A quelques pas de là…

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Ce matin, le magazine Sciences&Avenir titrait sur internet : « Le sexisme est profondément ancré dans le cerveau« . J’ai une dent contre les études pseudo-scientifiques qui veulent nous faire croire que les neurosciences sont capables de conclure quoi que ce soit au sujet des différences hommes/femmes et des stéréotypes. Alors je suis allée voir ce que disait vraiment l’étude…

 

Que nous apprend l’article ?

Des chercheurs italiens, de l’Université de Milan-Bicocca, ont étudié le cerveau de 15 étudiants confrontés à des stéréotypes de genre afin de trouver des marqueurs électrophysiologiques communs.

J’ai du mal à comprendre quelle mouche a piqué Sciences&Avenir, magazine plutôt sérieux et de qualité, pour qu’une étude menée sur seulement quinze personnes soit jugée digne d’être relayée.

Sur le fond, les personnes qui, comme moi, n’y connaissent pas grand chose en neurosciences en seront pour leurs frais :

[L]es scientifiques ont enregistré l’activité électrique cérébrale […] de volontaires confrontés à la lecture de 240 affirmations violant ou non des stéréotypes de genre. Poncifs tant masculins (« perdre sa pipe en sortant de la classe de danse classique« ) que féminins (« en changeant l’huile du moteur, elle s’est tachée« ). […] L’expérience a montré qu’ils ont traité cela comme des erreurs linguistiques ou de syntaxe, dont les règles sont enracinées depuis l’enfance. La région cérébrale la plus impliquée dans le traitement de ces informations est le gyrus frontal moyen. La jonction temporo-parétiale et les gyrus temporaux supérieur et moyen sont également engagés.

Ah oui, ah bon ? (Rien compris.)

L’état de mon cerveau pouvant se résumer à ???, je suis allée consulter l’étude elle-même, pour avoir une idée plus précise de ses résultats. Voici donc ce que j’ai lu (la traduction est de moi) :

Les phrases allant à l’encontre de stéréotypes de genre (telles que « Le notaire est en train d’allaiter » ou « Voici le commissaire avec son mari ») ont provoqué des réponses N400 et ELAN (Early Left Anterior Negativity) d’un niveau supérieur aux phrases respectant les stéréotypes de genre (ex : « Le chimiste a mis une belle cravate »).

Bon, vous me connaissez, moi, je suis bête. Du coup, je suis allée consulter wikipédia. J’y ai appris que les signaux N400 étaient « des réponses cérébrales classiques » à toutes sortes de stimuli : « mots, […] y compris auditifs ou visuels, signes de la langue des signes, images, visages, environnement sonore, odeurs. » A ce stade, tout ce qu’on peut conclure, c’est que, quand on lui présente des mots, le cerveau produit des signaux montrant qu’il a perçu des mots. Super.

Ensuite, nous apprenons dans l’étude que, chez quinze personnes, le cerveau produit plus de signaux ELAN lorsque les phrases vont à l’encontre de stéréotypes. Mais, père Castor, c’est quoi un signal ELAN ? Ce sont des signaux qui sont enregistrés lorsqu’un stimuli va à l’encontre d’une structure grammaticale connue. Par exemple, en lisant « Il est la dans chambre » au lieu de « Il est dans la chambre », vous venez de créer tout plein de petits ELAN. Bon, a priori, on s’approcherait de la théorie défendue par la chercheuse à l’origine de cet article, à savoir que les phrases qui vont à l’encontre de stéréotypes sont traitées par le cerveau comme des erreurs grammaticales. Sauf que wikipédia nous apprend aussi que, à ce jour, on n’est pas encore en mesure de conclure que ces signaux ne sont pas impliqués dans d’autres processus cognitifs. Bon.

A l’inverse, l’étude nous apprend que les phrases comportant des stéréotypes induisent une réponse de la jonction temporo-pariétale. Okeille. Et elle fait quoi, la jonction temporo-pariétale, d’après wikipédia ?

La JTP intègre des informations […] émanant des systèmes visuel, auditif et somato-sensoriel. La JTP intègre également des informations de l’environnement externe, ainsi que de l’intérieur du corps. La JTP collecte toutes ces informations et les analyse. Cette aire est aussi connue car elle joue un rôle dans les processus de différenciation entre soi et les autres et dans la théorie de l’esprit. De plus, des dommages causés à la JTP ont affecté la capacité d’individus à prendre des décisions morales et ont provoqué des expériences de « sortie » hors du corps.

Bon, moralité, la jonction temporo-pariétale est impliquée dans tout un tas de trucs, mais aucun n’a de lien avec les stéréotypes.

Donc, si je résume, ce qu’on peut conclure avec cette étude, c’est que quand on présente des mots au cerveau, il reconnaît les mots. Et quand on lit des phrases non stéréotypés, l’une des zones qui réagit est impliquée dans la reconnaissance des erreurs grammaticales, mais elle est aussi impliquée dans la reconnaissance d’autres phénomènes. Et quand on lit des phrases stéréotypés, le cerveau reçoit les phrases et les analyse. Chez 15 personnes.

C’est un peu léger pour titrer « Le sexisme est profondément ancré dans le cerveau », non ?

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Nan.

 

Je ne vais pas mentir : j’ai chanté et dansé et aimé un grand nombre des chansons de Beyonce, lorsque j’étais plus jeune. « Mais ça, c’était avant », comme dit l’autre. Avant de m’interroger sur l’image de la femme dans les films, la musique, les livres, avant qu’Orelsan ne se fasse connaître avec une chanson qui dit : « T’es juste bonne à te faire péter le rectum, […] On verra comment tu suces quand j’te déboiterai la mâchoire, T’es juste une truie tu mérites ta place à l’abattoir », avant que Jason Derulo ne chante « Tu sais quoi faire de ces grosses fesses grasses : bouge-les, bouge-les, bouge-les », avant que le film Tristan & Yseult transforme une histoire d’amour réciproque en une demande unilatérale, Yseult suppliant Tristan de l’aimer tandis que lui garde en tête l’intérêt du royaume, avant que Miley Cyrus ne devienne célèbre en dansant de façon suggestive, pratiquement nue, sur des paroles ineptes, avant que Rihanna ne décide de ne pas déposer plainte contre Chris Brown malgré les coups qu’il a fait pleuvoir sur son visage, avant que le mari de Nigella Lawson, auteure de nombreux livres de cuisine et animatrice d’émissions culinaires, ne porte sa main autour du cou de sa femme, comme pour l’étrangler, sans que cette dernière ne s’exprime à ce sujet ou ne décide de le quitter… Bref, avant que je ne réalise que l’industrie du spectacle était peuplée de gens qui perpétuaient voire encourageaient les formes les plus violentes de domination de la femme dans l’unique but de gagner de l’argent.

 

Beyonce est un pur produit de l’industrie du spectacle : elle est influencée par les magnats hommes ou femmes qui en tiennent

les règles et influence à son tour le monde de la musique par ses productions. Et comme la plupart des femmes qui font ce métier, Beyonce s’est vendue, positionnée, marketée comme objet sexuel. Tant dans les paroles de ses chansons que dans les clips vidéos accompagnant ces dernières, elle s’est illustrée par une tendance constante à utiliser son corps comme un objet de désir sexuel à destination des hommes. Elle n’était alors plus une femme à part entière, portant un message (même ludique, ou léger). Elle était un corps qui danse, un corps qui dévoile et bouge les parties dites « érotiques » de son anatomie : seins, hanches, jambes dans des mouvements faisant référence ou mimant l’acte sexuel. Même et surtout pour des chansons dites « engagées » comme « Single Ladies (Put a Ring on It) » ou « Run the World (Girls) », souvent citées parce que leurs paroles décriraient des femmes indépendantes, fortes.

 

« Single Ladies » fait ainsi référence à une femme qui s’adresse de façon abrupte à son ex-petit ami en lui disant « Tu as eu ton tour, à présent il est temps que tu apprennes ce qu’on ressent quand je ne suis plus là ». Cependant, d’une part le message de la chanson est littéralement « si tu m’aimais tu m’aurais passé la bague au doigt », sous-entendant ainsi qu’une relation de couple qui n’évolue pas rapidement en une relation maritale n’a aucune raison d’être. Ensuite, le clip de cette chanson montre trois femmes, Beyonce et deux danseuses, dans des justaucorps de danse, sans aucun décor. Les mouvements de danse sont extrêmement sexualisés, les trois danseuses se penchant en avant, avant de se frapper les fesses, bougeant leurs poitrines d’avant en arrière par exemple. Il en va de même pour la chanson « Run the World (Girls) », censée être explicitement en faveur des femmes : « Qui dirige le monde ? Les filles ! ». Cependant, Beyonce répète à plusieurs reprises : « Mec, je ne fais que jouer, viens ici bébé, j’espère que tu m’aimes toujours », sous-entendant qu’elle ne fait que jouer la femme forte, mais espère avant tout que l’homme a bien compris qu’il s’agissait d’un jeu, et qu’elle ne voudrait pas perdre son affection. Ensuite, dès le début du clip, les femmes sont toutes peu habillées, vêtues de vêtements de cuir ou rappelant les animaux de l’Afrique : léopard, panthère, et autres imprimés utilisés depuis toujours pour des vêtements dits « sexy ». Ensuite, au moment même où Beyonce prononce cette phrase « Les filles, ce putain de monde est à nous ! », son visage est caché par ses cheveux et toute l’attention se concentre sur sa poitrine, qu’elle secoue vigoureusement.

 

Ces analyses ne portent que sur deux exemples, mais la carrière de Beyonce montre que les paroles de quelques chansons

portant sur le pouvoir des femmes sont toujours soigneusement et largement contrebalancées par d’autres paroles faisant machine arrière et des mises en scène vidéo faisant de Beyonce un objet sexuel. Cette stratégie habile lui a permis de rester tout à fait « grand public », en proposant des chansons ne dénotant pas dans un monde dans lequel le sexe fait vendre, tout en ayant matière à se positionner comme un modèle pour les jeunes filles. Beyonce a en effet compris que, pour durer dans ce métier, il ne faut pas seulement être appréciée à l’instant « t ». Il faut aussi être admirée et défendue contre d’éventuels détracteurs ou détractrices.

 

Récemment, l’arrivée sur le marché musical de très nombreuses jeunes chanteuses comme Miley Cyrus, Selena Gomez, Demi Lovato, issues des séries télévisées produites par Disney et aimées de milliers de jeunes Américains et Américaines pour cette raison, a conduit à une surenchère. Lady Gaga, Nicki Minaj, Britney Spears, et plus récemment Miley Cyrus ont repoussé les limites de la nudité et de la sexualisation de plus en plus loin. Le but était évidemment de choquer, comme Madonna a pu choquer à ses débuts : choquer pour que le reste des médias parle d’elles, en bien ou en mal. Tout plutôt que l’inexistence médiatique, synonyme de mort artistique. Face à cette déferlante d’artistes femmes tout aussi court vêtues, proposant des chorégraphies, dansant et chantant, étant appréciées, la survie médiatique passe par la différenciation. Celle-ci ne pouvant plus uniquement s’effectuer par la provocation, la sexualisation et la nudité, Beyonce choisit le féminisme.

 

Ainsi, elle s’assure le soutien de fans qui, la connaissant depuis une dizaine d’année et étant devenus parents à leur tour, admirent une chanteuse qui propose un modèle féminin positif à leurs filles. Elle surfe sur la vague d’un féminisme qui, sans être un phénomène majoritaire ou complètement positif, est toutefois devenu de plus en plus présent grâce aux réseaux sociaux. Elle se différencie des autres chanteuses en condamnant implicitement une attitude qu’elle a elle-même adoptée pendant si longtemps et continue à adopter dans une large mesure, et de façon pratiquement schizophrénique.

 

Ainsi, elle continue de rester « grand public » en panachant son féminisme de déclaration et d’attitudes parfaitement réactionnaire. Elle a par exemple publié une brève tribune réclamant l’égalité salariale entre hommes et femmes : à travail égal, salaire égal. En choisissant consciemment le combat féministe le plus consensuel, Beyonce ne prenait pas de risque. Interrogée sur son engagement féminisme, elle a par ailleurs déclaré :

« Ce terme peut être très extrême (sic)… Mais j’imagine que je suis une féministe des temps modernes. Je crois en l’égalité. Pourquoi devoir choisir quel type de femme nous sommes ? Pourquoi devoir choisir une étiquette pour se définir ? Je crois en l’égalité et que nous avons une façon d’avancer et que c’est quelque chose qui est mis de côté et que nous avons été conditionnées pour accepter. Mais je suis très heureuse dans mon mariage. J’aime mon mari. »

 

Avec cette réponse ambigüe, Beyonce se définit avec le mot « féministe », tout en présentant ce terme de façon négative, en tenant des propos complètement anti-féministes, et en opposant féminisme et vie de couple. En effet, les féministes ne croient pas que les femmes « ont une façon [particulière] d’avancer ». Ils et elles croient qu’hommes et femmes sont rigoureusement égaux, et que refuser un poste à une femme est tout aussi sexiste que de lui offrir en espérant qu’elle apporte de la douceur et de la souplesse dans l’équipe. Les féministes ne croient pas qu’engagement féministe et vie de couple sont incompatibles. Ils et elles croient qu’hommes et femmes doivent pouvoir mener la vie qui leur convient le mieux : célibataire ou en couple, hétérosexuel(le) ou homosexuel(le), en ayant une carrière ou non, sans se voir jugé sur la base de ce style de vie. Les féministes ne détestent pas les hommes. Ils et elles estiment que nous vivons dans un système qui favorise les hommes, quel que soit le degré de coopération des hommes à ce système. Pour les féministes, c’est le système qui doit être modifié, ce qui passe par une prise de conscience individuelle et un mouvement collectif, et certainement pas par l’ablation des parties génitales mâles.

 

Beyonce est-elle féministe ? Non. Mais elle a bien compris que le féminisme était une porte de sortie pour elle, actuellement, à condition d’être manié avec suffisamment de précaution pour rester toujours « dans la norme ». Cependant, nous vivons une époque intéressante : l’utilisation du féminisme comme qualité marketing constitue sans aucun doute un tournant pour ce mouvement.

 

Cette semaine, le site internet Jezebel a publié sur son site internet les photos non retouchées du shooting de la chanteuse Mariah Carey (interprète de la chanson « Touch My Body », d’où le jeu de mots. Quel talent.) par le photographe Terry Richardson.

Il m’a semblé intéressant de les republier ici.

Quelques remarques au sujet de ces clichés. D’abord, Mariah Carey a quarante-quatre ans, et elle a accouché de jumeaux en 2011. Aux yeux de n’importe qui, ses photos non retouchées montreraient donc un corps parfaitement normal, à l’exception peut-être de son visage, qui semble avoir subi quelques liftings et autres injections de botox. Mais dans la société malade qui est la nôtre, une femme de quarante-quatre ans ayant accouché de jumeaux doit présenter à la face du monde un corps mince, bronzé et ferme, que la plupart des jeunes femmes d’une vingtaine d’années ne possède même pas.

Le cas de Terry Richardson est également problématique. L’homme qui pose avec elle sur la dernière photo est l’un des photographes les plus puissants de l’industrie de la mode. Il a travaillé pour Yves Saint-Laurent, Jimmy Choo, Miu Miu, Marc Jacobs, Tom Ford, pris des photos publiées dans Vogue, Vanity Fair, Harper’s Bazaar, réalisé les clips de chansons de Beyoncé, Miley Cyrus, Lady Gaga et Taylor Swift ; la liste est longue.

Son « style » a longtemps porté l’étiquette « soft porn », « porno doux », en raison de la proximité de son « art » avec des clichés pornographiques. Cependant, récemment, plusieurs mannequins inconnues du grand public ont pris la parole pour dénoncer un comportement déplacé et des agressions sexuelles pendant les shootings. Charlotte Waters a d’abord publié son histoire anonymement sur un forum, avant, devant l’ampleur prise par les évènements, de décider de révéler son identité et de confirmer son histoire dans les médias.

Il a mis son pouce dans ma bouche, ce que j’ai trouvé bizarre, mais je n’ai pas relevé. Ensuite, il s’est reculé et m’a demandé de me déshabiller. J’étais venue en sachant qu’il y aurait des clichés de nu, donc à ce moment-là, j’étais toujours parfaitement à l’aise. […] Son assistante et lui me faisaient beaucoup de compliments, ce qui était un peu différent de mes autres expériences [de modèle photo]. […] Avec le recul, il est évident que Richardson faisait des efforts pour que la jeune fille de 19 ans que j’étais se sente incroyable, spéciale. Mes vêtements ont fini par être tous enlevés, et il prenait toujours des photos. Ensuite, il s’est approché et m’a demandé de tenir la ceinture de son pantalon, pendant qu’il prenait des photos avec l’appareil dirigé vers le bas. A ce moment-là, les choses ont commencé à aller dans la mauvaise direction, mais j’avais toujours confiance en lui, donc je me suis contentée de faire ce qu’il me disait. Mais ensuite, il m’a demandé de déboutonner son pantalon, il a sorti son pénis, et les choses ont empiré après ça. J’avais l’impression que j’étais déjà allée trop loin et que je ne pouvais plus partir, ce qui semble fou, mais j’avais la mentalité d’une jeune fille de 19 ans. […] J’étais complètement paralysée et terrifiée. […] Une fois son pénis sorti, il a pris des photos en me demandant de le tenir. Ensuite, nous sommes allés sur le canapé, il m’a fait poser dos à lui et je l’ai littéralement senti s’approcher et lécher mes fesses. […] Il me léchait et son assistante s’est approchée et a commencé à prendre des photos. […] Il m’a dit de pratiquer sur lui une fellation. Il a commencé à m’embrasser avec agressivité. […] Il me donnait des ordres : « OK, presse mes couilles », « OK, mets ma b*te dans ta bouche », « OK maintenant embrasse-moi. » […] Il a éjaculé sur mon visage. […] Son assistante se tenait juste à côté.

Jamie Peck, qui avait elle aussi 19 ans à l’époque, a également pris la parole pour dénoncer des choses similaires.

Je lui ai dit que j’avais mes règles, et que je voulais garder mes sous-vêtements, et il m’a demandé d’enlever mon tampon pour qu’il puisse jouer avec. […] J’ai poliment décliné son offre de faire du thé avec mon tampon sanguinolent. C’est là qu’il a décidé, comme ça, de se déshabiller. […] « Pourquoi tu ne prendrais pas des photos de moi ? » m’a-t-il demandé. […] Je ne suis pas sûre de la façon dont il s’y est pris pour m’amener sur le canapé, mais à un moment, il a suggéré, avec insistance, que je touche son pénis terrifiant. […] J’ai probablement mentionné mes partiels, parce qu’il m’a dit : « Si tu me fais jouir, tu auras un 20/20. » Alors je l’ai fait ! Assez vite, j’ajouterais. J’en avais partout sur la main gauche. Son assistante m’a tendu une serviette.

D’autres témoignages sont venus corroborer ces premiers. Des jeunes modèles photos sans expériences, terrifiées et impressionnées par ce monstre de la mode, qui n’ont pas osé dire non parce que la balance du pouvoir ne penchait pas dans leur sens.

Au début, il m’a demandé de me masturber, et m’a demandé des choses qui m’ont vraiment perturbée. Il a dit que ce n’était pas du porno, parce que les photos étaient inanimées. […]  Ses assistants étaient là : « Tu penses que toutes ces célébrités feraient des photos avec lui s’il faisait du porno ? » Finalement, il m’a fait me baisser et pratiquer une fellation et a pris des photos de lui-même éjaculant sur mon visage, ce que je n’avais jamais fait de ma vie, et quand je suis allée dans la salle de bain me nettoyer, je pouvais l’entendre plaisanter avec ses assistants à propos de ce qui venait de se passer.

Une mannequin nommée Emma Appleton a même posté sur Twitter un message provenant de Terry Richardson dans lequel il lui propose un shooting pour Vogue en échange de relations sexuelles. La porte-parole du photographe a assuré que le message était un faux.

Ce furent enfin au tour de voix connues de s’élever : Sarah Ziff, ancien mannequin, puis surtout Rie Rasmussen, ancien mannequin devenue réalisatrice. Cette dernière a en effet interpellé Richardson en public, pendant une fête donnée à l’occasion de la Fashion Week de Paris. Elle le narre dans The Guardian :

Je lui ai dit : « Ce que tu fais est complètement dégradant pour les femmes. J’espère que tu sais que tu ne *** des filles que parce que tu as un appareil photo, beaucoup de contacts dans le monde de la mode, et que tes photos apparaissent dans Vogue. » […] Il prend des filles qui sont jeunes, les manipule pour qu’elles enlèvent leurs vêtements, et prend des photos d’elles dont elles auront honte. Elles ont trop peur pour dire « non », parce que leur agence leur a trouvé ce travail, et elles sont trop jeunes pour se défendre. Son « style », ce sont des filles qui paraissent mineures, traumatisées, accro à l’héroïne… Je ne comprends pas comment qui que ce soit travaille avec lui. »

Pour Dunja Knezevic, mannequin britannique qui aide les mannequins à obtenir des droits syndicaux : « [L’exploitation potentielle des mannequins] est un sujet sensible. Personne ne veut en parler. Les filles veulent travailler et ne veulent pas être mise sur liste noire. »

Visiblement, Mariah Carey (comme Barack Obama, d’ailleurs) fait partie de ces gens-là, qui regardent de l’autre côté, fermant les yeux sur le comportement honteux d’un photographe qui abuse de sa position dominante et de son pouvoir pour obtenir des jeunes mannequins qu’ « on » lui envoie des photos auxquelles elles ne consentent pas. Et « on » ferait bien de se demander si « on » enverrait ses propres enfants chez Richardson, au moment de confirmer le « travail » de ces jeunes femmes.

Le Blanc. Réflexions autour du concept de « race ». 

 

Je n’avais jamais pensé mon existence, ni même celle de qui que ce soit, en termes de ce que les Anglo-Saxons appellent naturellement « la race ». Oh, bien sûr, j’ai entendu plus souvent qu’à mon tour, des phrases commençant par : « Les Arabes …», « Les Noirs … » ou mêmes encore « Les Asiatiques … » et suivis de tout un tas de cliché plus ou moins ouvertement racistes. Quant à moi, j’étais l’impensé, l’universel, la norme. Le Blanc. Et à ce titre, aucune phrase ne pourrait jamais commencer par « Les Blancs… ».

 

Il m’a fallu voyager et demeurer aux Etats-Unis pour commencer à prendre conscience de ce fait. En plus de me définir en termes de genre (je suis une femme), de nationalité (je suis Française), d’occupation (je suis étudiante), de lieu de naissance (je suis Lorraine), il faudrait peut-être un jour que je commence à me penser en termes de « race ». En effet, si la race est un concept qui n’existe pas biologiquement, il a une véritable existence sociale. Comme dans mon introduction avec « les Noirs », « les Arabes » et « les Asiatiques », et comme aux Etats-Unis avec « les Blancs », les gens utilisent ce concept pour décrire une certaine catégorie de la population qui n’a, pour seule différence avec les autres, qu’une différence physique – les scientifiques appellent cela le phénotype.

 

Au cours de mon séjour en Californie et au contact de ceux et celles que l’on appelle (et qui se considèrent comme) des « minorités » (c’est-à-dire des non-Blancs), j’ai découvert qu’à moi aussi, au nom de ma « race », un ensemble de clichés s’appliquaient qui permettaient de me « définir ». « Les Blancs n’aiment pas la nourriture épicée », « Je ne comprends ces Blancs et leurs lois permissives sur les armes à feu », « la cuisine Blanche se compose exclusivement de pommes de terre à l’eau ». Et moi qui n’ai jamais fait tellement l’effort de comprendre les différences entre la cuisine marocaine, algérienne ou tunisienne, j’ai été surprise qu’on puisse ne pas en faire entre la cuisine française, anglaise ou espagnole.

 

Plus je pars et plus j’apprends.

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Troisième et dernier jour à Chicago. 

Le soleil se lève sur la ville… Aujourd’hui, le programme est chargé ! Visite à l’Institut d’Art de Chicago, le Louvre local, visite du musée des sciences, tour en car pour découvrir le nord de la ville et petit tour tout à fait au sud pour découvrir l’Université de Chicago. Eh oui ! J’ai la sale manie de vouloir tout voir, tout faire, tout découvrir, et d’entraîner dans mon sillage les malheureux qui auraient décidé de voyager avec moi. 😉

Mais pour commencer, direction le métro : 

La visite de l’Institut d’Art se révèle très intéressante, tout comme celle du musée des sciences. Au sein de ce dernier, j’ai notamment pu admirer une véritable Ford T et un authentique sous marin allemand datant de la Deuxième Guerre mondiale ! Nous avons aussi fait tout un tas d’expérience rigolote, prévues pour des enfants de 10 ans mais qui nous ont intéressé et/ou fait rire.

Le tour en car est moins intéressant, en partie parce que, exténués, nous nous endormons après une demi-heure…! La visite du campus de l’Université de Chicago s’effectue sous une pluie torrentielle et nous contraint à abandonner la partie et à remonter rapidement dans le bus. Au cours du trajet de retour, nous avons tout de même remarqué que tout au long du trajet, les seules personnes à monter ou descendre du bus étaient Noires. Ce qui nous a conduit à un débat sur les politiques américaines de discrimination positive, la pauvreté des Afro-Américains, et le faible accès à l’Université des minorités. Avec une remarque pertinente de mon ami : « Mais enfin, tu ne vas pas me dire que ça leur plaît, à tous, d’habiter loin du centre ville, au milieu de nulle part, dans un quartier constitué exclusivement de Noirs ?! » Certes.

De retour, nous avons rejoint le Pier pour nous restaurer de hot dogs ! Etats-Unis obligent… 

Vous me croirez si vous voulez, mais c’était vachement bon ! C’est au cours de notre promenade que nous avons appris pourquoi Chicago était surnommée « Windy City ». Contrairement à ce que beaucoup pensent, ce n’est pas parce que la ville est très « venteuse », en anglais « windy ». C’est parce qu’au moment de célébrer le 400ème anniversaire de l’arrivée de Christophe Colomb, l’Etat fédéral voulait organiser une exposition sur le modèle de l’Exposition Universelle de Paris (pour laquelle avait été construite la Tour Eiffel). Les villes de New York, Washington et Chicago étaient en compétition, et c’est finalement Chicago qui remporta le droit d’organiser l’exposition. Cette victoire n’aurait été permise, de l’avis de journalistes new-yorkais, que par le lobbying intensif des politiciens « verbeux » de Chicago, en anglais « windy » également, qui auraient réussi à embobiner les décideurs de la Maison Blanche. 

« Venteuse » ou pas, cette ville est quand même particulièrement jolie :

Une mention spéciale pour la drôle de prison : le bâtiment triangulaire de la photo ci-dessus. C’est une des rares prisons à ne pas avoir été construite avec des barreaux aux fenêtres. En effet, les fenêtres sont trop étroites pour permettre le passage de quiconque. Ce choix permet, d’après l’architecte, de construire des cellules avec de grandes fenêtres, à hauteur d’homme donc plus lumineuses, et donc de rendre un peu plus humain le passage en prison.

Avant de rentrer à l’hôtel et de nous préparer pour le vol du retour, nous passons admirer le Cloud Gate, la porte des nuages, surnommé « le haricot » par les habitants. Cette « sculpture » surprenante, en particulier vue du dessous, a participé à la renommée de Chicago au même titre que la Tour Eiffel a participé à celle de Paris :

Un passage à la fontaine aux mille visages, surnommée ainsi car elle est constituée de plein de petits écrans, qui s’allument à intervalle réguliers pour former le visage d’habitants de Chicago, représentés en train de cracher : 

Et il est temps de rentrer. Nous nous endormons, fourbus, à minuit, avec l’intention de nous réveiller à 2h pour attraper notre vol de 5h du matin. Enfin… Ca, c’était la théorie. Dans la pratique, je me suis réveillée au milieu de la nuit, étonnée que le réveil n’ait pas déjà sonné, et étonnée même de me réveiller alors que je ne devais avoir que 2h de sommeil… Un coup d’oeil au réveil, puis un : « AARRGHHHH !! Réveille-toi ! Il est 5h !! » Course, appel surtaxé, attente de 25 minutes au téléphone et gros stress, pour finalement apprendre que United Airways, la compagnie que nous avions fini par choisir même si ses vols était $50 plus chers, nous trouverait gratuitement de la place dans n’importe quel avion si nous nous présentions au comptoir sous deux heures. 

Course vers le métro car l’aéroport est loin, et deux heures, ça fait juste. La suite de notre voyage se passera sans encombre et nous atterrirons sous le soleil californien douze heures plus tard : épuisés, mais heureux.

Notre second jour à Chicago.

9h. Le réveil qui nous tire difficilement des bras de Morphée nous rappelle également brutalement à la réalité. Loin des photos alléchantes de leur site internet, les chambres de l’Inn of Chicago sont tristement communes. 

Cependant, cette publicité de toute évidence mensongère n’aura pas suffit à entamer notre enthousiasme. Au programme d’aujourd’hui, deux visites à pied de Chicago. La fantastique Chicago Architecture Foundation propose en effet, moyennant une vingtaine de dollars, des tours guidés à travers la ville. Ces tours durent entre une heure trente à trois heures et permettent de découvrir les joyaux de l’architecture de Chicago et de mieux comprendre en quoi ces structures de verre et d’acier étaient révolutionnaires et presque même… belle ! Ils sont tous animés par des bénévoles, passionnés d’architecture et pour avoir suivi deux tours de trois heures je peux vous assurer qu’ils valent le détour ! C’est ainsi que nous nous familiarisons avec les bâtiments anciens, tels que le Rockery Building, construit en 1888.

Notre guide de nous a expliqué qu’à l’époque des débuts de l’électricité, la puissance des ampoules ne permettait pas d’éclairer une pièce. Il était donc vital de construire un maximum de fenêtre, et de penser l’architecture du bâtiment de façon à faire entrer un maximum de lumière. C’est ainsi que beaucoup de bâtiments étaient construits en forme de U, de E ou de carré évidé (un O, mais carré), c’est-à-dire avec quatre côtés et une cour intérieur. Parfois, comme dans le cas du Rockery Building,  le bâtiment était construit en forme de carré évidé, mais afin que les promoteurs immobiliers puissent rentabiliser leur investissement et avoir plus d’espace à louer, les architectes « remplissaient » la cour intérieure. Ils concevaient en effet un rez-de-chaussé avec un plafond de verre, comme le montre la photo ci-dessus.

Nous avons également appris à mieux connaître des bâtiments beaucoup plus modernes, comme la Trump Tower, du nom du milliardaire américain Donald Trump. 

Lorsque la construction a commencé, cette tour devait être la plus haute du monde. Finalement, après les attentats du 11 septembre sur les tours jumelles du World Trade Center, les plus hautes tours des Etats-Unis, Donald Trump a décidé de revenir sur sa décision et de construire une tour qui soit légèrement plus petite que la Sears Tower, qui redevenait l’édifice le plus haut du pays…

Le bâtiment qui m’a le plus plu était le James Thompson Center : 

 

Pour l’architecte, ce bâtiment représentait la démocratie. Tout devait donc être transparent et visible, y compris les mécanismes de l’ascenseur et des escalators. Les gens , tout comme l’information, devaient pouvoir circuler librement, sans mur ni parois entre les bureaux. Ce système s’est vide avéré intenable pour les fonctionnaires qui y travaillaient, et ils ont rapidement demander la construction de murs. Mais je trouve que l’idée est très chouette, et pour une fois qu’un architecte a une vision claire et un idéal qui s’exprime à travers ce qu’il imagine, je trouve que ça mérite d’être souligné. 🙂

Préparatifs et réservations en vue de notre voyage à Chicago.

Les préparatifs pour mon voyage à Chicago ont démarré l’avant-veille. (Comme j’avais déjà eu l’occasion de vous le dire, on est mal organisé ou on ne l’est pas. :P) Tout d’abord : un peu de géographie. Chicago, c’est là :

Le dimanche 21 août, nous commençons donc à nous intéresser aux prix des billets d’avion. Je repère un vol incroyablement bon marché sur le site flights24.com. Nous en discutons, puis nous décidons à le réserver. Mais là, ô surprise ! En ouvrant à nouveau la page, le vol est devenu plus cher. Nous étudions d’autres dates, d’autres trajets, puis décidons que, même plus cher, le vol d’origine est le mieux. Nous recherchons donc à nouveau ce vol : il a encore augmenté ! Tandis que je commence à râler en disant qu’on aurait mieux fait de réserver dès le début, l’ami avec qui je vais voyager fait une découverte qui me fait me sentir bien bête de m’être énervée. Ce site est en fait une belle arnaque ! Des dizaines de voyageurs ont apparemment payé en ligne mais n’ont jamais reçu leurs billets, le numéro de téléphone est bidon et personne ne répond… Bref, un site à éviter à tout prix ! 

Sur un second site internet, nous découvrons la compagnie d’aviation Spirit. Les prix sont attractifs mais, échaudés par notre première expérience, nous vérifions la réputation de la compagnie… Quelle horreur ! Des avions toujours en retard, parfois jusqu’à 5h, 7h, 10h, sans explications, sans compensation, des sièges aussi inconfortables que des sièges en bois, un avion qui sert de dépotoir : sol jamais lavé, papiers, chewing-gums par terre, et même pas de boisson pour un vol intérieur aussi long : tout est en supplément.

Sans compter une découverte de taille : alors que nous cliquons une seconde fois pour vérifier les tarifs, nous constatons qu’ils ont augmenté ! Sauf que cette fois, ce sont les taxes qui ont augmenté, tout à coup, en quelques minutes, entre 22h et 22h10 un dimanche soir d’août. Ils nous prennent pour des truffes ?

Sur cette photo, on peut s’apercevoir qu’à droite,  la taxe liée à l’aéroport est de $13.50, la taxe liée au trajet est de $11.10, et la taxe liée au 11 septembre est de $7.56.

Et à gauche, même site internet, mêmes aéroport, même trajet : la taxe liée à l’aéroport est de $18, la taxe liée au trajet est de $14.80, et la taxe liée au 11 septembre est de $11.

C’est donc du vite vu Spirit: OUBLIE ! C’est donc un vol United Airways que nous réservons, ce qui épargnera bien des tourments le dernier jour…

Puis, nous passons par hotwire.com et réservons un hôtel noté 3 étoiles, et découvrons son nom : The Inn Of Chicago.

Les photos sont magnifiques, et nous nous réjouissons d’avoir économisé $60 par nuit pour une chambre si chouette… A l’arrivée, nous allons être bien surpris ! Dans la réalité, mon célèbre dicton se trouve une fois de plus vérifié : « C’est pas cher, mais ça vaut pas plus ! »


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