A quelques pas de là…

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Dans le cadre de la campagne électorale, Marion Maréchal-Le Pen, candidate du Front National pour la région PACA, a eu l’occasion de répéter son désir de supprimer les subventions accordées par la région au Planning Familial. Elle explique ainsi que, malgré une « libéralisation, une facilitation de l’accès aux contraceptifs, les avortements ne baissent pas, parfois même ils augmentent ».[1] Elle ajoute que « de plus en plus de femmes [y ont] recours de façon qui n’est pas rigoureuse ou responsable » (même si l’honnêteté oblige à reconnaître que Mme Maréchal-Le Pen « ne pense pas que ce soit une majorité des cas »).[2]

 

L’ennui, c’est que ces affirmations sont inexactes, contredites par des chiffres issus de rapports officiels que ni Mme Maréchal-Le Pen, ni les journalistes qui l’ont interrogée longuement à ce sujet n’ont lus. Comme d’autres avant elle, elle contribue à brandir l’épouvantail de « l’avortement de confort » qui, disons-le clairement, n’existe pas. « L’avortement de confort » est un mythe, porté par la vision fantasmée de responsables politiques qui, tout en prétendant être au contact du peuple et le défendre, ignorent tout de ses réalités quotidiennes.

 

Le nombre d’avortement a baissé depuis 1976

D’après une étude de l’INED de 2014,[3] le nombre d’IVG par femme a baissé entre 1976 et 1990 (passage de 0,66 à 0,49). Il a légèrement augmenté depuis 1990 et s’est stabilisé depuis pour atteindre 0,53 IVG par femme. Depuis 1976, le nombre de recours à l’IVG a donc effectivement baissé.

 

Depuis 2002, l’INED observe deux réalités contraires derrière ces chiffres. Tout d’abord, la proportion totale de femmes ayant recours à l’IVG a baissé. En parallèle, la probabilité d’avoir recours à l’IVG une nouvelle fois après un premier recours a augmenté. En un mot, l’INED explique que « moins de femmes ont recours à l’IVG, mais plus souvent de façon répétée. »

 

Les femmes ayant recours plusieurs fois à l’IVG prennent des contraceptifs

Tout ceci pourrait donner du grain à moudre à Mme Maréchal-Le Pen, qui ne voit pas pourquoi, alors que « nous avons un accès large à la contraception », ce serait « les impôts des Français » qui devraient payer « systématiquement l’irresponsabilité de certaines femmes de ce point de vue ».[4]

 

En réalité, les IVG ne sont pas demandées par des femmes irresponsables, qui ne se donnent pas la peine d’avoir recours aux contraceptifs malgré leur disponibilité. Ainsi, en 2013, seules 3% des femmes sexuellement actives et exposées au risque de grossesse n’utilisaient aucune contraception.[5]

 

Une étude de la Dress[6] a même montré que les femmes ayant recours à l’IVG pour la seconde fois ou plus déclarent plus souvent que les autres qu’elles ont recours à la contraception. Le recours multiple à l’IVG est donc sans rapport avec la prise de contraceptifs. En revanche, une étude de 2013[7] estime que ces femmes n’ont vraisemblablement pas bénéficié de conseils les incitant à changer de contraception, alors que, par définition, le contraceptif qu’elles prenaient au moment de la première IVG a échoué.

 

Les femmes ayant recours plus de deux fois à l’IVG restent minoritaires

A entendre Mme Maréchal-Le Pen ou même à lire trop vite le rapport de l’INED, on pourrait avoir l’impression que le nombre de recours multiples à l’IVG a explosé. C’est faux.

 

La grande majorité des femmes ayant recours à l’IVG ne le font qu’une seule fois (63%). En fait, 90% des femmes ont recours une ou deux fois à l’avortement dans toute leur vie. Seules 10% des femmes concernées ont recours à l’IVG plus de deux fois.

 

Qui sont les femmes qui avortent ?

D’après le même rapport de l’INED, près de la moitié des femmes qui avortent n’ont pas d’activité professionnelle (48%). A y regarder de plus près, une femme sur cinq est étudiante ou élève. De plus, 52% d’entre elles vivent seules. Il n’est pas difficile d’imaginer que ce qui motive le recours à l’IVG n’est toujours pas « l’irresponsabilité », mais le fait qu’elles accordent de l’importance au fait d’être en couple ou d’avoir un emploi et un revenu stable pour accueillir un enfant.

 

Dans le même temps, la majorité d’entre elles a déjà au moins un enfant (57%). Une nouvelle fois, loin d’être la jeune femme irresponsable que Mme Maréchal-Le Pen s’efforce de dépeindre, celle qui avorte est, le plus souvent, déjà mère et consciente de ce qu’implique l’arrivée d’un enfant. Elle estime donc en toute connaissance de cause ne pas pouvoir accueillir un nouvel enfant au sein de son foyer.

 

L’impact de lois « libéralisant l’accès à l’avortement »

Mme Maréchal-Le Pen fustige en particulier la très récente « loi santé » qui supprime le « délai de réflexion » qui était imposé aux femmes consultant pour obtenir un IVG. Ce délai était de sept jours.[8] S’il est trop tôt pour tirer des conclusions de l’application de cette suppression, il est utile de noter que l’allongement du délai pendant lequel il est possible d’avoir recours à une IVG (passé de dix à douze semaines en 2001) n’a pas eu d’impact sur le moment auquel les femmes y ont recours. En effet, il n’y a pas eu de bond spectaculaire du nombre d’IVG effectuées entre la dixième et la douzième semaine de grossesse : d’après l’INED, c’est le plus souvent autour de six semaines que l’IVG intervient.

 

Et l’éducation ?

Il est important de noter que de nombreuses études soulignent l’importance de l’accès à l’information au sujet de la contraception et de la sexualité. A titre d’exemple, les adolescents et d’adolescentes n’ayant reçu aucune information de la part de leurs parents sont deux fois plus nombreux et nombreuses à n’utiliser aucun contraceptif lors de leur premier rapport sexuel. De même, le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français estime que « les jeunes filles surestiment largement certains risques [liés à la prise de contraceptifs], en particulier les risques de stérilité ultérieure ou de cancer […]. » Le CNGOF indique par ailleurs que des « connaissances erronées et imprécises » accroissent « le risque de grossesse non désirée, en particulier par l’utilisation de moyens peu efficaces de contraception ». [9]

 

Or, le Planning Familial est une association qui prend aussi en charge l’information des adolescents, des adolescentes, et des adultes. En intervenant dans les écoles, en conseillant et en orientant celles et ceux qui se présentent, cette structure effectue une mission de santé publique qui est indispensable. Il en va de même des centres pratiquant l’IVG, qui, de l’avis même du Sénat, ne se contentent pas de prendre en charge des IVG mais offrent aussi « aux femmes un service d’écoute, d’information et de prévention ».[10]

 

Loin de devoir supprimer les subventions qui sont allouées à des organismes comme ceux-ci, les pouvoirs publics devraient plutôt se préoccuper de réduire les inégalités territoriales. Le Sénat pointe ainsi du doigt « l’existence de « goulots d’étranglement » dans certaines zones de forte demande, notamment les grandes villes » et des « difficultés toujours plus grandes d’accès aux consultations ». Le fait que cent trente centres IVG aient fermé depuis 2001 (soit près d’un centre sur cinq) n’a vraisemblablement rien fait pour réduire ces inégalités territoriales.[11]

 

L’accès à ces espaces et le maintien de Plannings Familiaux nombreux et de qualité est crucial pour que le « droit des femmes à disposer de leur corps » ne soit pas juste une déclaration de principes. Pour un Etat qui se targue régulièrement de représenter « le pays des Droits de l’Homme », faire de cette déclaration une réalité est un minimum.

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[1] https://www.youtube.com/watch?v=BHOvQQf8C20

[2] https://www.youtube.com/watch?v=qjCcAXc4kkY

[3] http://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/175/population_fr_2014_3_france_pdf.fr.fr.pdf

[4] https://www.youtube.com/watch?v=qjCcAXc4kkY

[5] Bajos N., Rouzaud-Cornabas M., Panjo H., Bohet A., Moreau C. et l’équipe Fécond, 2014, « La crise de la pilule en France : vers un nouveau modèle contraceptif ? », Population et sociétés, n° 511.

[6] Collet M., Herbert J.-B., Vilain A., 2012, « Méthodologie de l’enquête sur les femmes

ayant eu recours à une interruption volontaire de grossesse en 2007 », Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, Document de travail n°30.

[7] Bajos N., Prioux F., Moreau C., 2013, « L’augmentation du recours répété à l’IVG

en France : des enjeux contraceptifs au report de l’âge à la maternité », Revue d’épidémiologie et de santé publique, n°61, vol. 4.

[8] http://www.lemonde.fr/sante/article/2015/04/09/ivg-l-assemblee-vote-la-suppression-du-delai-de-reflexion-de-sept-jours_4612101_1651302.html

[9] http://www.cngof.asso.fr/d_cohen/coB_13.htm#haut

[10] http://www.senat.fr/questions/base/2011/qSEQ110317791.html

[11] http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_ivg_volet2_v10.pdf

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Je [coeur] Jessica Chastain (l’actrice aux cheveux blond vénitien, qui jouait dans Zero Dark Thirty). Elle est l’une des seules à donner de la voix au sujet de la représentation des femmes dans la surpuissante industrie du film hollywoodienne. Soyons clair(e)s : je ne blâme pas ses camarades acteurs et actrices. Vraisemblablement, ils et elles acceptent passivement le statu quo de peur que leurs prises de position ne les fassent inscrire sur une sorte de « liste noire » des comédien(ne)s à ne pas embaucher. Il faut bien travailler, et je ne suis pas la dernière à fermer ma gueule quand un(e) supérieur(e) hiérarchique fait une remarque sexiste. En fait, ma virulence est inversement proportionnelle à la capacité de me nuire la personne en face de moi.

Mais Jessica Chastain, elle, dit clairement ce qu’elle pense :

Il est où, le film de super-héros avec Scarlett Johansson ? Je ne comprends pas, pourquoi cela

prend-il tant de temps ? Cette femme montre clairement que les gens veulent la voir à l’écran. Le film Lucy n’a-t-il pas battu Hercule au box office, et de loin, lors du premier week-end après sa sortie, alors qu’il avait coûté moins cher ? Elle montre qu’elle est top, c’est une actrice géniale.  Under the skin est un film incroyable, pourquoi attend-on encore le feu vert pour un film de super-héros avec Scarlett Johansson ? Pour moi, ça n’a aucun sens ! Tu veux gagner de l’argent, mets Scarlett Johansson dans un film de super-héros !

Une brève recherche confirme ces propos : lors du premier week-end après sa sortie (les films sortent le vendredi aux Etats-Unis), le film Lucy a rapporté $1,075 par dollar investi. Le film Hercule, dans le même temps, rapportait $0,3 pour chaque dollar investi. En d’autres termes, Hercule était 3,6 fois moins rentable que Lucy.

Dans la suite de l’interview, Jessica Chastain évoque le problème de façon plus globale :

C’est un fait, la majorité des films à Hollywood adoptent un point de vue masculin. Et les personnages féminins ont très rarement l’occasion de parler à un autre personnage féminin dans un film, et quand c’est effectivement le cas, la conversation tourne autour d’un mec, rien d’autre. Donc ils sont très mâle-centrique, les films à Hollywood, d’une façon générale.

Consciemment ou non, Jessica Chastain applique ici l’un des critères du test Bechdel. Alison Bechdel, dessinatrice américaine, a parlé pour la première fois de ce test dans sa BD « Dykes to Watch Out For » (en français : Lesbiennes à suivre, 1985). A travers la vie de personnage féminins aux caractères, aux origines et aux parcours de vie différents, Bechdel aborde des sujets importants pour les lesbiennes, rarement (jamais ?) abordés dans des BD ordinaires : amour, homoparentalité, coming-out, droits et discriminations… L’une des pages de cette bande dessiné propose donc un test, destiné à vérifier le degré de focalisation d’un film (ou de toute production de fiction) aux personnages masculins. Ce test comporte trois questions :

– Y a-t-il au moins deux personnages féminins ayant un nom ?

– Les personnages féminins se parlent-ils ?

– Leur discussion porte-t-elle sur autre chose qu’un homme ?

Malgré leur simplicité, la très grande majorité des œuvres de fiction grand public ne réussit pas à répondre « oui » à ces trois questions. Le mouvement féministe a popularisé ce test, à tel point que certaines salles de cinéma suédoises l’utilisent à présent pour attribuer une note aux films qu’elles projettent. L’industrie cinématographique hollywoodienne est visiblement très loin d’une telle prise de conscience.

Espérons que la voix de Jessica Chastain se joigne à celle de Michelle Rodriguez, et que les chiffres finissent par convaincre les responsables de produire les films que les spectateurs et spectatrices attendent.

J’ai comme le pressentiment que, cette année encore, notre jolie journée internationale des DROITS DES femmes va être transformée en une immonde journée de la fâme : shopping, rouge à lèvres et talons hauts. 

A l’occasion de cette journée du 8 mars, Libération publie un dossier qui, officiellement, récapitule les différentes positions féministes sur de grands thèmes de société : GPA, PMA, port du voile… Bon, en vrai, le journalisme étant ce qu’il est, le titre est beaucoup plus racoleur : « Peut-on être féministe et défendre le voile, le porno ou la garde alternée ? » On est loin de l’article de fond sur des sujets polémiques… A quand un Libé « Putes, jihad et hommes battus, les féministes au cœur de la tourmente » ?

Bref ! Je m’égare. Donc Libé propose un diagramme fort bien fait que je m’empresse de vous soumettre :

 

La cause, la cause, mais seulement quand ça rapporte.

Une remarque, d’abord. Les lecteurs attentifs et les lectrices attentives auront sans doute remarqué que les positions de Najat

Vallaud-Belkacem et de l’association Osez Le Féminisme coïncident exactement. C’est parfaitement normal. En effet, Caroline de Haas, présidente de cette association, est devenue conseillère de la Ministre des Droits des Femmes au moment de sa nomination… avant de démissionner pour fonder un cabinet de consulting privé « Egaé Conseil, d’égal à égale » qui facture maintenant ses services à l’Etat et, par son biais, aux entreprises « volontaires ». La cause, la cause, mais seulement quand ça rapporte.

 

Pour en revenir à l’article de Libération, il est malheureux que les trois journalistes qui l’ont signé ne partent pas de ce diagramme pour confronter les idées des différents courants en présence. A la place, nous avons le droit à un gloubi-boulga de tout ce qui fait vendre : le voile, la garde alternée, le porno. Mais que voulez-vous, le professionnalisme, ça ne paie pas les factures !

 

Commençons par le voile.

Sans rien expliquer de plus, les journalistes citent la sociologue Nacira Guénif-Souilamas : 

« L’émergence d’un féminisme minoritaire, multiculturel et multiconfessionnel a été vécue contre une

sorte de contresens féministe. Etre féministe et voilée serait un oxymore. »

Et voilà. Je parie que vous comprenez mieux quel est le problème maintenant. Heureusement que Libé est là. La sociologue ajoute : « Il est évident qu’au nom de l’antisexisme, on a nourri une forme de racisme ». Tellement évident qu’on ne va pas prendre la peine de vous l’expliquer, tiens.

 

 

C’est bien beau d’affirmer ce genre de choses de façon péremptoire. Mais pourquoi faire le lien entre antisexisme et racisme ? La réponse est loin d’être évidente. Ce qui frappe d’abord, c’est cet amalgame entre Islam et sexisme, comme s’il n’y avait que les musulmans qui ne respectaient pas les femmes, et comme si, sans cette satanée religion, nous vivrions tou(te)s ensemble dans une société merveilleuse d’harmonie et exempte de toute discrimination. Le fait est que nous n’avons pas attendu les musulmans pour vivre dans un monde sexiste, que la religion catholique n’est pas exactement connue pour son combat féministe, et que les 18% d’écart de salaire et les 75 000 viols ou agressions sexuelles annuels, pour ne citer qu’eux, ne peuvent pas être tous mis sur le dos des musulmans. On est de mauvaise foi, au sommet de l’État, mais quand même pas à ce point.


Alors, est-ce que le voile, c’est mal ? Moi, je n’en sais rien. Je ne porte pas le voile, je ne connais personne qui porte le voile.

Mais je suis gênée aux entournures quand j’entends que le voile est un symbole d’oppression. En effet, si une personne qui porte le voile ne le vit pas comme une oppression, je vois mal en quoi moi, toi, nous, non-musulman(e)s non-porteurs ou porteuses de voile, serions en position de juger, dans l’absolu, de ce qui est oppressif ou non. « Non, mon voile est un symbole de liberté. » « Mais si, tu es oppressée, puisque j’te l’dis. »

 

La garde alternée, maintenant.

Le paragraphe de Libé consacré à cette question est un modèle de désinformation. Loin d’être un « gros caillou dans la chaussure » de féministes qui seraient gênées par le « retour de revendication des pères qui réclament des droits », cette affaire est extrêmement simple, et les féministes sont (qui a dit « pour une fois » ? 😉 ) relativement d’accord sur cette question.

En effet, la seule information pertinente de l’article est la suivante : « dans 80% des cas, c’est le couple, dont le père, qui a décidé d’un commun accord de fixer la résidence principale de l’enfant chez la mère. » Elle est là, la réalité des chiffres. Dans 80% des cas, les couples considèrent qu’il revient à la mère de s’occuper de l’enfant les 2/3 du temps, et que la place du père ne doit pas occuper plus d’1/3 du temps : un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires. Alors, que des pères en colère montent sur des grues pour réclamer la garde alternée, c’est au mieux quelque chose de risible, au pire quelque chose d’outrageant.

 

Ce que Libé se garde bien de dire, comme d’ailleurs la plupart des médias qui ont couvert ces affaires de grues, ce sont les

raisons pour lesquels ces pères médiatisés n’avaient plus le droit de voir leurs enfants. Dans le cas de Serge Charnay, monté sur une grue à Nantes, il convient de rappeler qu’il a été condamné deux fois pour « soustraction d’enfant ». Concrètement, il a enlevé son enfant et s’est enfui avec. Il l’a gardé quinze jours la première fois. La seconde fois, il a brutalisé le grand-père de l’enfant pour s’emparer de ce dernier. Il ne l’a « rendu »que deux mois et demi plus tard, après une intervention des gendarmes qui avaient fini par le localiser.

Quant à Nicolas Moreno, le père monté sur une grue en Ardèche, il était à l’époque mis en examen pour agression sexuelle sur sa fille, et placé sous contrôle judiciaire. Alors qu’on ne vienne pas me parler de justice injuste ou autre baliverne dans le cas de ces pères.

 

La vraie question, et la seule que Libé ne pose pas, c’est pourquoi la majorité des couples qui se séparent considèrent qu’il revient à la mère d’élever les enfants. La réponse est à chercher du côté de notre conditionnement, de notre environnement social. Nous vivons dans une société qui considère que les petites filles naissent avec un gène du rose, et que les petits garçons naissent avec un gène du bleu. Du berceau à la tombe, les premières sont conditionnées pour penser que la famille, le foyer sont leur domaine : poupées en plastique, kits pour faire le ménage, dînettes pour faire à manger… Pendant ce temps, nos garçons se voient offrir des voitures en plastique, des kits pour bricoler, des costumes de héros… Un garçon ne pleure pas, n’est pas sensible (« mon fils, c’est pas un pédé »), et n’a pas à s’investir outre mesure auprès de ses enfants. Mais dire ça, c’est parler des études de genre, qui étudient précisément ces différences sociales. Et c’est faire fuir un lectorat affolé par la « théorie du djendeur », parce qu’il est borné n’a rien compris on lui a mal expliqué. Le djendeur, c’est pas bon pour les ventes. Alors que le porno, ça ça vous dope les chiffres.

 

Le porno, donc.

Alors que le diagramme parle de prostitution, l’article s’intéresse au porno, sans que jamais le lien entre les deux ne soit fait clairement. Le problème, comme j’ai eu l’occasion de l’écrire, c’est qu’il est difficile de soutenir qu’avoir des rapports sexuels pour gagner sa vie en tant que prostituée est illégal, tout en affirmant dans le même temps qu’avoir des rapports sexuels pour gagner sa vie en tant qu’actrice de X est légal.

Saluons également la capacité des journalistes de Libé à ridiculiser les positions féministes en les simplifiant à outrance :

« Il faut faire attention à ne pas le montrer aux enfants, cela fausse leur vision de la sexualité, mais si on

est adulte on peut en regarder, en même temps, ce n’est pas très bien, c’est un instrument de la domination masculine »

Une récompense aussi pour l’absence totale d’explication autour du Large Labia Project. Contrairement à ce que les journalistes écrivent, il ne s’agit pas de prendre en photo son vagin. N’importe quel idiot(e) ayant un minimum de connaissances anatomiques se rend en effet rapidement compte qu’à moins d’insérer l’appareil photo à l’intérieur du sexe, il est difficile de prendre en photo son vagin.

Il s’agit de prendre en photo sa vulve, c’est-à-dire ce qui se voit de l’extérieur. « Mais quelle drôle d’idée ! » (Je vous ai entendu !) Pas tant que ça. Les amateurs et amatrices de porno (on ne juge pas !) savent que la majorité des actrices présentent des organes sexuels « plats ». Ainsi, quand elles existent, leurs lèvres intimes sont parfaitement symétriques et ne « dépassent » pas de leur entre-cuisses. Pire, dans de nombreux cas, les actrices n’ont pas du tout de grandes lèvres et leur sexe a l’apparence d’un trou béant. D’ailleurs, le secteur de la labiaplastie, la chirurgie esthétique visant à modifier l’apparence des lèvres intimes, explose. C’est pour lutter contre cette idée selon laquelle le sexe féminin devrait être uniforme que le Large Labia Project propose aux femmes de photographier leur sexe. Ce projet vise à montrer que l’industrie pornographique est loin de refléter la réalité.

 

Conclusion ?

La conclusion de Libé, c’est qu’en éveillant son « cul cosmique », une femme a la possibilité de « changer le monde ». Je n’invente rien, c’est dans l’article !

Plus sérieusement, il est dommage que le 8 mars ne soit pas l’occasion de s’emparer des vrais problèmes ayant trait à l’égalité femmes-hommes et aux rapports entre hommes et femmes. Mais évidemment, expliquer que la fâme ne se réduit pas au shopping, au rouge à lèvres et aux talons hauts, c’est moins vendeur.

 

source : jewanda-magazine

source : jewanda-magazine

Etant allée me fendre la poire à l’interview d’Aldo Naouri par Valérie Toranian, grande prêtresse de chez ELLE (je vous prépare d’ailleurs un article là-dessus. Ca va s’intituler : « Regardez-moi comment que j’suis modeste, Aldo Naouri par lui-même. »), ayant assisté à la conf’, donc, j’ai eu la grande joie de me voir remettre gratuitement un exemplaire du magazine ELLE de ce mois de septembre 2013.

 

Vous en rêviez, je l’ai fait. Hop, hop, hop, je vous le débrif’ pour pas cher.

 

ELLE regarde la pub

 

Elle septembre 2013 viagra féminin révolution sexuelle sexismePremier constat, sur 191 pages (première et quatrième de couverture incluses), j’ai pu dénombrer 86 pages de pubs « pures », soit un bon 45% du papier glacé qui n’est consacré qu’à nous refourguer des trucs.

 

Suivent ensuite 21 pages de pubs « déguisées », qui, sous prétexte de nous expliquer avec gentillesse « Comment se faire des ongles en amande » (p. 160), en profite sournoisement pour nous conseiller d’acheter la Luna Lime de chez Agnès B., 17,90€ la lime à ongles. En période de crise, 18 boules dans une lime. Normal, ça choque personne.

 

On continue le décompte, et on se coltine ensuite 28 pages de « photoshoots », c’est-à-dire de filles dans des positions bizarres, avec des vêtements bizarres ; pages qui ont comme unique but de nous faire acheter les dits fringues. Au hasard, on a cette photo :

 mannequin elle pull oversize jupe ridicule sexisme

 

Parce que c’est vrai que c’est tellement tendance de se tenir voûtée avec un pull trop grand pour soi et les cheveux dans le col. Et que, si on regarde sa position, au pauvre porte-manteau humain de cette photo, elle est quand même sur la pointe des pieds, avec le dos rond et une main entre les cuisses. Ordinaire. Moi aussi quand j’attends le bus, j’fais ça.

 

L’un dans l’autre, on arrive à un bon 70% de publicités dans les pages de ELLE, ce qui fait que sur 2,20€ (prix de vente du magazine), nous faisons à chaque fois un don de 1,55€ à Chanel, Dior, Séphora & Co. Etant donné que ces marques sont vraiment en difficulté en ce moment, c’est vrai que c’est un beau geste.

 

ELLE a l’esprit obtus

 

source : slate

source : slate

Quid du contenu, alors ? Eh bien ça commence déjà très très bien en p. 11, puisque l’auteure de l’édito nous explique que, alors qu’elle rédige sa chronique, sa fille se sert de la machine à coudre familiale pendant que son fils de 13 ans regarde les photos à poil de Léa Seydoux dans LUI. Normal, on vous a dit. On est en 2013 et ça ne choque TOUJOURS PERSONNE.

 

Plus loin, p. 26, un mini-riquiqui-toutpetit encart sur « Pauvreté, Les femmes d’abord », qui, en douze lignes chrono, voudrait nous faire un topo de la situation de précarité dans laquelle se trouvent certaines femmes. Et, comme d’habitude chez ELLE, on termine par des propos tout à fait acceptables : « Nous espérons beaucoup, dit Malika Tabti, secrétaire nationale du Secours Populaire, du projet de loi qui devrait amener les Caisses d’Allocations Familiales à se substituer aux pères qui ne paient pas leur pension alimentaire. » Oui, ben bien sûr, quoi de plus cohérent. Lorsqu’un homme met au monde un enfant, puis décide de ne plus vivre avec la mère de cet enfant, il est parfaitement normal et juste qu’il n’ait pas à l’assumer (après tout, à quoi servirait la mère, sinon ?) et que l’ensemble de la collectivité paye pour se substituer à lui.

 

source : streetluxe

source : streetluxe

On continue, p. 34, pages « polémique ». Et là, on s’attend à du lourd, m’voyez. On n’est pas dans Biba, on fait du journalimsme, nous, M’sieurs-Dames. Et la polémique de la semaine, version ELLE, je vous le donne en mille : « Pour ou contre la coupe mulet ? » Ahhhh voilààà. Ca, c’est le débat qu’on attendait ! Et dans la colonne, « pour », on peut lire : « L’idée reçue qu’une fille doit avoir les cheveux longs, elles s’en fichent comme de leur première paire de bas résille. » Eh oui. Rebelles, mais pas trop. Elles ont le droit de couper leurs cheveux comme elles veulent (ça donne du travail aux coiffeurs/euses), mais en revanche, qu’elles n’aillent pas s’imaginer qu’on peut survivre sans bas résille. Ouuuh làlà, non !

 

On passe, on passe, mais on s’arrête quand même sur la chronique du délicieux Nicolas Bedos (qui, pour rappel, avait quand même traité de « pute » et de « salope » une spectatrice du public d’une émission de télévision qui avait osé lui dire qu’elle n’avait pas aimé son livre). Et on lit : « Mon premier choc fut de m’apercevoir que les copines de ma sœur […] avaient toutes un bébé dans les bras ! […] Du coup, je m’oblige à considérer ces nourrissons deuxième génération sous un angle philosophiquement libidineux, envisageant déjà les sublimes paires de loches qui pousseront, plus vite qu’on ne le croit, sur ces torses de naines. » Donc là, on bien est d’accord, Nicolas Bedos fantasme sur des nourrissons. Et toujours personne pour bouger une oreille.

 

source : mikamandine

source : mikamandine

Aucun rapport avec ce que je viens de dire sur N. Bedos, hein, mais alors aucun, mais je suis prise d’une envie subite, là, tout de suite maintenant. Je vous caserais bien la définition de l’apologie de la pédophilie, tiens. Juste pour rigoler un coup, puisqu’il est évident que Bedos fait du second degré :

Le terme d’apologie de la pédophilie recouvre l’ensemble des actions, écrits et prises de position ayant visé à faire accepter socialement la pédophilie ou simplement à en faire l’éloge.

Voilà, ça, c’est dit.

 

Viagra féminin, une révolution sexuelle ?

 

Et enfin, le clou du numéro, le reportage sur le « viagra féminin », en test dans un certain nombre de laboratoires américains. Ami(e)s des clichés, bonsoir, laissez-moi vous présenter « D.G. », auteur(e) de l’article et maître(sse?) en la matière.

 

« Il faut d’abord saluer l’exploit technique car le désir féminin, bien plus complexe que le désir masculin, met en jeu de multiples

source : cergyrama

source : cergyrama

hormones. » Eh oui. La femme, ce jardin sauvage au désir complexe, alors que l’homme, ce benêt, se contente de ruer dans les brancards sans pouvoir se retenir. Mention spéciale à l’amalgame : le viagra masculin n’a rien à voir avec le désir masculin. Il se contente de rendre la chose « techniquement » possible. Nulle doute qu’une pilule miracle pour donner envie aux hommes serait tout aussi compliquée à élaborer. Mais encore une fois, personne ne s’en soucie, puisque les hommes ont systématiquement envie, et qu’il n’y a que la mécanique qui coince. Les femmes, c’est différent. Elles viennent de Vénus, après tout.

 

« Longtemps, on a cru à une nature féminine monogame par essence », jusque dans les colonnes de ELLE de ce même numéro, où N. Bedos (toujours lui) foudroie en quelques lignes la maman de la petite fille sus-citée, qui a eu le mauvais goût d’avoir plus d’aventures que lui à la même époque : « Qui eût cru […] qu’elle deviendrait, au sortir d’un bac L (voilà, ça c’est bien. Une fille, ça lit des livres et ça reste calme.) la plus grosse nympho de Paris, cumulant les liaisons de trois minutes […] ? […] C’est à la débauche que tu dois ta naissance (il parle à l’enfant) – étant entendu que si, l’été dernier, ta mère s’est lavée l’âme sous le jet spermatique de ton père, c’est pour faire oublier son penchant pour la gnôle et les bites médiatiques. » Et voilà. C’est ça, un homme, un vrai. C’est vulgaire et ça rabaisse les femmes qui en font autant.

 

On continue l’article « viagra ». « Et qu’en pensent les hommes ? Dans les cabinets des sexologues, ils sont de plus en plus

source : gentside

source : gentside

nombreux à craindre de ne pas contenter leurs compagnes. » Tu m’étonnes. Avec la pression qu’ils subissent tous les jours, cette obligation d’action, de résultats, de performances, y compris sexuelles, on serait angoissé à moins. C’est pour ça que je ne conçois pas le féminisme comme une libération uniquement féminine. Il s’agit aussi de vivre dans une société dans laquelle les hommes ne ressentiraient plus cette pression sociale qui les oblige à donner, à produire, à réussir, et toujours plus, et toujours mieux, sous peine de se voir socialement dévalorisés.

 

« Aussi fou que cela puisse paraître (pour qui, on ne sait pas. Pour les lecteurs/trices de ELLE désinformé(e)s tous les mois, sans doute), les hommes peuvent éjaculer sans jouir. […] » Et plus loin : « Les doutes ou la peur d’un jugement peuvent entraîner des troubles érectiles immédiats et profonds. » Ah ben ça alors ? Les hommes ne seraient pas des machines à sexe ? On nous aurait donc menti ?

 

Mais attention, le progressisme de ELLE s’arrête là. Parce qu’en fait, si les hommes se sentent moins bien dans leur peau et donc au lit, ça s’rait la faute de ces vilaines femmes castratrices qui refusent de rester à la maison élever sagement des enfants : « Alors que les femmes s’affirment, les hommes deviennent moins solides. […] Ce qui a un impact sur la sexualité des hommes. […] La fonction masculine étant de combler, dans tous les sens du terme, les voilà terriblement démunis lorsque ce n’est plus systématiquement le cas. Surtout face à des femmes toujours plus indépendantes et affirmées […]. »

 

source : aufeminin

source : aufeminin

Et voilà. Donc si, mesdames, vous vous mettiez en tête de prendre le viagra féminin, gardez bien en mémoire que vous ne le faites pas pour avoir, vous, une sexualité épanouie. Que nenni ! Il s’agit uniquement pour vous de rassurer l’ego de votre homme, qui se sent mal à l’aise (mais si, messieurs, puisqu’on vous le dit. Vous êtes mal à l’aise.) depuis 15 ans (‘achement précis les reportages dans ELLE. Il y a tout pile quinze ans PAF !! les hommes ont commencé à se sentir mal à l’aise, dites donc), c’est-à-dire depuis le « chancellement de la domination masculine ».

 

Bien-bien… 191 pages de ELLE plus tard, il ne me reste plus qu’à attendre que les ventes de ce magazine pourri chancellent elles aussi…

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Les jours passent et les publicités se ressemblent… La créativité des responsables com’/marketing des grands groupes (et des plus petits aussi, d’ailleurs) en terme de sexisme semble illimitée :

SMEREP publicité sexiste

« On a tous une bonne raison de choisir la SMEREP, » clame la publicité, vantant ainsi les mérites de ce centre de remboursement qui fait office de sécurité sociale étudiante. En guise de bonne raison, on aurait pu nous parler de la compétence du personnel, de la rapidité des remboursements, de la couleur des papiers peints des agences, ou de la qualité de la musique d’attente quand on appelle le 0 800…

Mais là, non. Quelque part à la Défense, on a quinze mecs et une poignée de nanas, l’équipe en charge de cette campagne de pub, qui se sont dit que ça serait « rigolo », qu’on jouerait sur le côté « décalé » en faisant poser un jeune Noir en jogging type « banlieusard », en lui demandant de faire un regard lubrique, et en lui faisant dire : « Moi, c’est pour la meuf, mec ! » La « meuf » de l’accueil, on suppose ? Ou la « meuf » qui répond au téléphone peut-être ?

Le côté carrément sexiste et borderline raciste du truc ne leur a pas du tout sauté aux yeux, apparemment.

Non, non, mais allons-y carrément. Ressortons les publicités de nos fonds de tiroir. Au temps béni où ces hystériques de féministes ne voyaient pas le mal partout, et où on pouvait faire son métier sans être emmerdé.

Seb vieille publicité sexiste cocotte

D’après : notachocolatecake

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Franchement, depuis le temps qu’on se tape ces sales pubs sexistes, il n’est venu à l’idée de personne que ça serait carrément plus original de faire une pub qui sorte des clichés ? J’m’en vais vous révolutionner le monde de la com’, moi, z’allez voir. 😉

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Du nouveau sur la planète Mode-Beauté-Sexo-Complexes-A-Gogo : un magazine féminin a fait son apparition dans nos kiosques. J’ai nommé : SHAPE. Sa couverture de mai 2013 est une pure merveille d’absurdité, de manipulation et de bêtise, et je n’ai pas pu résister à la partager avec vous.

Magazine Shape Mai 2013

A ma gauche, la couverture de Shape de mai 2013 [prière d’insérer en son centre le cliché photoshoppé d’un corps de femme destiné à vous filer des complexes].

En haut, à gauche : « Objectif été, mince & sexy ». Comprendre : Objectif complexe, comment vous faire comprendre que non, la beauté n’est pas subjective, et non, il n’y a pas plusieurs types de beauté et non, l’important ce n’est pas d’être bien dans sa peau, et non, la conversation, l’humour, la franchise, la gentillesse ne sont pas tout aussi importants que l’apparence.

En-dessous : « 6 astuces pour des régimes efficaces ». Comprendre : Six façons différentes de se mettre la pression, de se priver, six conseils absurdes qui ne fonctionnent pas et/ou sont impossibles à tenir, six moyens différents pour un même but : devenir très vite malheureuse et mécontente de soi-même.

En bas à droite : « 10 crèmes amincissantes à essayer tout de suite. » Comprendre : Z’avez une chance infinie : il y a une solution aux complexes que nous venons de créer. Laydizz, le bonheur s’achète. Filez-nous 40 boules et z’allez voir c’que vous z’allez voir.

Quand tout à coup, en bas à gauche, MIRACLE. « Halte aux complexes ! Comprenez-les et… débarrassez-vous en ! »

Incroyable ! Mais quelle hypocrisie !!  La phrase de Coluche me revient en tête : « Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît. » J’espère que les lectrices de ce magazine glorieux vont se dépêcher de suivre les conseils qu’on leur donne. Identifiez les complexes (indice pour vous qui êtes chez vous : la source de vos complexes se trouve quelque part dans cet article) et… DEBARRASSEZ-VOUS EN !!

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 Cette semaine dans la série « Mais dans quel monde vit-on ? », une lectrice attentive m’a signalé une vidéo youtube particulièrement… intéressante. Après Aldo Naouri, « Violez-là », voici Sébastien Cauet « Force-toi ». Qu’est-ce qu’on attend pour le mettre à la retraite, lui ? Et surtout, QUI s’est dit que ça serait une bonne idée de mettre ce personnage vulgaire, et qui a une image de la femme si dégradante, à la tête du talk-show du soir le plus écouté ?

Cauet explique qu’il a changé depuis la « Méthode Cauet ». Effectivement. Il est moins ouvertement scandaleux. Maintenant, il distille des conseils sournois à de jeunes femmes qui viennent demander des conseils. Voyez plutôt.

La vidéo, les commentaires

Cauet sur NRJSur cette vidéo, on voit Cauet, animateur le soir sur NRJ, expliquer à une jeune femme en couple depuis 2 ans et installée avec son copain depuis 6 mois, que c’est normal que le dit-copain la trompe, puisqu’ils n’ont jamais eu de rapport sexuel en 2 ans de relation. Et toute l’équipe de convaincre cette pauvre fille que le fait d’avoir eu une très mauvaise expérience pour sa « première fois » n’est pas une excuse, qu’il serait de bon ton qu’elle se force, parce que sinon, c’est normal, il a des besoins, et il va aller voir ailleurs. « Pensez-y, toutes les filles qui font rien ! » lance le vieux Cauet en guise d’avertissement.

 Et tous les commentaires à cette vidéo d’approuver.

 

Faut-il se forcer ?

Mais dans quel monde vit-on ?? Dans quel monde conseille-t-on aux jeunes femmes de se forcer ?! Si elle a eu une trèsnon mauvaise expérience (il s’agissait peut-être d’abus sexuels, on n’en sait rien !) est-ce que trois heures de coït hebdomadaires, les dents serrées en attendant que ça passe, vont l’aider à surmonter ce blocage ? Est-ce que vraiment on s’attend à ce que le copain soit suffisamment égoïste pour ne pas se rendre compte que cet acte dégoute sa copine ? Est-ce qu’on pense vraiment qu’il va prendre son pied à forcer une pauvre fille à avoir des rapports sexuels dont elle ne veut pas ?

 

envieJe ne suis pas en train de dire qu’une absence totale de relation sexuelle n’est pas un problème, dans un couple. Cela dépend d’abord des gens. Il y a des couples qui, pour des questions religieuses, pensent qu’un rapport sexuel doit avoir lieu dans le cadre du mariage. Il y a des couples qui, pour une raison ou une autre, pensent que le sexe n’est pas primordial. Et il y a des couples, comme sur la vidéo, dont l’un des membres pense que ça l’est. Dans ce cas, forcer ne sert à rien, bon Dieu ! Sauf peut-être à créer un blocage encore plus important chez la fille, qui associera toujours l’acte sexuel à quelque chose de contraint, de déplaisant voire même de douloureux.

 

hugSi le copain aime la fille avec qui il est en couple, c’est SON JOB de lui faire prendre confiance en elle, en lui parlant, en y allant progressivement et doucement, et toujours avec son accord. C’est aussi son job de faire en sorte que la fille ait confiance en lui, et pour ça, je suis désolée, mais la tromper à tour de bras comme c’était le cas dans la vidéo ne va absolument pas aider. Et si le copain n’est pas amoureux de la fille, il la quitte, c’est aussi simple que ça ! Rester avec une fille qui ne veut pas, ou ne peut pas avoir de rapports sexuels, s’installer avec et la tromper à côté, ce n’est PAS une preuve d’amour ! C’est vouloir le beurre et l’argent du beurre. Et, sauf si la copine lui donne son feu vert (ce qui n’était pas le cas dans la vidéo), c’est un manque de respect.

 

Les hommes ont-ils des besoins ?

Ah ! L’argument des besoins des hommes ! Je ne sais pas qui l’a inventé, celui-là, mais il faut le pendre à un crochet de boucherie.

 

L’argument des besoins des hommes est non seulement réducteur, mais il est aussi insultant. D’abord, comme toutes leshomme primate généralités, cette phrase est profondément stupide. Non, LES hommes n’ont pas DES besoins. CERTAINS hommes ont CERTAINS besoins, à la limite, et encore. Mes copains, eux, trouvent que c’est franchement insultant d’entendre que les hommes seraient des primates, incapables de contrôler leur cerveau, qui se laisseraient dominer par n’importe quoi… Les hommes n’ont pas plus de besoins que les femmes : ce sont des êtres rationnels, qui sont capables de réfléchir et de se dire que leur partenaire est une fille formidable, et qu’ils n’ont pas envie de lui faire de mal ni de lui manquer de respect en la trompant avec quelqu’un d’autre. Ils sont aussi capables de se dire qu’ils aiment la femme avec qui ils sont, et que c’est avec elle qu’ils ont envie d’une intimité physique.

chevalier2Pour parenthèse, il y a mille ans, on pensait que faire la guerre faisait partie des « besoins » des hommes. La majorité des hommes que vous et moi fréquentons n’ont jamais fait la guerre et ils ne s’en portent pas plus mal. La vérité, c’est que ce ne sont pas des besoins, comme manger, boire et dormir. Ce sont des envies. Et comme toutes les envies, ça se contrôle : on choisit de se faire plaisir ou pas. Et maintenant, scoop. Les femmes aussi ont des envies. Simplement, parce que c’est moins accepté pour une femme de tromper son mari (la fameuse dialectique de la salope vs. le Don Juan), les femmes ont une tendance à se retenir.

 

Et s’il me quitte ?

Je voudrais bien qu’on sorte de la tête des femmes l’idée que, si elles ne se forcent pas, leur conjoint va finir par aller voir ailleurs, et qu’il aura raison.

Je vous dirais bien que si un homme vous quitte parce que vous n’avez pas les mêmes envies sexuelles que lui, il ne vous méritait pas. Mais cet argument-là, vous l’avez déjà entendu, et il ne vous parle pas beaucoup. Alors soyons pragmatiques.

1/ Si votre homme est conditionné par la pression sociale, il y a de fortes chances qu’il veuille être un « bon coup ». Ca n’est donc pas terrible pour lui si vous ne prenez aucun plaisir.

2/ Si votre homme n’est pas un bourrin fini, il y a de fortes chances pour qu’il ait des sentiments pour vous. Ca n’est donc pas terrible pour lui s’il sait que vous vous forcez à faire quelque chose qui vous dégoute, ou même dont vous n’avez pas envie. Quel homme a envie de passer pour un pervers, un violeur ?

3/ Si vous pensez quand même que votre homme « a des besoins », il y a de fortes chances que ces soi-disant « besoins » (qui n’existent que dans votre tête, mais passons 😉 ) ne soient pas satisfaits par une heure de coït forcé, les muscles contractés, le visage crispé, la tête qui regarde de l’autre côté, à marmonner de vagues « Oh oui » pour lui faire croire que ça va.

EtLeave me alone pour finir, une citation attribuée à Marilyn Monroe :

Si tu ne peux pas me supporter dans mes pires moments, tu ne me mérites pas à tes côtés dans mes meilleurs.

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