A quelques pas de là…

Posts Tagged ‘Caménerve

Leçon de journalisme, première partie :

Appâter la cible avec une description trompeuse.

 

Source : Deviantart

Cette semaine, dans la série « Brûlons Glam-ospolit-Elle », l’article de Marie-Claire « Nouveau féminisme : Des féministes sexy mais pas soumises ». Déjà, un titre qui combine les mots « féminisme », « sexy » et « soumises » avait, à lui tout seul, le potentiel de me faire frôler l’apoplexie. Mais j’aurais sans doute attribué cela à la banale médiocrité de la presse « féminine »… si je n’avais pas collaboré à cet article.

Alors, avant d’en venir aux mains, revenons un peu en arrière.

En février 2013, l’association féministe à laquelle j’appartiens est contactée par une « journaliste » ([ton de guide touristique, ON :] Mesdames et Messieurs, à votre gauche, vous pouvez apercevoir une paire de guillemets particulièrement bien positionnés…), Corinne Goldberger pour ne pas la nommer, de la rédaction de Marie-Claire. Elle arrive avec une requête un peu surprenante, étant donné la haine mutuelle féroce qui existe traditionnellement entre la presse « féminine » et les féministes. Elle désire en effet réaliser des interviews de jeunes féministes sur le thème « Séduction et Féminisme » pour un article à paraître en juin 2013.

Et pour nous appâter, Corinne Goldberger (citons-là amplement, puisqu’on a son nom, et que c’est elle la responsable de ce scandale cette situation) nous fournit le « pitch » de son article, c’est-à-dire ses idées directrices, et les questions qu’elle se pose et auxquelles elle aimerait que l’on réponde.

 

Source : zooooz

Source : zooooz

Histoire d’éviter d’appliquer à Marie-Claire les méthodes que je leur reproche, à savoir sortir des propos de leur contexte pour mieux en déformer le sens, je vous laisse ici l’intégralité de ce « pitch ». Il est un peu long, certes, mais il permet de mieux comprendre comment nous nous sommes fait rouler dans la farine par une poignée de journalistes malhonnêtes.

La nouvelle génération de féministes (qu’elles choisissent de se dénuder comme les Femen, de s’autoproclamer « salopes » comme celles de la Slut Walk ou de caricaturer les hommes comme la Barbe) semble cacher la majorité silencieuse des femmes qui se pensent féministes et qui se débrouillent, au quotidien, dans des dilemmes intimes, pour faire cohabiter des envies et des valeurs apparemment antagonistes. Peut-on être féministe et sexy, glamour et engagée ?

L'absurde ne tue pas

Source : leslampes

A ce stade, il semble bien que Corinne Goldberger (citons, les enfants, citons !) avait déjà la réponse. Elle avait sans doute simplement besoin de « témoignages » pour appuyer sa démonstration absurde. Mais ça, évidemment, je ne le savais pas encore.

Quelle femme (ici, femme entendu comme femme française, voire occidentale) s’introspectant un tant soit peu n’a jamais ressenti une tension, voire une ambivalence, voire une contradiction, entre ses idées et l’investissement qu’elle consacre à son apparence par exemple ?

 

La parenthèse était bien vue : elle introduisait des nuances que les féministes aiment bien, et elle faisait croire que la journaliste (et derrière elle, la rédaction) était mesurée, ouverte, allait éviter de tomber dans des généralités plus grosses que le chiffre d’affaires publicitaires du magazine.

Contradiction qui peut tourner au casse-tête : j’ai envie d’être séduisante (pour un premier rendez-vous par exemple) mais comment ne pas en faire trop dans la beauté stéréotypée ?

 

Source : wikistrike

Source : wikistrike

Là, mon coeur de féministes a fondu : Marie-Claire reconnaissait-elle enfin que la « beauté » affichée à longueur de pages (vous savez, la beauté de « Belle avant l’été » et « Belle après les fêtes ») n’était en fait qu’un stéréotype, et que la réalité des femmes était infiniment différente et incommensurablement plus riche ?

Est-ce qu’on verra au-delà de mon apparence, est-ce qu’on verra que j’existe ailleurs que dans la séduction ? Bref, comment éviter le piège et ne pas se laisser enfermer à son issu dans une image ou un rôle ? Mais, comment savoir ce qui relève d’un vrai choix (« vouloir être belle pour soi ») et d’une norme dominante et discriminante que l’on aurait intériorisée (= l’obligation d’être belle, jeune, mince, sexy, épilée, de porter des talons, d’être en jupe…) ?

En lisant les mots « norme dominante et discriminante » sous les doigts (eh ouais les poulet(te)s, on est en 2013. On écrit

Source : Coincoin

Source : Coincoin

avec un clavier maintenant… on ADAPTE les métaphores !) d’une journaliste de Marie-Claire (Corinne Goldberger ! Héhé. Encore un peu et on frôlera le comique de répétition avec ce nom.), j’ai eu envie de faire d’embrasser mon voisin. (C’ui qui, tous les vendredis soirs, empêche l’ensemble du quartier de dormir, à grands renforts de beats répétitifs et irritants. C’est dire mon état de joie.)

Comment gérer le harcèlement dans la rue, avec parfois la peur qui peut nous empêcher de nous habiller comme on le voudrait et qui devient une entrave à notre liberté réelle ?

Là, j’ai pas trop compris le rapport entre féminisme, séduction et harcèlement de rue… Une nouvelle fois Corinne Goldberger (cinquième du nom, au moins dans cet article) avait la réponse bien avant moi, et vraisemblablement bien avant de commencer à écrire son article. Mais, emportée dans mon tourbillon de satisfaction auto-générée, je suis passée au-dessus. J’aurais pas dû.

Enfin, peut-on être féministe et (correspondre aux codes du) sexy ? La question s’est notamment posée avec l’irruption des Femen sur la scène féministe française : certes leurs seins sont leurs armes, mais le nouveau féminisme peut-il être représenté par des filles semblant sortir d’un casting Calvin Klein, et laissant de côté les vieilles, les grosses, les moches ?

Source : Delyscieux

Source : Delyscieux

Pendant tout ce temps, les journalistes de Marie-Claire (Corinne Goldberger ! On fait la même avec « Jacques a dit » ?)

auraient donc fait semblant de ne pas comprendre l’enjeu du mode opératoire des Femens, et la façon dont elles renforcent une certaine image de la femme en laissant de côté toutes les autres ?

Ainsi, si les féministes averties font la différence entre les revendications et les stratégies des différents mouvements, les non-initiées ne saisissent pas toujours les nuances, et pire, elles ont tendance à les mettre toutes dans le même panier, se disant parfois qu’elles sont pour l’égalité femmes-hommes mais qu’elles ne sont pas féministes, car être féministe impliquerait d’être agressive, d’être désexualisée, de refuser d’être désirable (comme si toutes ces choses signifiaient automatiquement collaborer avec l’homme oppresseur)…

A ce stade, les différent(e)s membres de l’association ont eu un débat : fallait-il collaborer avec l’ennemi, quitte à voir ses propos déformés et utilisés aux fins qui convenaient à Marie-Claire/Corinne Goldberger ? Fallait-il passer à côté d’une opportunité unique de s’exprimer dans un média à grand tirage, et potentiellement de voir paraître un article avec de « vrais morceaux de féminisme dedans » ? (Je cite un collègue militant.)

Collaborer Mains Couleurs

Source : prodageo

Après un échange d’emails, nous avons finalement décidé que celles et ceux qui le voulaient devaient avoir la liberté de collaborer. Manquant de temps, nous avons pris la décision de procéder par emails. Nous avons donc créé une conversation email dont les destinataires étaient à la fois les membres de l’association et… voilàà ! Corinne Goldberger, merci à celles et ceux qui suivent ! Celles et ceux d’entre nous qui le désiraient pouvaient donc réagir au « pitch » par email et transmettre leur avis personnel.

 

 

Source : arbrealettres

Source : arbrealettres

J’ai donc transmis mon avis, avec l’espoir qu’une journaliste un peu différente pourrait faire entendre la voix d’un féminisme modéré, « normal », qui permette aux femmes d’être à l’aise avec leur image, leurs diplômes, leur sens de l’humour, et toutes ces choses que les médias prétendent imposer, normer, stéréotyper. Je voulais montrer que le féminisme permet de comprendre que l’on peut séduire en s’éloignant du cliché que Marie-Claire essaye de nous imposer à longueur de temps dans des articles du type : « Séduire… L’air de rien ». Pour le dire comme je l’avais présenté à (la maintenant célébrissime 😉 ) Corinne Goldberger :

A mon avis, il existe un « code de la séduction hétérosexuelle » largement véhiculé par lesmagazines féminins qui pourrait se résumer comme suit. Pour un premier rendez-vous avec un inconnu, le but est de coller le plus possible à une certaine image de la femme : sexy,

douce et soumise. Dans ce cadre, il est normal et presque attendu de « mettre en valeur ses atouts » physique, à savoir ses cheveux, sa poitrine, sa taille, ses fesses, ses jambes. Il est également de bon ton de parler doucement, de ne pas être vulgaire ni grossière. Par ailleurs, il faut ne pas intimider l’homme que l’on a en face de nous en n’étant pas trop spirituelle et en faisant attention à le mettre en valeur, à ce qu’il se sente supérieur.

Source : antiochus

Source : antiochus

Mais évidemment, l’idée que la séduction « féministe » peut être libératrice et pas forcément imposer un poids supplémentaire, de même que plusieurs idées développées par mes camarades au cours de cet échange, n’ont jamais dépassé la boîte email de Corinne Goldberger. Dans son article, on dirait même qu’elle s’est appliquée à omettre consciencieusement tout ce qui déviait de la ligne choisie par elle-même et/ou les rédacs cheffes, à savoir « Oui, une féministe peut être une fashionista ». Je m’en vais brûler tous ces torchons, moi, on va voir si c’est un acte fashion.

 

Prochainement : Leçon de journalisme, deuxième partie : Sortir les propos de leur contexte pour en déformer le sens. (featuring : Corinne Goldberger ! 😉 ) Abonnez-vous pour ne rien manquer !

J’ai subtilisé le smartphone d’un copain pour vous donner un signe de vie. Oui parce que je suis bien persuadée que l’absence d’articles depuis plusieurs semaines vous empêchait de dormir, et que moi, je suis une altruiste, m’voyez. J’aime pas voir les gens malheureux. 

La vraie vérité, c’est que mon ordinateur est en réparation (il a été envoyé en Pologne, si vous voulez tout savoir !) et que j’attends son retour. Comme Anne, dans Barbe Bleue (« Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? »), je passe mes journées à contempler l’horizon, en espérant voir apparaître le camion UPS. Vous voyez l’topo.

 

 

 

 

Pour vous faire patienter, je vous envoie, une fois n’est pas coutume, vers un article de « Marie Claire » intitulé : Nouveau Féminisme : Des Féministes Sexy Mais Pas Soumises. Si je vous dis que, parmi les interviewées, il y a ma pomme… Et si j’ajoute que la conclusion de mon entretien avec la journaliste de Marie Claire était loin d’être « Oui, une féministe peut être une fashionista »… Vous voyez peut-être où je veux en venir et ce que je vous prépare dans mon prochain article.

 

Patience, patience, car cela vaut son pesant de cacahuètes !

 

 

Caricature-DSKCela fait deux ans que le nom de Dominique Strauss-Kahn a cessé d’être synonyme de respectabilité, de candidat idéal et de futur Président de la République française. Deux ans que les accusations pleuvent sur DSK, que les procès se multiplient et que les voix s’élèvent. Deux ans que le portrait que l’on nous fait de cet homme est de moins en moins lisse et de plus en plus inquiétant.

 

Et pourtant. Pourtant, c’est un cri de colère que je voudrais pousser ce soir, face à la façon RSF liberté presse censurescandaleuse dont les médias, par le biais d’humoristes, animateurs et animatrices, chroniqueurs et chroniqueuses, personnalités publiques… ont traité les faits qui leurs étaient relatés. Malgré la violence des accusations, en deux ans, le nom de DSK n’est pas devenu synonyme de « violeur en série », mais de « libidineux qui aimait trop les femmes ». Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?

 

Pour toutes celles et tous ceux à qui les médias n’ont jamais donné que des bribes d’informations, voici un rappel des faits :

justice injuste tronquée

  • Mai 2011 : Nafissatou Diallo accuse DSK d’agression sexuelle, tentative de viol et séquestration dans le cadre de l’affaire « du Sofitel de New York ». Le parquet décide de ne pas poursuivre DSK.
  • Août 2011 : Tristane Banon accuse DSK de tentative de viol. La justice reconnaît qu’il y a eu agression sexuelle. Cependant, les faits remontant à plus de trois ans, il y a prescription et l’affaire est classée sans suite.
  • Octobre 2011 : DSK est interrogé puis, en mars 2012, mis en examen pour proxénétisme aggravé en bande organisée dans le cadre de l’affaire « du Carlton de Lille ». Le parquet demande à la justice de prononcer un non lieu, c’est-à-dire d’estimer que les preuves ne sont pas suffisantes pour rendre un jugement.
  • Mai 2012 : toujours dans le cadre de cette affaire, une des prostituées accuse DSK de viol en réunion. Le parquet décide de ne pas poursuivre DSK.  
  • Juin 2013 : Myrta Merlino, journaliste italienne, accuse DSK d’agression sexuelle et de tentative de viol. « La justice suit son cours », comme on dit.  

(Petite précision tout de même: « le parquet » désigne les magistrat(e)s employé(e)s par l’Etat ordonner (ou pas) une enquête ET décider (ou pas) de poursuivre les criminels. Dans des affaires pénales comme c’est le cas ici, le parquet est donc le représentant de l’accusation, face à DSK qui représente « la défense ».)

Sans me substituer à la justice, je voudrais d’abord faire remarquer que dans deux affaires sur quatre jugées, le injusticeparquet, qui est censé représenter l’accusation, a décidé qu’il n’était pas nécessaire d’intenter un procès. Dans le système pénal américain comme dans le système pénal français, si le parquet abandonne les poursuites, vous et moi ne pouvons pas nous constituer partie civile et n’avons que nos yeux pour pleurer. Résultat : DSK ne sera JAMAIS jugé pour des faits d’agression sexuelle, de tentative de viol à deux reprises, de séquestration et de viol en réunion. Merveilleux.

 

Dans une troisième affaire, le même parquet, qui a lui-même décidé d’intenter un procès à DSK, décide finalement de demander à ce qu’un non lieu soit prononcé. C’est une procédure assez curieuse, vous ne trouvez pas ? S’ils et elles n’avaient pas assez de preuves, pourquoi entamer le procès ? Et s’il y a assez de preuves, pourquoi demander un non lieu ?

 

justice se casse la gueuleDans la dernière affaire, la « tentative de viol » est devenue « agression sexuelle », comme c’est très souvent le cas dans des affaires de ce genre (il est difficile de prouver qu’il y avait intention de violer). Est ensuite intervenue la notion de prescription judiciaire. DSK a finalement été déclaré coupable dans la seule affaire dans laquelle il ne pouvait pas être condamné. C’est beau, la justice, hein !?

 

Voilà pour l’aspect juridique de la chose. Maintenant, pour l’aspect médiatique, est-ce que QUELQU’UN pourrait m’expliquer en vertu de quoi, dans toutes les émissions dites « humoristes », les blagues faites au sujet de DSK le présentent toujours comme un coureur de jupon ? Le type a dû répondre à des chefs d’accusation extrêmement sérieux, faisant état de violence sexuelle inouïe, et tout ce qu’on trouve à faire, c’est à s’en moquer comme on se moquerait d’un homme qui tromperait trop sa femme ?

 

Mais c’est très grave ! Parce qu’en détournant la nature réelle des affaires, on en minimise l’impact. On envoie un violences faites aux femmes silencemessage à toutes les jeunes femmes victimes de viols ou d’agression sexuelle et qui n’osent pas porter plainte. Or, on estime à 45 000 à 75 000 les agressions de ce genre, chaque année, soit près de 200 agressions par jour. Quelque chose me dit que si 200 hommes, disons des boulangers par exemples, se faisaient tabasser violemment dans la rue tous les jours, on aurait l’ensemble de la classe politique qui décréterait des mesures d’urgence pour protéger les boulangers.

 

Mais là, non. Personne ne trouve ça sérieux. Et si DSK avait été accusé d’agression physique, de tentative de meurtre à deux reprises, de kidnapping, d’actes de torture et de barbarie, est-ce qu’on ferait des blagues en le présentant comme un excité qui ne sait pas contrôler ses pulsions meurtrières en s’esclaffant d’un rire gras ? Permettez-moi d’en douter.

 

manipulationEnfin, c’est anecdotique, mais c’est révélateur, en me documentant pour écrire cet article, je me suis aperçu que les formulations choisies par les journalistes étaient particulièrement honteuse. Deux exemples, simplement. Pour l’article qui explique que DSK a été reconnu coupable d’agression sexuelle sur Tristane Banon, le site « people » staragora.com titre : « DSK a gagné contre Tristane Banon », en choisissant donc de se focaliser sur la prescription, et non sur la culpabilité avérée. Pour parler des accusations de Myrta Merlino, le site rtl.fr explique : « Myrta Merlino, journaliste télé italienne de 44 ans, a affirmé […] que l’ancien directeur du FMI […] aurait tenté d’abuser d’elle. » Parler d’agression sexuelle et de tentative de viol, ça n’était pas à leur portée ?! Et puis, plus subtile, la double condition « a affirmé » ET « aurait tenté », alors que les règles du français commandent de rapporter des paroles telles qu’elles ont été prononcées. L’un dans l’autre, la phrase aurait dû être : « Myrta Merlino a affirmé que DSK l’a agressé sexuellement et a tenté de la violer » ou « DSK aurait agressé sexuellement et aurait tenté de violer Myrta Merlino. »

 C’est sûr, ça fait pas le même effet.

 

 

(*) Pour tout vous dire, il s’en est fallu de peu pour que cet article ne s’intitule : « DSK, violeur ordinaire ». Mais il m’est venu à l’esprit cette idée merveilleuse, que je risque un procès en diffamation si je décide de le déclarer coupable contre l’avis de la justice (qui ne l’a en fait pas jugé puisque les poursuites ont été abandonnées).

Sources : Pour un rappel de la chronologie, la page wikipédia de DSK, de l’affaire du Sofitel et du Carlton de Lille. Pour plus d’infos sur le procès au civil de Nafissatou Diallo : l’article de France24. Pour plus d’infos sur l’accusation de proxénétisme aggravé en bande organisée, l’article du Parisien. Sur l’accusation de viol en réunion, l’article de Libération, l’article de 20minutes et l’article de France24. Sur l’intervention de DSK à l’Assemblée Nationale, voir l’article du Nouvel Obs.

Étiquettes : , ,

Tout d’abord, permettez-moi de vous présenter mes excuses pour le retard de publication de cet article (comment ça : « et des deux précédents aussi » ?!). Mon quotidien est à présent un peu plus calme, et je devrais être capable de vous proposer de la lecture plus souvent.

 

Pique nique au jardin du LuxembourgCette semaine, dans la série « Tiens, j’y avais jamais réfléchi », la fameuse remarque « T’as tes règles ou quoi ? » et son accompagnement de rires gras en bande organisée. Commençons par le commencement. Nous sommes dimanche après-midi, le soleil chauffe timidement les étudiant(e)s qui font de leur après-midi au jardin du Luxembourg un acte militant : « On est le 23 juin, je dois avoir le droit de bronzer en short ! Oui, même s’il fait gris ! »

 

Je suis avec un copain que je n’ai pas vu depuis plusieurs années. Lui, mec cool et populaire par excellence, et moi, Bonne élèveex-étudiante aux bons résultats ayant mis du temps à comprendre que ça n’était pas forcément un défaut. On se raconte nos vies, nos relations de couple, quand le ton monte d’un coup de son côté : « Tu veux pas arrêter d’être la bonne élève de service ? » Sous-entendu dans le contexte : « Tu veux pas arrêter d’être cette fille coincée, qui réussit bien à l’école, fais toujours tout bien comme il faut et a des valeurs d’un autre temps ? »

 

Piquée au vif et bien décidée à ne plus me laisser emmerder sur ce sujet, je réplique, agressive : « Chéri, si ta vie à toi est monotone, fais pas comme si c’était de ma faute ! » Sous-entendu, dans le contexte : « Ecoute, s’il y a des choses que tu n’oses pas faire avec ta copine, compte pas sur moi en faire l’expérience de mon côté, juste histoire de pouvoir te raconter les détails. »

 

agressivitéEt là, surprise, une réponse collector (et encore plus énervée que la mienne) : « Wowww ! Tu me parles pas comme ça ! T’as tes règles ou quoi ? C’est pas la peine de jouer l’hystérique avec moi ; défoule-toi plutôt sur ton tampon ! » J’ai été tellement surprise que j’ai éclaté de rire, ce qui a eu le mérite de faire descendre la tension d’un coup. Alors comme ça, une fille n’a pas le droit d’être légitimement en colère ? Parce que c’est cela dont il est question ici. Si je m’énerve, ça n’a aucun rapport avec la situation. Ca n’est pas parce que le type en face de moi est un goujat. Non-non, mesdames. Si je m’énerve, c’est merveilleux : c’est parce que j’ai mes règles.

 

Autrement, bien sûr, si je n’avais pas mes règles, je serais un modèle de douceur et de gentillesse. Sans doute que je Douce et poticheglousserais bêtement de sa remarque sur la « bonne élève de service ». Peut-être même que je me pendrais à son bras en lui susurrant : «  Oh, mais bien sûr, tu as tellement raison et je suis tellement sotte. Viens donc m’apprendre la vie dans un buisson. »

 

Je me suis d’ailleurs souvenue que les Anglo-Saxons avaient même le terme de PMS, pre-menstrual syndrom ou « syndrome prémenstruel ». Littéralement, il s’applique à la période qui précède juste l’arrivée des règles. Dans le langage courant, PMS est synonyme d’irritabilité des femmes, de caprices, d’agressivité. Je cite le dictionnaire urbain :

Perplexe« Le pire moment pour se trouver à proximité d’une femme, parce qu’elle devient une garce psychotique et irrationnelle, dont l’état de rage lui fait avoir de la bave aux coins des lèvres, et qui a pour but de détruire tout ce qui se trouve sur son passage. »

 

 

Donc, si je résume, si une femme est agressive avant ses règles, c’est la faute des hormones et du PMS. Si une femme estStroumpf grogon agressive pendant ses règles, c’est évidemment la faute des hormones et de ses menstruations. Il manque plus qu’un mot pour désigner la période « post-règles » et on aura bouclé la boucle. On aura dé-légitimé la colère des femmes en évitant que les gens se demandent pourquoi, et à cause de qui elles s’énervent. Et, (d’une pierre deux coups, c’est fantastique), on aura fait passer la femme qui s’énerve pour une hystérique, simplement parce qu’elle ose s’opposer à la personne en face d’elle. Pas mal, pas mal…!

 

Étiquettes : , ,

Ah, mes ami(e)s, quelle semaine passionnante ! Après l’annonce selon laquelle une agence de mannequins recruterait devant une clinique soignant l’anorexie, c’est au tour de l’interview du pédiatre Aldo Naouri par le magazine ELLE de me faire bondir.

L’interview qui fait scandale

Ce mois-ci dans ELLE, entre deux conseils pour être bien malheureuse et mal dans sa peau, se trouvait une interview d’Aldo Naouri à l’occasion de la sortie d’un torche cul livre sur l’enfance et la famille. Extrait.

Aldo NaouriELLE. Dans votre livre, vous évoquez ces mères entièrement dévouées et qui ne font plus l’amour après la naissance de leur bébé. Vous parlez d’une consultation où vous dites à un père devant sa femme : « Violez-la ! » C’est choquant : le viol, y compris conjugal, est un crime condamné par le Code pénal.
Aldo Naouri. C’est évidemment une provocation ! J’étais devant un homme qui me disait : « J’en crève d’envie mais j’attends qu’elle veuille. » Sa femme le regardait sans rien dire. J’ai dit en exagérant : « Violez-la ! » C’était excessif mais c’était une manière de dire : allez-y, foncez, ça viendra bien ! D’ailleurs, à ces mots, le visage de la femme s’est illuminé !

Cette interview a déclenché un tollé dans les milieux féministes, et une pétition a circulé pour demander le retrait de cette interview du site internet de ELLE. Je ne suis pas partisane de la censure ; je n’irai donc pas jusque là, mais je ne vais pas me gêner pour expliquer en quoi M. Naouri est un abruti profond, doublé d’un macho rétrograde imbibé de sexisme jusqu’à la moelle.

« Violez-là ! »

Dans cette situation, le pédiatre qu’est M. Naouri se trouve donc en face d’un couple dont l’un des membres, l’homme, éprouve du désir sexuel pour sa femme sans ce que désir ne semble réciproque. Et tout naturellement, à qui M. Naouri choisit-il de s’adresser pour régler ce problème d’absence de désir sexuel de la femme ? A L’HOMME. Normal.  

Non c'est non, le consentementOutre ça, on est en face d’un pédiatre qui vient, une fois de plus, légitimer le mythe selon lequel la meilleure solution pour un homme confronté à l’absence de désir de sa compagne serait de la forcer. Le « Violez-là » est tout simplement un outrage à toutes les femmes qui ont effectivement été violées. Mais le « Foncez, ça viendra bien ! », quoique plus politiquement correct, n’en est pas moins nocif. Il y a là une injonction implicite pour la femme qui se trouve à ses côtés : « Forcez-vous, ça finira bien par revenir ».

« Le visage de la femme s’est illuminé »

J’ai beaucoup aimé la stratégie pernicieuse qui consiste à légitimer un argument par la réaction a posteriori de l’audience. Je m’explique. Avant de prononcer ces paroles, M. Naouri ne pouvait pas savoir comment la femme allait réagir. Et si elle avait déjà subi un abus sexuel  ? Le fait qu’elle l’ait bien pris après coup ne veut absolument pas dire qu’il était normal de prononcer ces propos.

ReworkMauvaiseExcuseC’est quoi la prochaine étape : « Oui, M. ou Mme La Juge, j’ai tabassée telle personne pour lui prendre son ordinateur portable. Mais de toutes façons, elle avait l’intention d’en changer » ???!!

De plus, s’ils peuvent éventuellement être utilisé dans le cadre d’une consultation privée, en connaissant bien ses patient(e)s (et encore…), ces conseils n’ont absolument pas à être publié dans un livre qui va être utilisé par des couples dans la même situation. Mesdames, vos compagnons ne sont pas des monstres assoiffés de sexe qui, tels des loup-garous, perdraient toute forme humaine, toute forme de contrôle et d’intellect à cette idée. Demandez-leur, si vous ne me croyez pas !

Vous n’avez pas à vous forcer. Jamais. Vous laisser séduire, emporter par l’enthousiasme de votre partenaire, pourquoi pas. Faire quelque chose dont vous n’avez pas envie, HORS DE QUESTION. On n’est plus au Moyen-âge. Le devoir conjugal n’existe plus, et forcer sa femme à un rapport sexuel qu’elle ne désire pas, c’est un viol.

Aldo Naouri

Tout cela ne serait rien si M. Naouri était un pédiatre respectable et respecté, habitué des prises de positions modérées et pleines de bon sens, qui se serait mal exprimé ou dont les propos auraient été mal retranscrits. Là non. Le monsieur est un habitué des déclarations parfaitement insultantes à l’égard de la femme, mais aussi de l’homme.

Papa poule« Où avez-vous vu que le père a été appelé à devenir une mère bis ? »

Je l’ai vu tout au long de ma carrière, chez les « nouveaux pères », les « papas poules », et jusque dans la manière dont a évolué le Code de la famille, par exemple. Ses prérogatives de chef de famille ont été rognées les unes après les autres. On lui a supprimé la dernière qui lui restait et qui le laissait être chef pour la résidence de la famille en 1972. On a installé la coparentalité. Qui est une véritable injustice. […] On [a invité le père] « rattraper ses neufs mois de retard dans l’amour » en donnant le biberon, en changeant les couches, et en finissant par lui accorder un « congé de paternité » qui est une aberration totale. Ce n’est pas ainsi que se fabrique un père.

Ah oui ? Et alors comment se fabrique un père ? En tapant sur les enfants qui n’ont pas été sages au retour du travail ?

lamentableLe père et la mère lui sont nécessaires. Je ne dis pas qu’il faille laisser aux pères toutes les initiatives. Si on livre un enfant au pouvoir singulier du père, on le rend fou. Les dégâts sont les mêmes si on le laisse livré à la seule puissance de la mère.

Oui, alors lui, les familles monoparentales, les familles dans lesquelles un des parents est décédé, un des parents est à l’étranger, etc. etc. il a pas dû les voir passer… 

Tout ce dispositif législatif moderne est une aberration nuisible, émasculant plus encore les pères, gonflant d’orgueil ces femmes, auxquelles la permanente disponibilité sexuelle n’assigne aucune limite.

Magnifique. Rien à dire. Sauf peut-être que ce monsieur est marié depuis près de 50 ans. Je m’en vais de ce pas demander la Légion d’Honneur pour Madame. Avant de nous quitter, deux supplications : par pitié, n’achetez pas ses bouquins ! Et ne donnez pas raison aux médias qui exploiteraient leur propre mère pour faire du pognon : boycottez cet individu nauséabond !

 

Sources : C’est mieux si vous ne faites pas de publicité à ce monsieur et donc ne cliquez pas sur ces liens, mais si vous tenez à savoir d’où je tire ces informations, voici mes sources : l’interview d’Aldo Naouri dans ELLE, et une interview du même Naouri dans Le Point.

Brève : « Vous n’êtes pas un dessin. »you-re-not-a-sketch

L’information nous parvient de l’agence de presse suédoise TT, le Reuters (ou l’AFP) local. En Suède, une agence de mannequin dont le nom a été tenue secret avait apparemment pour habitude de venir recruter des jeunes filles à l’extérieur d’un centre de soins destiné aux personnes atteintes de Troubles du Comportement Alimentaire (TCA : anorexie, boulimie…). 

La directrice, Anna-Marie Sandeberg explique que les responsables approchaient les jeunes femmes lors des promenades collectives, n’hésitant pas à s’adresser à des adolescentes de 14 ou 15 ans trop faibles pour se déplacer autrement qu’en fauteuil roulant. Cristina Lillman-Ringbor, responsable des soins, parle même de « harcèlement ». 

Les mots me manquent pour traduire le profond dégoût qui me submerge. Ce monde est malade.

 

Étiquettes : , ,

Du nouveau sur la planète Mode-Beauté-Sexo-Complexes-A-Gogo : un magazine féminin a fait son apparition dans nos kiosques. J’ai nommé : SHAPE. Sa couverture de mai 2013 est une pure merveille d’absurdité, de manipulation et de bêtise, et je n’ai pas pu résister à la partager avec vous.

Magazine Shape Mai 2013

A ma gauche, la couverture de Shape de mai 2013 [prière d’insérer en son centre le cliché photoshoppé d’un corps de femme destiné à vous filer des complexes].

En haut, à gauche : « Objectif été, mince & sexy ». Comprendre : Objectif complexe, comment vous faire comprendre que non, la beauté n’est pas subjective, et non, il n’y a pas plusieurs types de beauté et non, l’important ce n’est pas d’être bien dans sa peau, et non, la conversation, l’humour, la franchise, la gentillesse ne sont pas tout aussi importants que l’apparence.

En-dessous : « 6 astuces pour des régimes efficaces ». Comprendre : Six façons différentes de se mettre la pression, de se priver, six conseils absurdes qui ne fonctionnent pas et/ou sont impossibles à tenir, six moyens différents pour un même but : devenir très vite malheureuse et mécontente de soi-même.

En bas à droite : « 10 crèmes amincissantes à essayer tout de suite. » Comprendre : Z’avez une chance infinie : il y a une solution aux complexes que nous venons de créer. Laydizz, le bonheur s’achète. Filez-nous 40 boules et z’allez voir c’que vous z’allez voir.

Quand tout à coup, en bas à gauche, MIRACLE. « Halte aux complexes ! Comprenez-les et… débarrassez-vous en ! »

Incroyable ! Mais quelle hypocrisie !!  La phrase de Coluche me revient en tête : « Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît. » J’espère que les lectrices de ce magazine glorieux vont se dépêcher de suivre les conseils qu’on leur donne. Identifiez les complexes (indice pour vous qui êtes chez vous : la source de vos complexes se trouve quelque part dans cet article) et… DEBARRASSEZ-VOUS EN !!

Étiquettes : , ,

Cette semaine, je vais abandonner mes thèmes de prédilection pour aborder une question qui a été souvent posée : combien gagnent les animateurs et animatrices télé, chroniqueurs et chroniqueuses de tous poils, guignolos en tout genre qui s’assurent que notre cerveau reste bien vide entre chaque pause pub ?

 

Combien ils et elle gagnent ?

Touche-pas-a-mon-poste-les-trublions-de-Cyril-Hanouna_portrait_w858 Je n’ai pas les moyens de conduire une enquête détaillée, mais je voudrais quand même citer quelques chiffres et donner un ordre de grandeur. Pour Touche Pas à Mon Poste, émission de D8 qui fait entre 3,5% et 4% de part de marché, les chroniqueurs et chroniqueuses touchent 400€ par émission. A raison de cinq émissions par semaine (mais l’émission du vendredi est une rediffusion), cela fait 8720€ par mois. Comme disait un père de famille l’autre jour : « Nous, on travaille plus, on gagne moins et on se marre pas tant. »

 Pour C à Vous, émission de France 5 qui fait entre 4% et 5% de parts de marché, Alessandra Sublet touche 1c-a-vous-sur-france-5000€ mensuels, soit 550€ par émission d’une heure. Du propre aveu de l’animatrice dans Paris Match : « J’arrive à 15h30 (pour un direct 5h plus tard, n.d.l.r.). J’ai une rédaction bien organisée. » Je vous laisse imaginer ce que touche un Nikos, pour 2h de direct dans « The Voice », qui fait en moyenne 40% de parts de marché. (La logique mathématique voudrait qu’il touche 8 800€ par émission, soit 114 000€ pour 26h de travail…)

 on-off-ollivier-pourriolA cet égard, Olivier Pourriol, ancien chroniqueur au Grand Journal, a sorti un livre qui est fort instructif sur les coulisses de la télévision. Il cite en particulier un chroniqueur (pour certain(e)s, il s’agit d’Ali Badou, même si M. Pourriol préserve son anonymat) : « [J’avais des scrupules au début mais] je me les suis fait enlever. […]. Pour une heure de boulot par jour, je touche le loto chaque mois, et je peux rincer tout le monde, la famille, les amis, moi. Au moment de l’addition, c’est toujours ma tournée. Grand prince. Avant, je regardais les prix, dans les restos, les magasins. Maintenant je m’en fous. » Même si le livre ne donne pas d’informations sur le salaire de ce chroniqueur, on y apprend quand même que M. Pourriol gagnait entre 10 et 15 000€ par mois. Un autre chroniqueur, pour lui donner une idée du salaire d’un membre de l’émission « indéboulonnable » (Michel Denisot ?), lui demande de multiplier cette somme par trente. (Oui-oui. Ca fait du 300 à 450 000€ mensuel.)

 

Pourquoi c’est un scandale ?

 Alors, que les grouillots de Cyril Hanouna soient payés presque huit fois le smic pour vingt fois moins d’heures de travail, à la limite, c’est une affaire qui ne regarde que D8. Si les annonceurs (les gentil(le)s Messieurs-Dames qui essaient de vous refourger des trucs dont vous n’avez pas besoin trois fois par émission) sont prêts à financer un tel salaire, tant mieux pour celles et ceux qui en bénéficient. Mais Alessandra Sublet et comparses, ils taffent sur le service public. Et le service public, braves gens, ce sont NOS IMPOTS. Et très franchement, si je refuse de donner 1€ aux sans domicile fixe alcooliques qui peuplent le métro parisien, c’est pas pour aller financer Mme Sublet à hauteur de 12 000€ mensuels.

 

Et le cinéma, dans tout ça ?

 Mais le scandale ne s’arrête pas là, ladies and gentlemen. Vous avez toutes et tous entendu cette polémique autour du salaire des acteurs et des actrices français(e)s. Ce que vous avez peut-être moins entendu est ceci : ces millions, ils sortent en partie de votre poche.

 En effet, la plupart des films français reçoivent des subventions de la part du CNC (Centre National de la Cinématographie), une institution financée en partie par les taxes sur les places de cinéma et les DVDs (= votre argent) etCNC les taxes payées par les fournisseurs d’accès à internet (qu’ils ne manquent pas de répercuter sur les consommateurs et les consommatrices, soyez-en sûr(e)s). Or, Thomas Langmann, producteur de The Artist, décrit le CNC comme : « un comité de copinage [dont] les choix […] restent entièrement à la discrétion [des] commissions. » Alors, oui, vous allez rétorquer que le but du CNC, c’est justement d’encourager les films indépendants, innovants, et d’éviter que tous les films français se ressemblent comme c’est le cas Outre-Atlantique à Hollywood.

Alors d’abord, tous les longs-métrages quels qu’ils soient bénéficient d’une subvention a posteriori, basée sur leurs recettes. Quand on sait la réticence des gouvernements à soutenir les industries qui meurent en France, il y a de quoi être surpris qu’une poignée de rigolos voient systématiquement arriver un chèque après chaque projet. Ensuite, il y a les avances sur recettes, c’est-à-dire une subvention a priori, attribuée avant même que le film soit sorti. Si vous vous demandiez encore dans quel monde les gens étaient payés avant même d’avoir travaillé, et quelle que soit la qualité de ce travail, vous avez votre réponse.

black-swanEt c’est là que le bât blesse. Dany Boon, pour Un Plan Parfait, a touché trois virgule cinq MILLIONS d’euros. Et pour quelques minutes dans Astérix et Obélix au service de sa Majesté : UN MILLION d’euros. Sortis notre poche ! Inutile de dire que les recettes ont été loin de couvrir cette somme (ne parlons même pas des salaires des autres comédien(ne)s, technicien(ne)s, etc.). Pire ! Pour Black Swan, un film américain qui a généré 226 millions d’euros à travers le monde, Vincent Cassel a été payé 226 000€. Mais pour Mesrine, film français qui a généré 23 millions d’euros (dix fois moins), son cachet était de UN MILLION ET DEMI d’euros (cinq fois plus). Financés en partie par vous et moi.

 En termes de budget de films, Populaire et le même Astérix, qui n’ont guère traversé les frontières françaises (allez Populaire-affichedemander à un(e) Canadien(ne) ou un(e) Japonais(e) s’il ou elle en a entendu parlé), a coûté plus cher que Black Swan ou Le Discours d’un Roi, films aux nombreuses récompenses, primés à l’international. Pourquoi ? Tout simplement parce que prévoir un budget faramineux pour un film, c’est s’assurer de recevoir une somme confortable de la part du CNC, et de pouvoir arroser tous les copains/copines (qui, pour parenthèse, sont quand même vachement nombreux à faire ce métier en famille).

argent Encore une fois, ces petits arrangements entre ami(e)s ne m’intéresseraient pas s’ils ne concernaient que leurs portes-monnaies à eux. Mais dans une période où on demande à tout le monde de se serrer la ceinture, où l’âge de la retraite est repoussé et les pensions gelées, où les médicaments sont dé-remboursés, où le taux de remboursement de la Sécurité Sociale baisse, où les « franchises » sur nos actes médicaux sont de plus en plus nombreuses et où les augmentations de salaires vont moins vite que les prix, je ne trouve pas ça très NORMAL qu’on nous demande ENCORE, à NOUS, de financer la belle vie d’une poignée de privilégié(e)s. Ras-le-fion des « deux poids, deux mesures ».

 

 

 

Sources : Salaires à la télé : TéléLoisirs.fr ici et ; salaire des acteurs/actrices : TéléLoisirs.fr et surtout Forbes.fr ; le rapport du sénat sur les aides publiques au cinéma ; la tribune originale de Vincent Marval dans Le Monde dénonçant  ce système.

Les Kim Kardashian, Paris Hilton et autres Nabila ont progressivement envahi nos écrans. D’où le thème de cette semaine : la bimbo, mode d’emploi.

 

Une bimbo, qu’est-ce que c’est ?

Bimbo - Pan GrandeUne bimbo, c’est d’abord une jeune femme. Dans ce monde parfait où l’homme agit et la femme paraît, il n’existe pas encore d’hommes bimbo. On n’a encore jamais croisé de cousin masculin de Nabila, dont on aurait pu dire : « Il est con comme une brosse à chiotte, mais p*tain il est canon. » Beckham serait à la rigueur le plus proche parent de Kim Kardashian sur ce plan-là, mais pour lui c’est différent : il est footballeur. Et comme tous les sportifs, au collège de l’intelligence, il a obtenu une dérogation.

 

 Une bimbo, c’est ensuite une jeune femme avec de gros seins. Il y a une raison pour laquelle Coco Chanel a donné dans la fripe, Camille Claudel s’est jeté sur le marbre et Marie Curie faisait l’ermite dans un labo. N’est pas Paris Hilton qui veut.

 

Questions pour une bimboEnfin, une bimbo, c’est une jeune femme avec de gros seins qui est particulièrement conne. (J’ai essayé de trouver un adjectif plus sympathique, mais il n’y a rien eu à faire.) On dirait que la bimbo s’est donné pour mission dans la vie de connaître le moins de choses possibles.  Et force est de reconnaître qu’elles ont atteint leur but sans trop de difficultés. Aucune culture générale, aucune connaissance, rien, RIEN. Dans leur tête, c’est plus plat que le plat pays. Elles sont tellement incultes qu’on ferait bien une minute de silence à la mémoire de leur cerveau défunt.

 

Une bimbo, comment ça devient célèbre ?

Le jour où tout a basculéCa couche. En tout cas, pour la princesse du genre, Paris Hilton, et pour sa digne héritière, Kim Kardashian, et la version française Zahia, c’est comme ça que ça s’est passé. Alors pour toutes celles qui ont pour ambition d’apparaître au top 100 des personnalités les plus inutiles de l’année, voici le secret : trouvez-vous un type bien connu. Couchez avec. Filmez-le. (Bien sûr, à son insu. Vous voudriez pas le respecter, non plus !) Mettez-la sur internet. Attendez.

 

Une bimbo, pourquoi ça marche ?

FacepalmLes excuses varient, mais en général, les gens évoquent la moquerie pour justifier leur attrait pour ces cruches insipides. J’ai quand même remarqué un phénomène étrange. A chaque fois que l’un de ces boulets est sous les feux des projecteurs, il se trouve toujours un(e) gros(se) malin(e) pour affirmer qu’en fait, « ces filles-là sont très intelligentes ». C’est marrant, ça… Et si elles étaient juste idiotes ? Plutôt que de se résoudre à l’évidence (à savoir : elles sont tellement abruties qu’elles donnent envie aux oignons de pleurer), on préfère inventer des excuses pour justifier l’intérêt de notre société d’ignares pour ces bécasses.

A la rigueur, je veux bien admettre qu’en fait, elles ne savent rien, et qu’elles essayent de masquer ce gouffre d’inculture en prétendant qu’il est infini : toujours apparaître idiote, comme ça on ne saura quand c’est réellement le cas. Mais quand je pense que nos grands-mères se sont battues pour qu’on arrête de considérer les femmes comme des enfants, que nos mères se sont battues pour qu’on arrête de considérer les femmes comme des objets et que nous nous battons pour affirmer l’égalité de toutes et tous,  je ne peux m’empêcher de me dire que les bimbos font beaucoup de mal à la cause féminine, et donc à vous et moi.

 Au fond du fond, il me semble qu’il y a quand même chez ces jeunes femmes un immense besoin de célébrité et donc de reconnaissance, et donc quelque part d’amour. Et je voudrais terminer cet article en opposant à leur stratégie puérile, malheureusement renforcée par tous les médias, une phrase d’une grande dame :

« Si votre seul but est d’être aimé, vous serez prêt à faire des compromis sur tout et en permanence, et vous n’accomplirez rien. »  Margaret Thatcher.

 … A qui répond Bernard Le Bovier de Fontenelle, à travers les siècles :

« On est rarement maître de se faire aimer, on l’est toujours de se faire estimer. »

 

Je crois que les bimbos ont choisi leur camp.

Étiquettes : , ,

Au vu du succès de l’article sur le harcèlement de rue (« Que répondre à : T’es bonne ? »), j’ai pensé qu’il me fallait pousser le raisonnement un cran plus loin. Laissons les gaudrioles pour cette fois (Si-si. Gaudrioles. C’est un mot. Banni de la langue française depuis 1937, peut-être, mais un mot quand même) et complétons le

Guide pratique de survie dans la rue 

 Avant toute chose, pour se défendre correctement, il faut vraiment se défaire du stéréotype de la femme faible et sans défense, qui ne sait pas se battre, qui ne peut pas faire de mal à un homme. Il faut donc oublier l’histoire de la victime de viol qui n’a pas pu se débattre, qui n’a eu d’autre choix que de se laisser faire. Se défendre, c’est comme participer à une compétition sportive : la victoire, elle est d’abord dans la tête. Or dans la rue, en cas d’agression, nous avons les moyens de riposter. Mais pour cela, il va falloir cogner l’agresseur. Il va falloir avoir l’intention de lui faire mal.

rue commerçante Attention ! En plein jour, dans une zone commerçante, la fuite est toujours préférable à une confrontation directe. Le principe de base est toujours bon à rappeler : en cas de problème, le plus simple est encore de se ruer dans un commerce, et d’attendre que l’homme s’en aille.  On peut même demander de l’aide au commerçant ou à la commerçante.

Lorsque la fuite n’est pas une option, il faut faire face. En cas d’attaque, il ne faut pas hésiter à hurler. D’abord, parce que l’homme qui vous agresse ne s’y attend probablement pas. Soit il va prendre peur et s’en aller, soit il va être déstabilisé et vous allez avoir quelques secondes pour agir. Ensuite, parce que crier permet de transformer la peur en colère, et donc d’avoir plus de facilité à agir : la peur paralyse, alors que la colère décuple les forces.

 

Ensuite, il faut bien se mettre en tête qu’à partir du moment où on est agressée et où on ne peut pas fuir, le choix est simple : c’est lui ou nous. Donc soit on cogne et on fait suffisamment de mal à l’agresseur pour qu’il ne puisse pas se relever, continuer ou nous suivre pendant qu’on se met en lieu sûr (le plus souvent, assez loin de là où on est). Soit c’est lui qui aura notre peau.

 

EtranglementSi quelqu’un surgit par derrière et cherche à vous étrangler avec un bras autour de votre cou, le réflexe à avoir est non pas de se ruer vers l’avant pour échapper à l’agresseur, mais au contraire de reculer violemment, vers l’agresseur. En effet, si nous avançons, l’agresseur va resserrer son étreinte et nous étrangler plus fort. Si nous reculons vite et fort, il aura moins de prise sur notre cou et on pourra respirer, voir même se dégager. Dans tous les cas, il faut absolument protéger sa gorge pour éviter d’être asphyxiée. Pour cela, il faut baisser la tête et rentrer le menton vers le cou et hausser les épaules. Baisser la tête et mettre le menton dans le creux du coude de l’agresseur permet aussi de l’empêcher de serrer plus fort.

 

Dans cette position, mais aussi dans les autres cas de figures, il faut ensuite frapper. Pour cela, il faut se débarrasser de cette idée selon laquelle « Un coup de pied dans les cou*lles et il est KO ». D’abord, l’entrejambe de l’agresseur est souvent bien protégé : jean épais, manteau… Ensuite, il y a peu de chance qu’il se tienne avec les jambes suffisamment écartées pour qu’on puisse les atteindre. Il faut donc plutôt viser les points faibles :

  • les tempes : elles protègent une veine qui alimente le cerveau en sang et en oxygène. En frappant à cet endroit, on prive le cerveau de ses ressources, et on l’empêche de fonctionner
  • les oreilles : elles contiennent un organe responsable de l’équilibre. En frappant à cet endroit et en poussant fort l’agresseur, il peut tomber au sol.
  • le larynx, c’est-à-dire la gorge
  • les chevilles
  • les genoux

 

Poing fermé auto-défensePour ne pas se faire mal (et donc pouvoir continuer à se battre le plus longtemps possible), il faut éviter de donner des coups de poings. Ca fait chic dans les films, mais c’est très dangereux pour nos articulations dans la vraie vie. A la place, on peut ouvrir sa main à plat, et en utiliser la tranche (du côté du petit doigt) pour frapper le larynx par exemple. On peut aussi ouvrir la main à plat et utiliser la paume de la main pour frapper les oreilles de l’agresseur, comme si on donnait une gifle. Pour le reste, le plus efficace est de fermer le poing en laissant le pouce sur l’index et d’utiliser le côté extérieur (du côté du petit doigt) pour frapper. Les pieds et les genoux sont aussi des armes redoutables.

 

D’une façon générale, il vaut mieux suivre le mouvement de l’agresseur et utiliser sa force contre lui. S’il nous pousse, par exemple, plutôt que de résister, il vaut mieux attraper ses mains ou ses vêtements et l’emporter dans notre chute. L’idéal, c’est de se décaler de lui pendant la chute, pour éviter qu’il nous tombe dessus. Mais dans tous les cas, il sera au sol en même temps que nous, ce qui lui laisse moins d’avantage. Cela étant, même si nous sommes au sol et qu’il est debout, ses chevilles et ses genoux sont toujours à proximité de nos pieds. Sans compter qu’il lui faut quand même s’approcher de nous pour nous faire du mal, ce qui le rend vulnérable.

 

Quelques conseils additionnels :

–          Si l’agresseur a une arme : il est très compliqué de savoir s’en servir correctement et en restant dans les limites de la légalité. Essayez de l’envoyer le plus loin possible, le plus vite possible pour qu’il n’y ait pas accès.

–          Eviter de rester directement devant lui, dans sa ligne de mire. Il faut essayer de se décaler par rapport à lui, pour qu’il ait plus de mal à nous atteindre avec ses coups. Si possible, mettre quelque chose entre lui et nous : un banc, une voiture, un poteau…

–          Pour les femmes qui ont des bombes lacrymogènes (ou des bombes de laque, qui font le même effet) : ne pas compter dessus. En cas d’agression, il est très probable que vous n’ayez pas le temps de farfouiller dans vos affaires pour prendre votre bombe, l’ouvrir, viser et appuyer. Votre corps est votre arme la plus puissante.

–          Ne pas oublier de se servir de son environnement : graviers, cailloux, branches, canettes ou bouteille qui traîne, même son sac à main pour l’assommer.

–          Si un attroupement se forme et que les gens ne vous aident pas : désignez-les précisément et demandez de l’aide : « Madame avec la chemise verte, venez m’aider ! Monsieur avec le pantalon rouge, appelez la police ! » Chacun et chacune attend sans doute que quelqu’un d’autre bouge, et pense probablement que quelqu’un d’autre a déjà appelé la police.

 

Enfin, faites quand même attention à rester dans les limites de la légitime défense : votre réponse doit être immédiate, et proportionnelle à l’agression. Ainsi, agresser quelqu’un longtemps après l’agression n’est pas de la légitime défense. Si on vous insulte, il vaut mieux répondre avec des mots. Ce n’est que si on vous agresse physiquement que vous avez le droit, et même le devoir de vous défendre.

 

Pour finir, je voNon c'est non Irène Zeilingerudrais vous recommander le petit livre d’Irène Zeilinger « Non, c’est non ! Petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire ». Je m’en suis largement inspiré pour écrire cet article. L’acheter (15€ seulement) vous permettra donc de retrouver toutes les techniques ci-dessus développées plus longuement, mais aussi un certain nombre d’autres conseils pratiques vraiment utiles.

Étiquettes : , ,

Pour ne louper aucun article, abonnez-vous et recevez un email à chaque nouvel article publié. Pour cela, entrez votre adresse email dans le champ ci-dessous et cliquez sur "Je m'abonne !"

Catégories

Archives :