ils n’ont pas la chance d’être fonctionnaires, ils sont sur la route entre 5 et 6h, pour arriver au travail entre 7 et 8h. Leur journée s’achève sur les coups de 17h.

– Ils n’ont que 15 jours de vacances annuels lorsqu’ils commencent. Un ami qui a la chance d’être employé dans une « bonne boîte » (comprendre « généreuse ») gagne un jour de congé par an : la seconde année, il a 16 jours de congés, la troisième 17, etc. Le plafond est de 25 jours de congés, soit 3 semaines et demi.

– Les jeunes diplômés qui intègrent une entreprise sont en général soumis à une grande charge de travail : on leur demande de travailler entre 80 et 100 heures par semaines (entre 13h et 16h par jour, sauf le dimanche) pour un salaire de $50 000 par an ($4 167/mois). S’ils tiennent le rythme pendant deux ans, ils voient leur salaire doubler, et le rythme de travail diminuer à 60h/semaine. Avec l’ancienneté, le temps de travail se stabilise à 40h/semaine.

– Les Américains parlent de salaire annuel, là où nous Français parlons de salaire mensuel.

– Les bus, au moins en Californie du Sud, font beaucoup moins d’arrêt que chez nous : une ligne de bus compte une dizaine d’arrêts au total, soit à vue de nez, un arrêt tous les 700m ou 1km. Un trajet coûte d’ailleurs $1.50 ici, et on doit payer à chaque fois qu’on monte dans un bus, même lors d’une correspondance.

– Quand le cours de l’essence baisse, le prix de l’essence à la pompe baisse aussi.

– La plupart des magasins sont ouverts le dimanche.

– En revanche, les fonctionnaires ne travaillent pas le dimanche. Même le poste de police est fermé le dimanche, et le soir après 17h.

– Les Américains, du moins dans les petites villes de province/banlieue comme ici (pas à L.A., ou San Francisco, ou New York donc. Je parle de l’Amérique « profonde ») ont eu passion étrange pour les trucks…

… les gros trucks.

On ne juge pas.

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C’est au cours d’un déjeuner banal qu’un copain m’a posé cette question sibylline : « Qu’est-ce que tu penses de la vie ? » D’abord interloquée, j’ai ensuite posé mes baguettes pour réfléchir à ce concept de « vie », et surtout à ce qu’on en fait.

Comme je lui retournais la question, il m’a dit qu’il était d’accord avec moi sur un point : que la vie est faite de rencontres, et que c’est même ce qui en fait le sel. La part de l’autre, c’est cette influence que peuvent avoir les gens que l’on côtoie sur la personne que l’on devient. La part de l’autre, c’est aussi le rôle que l’on joue, nous-même, dans la construction de l’expérience d’autrui.

Je vis depuis cinq mois maintenant avec une jeune Hongkongaise de 18 ans, dans une chambre de 12 m². Je partage quatre cabines de douche et trois cabines de toilette avec vingt-trois personnes, et je partage trois ascenseurs avec 499 personnes. C’est une expérience de vie à nulle autre comparable. J’aurais beau vous décrire la promiscuité, l’étaler et l’étayer avec force de mots, nul n’est à ma place et nul ne peut savoir ce que c’est avant de l’avoir vécu. La part de cet autre, depuis cinq mois, c’est celle qui me rend tolérante, et ouverte. C’est celle qui pousse le concept de « partage » à son extrême. La part de l’autre, je l’avais déjà approchée, en tant qu’aînée d’une famille nombreuse. La part de l’autre, c’était alors la nécessité de fermer sa gu**** quand quelqu’un d’autre avait déjà eu l’idée de râler une demi-seconde avant vous, c’était le devoir d’accepter que la salle de bain soit prise alors qu’on n’a qu’une envie : dormir, c’est accepter de regarder le catch à la télévision le vendredi soir au lieu de se détendre devant une série niaise… ou c’est accepter de subir une série niaise le vendredi soir à la télévision, alors qu’on pourrait se distraire en regardant le catch !

La part de l’autre, c’est celle qui vous façonne, pour le meilleur et pour le pire. Beaucoup pensent que le pire laisse plus de traces que le meilleur… Est-ce totalement vrai ? Qu’est-ce qui vous construit plus : vos échecs, ou les regards d’amour (amicaux, fraternels, amoureux) posés sur vous dans ces moments là, et qui vous permettent de séparer votre être intime de l’échec ? Pour autant, faut-il obligatoirement des échecs et des moments difficiles pour que l’on se rende compte que l’on est aimé ? N’est-ce pas une simple propension de l’être humain à penser que quand tout va bien, ce n’est dû qu’à lui, et quand tout va mal, il s’en est sorti grâce aux autres ? Qu’en est-il de notre propre résilience ? Et si, simplement, être humain et être plus heureux, cela passait par l’acceptation, à chaque instant de notre vie, de la part de l’autre ?

Les mini-bus de Hong Kong ont 16 places et pas une de plus. Donc si un minibus est plein ? Prends le suivant.

Et aujourd’hui, il ne restait plus qu’une place dans le mini-bus. Un homme est descendu pour laisser sa place à un couple qui voulait monter. Il prendra le suivant…

Mesdames et Messieurs, vous les attendiez : les voilà ! En avant-première mondiale et avant tout le monde, vous voici à quelques secondes de découvrir enfin à quoi ressemble mon univers depuis maintenant 11 jours.

Imaginez-vous… Vous êtes devant mon Hall… Vous badgez devant la porte d’entrée, afin que celle-ci s’ouvre. Vous badgez juste après la porte d’entrée (NB : Moins 15 degrés en quatre secondes), au cas où vous ne seriez subitement plus vous-même entre le moment où vous étiez devant la porte et le moment où vous êtes maintenant, après la porte. Vous contournez le comptoir des gardiens/réceptionnistes (qui, au passage, ne maîtrisent pas l’anglais). Vous attendez l’ascenseur (ben oui, 24 étages, vous pensiez quand même pas qu’on allait les faire à pied !). Ca y est, instant divin, vous êtes dans l’ascenseur. Vous appuyez sur le « 8 », la porte s’ouvre, et là…

8ème étage (4-09-09) (8)

Devant vous, le couloir :

8ème étage (4-09-09)

Tout au bout, à gauche, ma chambre ! Je suis à gauche, Noa à droite.

Ma chambre (4-09-09) Ma chambre 2 (4-09-09)

A présent, vous décidez d’aller faire un tour dans les communs. Le plus logique, puisque vous êtes en sueur et que vous avez déjà l’impression d’avoir perdu 1 000 litres d’eau depuis votre arrivée (on est à Hong Kong, hein ! on fait un effort d’imagination !), c’est que vous ayez envie d’une bonne douche !

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Très propre, la douche, je n’ai rien à dire dessus. A part des cheveux longs de temps en temps, et des serviettes hygiéniques en début d’année, nan franchement c’est impeccable. Les toilettes :

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Puis la « common room », tenant lieu à la fois de cuisine et de salle à manger, on peut aussi y étudier, y regarder la télé, repasser son ligne ou se faire sécher sous les trois gros blocs d’air conditionnés.

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(Oui, ce sont bien des garçons qui cuisinent à un étage de filles: les locaux ont un « dîner d’unité » ce soir). Une mention spéciale au (fameux) tableau blanc délateur :

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Et au FRIGO ! Afin que vous vous rendiez peut-être un peu mieux compte…

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Sisi, à Hong Kong, c’est ça qu’on entend par « un frigo pour 24 personnes »…

Mais visiblement, les 24 n’ont pas la même notion de l’hygiène !

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Remarque annexe, émanent d’un copain français à qui j’ai raconté mes misères : « Comment un frigo nettoyé aussi régulièrement peut-il être aussi sale ? »

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Mais qu’est-ce que c’est que ce pays ?? Tout d’abord, une petite anecdote annexe, avant de commencer la rédaction de ce premier (mais néanmoins déjà culte) article. Afin de sublimer mon génie créatif (^^) , j’avais l’intention de mettre un peu de musique, et en l’occurrence Melody Gardot. C’était sans compter sur deezer.com (* site où l’on peut écouter de la musique sur internet, de façon légale (me semble-t-il)) qui m’a gentiment informée que « Désolé, vous n’avez pas accès à ce titre depuis votre pays de résidence ». Ah bon. C’est vraiment que c’est extrêmement subversif Melody Gardot, jugez plutôt :

Mais ce qui m’amène aujourd’hui est d’une toute autre nature : j’ai enfin compris pourquoi je ne payais que 900€ par an ma chambre double de 12m² en plein Hong Kong. En fait, j’étais en train de laver mon ligne dans la salle de bain commune quand… Attends, j’ai dis quoi là ? Même ça demande une explication en soi. En fait, la « shower room », ou salle de bain commune est composée de 5 lavabos et 5 cabines de douche. Ennemi numéro 1 : les lavabos ne peuvent pas être bouchés manuellement. Il y a bien un petit bouchon, mais l’eau coule quand même à travers et s’échappe donc du lavabo. Ennemi numéro 2 : il n’y a pas de robinet mais un système, comme dans certains toilettes publics, où on appuie une fois, une certaine quantité d’eau coule, puis si on veut à nouveau de l’eau il faut à nouveau appuyer sur le bouton. Vous m’imaginez donc là, à appuyer frénétiquement sur ce bouton pour essayer de remplir le lavabo, malgré le fait qu’il se vide de facto, tout en essayant de laver mes affaires…

A ce moment, un binôme de T-shirts roses m’interromp et me demande en anglais si je peux venir une minute dans la « common room » (un genre de cuisine avec la télé dedans) pour un « floor meeting » (* une réunion d’étage) très important. Ca n’était pas du tout dans mes plans, j’étais en nage et avais juste envie d’une bonne douche froide, mais allez. Je dois m’investir dans la vie de mon hall (*résidence étudiante) après tout. En fait, j’ai bien eu ma douche froide : le floor meeting est en cantonnais. Okaaay… Heureusement, une gentille floormate (*camarade d’étage) me traduit tout ça de temps en temps. Et donc nous voilà parties pour une bonne demi-heure d’instructions en tout genre me laissant pantoise…

– Régulièrement, je devrais faire une soupe (authentique !!) avec les garçons qui habitent la chambre 910 (NB : Je suis dans la chambre 810, et mon « unité » est composé de mon étage de filles, le 8ème, et de l’étage de garçons correspondant, le 9ème). Ensuite, toute l’unité (soit les 24 filles de mon étage et les 24 garçons du 9ème) partageront leur soupe au cours d’un repas commun

– Régulièrement, chaque floormate devra nettoyer le frigo. Ouioui. Enlever touuut ce qu’il y a dedans, tout nettoyer et tout remettre, sans oublier de jeter ce qui est périmé. Je posterai bientôt des photos (si je n’oublie pas avant :p) et vous verrez que le frigo, c’est Bagdad ! Je vous laisse imaginer le bonheur que ça doit être de le nettoyer !

– Chaque chambre a un emplacement réservé dans le frigo. On ne doit mettre ses denrées qu’à cet emplacement. « Même si un emplacement d’une autre chambre est libre et le nôtre est plein ? » – regard consterné de la fille qui me traduit : ça veut dire oui. « Et si on n’a plus de place ? » – Eh ben on n’achète plus rien. OUI, même si le frigo est, par ailleurs, vide à certains endroits.

– On est rationnés : trois petites briques de lait (genre 20 mL) + un pack de légumes + une bouteille de soda ou d’eau + … nan mais de toutes façons, t’inquiète, ça tient pas dans le frigo, ça. Ouais, parce que le frigo de 24 floormates, il est grand comme le frigo de mon Papa qui habite tout seul…

– Si je vois quelqu’un partir sans nettoyer les ustensils utilisés pour cuisiner, je dois le noter à l’emplacement réservé sur le grand tableau blanc de notre « common room ». La personne doit alors payer une amende de 20$. D’une façon général, dès que je vois quelqu’un faire quelque chose de mal, je dois le dénoncer via le tableau blanc pour qu’il PAYE !! HaHaHa HaHa ! (rire machiavélique)

– Viennent ensuite les élections. La « floor rep » (* déléguée d’étage) est élue tous les ans en Janvier : elle, elle ne changera pas tout de suite (Super, parce que, comme vous avez pu le constater, elle est particulièrement ouverte d’esprit). Mais en revanche, il faut élire : une secrétaire de la décoration de l’étage (mais « who cares ??? » (* qui s’en soucie)), une secrétaire de la (déjà fameuse !) soupe, une secrétaire pour les activités acamédiques (comme des rassemblements dans la bibliothèque pour étudier ensemble, etc. Etpiquoiencore ?), une secrétaire pour la vie sociale (alors ça, j’aimerais bien voir ce que ça sera), une secrétaire pour la « common room », une secrétaire pour les activités au sein de l’unité, etc, etc.

Inutile de dire que je ne me présente à rien du tout, mais cela laisse bien augurer de la suite. Je commence à comprendre ce qu’implique la vie dans un Hall hongkongais… C’est totalement différent des chambres étudiantes françaises, et c’est d’ailleurs pour ça que le mot anglais n’est pas une traduction de « résidence étudiante ». Il s’agit de vivre dans cet endroit, de s’y impliquer, et pas seulement d’y habiter. Ca fait une énorme différence. Il y a, apparemment, une identité de chaque unité, qui peut s’exprimer dans tous les « High Table Dinner », grands dîners mensuels obligatoirestous les étudiants du Hall (et dans mon cas ça fait beaucoup : 500) se rassemblent et dînent ensemble, tous habillés de façon formelle. Cela dit, je me demande bien à quoi ça va pouvoir ressembler. Comme dit Gad Elmaleh : « Bon, euh et pour le restau on est 500, on fait comment, euh, deux tables de 250 ? » xD

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