A quelques pas de là…

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source : jewanda-magazine

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Etant allée me fendre la poire à l’interview d’Aldo Naouri par Valérie Toranian, grande prêtresse de chez ELLE (je vous prépare d’ailleurs un article là-dessus. Ca va s’intituler : « Regardez-moi comment que j’suis modeste, Aldo Naouri par lui-même. »), ayant assisté à la conf’, donc, j’ai eu la grande joie de me voir remettre gratuitement un exemplaire du magazine ELLE de ce mois de septembre 2013.

 

Vous en rêviez, je l’ai fait. Hop, hop, hop, je vous le débrif’ pour pas cher.

 

ELLE regarde la pub

 

Elle septembre 2013 viagra féminin révolution sexuelle sexismePremier constat, sur 191 pages (première et quatrième de couverture incluses), j’ai pu dénombrer 86 pages de pubs « pures », soit un bon 45% du papier glacé qui n’est consacré qu’à nous refourguer des trucs.

 

Suivent ensuite 21 pages de pubs « déguisées », qui, sous prétexte de nous expliquer avec gentillesse « Comment se faire des ongles en amande » (p. 160), en profite sournoisement pour nous conseiller d’acheter la Luna Lime de chez Agnès B., 17,90€ la lime à ongles. En période de crise, 18 boules dans une lime. Normal, ça choque personne.

 

On continue le décompte, et on se coltine ensuite 28 pages de « photoshoots », c’est-à-dire de filles dans des positions bizarres, avec des vêtements bizarres ; pages qui ont comme unique but de nous faire acheter les dits fringues. Au hasard, on a cette photo :

 mannequin elle pull oversize jupe ridicule sexisme

 

Parce que c’est vrai que c’est tellement tendance de se tenir voûtée avec un pull trop grand pour soi et les cheveux dans le col. Et que, si on regarde sa position, au pauvre porte-manteau humain de cette photo, elle est quand même sur la pointe des pieds, avec le dos rond et une main entre les cuisses. Ordinaire. Moi aussi quand j’attends le bus, j’fais ça.

 

L’un dans l’autre, on arrive à un bon 70% de publicités dans les pages de ELLE, ce qui fait que sur 2,20€ (prix de vente du magazine), nous faisons à chaque fois un don de 1,55€ à Chanel, Dior, Séphora & Co. Etant donné que ces marques sont vraiment en difficulté en ce moment, c’est vrai que c’est un beau geste.

 

ELLE a l’esprit obtus

 

source : slate

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Quid du contenu, alors ? Eh bien ça commence déjà très très bien en p. 11, puisque l’auteure de l’édito nous explique que, alors qu’elle rédige sa chronique, sa fille se sert de la machine à coudre familiale pendant que son fils de 13 ans regarde les photos à poil de Léa Seydoux dans LUI. Normal, on vous a dit. On est en 2013 et ça ne choque TOUJOURS PERSONNE.

 

Plus loin, p. 26, un mini-riquiqui-toutpetit encart sur « Pauvreté, Les femmes d’abord », qui, en douze lignes chrono, voudrait nous faire un topo de la situation de précarité dans laquelle se trouvent certaines femmes. Et, comme d’habitude chez ELLE, on termine par des propos tout à fait acceptables : « Nous espérons beaucoup, dit Malika Tabti, secrétaire nationale du Secours Populaire, du projet de loi qui devrait amener les Caisses d’Allocations Familiales à se substituer aux pères qui ne paient pas leur pension alimentaire. » Oui, ben bien sûr, quoi de plus cohérent. Lorsqu’un homme met au monde un enfant, puis décide de ne plus vivre avec la mère de cet enfant, il est parfaitement normal et juste qu’il n’ait pas à l’assumer (après tout, à quoi servirait la mère, sinon ?) et que l’ensemble de la collectivité paye pour se substituer à lui.

 

source : streetluxe

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On continue, p. 34, pages « polémique ». Et là, on s’attend à du lourd, m’voyez. On n’est pas dans Biba, on fait du journalimsme, nous, M’sieurs-Dames. Et la polémique de la semaine, version ELLE, je vous le donne en mille : « Pour ou contre la coupe mulet ? » Ahhhh voilààà. Ca, c’est le débat qu’on attendait ! Et dans la colonne, « pour », on peut lire : « L’idée reçue qu’une fille doit avoir les cheveux longs, elles s’en fichent comme de leur première paire de bas résille. » Eh oui. Rebelles, mais pas trop. Elles ont le droit de couper leurs cheveux comme elles veulent (ça donne du travail aux coiffeurs/euses), mais en revanche, qu’elles n’aillent pas s’imaginer qu’on peut survivre sans bas résille. Ouuuh làlà, non !

 

On passe, on passe, mais on s’arrête quand même sur la chronique du délicieux Nicolas Bedos (qui, pour rappel, avait quand même traité de « pute » et de « salope » une spectatrice du public d’une émission de télévision qui avait osé lui dire qu’elle n’avait pas aimé son livre). Et on lit : « Mon premier choc fut de m’apercevoir que les copines de ma sœur […] avaient toutes un bébé dans les bras ! […] Du coup, je m’oblige à considérer ces nourrissons deuxième génération sous un angle philosophiquement libidineux, envisageant déjà les sublimes paires de loches qui pousseront, plus vite qu’on ne le croit, sur ces torses de naines. » Donc là, on bien est d’accord, Nicolas Bedos fantasme sur des nourrissons. Et toujours personne pour bouger une oreille.

 

source : mikamandine

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Aucun rapport avec ce que je viens de dire sur N. Bedos, hein, mais alors aucun, mais je suis prise d’une envie subite, là, tout de suite maintenant. Je vous caserais bien la définition de l’apologie de la pédophilie, tiens. Juste pour rigoler un coup, puisqu’il est évident que Bedos fait du second degré :

Le terme d’apologie de la pédophilie recouvre l’ensemble des actions, écrits et prises de position ayant visé à faire accepter socialement la pédophilie ou simplement à en faire l’éloge.

Voilà, ça, c’est dit.

 

Viagra féminin, une révolution sexuelle ?

 

Et enfin, le clou du numéro, le reportage sur le « viagra féminin », en test dans un certain nombre de laboratoires américains. Ami(e)s des clichés, bonsoir, laissez-moi vous présenter « D.G. », auteur(e) de l’article et maître(sse?) en la matière.

 

« Il faut d’abord saluer l’exploit technique car le désir féminin, bien plus complexe que le désir masculin, met en jeu de multiples

source : cergyrama

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hormones. » Eh oui. La femme, ce jardin sauvage au désir complexe, alors que l’homme, ce benêt, se contente de ruer dans les brancards sans pouvoir se retenir. Mention spéciale à l’amalgame : le viagra masculin n’a rien à voir avec le désir masculin. Il se contente de rendre la chose « techniquement » possible. Nulle doute qu’une pilule miracle pour donner envie aux hommes serait tout aussi compliquée à élaborer. Mais encore une fois, personne ne s’en soucie, puisque les hommes ont systématiquement envie, et qu’il n’y a que la mécanique qui coince. Les femmes, c’est différent. Elles viennent de Vénus, après tout.

 

« Longtemps, on a cru à une nature féminine monogame par essence », jusque dans les colonnes de ELLE de ce même numéro, où N. Bedos (toujours lui) foudroie en quelques lignes la maman de la petite fille sus-citée, qui a eu le mauvais goût d’avoir plus d’aventures que lui à la même époque : « Qui eût cru […] qu’elle deviendrait, au sortir d’un bac L (voilà, ça c’est bien. Une fille, ça lit des livres et ça reste calme.) la plus grosse nympho de Paris, cumulant les liaisons de trois minutes […] ? […] C’est à la débauche que tu dois ta naissance (il parle à l’enfant) – étant entendu que si, l’été dernier, ta mère s’est lavée l’âme sous le jet spermatique de ton père, c’est pour faire oublier son penchant pour la gnôle et les bites médiatiques. » Et voilà. C’est ça, un homme, un vrai. C’est vulgaire et ça rabaisse les femmes qui en font autant.

 

On continue l’article « viagra ». « Et qu’en pensent les hommes ? Dans les cabinets des sexologues, ils sont de plus en plus

source : gentside

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nombreux à craindre de ne pas contenter leurs compagnes. » Tu m’étonnes. Avec la pression qu’ils subissent tous les jours, cette obligation d’action, de résultats, de performances, y compris sexuelles, on serait angoissé à moins. C’est pour ça que je ne conçois pas le féminisme comme une libération uniquement féminine. Il s’agit aussi de vivre dans une société dans laquelle les hommes ne ressentiraient plus cette pression sociale qui les oblige à donner, à produire, à réussir, et toujours plus, et toujours mieux, sous peine de se voir socialement dévalorisés.

 

« Aussi fou que cela puisse paraître (pour qui, on ne sait pas. Pour les lecteurs/trices de ELLE désinformé(e)s tous les mois, sans doute), les hommes peuvent éjaculer sans jouir. […] » Et plus loin : « Les doutes ou la peur d’un jugement peuvent entraîner des troubles érectiles immédiats et profonds. » Ah ben ça alors ? Les hommes ne seraient pas des machines à sexe ? On nous aurait donc menti ?

 

Mais attention, le progressisme de ELLE s’arrête là. Parce qu’en fait, si les hommes se sentent moins bien dans leur peau et donc au lit, ça s’rait la faute de ces vilaines femmes castratrices qui refusent de rester à la maison élever sagement des enfants : « Alors que les femmes s’affirment, les hommes deviennent moins solides. […] Ce qui a un impact sur la sexualité des hommes. […] La fonction masculine étant de combler, dans tous les sens du terme, les voilà terriblement démunis lorsque ce n’est plus systématiquement le cas. Surtout face à des femmes toujours plus indépendantes et affirmées […]. »

 

source : aufeminin

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Et voilà. Donc si, mesdames, vous vous mettiez en tête de prendre le viagra féminin, gardez bien en mémoire que vous ne le faites pas pour avoir, vous, une sexualité épanouie. Que nenni ! Il s’agit uniquement pour vous de rassurer l’ego de votre homme, qui se sent mal à l’aise (mais si, messieurs, puisqu’on vous le dit. Vous êtes mal à l’aise.) depuis 15 ans (‘achement précis les reportages dans ELLE. Il y a tout pile quinze ans PAF !! les hommes ont commencé à se sentir mal à l’aise, dites donc), c’est-à-dire depuis le « chancellement de la domination masculine ».

 

Bien-bien… 191 pages de ELLE plus tard, il ne me reste plus qu’à attendre que les ventes de ce magazine pourri chancellent elles aussi…

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Brève.

source : lorrainemag

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Bonne nouvelles pour les amateurs et amatrices de divertissement pas cher. Dimanche, à l’occasion du Salon du Livre de Nancy qui marque la rentrée littéraire, Valérie Toranian, directrice de la rédaction du magazine ELLE, reçoit Aldo Naouri, pédiatre et auteur d’un nouveau torchon livre « Les belles-mères, les beaux-pères, leurs brus et leurs gendres » (Odile Jacob).

Mais quelle idée merveilleuse ! Aller chercher la femme la plus rétrograde de France lorsqu’il s’agit de l’égalité femmes-hommes pour aller interviewer le pédiatre le plus dangereux de France lorsqu’il s’agit de l’équilibre au sein du couple. Mais on va se FENDRE LA GUEULE, c’est moi qui vous l’dit !

On rappelle, pour les retardataires. 😉 Valérie Toranian, directrice de la rédaction du magazine ELLE. Sur la multitude de

source : allo-news

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numéro sexistes et générateurs de complexes, on peut en retenir un plus ridicule que les autres. L’été dernier, Valérie Toranian, sans doute plus inspirée que d’habitude, a eu l’idée brillante de sortir un spécial « La pipe, ciment du couple » dans lequel des « lectrices » « témoignent » : « Une bonne pipe, c’est très efficace en phase de négociations, quand je veux le faire céder sur la couleur d’un papier peint. » Mais oui, bien sûr ! La sexualité est une arme de négociation massive, c’est bien connu. Les femmes n’ont aucun désir sexuel propre. Elles se contentent d’écarter les cuisses de temps en temps lorsqu’elles ont un service à demander. C’est so 2013.

source : aufeminin

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Et Aldo Naouri, pédiatre absolument inoffensif. Juste, de temps en temps, lorsqu’il reçoit des couples qui viennent le consulter pour des problèmes d’ordre sexuel, il conseille aux hommes de violer leur femme.

Ca, y’a pas à dire, il y a du level pour la rentrée littéraire !

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Après 350 kilomètres, une tonne de meubles et d’électroménager déplacée et une demi-douzaine de coups de téléphones et de paperasse diverse, j’ai enfin emménagé dans mon nouveau « chez moi » ! Je n’ai pas encore internet à la maison, d’où la fréquence un peu erratique à laquelle je poste de nouveaux articles… Mais enfin, me voici !

 

Cette semaine, j’avais envie de m’éloigner un peu des sujets que je traite habituellement pour vous parler de la Communication Non Violente (CNV, aussi appelée Communication Consciente, ou Communication Empathique), mise au point dans les années 1970 par un certain Marshall Rosenberg. (1) Actuellement, elle est très utilisée par les thérapeutes de couple, les formateurs/trices intervenant au sein des entreprises… et dans certaines associations féministes mixtes (héhé). Concrètement, elle a pour but de favoriser la prise de parole de chacun(e) dans le respect du vécu et des expériences de toutes et tous. Par là-même, elle vise à diminuer les tensions et à favoriser la résolution des conflits.

 

A ce stade de la lecture de mon article, Saint Thomas derrière son écran est en train de s’agiter : « Ouais, OK, donc Marshall Rosenberg, il fait de la communication et il est pour la paix dans le monde. Et concrètement, ça marche comment son bordel, à Miss France ? » J’y arrive.

 

Prenons une dispute lambda :

« On fait toujours ce que tu veux, lors de nos loisirs ! Tu dois toujours tout diriger ! Je n’ai jamais mon mot à dire ! J’en ai assez de vivre avec un(e) dictateur/trice ! »

Ajouter à volonté des assiettes qui volent, des portes qui claquent, des crises de larmes et/ou le ton qui monte.

 

J’en vois deux-trois qui s’y reconnaissent… Eh bien Madame, Monsieur, avec Marshall Rosenberg dans la pièce, ça se passerait un tantinet différemment. Décryptage.

 

En théorie, Rosenberg définit la Communication Non Violente comme une manière de communiquer particulière, qui vise deux objectifs principaux :

  • Se libérer de ce qu’il appelle le « conditionnement culturel », c’est-à-dire la tendance à porter un jugement, à catégoriser les choses qui nous sont rapportées en termes de « C’est vrai » ou « C’est faux » ;
  • Se mettre en lien avec soi-même, c’est-à-dire prendre conscience de ce que nous ressentons et désirons vraiment, au-delà des émotions instinctives que peuvent être la colère ou la tristesse.

 

Dans la pratique, cela se traduit par un changement dans la manière de communiquer, en évitant les remarques subjectives (« Tu es toujours en retard », « Tu ne range jamais tes affaires »), qui sont aussi, souvent, des jugements définitifs et absolus (« Tu es égoïste », « Tu es immature »). A l’inverse, la Communication Non Violente préconise de ne faire que des observations objectives, rattachées à un cas précis (« Tu es arrivé avec une demi-heure de retard à notre rendez-vous d’hier », « Tu as laissé traîner ton pantalon sur le canapé ce matin »). Elle recommande également de ne parler que de ce que l’on ressent, soi, personnellement (« Je me sens frustré(e)/en colère/triste/impuissant(e)…). (2)

 

Aux couples qui ont de gros problèmes de communication, et aux équipes professionnelles qui pourraient améliorer leur manière d’échanger, les formateurs/trices et thérapeutes demandent donc de modifier la façon de construire leurs phrases pour les faire correspondre au schéma suivant :

  • Observation : Décrire la situation à l’aide de termes objectifs. Ex : « Tu n’as pas été faire les courses hier. »
  • Sentiments : Décrire les sentiments et réactions provoquées en nous-mêmes par cette situation. Ex : « Cela m’a mis(e) en colère et m’a rendue triste en même temps. »
  • Besoin : Exprimer ses besoins en des termes les plus clairs et précis possibles. Ex : « J’ai besoin que la corvée des courses soit partagée entre toi et moi, alternativement. »
  • Demande : Formuler une demande précise, concrète et réalisable dans l’instant. Ex : « Pourrais-tu aller faire les courses aujourd’hui ? » (3)

 

La dispute classique de tout à l’heure change alors de ton et devient :

« La semaine dernière, les deux films que nous avons été voir étaient des films que tu avais choisis, et qui ne me plaisaient pas. J’ai été frustrée de devoir dépenser de l’argent pour aller les voir. J’ai été triste que tu ne veuilles pas aller voir le film XXX avec moi. J’aimerais que l’on s’efforce d’alterner entre tes centres d’intérêts et les miens. Peut-on aller voir le film XXX ce weekend ? »

 

Il est alors plus facile d’accéder à une demande ponctuelle (voir un film particulier), dans le cadre de besoins clairement identifiés (partager les loisirs), que de résoudre le problème général rattaché à : « Tu dois toujours tout diriger. » Par ailleurs, le recours aux observations objectives et au ressenti personnel, évite des batailles sans fins à coups de cas particuliers qui ne reflètent pas forcément la situation au quotidien : « C’est faux ! C’est toi qui a choisi la destination de nos vacances ! », ou les reproches qui s’accumulent pour éviter de faire face à la demande initiale : « Et toi, alors, tu n’as aucun ordre et ne retrouve jamais tes affaires sans mon aide ! »

 

Le but est se sortir d’une situation de dialogue dans laquelle le jugement et la critique tiennent la part la plus importante. Selon Marshall Rosenberg, cela permet d’éviter les luttes de pouvoir, dans lesquelles la seule alternative est la domination ou la soumission.

 

Je ne sais pas si ça fonctionne vraiment, mais ça ne peut pas être pire que de s’appeler régulièrement par des noms d’oiseaux !

 

Notes :

  1. Marshall Rosenberg, psychologue américain, fut l’élève d’un autre psychologue américain, Carl Rogers, célèbre pour avoir théorisé une méthode d’écoute active et empathique que de nombreux thérapeutes utilisent aujourd’hui.
  2. Les principes de la Communication Non Violente mettent en garde contre de « faux sentiments », c’est-à-dire les phrases qui semblent exprimer des sentiments, mais contiennent en réalité des jugements (« J’ai l’impression que tu ne me respectes pas. ») ou des interprétations du comportement d’autrui (« Je me sens seule, abandonnée, quand tu oublies d’aller chercher les enfants à l’école »). De manière générale, la CNV préconise le recours à des phrases qui ne font pas intervenir le « tu », et à des sentiments « exclusifs » : la tristesse, la peur, la colère, la frustration…
  3. La CNV recommande d’éviter les demandes négatives (« je voudrais que tu arrêtes de… », « je voudrais que tu ne fasses pas… ») pour privilégier les demandes positives (« je voudrais que tu fasses… », « je voudrais que tu ailles… »)
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Ah, mes ami(e)s, quelle semaine passionnante ! Après l’annonce selon laquelle une agence de mannequins recruterait devant une clinique soignant l’anorexie, c’est au tour de l’interview du pédiatre Aldo Naouri par le magazine ELLE de me faire bondir.

L’interview qui fait scandale

Ce mois-ci dans ELLE, entre deux conseils pour être bien malheureuse et mal dans sa peau, se trouvait une interview d’Aldo Naouri à l’occasion de la sortie d’un torche cul livre sur l’enfance et la famille. Extrait.

Aldo NaouriELLE. Dans votre livre, vous évoquez ces mères entièrement dévouées et qui ne font plus l’amour après la naissance de leur bébé. Vous parlez d’une consultation où vous dites à un père devant sa femme : « Violez-la ! » C’est choquant : le viol, y compris conjugal, est un crime condamné par le Code pénal.
Aldo Naouri. C’est évidemment une provocation ! J’étais devant un homme qui me disait : « J’en crève d’envie mais j’attends qu’elle veuille. » Sa femme le regardait sans rien dire. J’ai dit en exagérant : « Violez-la ! » C’était excessif mais c’était une manière de dire : allez-y, foncez, ça viendra bien ! D’ailleurs, à ces mots, le visage de la femme s’est illuminé !

Cette interview a déclenché un tollé dans les milieux féministes, et une pétition a circulé pour demander le retrait de cette interview du site internet de ELLE. Je ne suis pas partisane de la censure ; je n’irai donc pas jusque là, mais je ne vais pas me gêner pour expliquer en quoi M. Naouri est un abruti profond, doublé d’un macho rétrograde imbibé de sexisme jusqu’à la moelle.

« Violez-là ! »

Dans cette situation, le pédiatre qu’est M. Naouri se trouve donc en face d’un couple dont l’un des membres, l’homme, éprouve du désir sexuel pour sa femme sans ce que désir ne semble réciproque. Et tout naturellement, à qui M. Naouri choisit-il de s’adresser pour régler ce problème d’absence de désir sexuel de la femme ? A L’HOMME. Normal.  

Non c'est non, le consentementOutre ça, on est en face d’un pédiatre qui vient, une fois de plus, légitimer le mythe selon lequel la meilleure solution pour un homme confronté à l’absence de désir de sa compagne serait de la forcer. Le « Violez-là » est tout simplement un outrage à toutes les femmes qui ont effectivement été violées. Mais le « Foncez, ça viendra bien ! », quoique plus politiquement correct, n’en est pas moins nocif. Il y a là une injonction implicite pour la femme qui se trouve à ses côtés : « Forcez-vous, ça finira bien par revenir ».

« Le visage de la femme s’est illuminé »

J’ai beaucoup aimé la stratégie pernicieuse qui consiste à légitimer un argument par la réaction a posteriori de l’audience. Je m’explique. Avant de prononcer ces paroles, M. Naouri ne pouvait pas savoir comment la femme allait réagir. Et si elle avait déjà subi un abus sexuel  ? Le fait qu’elle l’ait bien pris après coup ne veut absolument pas dire qu’il était normal de prononcer ces propos.

ReworkMauvaiseExcuseC’est quoi la prochaine étape : « Oui, M. ou Mme La Juge, j’ai tabassée telle personne pour lui prendre son ordinateur portable. Mais de toutes façons, elle avait l’intention d’en changer » ???!!

De plus, s’ils peuvent éventuellement être utilisé dans le cadre d’une consultation privée, en connaissant bien ses patient(e)s (et encore…), ces conseils n’ont absolument pas à être publié dans un livre qui va être utilisé par des couples dans la même situation. Mesdames, vos compagnons ne sont pas des monstres assoiffés de sexe qui, tels des loup-garous, perdraient toute forme humaine, toute forme de contrôle et d’intellect à cette idée. Demandez-leur, si vous ne me croyez pas !

Vous n’avez pas à vous forcer. Jamais. Vous laisser séduire, emporter par l’enthousiasme de votre partenaire, pourquoi pas. Faire quelque chose dont vous n’avez pas envie, HORS DE QUESTION. On n’est plus au Moyen-âge. Le devoir conjugal n’existe plus, et forcer sa femme à un rapport sexuel qu’elle ne désire pas, c’est un viol.

Aldo Naouri

Tout cela ne serait rien si M. Naouri était un pédiatre respectable et respecté, habitué des prises de positions modérées et pleines de bon sens, qui se serait mal exprimé ou dont les propos auraient été mal retranscrits. Là non. Le monsieur est un habitué des déclarations parfaitement insultantes à l’égard de la femme, mais aussi de l’homme.

Papa poule« Où avez-vous vu que le père a été appelé à devenir une mère bis ? »

Je l’ai vu tout au long de ma carrière, chez les « nouveaux pères », les « papas poules », et jusque dans la manière dont a évolué le Code de la famille, par exemple. Ses prérogatives de chef de famille ont été rognées les unes après les autres. On lui a supprimé la dernière qui lui restait et qui le laissait être chef pour la résidence de la famille en 1972. On a installé la coparentalité. Qui est une véritable injustice. […] On [a invité le père] « rattraper ses neufs mois de retard dans l’amour » en donnant le biberon, en changeant les couches, et en finissant par lui accorder un « congé de paternité » qui est une aberration totale. Ce n’est pas ainsi que se fabrique un père.

Ah oui ? Et alors comment se fabrique un père ? En tapant sur les enfants qui n’ont pas été sages au retour du travail ?

lamentableLe père et la mère lui sont nécessaires. Je ne dis pas qu’il faille laisser aux pères toutes les initiatives. Si on livre un enfant au pouvoir singulier du père, on le rend fou. Les dégâts sont les mêmes si on le laisse livré à la seule puissance de la mère.

Oui, alors lui, les familles monoparentales, les familles dans lesquelles un des parents est décédé, un des parents est à l’étranger, etc. etc. il a pas dû les voir passer… 

Tout ce dispositif législatif moderne est une aberration nuisible, émasculant plus encore les pères, gonflant d’orgueil ces femmes, auxquelles la permanente disponibilité sexuelle n’assigne aucune limite.

Magnifique. Rien à dire. Sauf peut-être que ce monsieur est marié depuis près de 50 ans. Je m’en vais de ce pas demander la Légion d’Honneur pour Madame. Avant de nous quitter, deux supplications : par pitié, n’achetez pas ses bouquins ! Et ne donnez pas raison aux médias qui exploiteraient leur propre mère pour faire du pognon : boycottez cet individu nauséabond !

 

Sources : C’est mieux si vous ne faites pas de publicité à ce monsieur et donc ne cliquez pas sur ces liens, mais si vous tenez à savoir d’où je tire ces informations, voici mes sources : l’interview d’Aldo Naouri dans ELLE, et une interview du même Naouri dans Le Point.

Le mariage hétéro est mort, vive le mariage pour tous ! Un billet rapide au milieu d’une semaine chargée pour répondre à une question qui m’a été posée souvent : quel est le rapport entre l’égalité hommes/femmes et les droits des lesbiennes, gays, bi(e)s et transsexuel(le)s (LGBT) ?

 

Ce qui dit la loi

assemblee_nationaleMais d’abord, un rappel. La loi qui a été votée cette après-midi (331 contre 255, alléluia !) ouvre la possibilité aux couples de même sexe de se marier. Elle leur donne également la possibilité de déposer un dossier en vue de l’adoption d’un enfant.

 Ni plus, ni moins.

 

Un Papa, Une Maman…

Ce que nous ont bien expliqué les opposant(e)s à cette loi, c’est qu’ils et elles n’étaient absolument pas homophobes, et un-papa-une-mamandonc que ça ne leur posait aucun problème que les homos se marient. En revanche, là où ça les chatouillait un peu, c’est au niveau de l’adoption, rebaptisé « droit à l’enfant » par des gens qui ne reculent devant rien pour manipuler la vérité.

 La raison serait la suivante : un enfant, pour bien grandir, aurait besoin d’un papa et d’une maman. Comme on leur objectait le cas des couples séparés, et comme ils et elles n’étaient pas à une incohérence près, ces charmantes personnes se sont empressé de rectifier, et de nous expliquer que les enfants avaient besoin d’un modèle féminin et d’un modèle masculin.

 

BEEEEP !! Mauvaise réponse. C’est là que leur argumentaire coince.

 

stereotypesJouons-là comme Sarko : « Un modèle féminin, qu’est-ce que c’est ? » C’est d’abord une femme, avec un utérus et un vagin, mais surtout avec les qualités naturelles de la femme : la douceur, la soumission, l’attention aux autres, la capacité à faire tourner des lessives et à faire à bouffer. Bref, une femme, une vraie, celle dont on se moque dans les blagues sexistes : qui porte du rose, des jupes, qui pleure, qui ne comprend jamais rien et nous emmerde à parler tout le temps.

 

Et, vous me voyez venir, ce « modèle masculin » dont aurait besoin l’enfant, c’est un homme, avec son pénis, mais surtout ses qualités naturelles d’hommes : la prise de décision, la force, la responsabilité, le caractère, la capacité à monter des meubles Ikéa et à changer des pneus. Bref, un homme, un vrai, celui qu’on essaye de nous vendre depuis toujours, des dessins animés Disney aux films de James Bond : qui porte du bleu, fait passer son travail avant sa famille, qui se bat avec ceux qui l’emmerde, et trompe sa femme quand il a l’occasion.

 

Ce que les « anti-mariage et adoption homos » ne veulent pas se rentrer dans le crâne, c’est que ce schéma-là, il est dépassé. Que maintenant, c’est pas parce qu’on est une maman qu’on n’aime pas le foot, et c’est pas parce qu’on est un papa qu’on ne peut pas prendre du temps pour consoler son enfant qui pleure. Cette division binaire absurde est la seule raison pour laquelle un couple homo ne pourrait pas élever un enfant correctement : qui ferait la femme ? et qui ferait l’homme ?

 

Une question d’égalité

L’égalité hommes/femmes est basée sur le fait qu’il n’y a pas de différence biologique entre homme et femme qui soit je veux choisir de ne pas me mariersuffisante pour justifier la domination de l’un et la soumission de l’autre. Elle suppose donc qu’il n’y a pas de définition de « femme » et « homme » qui justifie des inégalités. Et c’est exactement là-dessus que se basent les revendications LGBT.

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 Cette semaine dans la série « Mais dans quel monde vit-on ? », une lectrice attentive m’a signalé une vidéo youtube particulièrement… intéressante. Après Aldo Naouri, « Violez-là », voici Sébastien Cauet « Force-toi ». Qu’est-ce qu’on attend pour le mettre à la retraite, lui ? Et surtout, QUI s’est dit que ça serait une bonne idée de mettre ce personnage vulgaire, et qui a une image de la femme si dégradante, à la tête du talk-show du soir le plus écouté ?

Cauet explique qu’il a changé depuis la « Méthode Cauet ». Effectivement. Il est moins ouvertement scandaleux. Maintenant, il distille des conseils sournois à de jeunes femmes qui viennent demander des conseils. Voyez plutôt.

La vidéo, les commentaires

Cauet sur NRJSur cette vidéo, on voit Cauet, animateur le soir sur NRJ, expliquer à une jeune femme en couple depuis 2 ans et installée avec son copain depuis 6 mois, que c’est normal que le dit-copain la trompe, puisqu’ils n’ont jamais eu de rapport sexuel en 2 ans de relation. Et toute l’équipe de convaincre cette pauvre fille que le fait d’avoir eu une très mauvaise expérience pour sa « première fois » n’est pas une excuse, qu’il serait de bon ton qu’elle se force, parce que sinon, c’est normal, il a des besoins, et il va aller voir ailleurs. « Pensez-y, toutes les filles qui font rien ! » lance le vieux Cauet en guise d’avertissement.

 Et tous les commentaires à cette vidéo d’approuver.

 

Faut-il se forcer ?

Mais dans quel monde vit-on ?? Dans quel monde conseille-t-on aux jeunes femmes de se forcer ?! Si elle a eu une trèsnon mauvaise expérience (il s’agissait peut-être d’abus sexuels, on n’en sait rien !) est-ce que trois heures de coït hebdomadaires, les dents serrées en attendant que ça passe, vont l’aider à surmonter ce blocage ? Est-ce que vraiment on s’attend à ce que le copain soit suffisamment égoïste pour ne pas se rendre compte que cet acte dégoute sa copine ? Est-ce qu’on pense vraiment qu’il va prendre son pied à forcer une pauvre fille à avoir des rapports sexuels dont elle ne veut pas ?

 

envieJe ne suis pas en train de dire qu’une absence totale de relation sexuelle n’est pas un problème, dans un couple. Cela dépend d’abord des gens. Il y a des couples qui, pour des questions religieuses, pensent qu’un rapport sexuel doit avoir lieu dans le cadre du mariage. Il y a des couples qui, pour une raison ou une autre, pensent que le sexe n’est pas primordial. Et il y a des couples, comme sur la vidéo, dont l’un des membres pense que ça l’est. Dans ce cas, forcer ne sert à rien, bon Dieu ! Sauf peut-être à créer un blocage encore plus important chez la fille, qui associera toujours l’acte sexuel à quelque chose de contraint, de déplaisant voire même de douloureux.

 

hugSi le copain aime la fille avec qui il est en couple, c’est SON JOB de lui faire prendre confiance en elle, en lui parlant, en y allant progressivement et doucement, et toujours avec son accord. C’est aussi son job de faire en sorte que la fille ait confiance en lui, et pour ça, je suis désolée, mais la tromper à tour de bras comme c’était le cas dans la vidéo ne va absolument pas aider. Et si le copain n’est pas amoureux de la fille, il la quitte, c’est aussi simple que ça ! Rester avec une fille qui ne veut pas, ou ne peut pas avoir de rapports sexuels, s’installer avec et la tromper à côté, ce n’est PAS une preuve d’amour ! C’est vouloir le beurre et l’argent du beurre. Et, sauf si la copine lui donne son feu vert (ce qui n’était pas le cas dans la vidéo), c’est un manque de respect.

 

Les hommes ont-ils des besoins ?

Ah ! L’argument des besoins des hommes ! Je ne sais pas qui l’a inventé, celui-là, mais il faut le pendre à un crochet de boucherie.

 

L’argument des besoins des hommes est non seulement réducteur, mais il est aussi insultant. D’abord, comme toutes leshomme primate généralités, cette phrase est profondément stupide. Non, LES hommes n’ont pas DES besoins. CERTAINS hommes ont CERTAINS besoins, à la limite, et encore. Mes copains, eux, trouvent que c’est franchement insultant d’entendre que les hommes seraient des primates, incapables de contrôler leur cerveau, qui se laisseraient dominer par n’importe quoi… Les hommes n’ont pas plus de besoins que les femmes : ce sont des êtres rationnels, qui sont capables de réfléchir et de se dire que leur partenaire est une fille formidable, et qu’ils n’ont pas envie de lui faire de mal ni de lui manquer de respect en la trompant avec quelqu’un d’autre. Ils sont aussi capables de se dire qu’ils aiment la femme avec qui ils sont, et que c’est avec elle qu’ils ont envie d’une intimité physique.

chevalier2Pour parenthèse, il y a mille ans, on pensait que faire la guerre faisait partie des « besoins » des hommes. La majorité des hommes que vous et moi fréquentons n’ont jamais fait la guerre et ils ne s’en portent pas plus mal. La vérité, c’est que ce ne sont pas des besoins, comme manger, boire et dormir. Ce sont des envies. Et comme toutes les envies, ça se contrôle : on choisit de se faire plaisir ou pas. Et maintenant, scoop. Les femmes aussi ont des envies. Simplement, parce que c’est moins accepté pour une femme de tromper son mari (la fameuse dialectique de la salope vs. le Don Juan), les femmes ont une tendance à se retenir.

 

Et s’il me quitte ?

Je voudrais bien qu’on sorte de la tête des femmes l’idée que, si elles ne se forcent pas, leur conjoint va finir par aller voir ailleurs, et qu’il aura raison.

Je vous dirais bien que si un homme vous quitte parce que vous n’avez pas les mêmes envies sexuelles que lui, il ne vous méritait pas. Mais cet argument-là, vous l’avez déjà entendu, et il ne vous parle pas beaucoup. Alors soyons pragmatiques.

1/ Si votre homme est conditionné par la pression sociale, il y a de fortes chances qu’il veuille être un « bon coup ». Ca n’est donc pas terrible pour lui si vous ne prenez aucun plaisir.

2/ Si votre homme n’est pas un bourrin fini, il y a de fortes chances pour qu’il ait des sentiments pour vous. Ca n’est donc pas terrible pour lui s’il sait que vous vous forcez à faire quelque chose qui vous dégoute, ou même dont vous n’avez pas envie. Quel homme a envie de passer pour un pervers, un violeur ?

3/ Si vous pensez quand même que votre homme « a des besoins », il y a de fortes chances que ces soi-disant « besoins » (qui n’existent que dans votre tête, mais passons 😉 ) ne soient pas satisfaits par une heure de coït forcé, les muscles contractés, le visage crispé, la tête qui regarde de l’autre côté, à marmonner de vagues « Oh oui » pour lui faire croire que ça va.

EtLeave me alone pour finir, une citation attribuée à Marilyn Monroe :

Si tu ne peux pas me supporter dans mes pires moments, tu ne me mérites pas à tes côtés dans mes meilleurs.

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Long train

Cela faisait un moment que je n’avais pas mis le nez dans un magazine « féminin ». Mais à l’occasion d’un voyage en train de 6h, je dois l’avouer. J’ai craqué. J’ai pris le « Cosmopolitain » de février 2013 que me proposait gentiment une amie.

 

J’y ai fait plusieurs (re)découvertes. D’abord, j’ai renoué à cette espèce de jargon anglicisant que les rédactrices adorent : du serre-tête « must have » du printemps 2013, au « it bag » de cette saison, en passant par le « fashion faux pas » de Kim Kardashian, tout y était. J’ai hésité à leur envoyer une suggestion d’article : « Ohèmgé Kate est so twentytwelve ! » (ce qui se traduirait, en français correct, par : « Oh mon Dieu, Kate Moss n’est plus à la mode du tout ») mais je me suis retenue.

 

vie de coupleMais surtout, j’ai retrouvé la rubrique « Vie de Couple », sorte de liste de courses des temps modernes, qui compile les choses à dire ou ne pas dire, et des témoignages authentiques-si-si-c’est-vrai-100%-pur-bœuf de femmes qui viennent étaler leur bonheur.

Exemples : « La plus belle chose qu’il ait faite pour moi » (février 2013), « Comment prendre soin de son couple » (septembre 2012), « A ne pas dire quand il rentre » (août 2012).

 

C’est là qu’on peut lire que le copain de « Perrine, 28 ans » a pris une journée de congé quand elle est tombée malade, que l’amoureux de « Cécile, 33 ans » a fait 400 km pour lui souhaiter un bon anniversaire, que « Lisa, 22 ans » et son chéri s’envoient des textos tous les soirs pour se dire bonne nuit, que « Camille, 24 ans » et son conjoint vont toujours se chercher mutuellement à la gare ou l’aéroport, et que finalement toutes les filles de France ont l’air de vivre un rêve éveillé… sauf nous. A côté, on a l’impression d’être la seule gourdasse à manger les restes de la veille par flemme de cuisiner, à avoir les cheveux gras le dimanche, à se coucher bien après l’autre pour finir un dossier trois soirs par semaine, et à agoniser seule au fond de son lit avec la crève quand l’autre est au travail.

 

Dispute de coupleEt surtout, chez nous, on s’engueule. On s’engueule quand la poubelle déborde alors que c’est son tour, on s’engueule quand on apprend qu’on est attendus chez Untel samedi prochain alors qu’on n’avait qu’une envie, c’est de larver, on s’engueule quand on est à découvert à cause de son dernier achat. Et à côté de Perrine-Cécile-Lisa-Camille, on a l’impression de ne vivre qu’un demi-rêve. On oublie toutes ces choses qui font qu’on est tombée amoureuse et surtout qu’on l’est restée. Alors moi, Perrine-Cécile-Lisa-Camille, je l’emmerde. D’abord, parce que c’est marrant, mais Perrine-Cécile-Lisa-Camille, elle est forcément hétéro et ça me gonfle. Ensuite, parce que c’est peut-être simplement une pigiste payée au lance-pierre qui a rédigée cette rubrique toute seule comme une grande, et peut-être que Perrine, Cécile, Lisa et Camille, elles n’existent que dans sa tête.

 

Ensuite, parce que, comme me l’a dit un couple rencontré en Asie : « L’essentiel, ce n’est pas de ne pas de disputer. C’est de surmonter ces disputes. » Les disputes me paraissent normales dans un couple composé de deux personnes nécessairement différentes : il est impossible d’anticiper toutes les volontés de l’autre, partout, tout le temps.  Et surtout, quand deux personnes différentes se côtoient, il y a forcément des ajustements à faire, des moments de frictions. C’est le cas avec nos ami.e.s, avec nos collègues, avec nos parents et nos frères et sœurs. Je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas le cas avec la personne qui partage notre vie.

 

Mais le normal, le banal, les disputes, ça ne fait rêver personne. Et surtout, ça ne fait pas vendre. Faudrait surtout pas que les lectrices se mettent à croire que leur couple va bien, qu’il est normal de s’engueuler. Parce qu’une lectrice qui se sent bien, c’est une lectrice qui n’a besoin de rien ni personne pour être heureuse. C’est donc une lectrice à qui il va être particulièrement difficile de refourguer le Daily Microfoliant, la BB crème au ginseng, ou le Pinceau Touche éclat. Et ça fait une rubrique « Produits Cultes » difficile à remplir. 😉

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