A quelques pas de là…

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Je [coeur] Jessica Chastain (l’actrice aux cheveux blond vénitien, qui jouait dans Zero Dark Thirty). Elle est l’une des seules à donner de la voix au sujet de la représentation des femmes dans la surpuissante industrie du film hollywoodienne. Soyons clair(e)s : je ne blâme pas ses camarades acteurs et actrices. Vraisemblablement, ils et elles acceptent passivement le statu quo de peur que leurs prises de position ne les fassent inscrire sur une sorte de « liste noire » des comédien(ne)s à ne pas embaucher. Il faut bien travailler, et je ne suis pas la dernière à fermer ma gueule quand un(e) supérieur(e) hiérarchique fait une remarque sexiste. En fait, ma virulence est inversement proportionnelle à la capacité de me nuire la personne en face de moi.

Mais Jessica Chastain, elle, dit clairement ce qu’elle pense :

Il est où, le film de super-héros avec Scarlett Johansson ? Je ne comprends pas, pourquoi cela

prend-il tant de temps ? Cette femme montre clairement que les gens veulent la voir à l’écran. Le film Lucy n’a-t-il pas battu Hercule au box office, et de loin, lors du premier week-end après sa sortie, alors qu’il avait coûté moins cher ? Elle montre qu’elle est top, c’est une actrice géniale.  Under the skin est un film incroyable, pourquoi attend-on encore le feu vert pour un film de super-héros avec Scarlett Johansson ? Pour moi, ça n’a aucun sens ! Tu veux gagner de l’argent, mets Scarlett Johansson dans un film de super-héros !

Une brève recherche confirme ces propos : lors du premier week-end après sa sortie (les films sortent le vendredi aux Etats-Unis), le film Lucy a rapporté $1,075 par dollar investi. Le film Hercule, dans le même temps, rapportait $0,3 pour chaque dollar investi. En d’autres termes, Hercule était 3,6 fois moins rentable que Lucy.

Dans la suite de l’interview, Jessica Chastain évoque le problème de façon plus globale :

C’est un fait, la majorité des films à Hollywood adoptent un point de vue masculin. Et les personnages féminins ont très rarement l’occasion de parler à un autre personnage féminin dans un film, et quand c’est effectivement le cas, la conversation tourne autour d’un mec, rien d’autre. Donc ils sont très mâle-centrique, les films à Hollywood, d’une façon générale.

Consciemment ou non, Jessica Chastain applique ici l’un des critères du test Bechdel. Alison Bechdel, dessinatrice américaine, a parlé pour la première fois de ce test dans sa BD « Dykes to Watch Out For » (en français : Lesbiennes à suivre, 1985). A travers la vie de personnage féminins aux caractères, aux origines et aux parcours de vie différents, Bechdel aborde des sujets importants pour les lesbiennes, rarement (jamais ?) abordés dans des BD ordinaires : amour, homoparentalité, coming-out, droits et discriminations… L’une des pages de cette bande dessiné propose donc un test, destiné à vérifier le degré de focalisation d’un film (ou de toute production de fiction) aux personnages masculins. Ce test comporte trois questions :

– Y a-t-il au moins deux personnages féminins ayant un nom ?

– Les personnages féminins se parlent-ils ?

– Leur discussion porte-t-elle sur autre chose qu’un homme ?

Malgré leur simplicité, la très grande majorité des œuvres de fiction grand public ne réussit pas à répondre « oui » à ces trois questions. Le mouvement féministe a popularisé ce test, à tel point que certaines salles de cinéma suédoises l’utilisent à présent pour attribuer une note aux films qu’elles projettent. L’industrie cinématographique hollywoodienne est visiblement très loin d’une telle prise de conscience.

Espérons que la voix de Jessica Chastain se joigne à celle de Michelle Rodriguez, et que les chiffres finissent par convaincre les responsables de produire les films que les spectateurs et spectatrices attendent.

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