A quelques pas de là…

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Cannes finiAlors que s’achève le Festival de Cannes, on ne compte plus les articles miniatures illustrés avec force de photos glamour, grandes robes, paillettes et escarpins. Les magazines « féminins » ont emmagasiné assez de « fashion faux pas » pour les huit prochains mois, les journaux télés ont pu éviter un quatorzième sujet sur le mauvais temps, et l’intelligentsia parisienne en a profité pour compter ses troupes : qui y était, qui n’y était pas, qui est « in », qui est déjà « has been ». [Remarque : vous commencez à me connaître. Il était hors de question que je vous mette des photos de « stars » qui, d’après moi, ne sont bonnes qu’à filer des complexes au reste d’entre nous. Les illus de cet article seront donc thématiques !]

 

 Au milieu de tous ces sujets qui se ressemblent, il me semblait important de mettre un coup de projecteur (remarquez au passage le jeu de mots habile… « Projecteur ». « Cinéma ». T’as compris ? Qu’est-ce que je suis drôle.) sur un article de Courrier International de cette semaine, reprise d’un papier du Hollywood Reporter plus tôt dans le mois.

 

Prostitution 2A côté des fastes du Festival, l’envers du décor est bien plus brutal. Entre cent et deux cent mille prostituées afflueraient chaque année au moment du Festival, pour satisfaire les nouveaux et les anciens riches de tous les pays. L’espace de dix jours, la Côte d’Azur se transforme en supermarché humain géant. On y trouve de tout. Pour les amateurs d’exotisme, des étrangères : du Royaume-Uni, du Venezuela, du Brésil, du Maroc ou de Russie. Pour ceux qui rêvent en Français, les putes viennent aussi de Paris ou des environs : Monaco, Nice.

 

Aux mains de prostitueurs professionnels ou le fait des jeunes femmes elles-mêmes, ce trafic peut s’avérer particulièrement rentable : jusqu’à 3000€ la nuit pour une prostituée « de luxe », entre 40€ et 60€ de l’heure pour les femmes des trottoirs. Pour en savoir plus, le Hollywood Reporter a interviewé Elie Nahas, ancien bras droit de Moatessem Kadhafi (le fils de Muammar) et responsable de ce bordel. Au sens propre. Ce délicieux gentleman a quitté la France alors que la justice instruisait son procès pour proxénétisme. C’est trop bête. Il en a pris pour huit ans. Si vous voulez mon avis, huit ans pour organiser du trafic d’être humains sur toute la Côté d’Azur et forcer des jeunes femmes à vendre leur corps pour son profit à lui, ça reste encore pas cher payé. Mais coElie Nahasmme personne ne me demande mon avis…

 

Bref, grand prince, Elie Nahas consent à expliquer le fonctionnement du système à la journaliste. Entre cent et deux cents filles entrent et sortent des hôtels de luxe chaque nuit. Entre trente et quarante yachts stationnés dans la baie de Cannes, sur lesquels on fait monter des filles pour la nuit : prostituées régulières, mannequins en mal de contrats ou actrices hollywoodiennes dont la carrière n’a pas décollée. Evidemment, Elie Nahas jure ses grands dieux n’avoir rien à voir avec le système et s’être contenté de faire le taxi entre l’aéroport et la Croisette. C’est qu’il est généreux, le monsieur.

 

prostitution 1Plus intéressant encore : il affirme que la police cannoise est au courant, mais choisit de fermer les yeux pour dix jours. Un scandale prostitutionnel alors que les plus grandes stars ont décidé de dépenser leur argent chez nous, c’est vrai que ça la fout mal. Et puis, les scandales prostitutionnels, on a déjà DSK qui s’en occupe. Selon Elie Nahas, victime du système, la seule raison pour laquelle la police et la justice française s’en seraient prises à lui serait ses affinités avec la famille Kadhafi. Ca m’arrache de le dire, mais ça ne m’étonnerait pas qu’il ait raison. Le Colonel n’étant plus dans les petits papiers de la République, mais les officiels français ayant tous plus au moins fricotté avec le régime pendant des années, « on » s’est sans doute dit que ça permettrait à tout le monde de se laver un peu les mains à peu de frais.

 

Il faut dire que c’était pas mal raisonné. Le bras droit du fils de Kadhafi condamné par la justice française, ça a de la gueule. On évite en plus d’impliquer la majorité des festivaliers, et en particulier de ceux que Elie Nahas appelle « les Arabes », c’est-à-dire les grandes fortunes du Golfe qui injectent régulièrement des millions dans notre économie. A côté de ça, vous n’allez pas nous faire chier pour cent à deux cent mille filles prises dans les mailles des réseaux prostitutionnels, dont le seul choix se résume à se faire baiser pour de l’argent ou à se faire tabasser par leur mac, non ? Un peu de glamour, on est à Cannes, bordel.

 

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Ah, mes ami(e)s, quelle semaine passionnante ! Après l’annonce selon laquelle une agence de mannequins recruterait devant une clinique soignant l’anorexie, c’est au tour de l’interview du pédiatre Aldo Naouri par le magazine ELLE de me faire bondir.

L’interview qui fait scandale

Ce mois-ci dans ELLE, entre deux conseils pour être bien malheureuse et mal dans sa peau, se trouvait une interview d’Aldo Naouri à l’occasion de la sortie d’un torche cul livre sur l’enfance et la famille. Extrait.

Aldo NaouriELLE. Dans votre livre, vous évoquez ces mères entièrement dévouées et qui ne font plus l’amour après la naissance de leur bébé. Vous parlez d’une consultation où vous dites à un père devant sa femme : « Violez-la ! » C’est choquant : le viol, y compris conjugal, est un crime condamné par le Code pénal.
Aldo Naouri. C’est évidemment une provocation ! J’étais devant un homme qui me disait : « J’en crève d’envie mais j’attends qu’elle veuille. » Sa femme le regardait sans rien dire. J’ai dit en exagérant : « Violez-la ! » C’était excessif mais c’était une manière de dire : allez-y, foncez, ça viendra bien ! D’ailleurs, à ces mots, le visage de la femme s’est illuminé !

Cette interview a déclenché un tollé dans les milieux féministes, et une pétition a circulé pour demander le retrait de cette interview du site internet de ELLE. Je ne suis pas partisane de la censure ; je n’irai donc pas jusque là, mais je ne vais pas me gêner pour expliquer en quoi M. Naouri est un abruti profond, doublé d’un macho rétrograde imbibé de sexisme jusqu’à la moelle.

« Violez-là ! »

Dans cette situation, le pédiatre qu’est M. Naouri se trouve donc en face d’un couple dont l’un des membres, l’homme, éprouve du désir sexuel pour sa femme sans ce que désir ne semble réciproque. Et tout naturellement, à qui M. Naouri choisit-il de s’adresser pour régler ce problème d’absence de désir sexuel de la femme ? A L’HOMME. Normal.  

Non c'est non, le consentementOutre ça, on est en face d’un pédiatre qui vient, une fois de plus, légitimer le mythe selon lequel la meilleure solution pour un homme confronté à l’absence de désir de sa compagne serait de la forcer. Le « Violez-là » est tout simplement un outrage à toutes les femmes qui ont effectivement été violées. Mais le « Foncez, ça viendra bien ! », quoique plus politiquement correct, n’en est pas moins nocif. Il y a là une injonction implicite pour la femme qui se trouve à ses côtés : « Forcez-vous, ça finira bien par revenir ».

« Le visage de la femme s’est illuminé »

J’ai beaucoup aimé la stratégie pernicieuse qui consiste à légitimer un argument par la réaction a posteriori de l’audience. Je m’explique. Avant de prononcer ces paroles, M. Naouri ne pouvait pas savoir comment la femme allait réagir. Et si elle avait déjà subi un abus sexuel  ? Le fait qu’elle l’ait bien pris après coup ne veut absolument pas dire qu’il était normal de prononcer ces propos.

ReworkMauvaiseExcuseC’est quoi la prochaine étape : « Oui, M. ou Mme La Juge, j’ai tabassée telle personne pour lui prendre son ordinateur portable. Mais de toutes façons, elle avait l’intention d’en changer » ???!!

De plus, s’ils peuvent éventuellement être utilisé dans le cadre d’une consultation privée, en connaissant bien ses patient(e)s (et encore…), ces conseils n’ont absolument pas à être publié dans un livre qui va être utilisé par des couples dans la même situation. Mesdames, vos compagnons ne sont pas des monstres assoiffés de sexe qui, tels des loup-garous, perdraient toute forme humaine, toute forme de contrôle et d’intellect à cette idée. Demandez-leur, si vous ne me croyez pas !

Vous n’avez pas à vous forcer. Jamais. Vous laisser séduire, emporter par l’enthousiasme de votre partenaire, pourquoi pas. Faire quelque chose dont vous n’avez pas envie, HORS DE QUESTION. On n’est plus au Moyen-âge. Le devoir conjugal n’existe plus, et forcer sa femme à un rapport sexuel qu’elle ne désire pas, c’est un viol.

Aldo Naouri

Tout cela ne serait rien si M. Naouri était un pédiatre respectable et respecté, habitué des prises de positions modérées et pleines de bon sens, qui se serait mal exprimé ou dont les propos auraient été mal retranscrits. Là non. Le monsieur est un habitué des déclarations parfaitement insultantes à l’égard de la femme, mais aussi de l’homme.

Papa poule« Où avez-vous vu que le père a été appelé à devenir une mère bis ? »

Je l’ai vu tout au long de ma carrière, chez les « nouveaux pères », les « papas poules », et jusque dans la manière dont a évolué le Code de la famille, par exemple. Ses prérogatives de chef de famille ont été rognées les unes après les autres. On lui a supprimé la dernière qui lui restait et qui le laissait être chef pour la résidence de la famille en 1972. On a installé la coparentalité. Qui est une véritable injustice. […] On [a invité le père] « rattraper ses neufs mois de retard dans l’amour » en donnant le biberon, en changeant les couches, et en finissant par lui accorder un « congé de paternité » qui est une aberration totale. Ce n’est pas ainsi que se fabrique un père.

Ah oui ? Et alors comment se fabrique un père ? En tapant sur les enfants qui n’ont pas été sages au retour du travail ?

lamentableLe père et la mère lui sont nécessaires. Je ne dis pas qu’il faille laisser aux pères toutes les initiatives. Si on livre un enfant au pouvoir singulier du père, on le rend fou. Les dégâts sont les mêmes si on le laisse livré à la seule puissance de la mère.

Oui, alors lui, les familles monoparentales, les familles dans lesquelles un des parents est décédé, un des parents est à l’étranger, etc. etc. il a pas dû les voir passer… 

Tout ce dispositif législatif moderne est une aberration nuisible, émasculant plus encore les pères, gonflant d’orgueil ces femmes, auxquelles la permanente disponibilité sexuelle n’assigne aucune limite.

Magnifique. Rien à dire. Sauf peut-être que ce monsieur est marié depuis près de 50 ans. Je m’en vais de ce pas demander la Légion d’Honneur pour Madame. Avant de nous quitter, deux supplications : par pitié, n’achetez pas ses bouquins ! Et ne donnez pas raison aux médias qui exploiteraient leur propre mère pour faire du pognon : boycottez cet individu nauséabond !

 

Sources : C’est mieux si vous ne faites pas de publicité à ce monsieur et donc ne cliquez pas sur ces liens, mais si vous tenez à savoir d’où je tire ces informations, voici mes sources : l’interview d’Aldo Naouri dans ELLE, et une interview du même Naouri dans Le Point.


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