A quelques pas de là…

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Cette semaine, le site internet Jezebel a publié sur son site internet les photos non retouchées du shooting de la chanteuse Mariah Carey (interprète de la chanson « Touch My Body », d’où le jeu de mots. Quel talent.) par le photographe Terry Richardson.

Il m’a semblé intéressant de les republier ici.

Quelques remarques au sujet de ces clichés. D’abord, Mariah Carey a quarante-quatre ans, et elle a accouché de jumeaux en 2011. Aux yeux de n’importe qui, ses photos non retouchées montreraient donc un corps parfaitement normal, à l’exception peut-être de son visage, qui semble avoir subi quelques liftings et autres injections de botox. Mais dans la société malade qui est la nôtre, une femme de quarante-quatre ans ayant accouché de jumeaux doit présenter à la face du monde un corps mince, bronzé et ferme, que la plupart des jeunes femmes d’une vingtaine d’années ne possède même pas.

Le cas de Terry Richardson est également problématique. L’homme qui pose avec elle sur la dernière photo est l’un des photographes les plus puissants de l’industrie de la mode. Il a travaillé pour Yves Saint-Laurent, Jimmy Choo, Miu Miu, Marc Jacobs, Tom Ford, pris des photos publiées dans Vogue, Vanity Fair, Harper’s Bazaar, réalisé les clips de chansons de Beyoncé, Miley Cyrus, Lady Gaga et Taylor Swift ; la liste est longue.

Son « style » a longtemps porté l’étiquette « soft porn », « porno doux », en raison de la proximité de son « art » avec des clichés pornographiques. Cependant, récemment, plusieurs mannequins inconnues du grand public ont pris la parole pour dénoncer un comportement déplacé et des agressions sexuelles pendant les shootings. Charlotte Waters a d’abord publié son histoire anonymement sur un forum, avant, devant l’ampleur prise par les évènements, de décider de révéler son identité et de confirmer son histoire dans les médias.

Il a mis son pouce dans ma bouche, ce que j’ai trouvé bizarre, mais je n’ai pas relevé. Ensuite, il s’est reculé et m’a demandé de me déshabiller. J’étais venue en sachant qu’il y aurait des clichés de nu, donc à ce moment-là, j’étais toujours parfaitement à l’aise. […] Son assistante et lui me faisaient beaucoup de compliments, ce qui était un peu différent de mes autres expériences [de modèle photo]. […] Avec le recul, il est évident que Richardson faisait des efforts pour que la jeune fille de 19 ans que j’étais se sente incroyable, spéciale. Mes vêtements ont fini par être tous enlevés, et il prenait toujours des photos. Ensuite, il s’est approché et m’a demandé de tenir la ceinture de son pantalon, pendant qu’il prenait des photos avec l’appareil dirigé vers le bas. A ce moment-là, les choses ont commencé à aller dans la mauvaise direction, mais j’avais toujours confiance en lui, donc je me suis contentée de faire ce qu’il me disait. Mais ensuite, il m’a demandé de déboutonner son pantalon, il a sorti son pénis, et les choses ont empiré après ça. J’avais l’impression que j’étais déjà allée trop loin et que je ne pouvais plus partir, ce qui semble fou, mais j’avais la mentalité d’une jeune fille de 19 ans. […] J’étais complètement paralysée et terrifiée. […] Une fois son pénis sorti, il a pris des photos en me demandant de le tenir. Ensuite, nous sommes allés sur le canapé, il m’a fait poser dos à lui et je l’ai littéralement senti s’approcher et lécher mes fesses. […] Il me léchait et son assistante s’est approchée et a commencé à prendre des photos. […] Il m’a dit de pratiquer sur lui une fellation. Il a commencé à m’embrasser avec agressivité. […] Il me donnait des ordres : « OK, presse mes couilles », « OK, mets ma b*te dans ta bouche », « OK maintenant embrasse-moi. » […] Il a éjaculé sur mon visage. […] Son assistante se tenait juste à côté.

Jamie Peck, qui avait elle aussi 19 ans à l’époque, a également pris la parole pour dénoncer des choses similaires.

Je lui ai dit que j’avais mes règles, et que je voulais garder mes sous-vêtements, et il m’a demandé d’enlever mon tampon pour qu’il puisse jouer avec. […] J’ai poliment décliné son offre de faire du thé avec mon tampon sanguinolent. C’est là qu’il a décidé, comme ça, de se déshabiller. […] « Pourquoi tu ne prendrais pas des photos de moi ? » m’a-t-il demandé. […] Je ne suis pas sûre de la façon dont il s’y est pris pour m’amener sur le canapé, mais à un moment, il a suggéré, avec insistance, que je touche son pénis terrifiant. […] J’ai probablement mentionné mes partiels, parce qu’il m’a dit : « Si tu me fais jouir, tu auras un 20/20. » Alors je l’ai fait ! Assez vite, j’ajouterais. J’en avais partout sur la main gauche. Son assistante m’a tendu une serviette.

D’autres témoignages sont venus corroborer ces premiers. Des jeunes modèles photos sans expériences, terrifiées et impressionnées par ce monstre de la mode, qui n’ont pas osé dire non parce que la balance du pouvoir ne penchait pas dans leur sens.

Au début, il m’a demandé de me masturber, et m’a demandé des choses qui m’ont vraiment perturbée. Il a dit que ce n’était pas du porno, parce que les photos étaient inanimées. […]  Ses assistants étaient là : « Tu penses que toutes ces célébrités feraient des photos avec lui s’il faisait du porno ? » Finalement, il m’a fait me baisser et pratiquer une fellation et a pris des photos de lui-même éjaculant sur mon visage, ce que je n’avais jamais fait de ma vie, et quand je suis allée dans la salle de bain me nettoyer, je pouvais l’entendre plaisanter avec ses assistants à propos de ce qui venait de se passer.

Une mannequin nommée Emma Appleton a même posté sur Twitter un message provenant de Terry Richardson dans lequel il lui propose un shooting pour Vogue en échange de relations sexuelles. La porte-parole du photographe a assuré que le message était un faux.

Ce furent enfin au tour de voix connues de s’élever : Sarah Ziff, ancien mannequin, puis surtout Rie Rasmussen, ancien mannequin devenue réalisatrice. Cette dernière a en effet interpellé Richardson en public, pendant une fête donnée à l’occasion de la Fashion Week de Paris. Elle le narre dans The Guardian :

Je lui ai dit : « Ce que tu fais est complètement dégradant pour les femmes. J’espère que tu sais que tu ne *** des filles que parce que tu as un appareil photo, beaucoup de contacts dans le monde de la mode, et que tes photos apparaissent dans Vogue. » […] Il prend des filles qui sont jeunes, les manipule pour qu’elles enlèvent leurs vêtements, et prend des photos d’elles dont elles auront honte. Elles ont trop peur pour dire « non », parce que leur agence leur a trouvé ce travail, et elles sont trop jeunes pour se défendre. Son « style », ce sont des filles qui paraissent mineures, traumatisées, accro à l’héroïne… Je ne comprends pas comment qui que ce soit travaille avec lui. »

Pour Dunja Knezevic, mannequin britannique qui aide les mannequins à obtenir des droits syndicaux : « [L’exploitation potentielle des mannequins] est un sujet sensible. Personne ne veut en parler. Les filles veulent travailler et ne veulent pas être mise sur liste noire. »

Visiblement, Mariah Carey (comme Barack Obama, d’ailleurs) fait partie de ces gens-là, qui regardent de l’autre côté, fermant les yeux sur le comportement honteux d’un photographe qui abuse de sa position dominante et de son pouvoir pour obtenir des jeunes mannequins qu’ « on » lui envoie des photos auxquelles elles ne consentent pas. Et « on » ferait bien de se demander si « on » enverrait ses propres enfants chez Richardson, au moment de confirmer le « travail » de ces jeunes femmes.

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C’est l’été ! Après dix mois de dur labeur, les vacances approchent enfin pour les plus chanceux et chanceuses d’entre nous. (Les autres retenteront leur chance dans quelques mois, c’pas ma faute, c’est la crise, et on a bien essayé de l’inverser, c’teu courbe du chômage, mais bizarrement et contre toute attente, l’augmentation des divers impôts n’a pas incité les Français(es) à consommer plus, donc ni la consommation, ni la croissance ne sont reparties, vraiment, on ne comprend pas, et tiens c’est étrange, mais ça ne rappelle à personne les préconisations formulées sur les coups de 1929-1930 par un inconnu nommé Keynes. Bizarre.)

Bref ! Il fait beau, il faut chaud, et niaise comme je suis, j’ai eu envie d’acheter un magazine et d’aller le lire dans un parc. « Niaise », parce c’était compter sans les idées lumineuses des rédacteurs et rédactrices en chef des divers magazines. Voici donc ce qu’on pouvait trouver il y a quelques temps sur leurs couvertures, sagement alignées les unes à côtés des autres :

  • Glamour : « La version plaisir de ce plan minceur ultra-efficace » (Pas compris. Ils ont dû se faire un brainstorming pour trouver des mots-clés : « plaisir », « minceur » et « efficace », et rajouter des petits mots entre, pour servir de liaison…)

  • Psychologie magazine : Hors Série « Les kilos, c’est dans la tête » (les complexes aussi, remarque)
  • Marie France « Belle dans mes rondeurs » (qui explique que l’un des moyens d’assumer ses rondeurs est d’avoir des rondeurs fermes, et qui liste derechef les crèmes miracles dont vous avez absolument besoin et qui juré-craché fonctionnent du tonnerre, encore mieux que les crèmes listées dans le dernier numéro spécial minceur, en particulier parce que les annonceurs ont payé plus cher cette fois-ci)
  • Santé, qui décroche haut la main la palme du cynisme : « Maigrir là où on veut » et « Surmonter les troubles alimentaires » (alors là, chapeau, clap, clap, on n’a pas trouvé mieux)
  • Top Santé : « Destocker sans reprendre » (comme dans « Destocker les vieux Top Santé achetés dans un moment d’égarement et se jurer de ne pas reprendre la lecture de ce magazine »)
  • Prima : « Joli corps sans bouger » (au sommaire du prochain numéro : « Maigrissez en respirant grâce à nos gélules miracles »)
  • Maxi : « Vous allez mincir facile » (la rédaction avait aussi pensé à « Pourrissez-vous l’été à essayer de mincir », mais ils et elles se sont dit que c’était moins vendeur)
  • Marie Claire (un magazine que j’affectionne tout particulièrement pour sa rigueur journaliste) : « Maigrir, c’est dans la tête » (« Marie Claire ! Psychologie Magazine ! Au pied ! Qui a copié sur qui ? Hm ? J’attends… »)
  • Questions de femmes : « Un corps au top » ( » « Un corps au top » ? Mais au top de quoi ? » « — T’occupes, « Un corps au top », c’est bien, c’est flou, ça fait vendre. »)
  • Femme actuelle Hors Série : « Spécial Minceur », « -5 kilos avant l’été », « On gomme les kilos » (oui-oui, tout ça sur la même couverture)
  • Et on termine par Votre Beauté, mon chouchou, qui fait un 3 en 1 : « De 25 à 60 ans, gérer son poids selon son âge », « Cellulite, nos duos de choc pour la dégommer » et « Esthétique, retrouver un ventre ferme » (et ce n’est pas un hors série, alors attendez un peu de voir le « Spécial Minceur »)

Si avec ça, vous ne commencez pas à vous regarder dans la glace en vous disant que vous seriez mieux avec des crèmes et des livres minceurs en plus, c’est vraiment que vous le faites exprès.

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Brève.

source : lorrainemag

source : lorrainemag

Bonne nouvelles pour les amateurs et amatrices de divertissement pas cher. Dimanche, à l’occasion du Salon du Livre de Nancy qui marque la rentrée littéraire, Valérie Toranian, directrice de la rédaction du magazine ELLE, reçoit Aldo Naouri, pédiatre et auteur d’un nouveau torchon livre « Les belles-mères, les beaux-pères, leurs brus et leurs gendres » (Odile Jacob).

Mais quelle idée merveilleuse ! Aller chercher la femme la plus rétrograde de France lorsqu’il s’agit de l’égalité femmes-hommes pour aller interviewer le pédiatre le plus dangereux de France lorsqu’il s’agit de l’équilibre au sein du couple. Mais on va se FENDRE LA GUEULE, c’est moi qui vous l’dit !

On rappelle, pour les retardataires. 😉 Valérie Toranian, directrice de la rédaction du magazine ELLE. Sur la multitude de

source : allo-news

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numéro sexistes et générateurs de complexes, on peut en retenir un plus ridicule que les autres. L’été dernier, Valérie Toranian, sans doute plus inspirée que d’habitude, a eu l’idée brillante de sortir un spécial « La pipe, ciment du couple » dans lequel des « lectrices » « témoignent » : « Une bonne pipe, c’est très efficace en phase de négociations, quand je veux le faire céder sur la couleur d’un papier peint. » Mais oui, bien sûr ! La sexualité est une arme de négociation massive, c’est bien connu. Les femmes n’ont aucun désir sexuel propre. Elles se contentent d’écarter les cuisses de temps en temps lorsqu’elles ont un service à demander. C’est so 2013.

source : aufeminin

source : aufeminin

Et Aldo Naouri, pédiatre absolument inoffensif. Juste, de temps en temps, lorsqu’il reçoit des couples qui viennent le consulter pour des problèmes d’ordre sexuel, il conseille aux hommes de violer leur femme.

Ca, y’a pas à dire, il y a du level pour la rentrée littéraire !

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Leçon de journalisme, deuxième partie :

Sortir les propos de leur contexte pour en déformer le sens.

Source : leroidec

Source : leroidec

Cette semaine, dans la série « Marie-Claire, si tu savais, tes articles où on s’les met » (oui, je suis vulgaire. Pas autant que la rédac’ cheffe de Marie-Claire, mais vulgaire quand même), nous entamons notre deuxième leçon de journalisme : comment manipuler les propos de « témoins » pour les faire coller à l’angle qu’on a choisi.

Pour les retardataires : lire, d’une part l’article de Marie-Claire : « Nouveau féminisme : des féministes sexy mais pas soumises« , et d’autre part notre Leçon de journalisme, première partie : Appâter la cible avec une description trompeuse.

Photo-affiche-sois-belle-et-tais-toi

Source : voirunfilm

Tout d’abord, il me faut (re-)préciser que, lorsque Corine Goldberger, rédactrice de l’article de Marie-Claire, a contacté l’association à laquelle j’appartiens, elle est arrivée avec une demande claire : l’articulation de la séduction et du féminisme. Elle voulait savoir comment les féministes s’y prenaient lorsqu’elles désiraient séduire un homme. (Oui, pour la journaliste de Marie-Claire, toutes les femmes, sans exception aucune, sont hétérosexuelles.)  

Or, dans sa version finale publiée dans les colonnes de Marie-Claire, l’article précise qu’il se demande « comment les femmes, militantes ou pas, conjuguent envie de plaire et ras-le-bol du sexisme au quotidien. » Un glissement subtil a donc été opéré par rapport à l’idée de départ : il ne s’agit plus seulement d’une situation de séduction bien définie. On parle maintenant du quotidien des femmes, et on suppose que ce quotidien est marqué par une donnée unique : l’envie de plaire.

pacte avec le diable

D’après : mysteredumonde

Et pour les boulets qui n’auraient pas compris qu’ici, c’est Marie-Claire, et pas Le Monde, l’envie de plaire se décline uniquement sur le plan physique. En effet, l’accroche de l’article fait référence aux Femen, qualifiées de « bombes à petits seins nus« , et au slogan féministe des années 1960 et 1970 : « Non à la femme objet« . D’un scénario de départ annoncé comme : « Comment une féministe s’y prend pour séduire », qui supposait aussi de séduire par son esprit, son sens de l’humour, ses anecdotes, etc., on est donc passé à : « Comment une femme, potentiellement féministe, met en avant ses atouts physiques dans la vie de tous les jours et s’arrange avec sa conscience ».

C’est dans ce sens-là que vont être interprétés l’ensemble des propos tenus en interview avec Corine Goldberger. Tout ce que les militantes de l’association à laquelle j’appartiens ont pu exprimer de façons différentes de séduire, à l’aide de qui on est vraiment et pas seulement en se mettant en avant comme un bout de viande, va être occulté au profit d’une ligne directrice unique : « Fait-on des compromis avec son féminisme pour coller quand même un minimum, ne serait-ce que de temps en temps, aux canons de la séduction hétérosexiste (*)? », comme l’a formulé un camarade de l’association.

Cela commence avec Emilie, « 25 ans ». Précisons tout de suite que Corine Goldberger n’a jamais demandé les âges des militantes. N’ayant sans doute pas jugé bon de fournir un travail exact, plutôt que de nous interroger à ce sujet, elle les a tout bonnement inventés. Elle a aussi « oublié » de préciser que « Garçes, une association d’étudiantes de Sciences Po« , est d’abord et avant tout une association féministe (Groupement d’Action et de Réflexion Contre l’Environnement Sexiste) et qui milite pour les droits des personnes Lesbiennes, Gays, Bies et Transsexuelles (LGBT). On est loin d’avoir affaire à des étudiantes ordinaires, les « militantes ou pas » du début de l’article. Marie-Claire oublie aussi de dire qu’il s’agit d’une association mixte, au sein de laquelle militent aussi des hommes. Faudrait pas que les lectrices s’imaginent qu’il existe autre chose que de gros connards machos intéressés uniquement par leur vagin et leur gêne du ménage.

Bref ! Sous la plume de Mme Goldberger, on dirait qu’Emilie a du mal à faire coïncider des valeurs personnelles mal définies avec la nécessité de jouer la pintade pour « pécho du relou hétérosexiste » (pour reprendre les termes du même camarade que précédemment) :

[MC] D’autres se débattent dans des dilemmes intimes pour faire rimer des envies et valeurs qui peuvent a priori paraître antagonistes. « Il existe un « code (implicite) de la séduction » hétéro qui s’accorde souvent mal avec la femme qu’on est dans la vie de tous les jours. Et qui génère une tension intérieure, sourit Emilie, 25 ans, étudiante. Faut-il jouer franc jeu dès le départ, quitte à faire fuir l’homme en face de moi ? Ou, au contraire, que je me conforme d’abord à l’image stéréotypée d’une femme sexy, douce et soumise, pour ensuite dévoiler ma véritable personnalité ? »

Or, ce qu’Emilie a écrit, dans la vraie vie, est un tantinet différent. D’abord, Emilie est comme l’ensemble de la population, elle ne « sourit » pas par email. Mais Corine Goldberger devait trouver qu’un sourire faisait mieux dans le paysage, qu’on pourrait presque croire à une complicité entre Emilie et elle. Alors elle l’a ajouté. Aucun problème.

Ensuite, Emilie ne parle pas de « code implicite de la séduction » comme s’il s’agissait d’un véritable modèle à suivre. Au contraire, elle parle de stéréotypes, véhiculés précisément par les magazines comme Marie-Claire :

[Réalité] A mon avis, il existe un « code de la séduction hétérosexuelle » largement véhiculé par les magazines

Source : dico-cuisine

Source : dico-cuisine

féminins qui pourrait se résumer comme suit. Pour un premier rendez-vous avec un inconnu, le but est de coller le plus possible à une certaine image de la femme : sexy, douce et soumise. Dans ce cadre, il est normal et presque attendu de « mettre en valeur ses atouts » physique, à savoir ses cheveux, sa poitrine, sa taille, ses fesses, ses jambes. Il est également de bon ton de parler doucement, de ne pas être vulgaire ni grossière. Par ailleurs, il faut ne pas intimider l’homme que l’on a en face de nous en n’étant pas trop spirituelle et en faisant attention à le mettre en valeur, à ce qu’il se sente supérieur.

Ensuite, à aucun moment elle n’explique se « débattre dans des dilemmes intimes » ou se trouver en présence d’une « tension intérieure« . Au contraire, pour elle, les choses sont claires :

Or, que l’on soit féministe ou pas, ce « code de la séduction » s’accorde mal avec la femme que l’on est dans la vie de tous les jours. La tension existe donc a priori pour toutes les femmes : comment séduire ? Faut-il que je me conforme à l’image stéréotypée d’une femme sexy, douce et soumise pour ensuite dévoiler ma véritable personnalité ? Ou faut-il au contraire jouer franc jeu dès le départ, quitte à faire fuir l’homme en face de moi ? Je pense qu’il y a là une question de projection que l’on fait sur l’homme avec qui on a rendez-vous. Soit on suppose que cet homme s’attend à ce qu’on colle au « code de la séduction ». Dans ce cas, si on veut lui plaire, on va se conformer à ce qu’on pense être ses attentes et jouer la carte de la « séduction-type ». Soit on pense que cet homme a d’autres attentes, auquel cas, pour le séduire, on sera plus naturelle. En

Source : wyrd

Source : wyrd

tant que féministe, je crois que la question ne se poserait pas. En effet, si je pense que l’homme en face de moi a des attentes que je juge stéréotypées (femme sexy, douce et soumise), il y a de grandes chances pour que je n’ai pas envie de le séduire.

Mais ça, bien sûr, ça ne collait pas du tout avec la ligne choisie par les Goldberger & Co., et c’est donc tout naturellement passé à la trappe. Quant au passage sur la « fiesta entre amis« , Corine Goldberger continue à occulter allègrement toute mention du féminisme d’Emilie, et donc tout ce qui contribue à expliquer pourquoi elle se sent à l’aise avec elle-même et peut séduire autrement qu’en mettant ses nichons en avant dans un Wonderbra. Mme Goldberger rappelle d’ailleurs à quel point le « code de la séduction » que Marie-Claire décortique régulièrement pour ses pauvres cruches de lectrices, incapables de séduire par elles-mêmes, est une réalité :

[MC] Dans la pratique, on connaît souvent déjà au moins un peu l’homme avec qui on a envie de sortir (ne serait-ce que depuis quelques heures, dans une fiesta chez des amis). Donc l’homme en question ne s’attend vraisemblablement pas ou plus à ce que je colle au « code de la séduction » classique. Ce qui m’arrange…

On remarque que l’Homme est présenté comme une cible qu’il faut appâter en se conformant au « code » en question. L’idée

Source : 123rf

Source : 123rf

qu’un homme puisse être attiré naturellement par une femme, sans qu’elle ait besoin de recourir à des stratégies au cours desquelles elle déformerait qui elle est réellement, dépasse sans doute complètement Marie-Claire. Voici ce qu’Emilie disait réellement :

[Réalité] D’autres part, féministe ou pas, il me semble que le « premier rendez-vous » relève plus du mythe que d’une situation réelle. Dans la pratique (sauf peut-être dans le cas de la rencontre par internet, et encore) nous connaissons souvent les hommes d’abord dans un autre cadre que le cadre romantique (ne serait-ce que quelques heures dans une soirée entre ami.e.s). Dans la mesure où la personne nous a déjà vu évoluer auparavant, le premier rendez-vous en tête à tête dans lequel il y a une tension amoureuse se déroule assez loin du « code de la séduction »; il est plus naturel. Pour ma part, j’ajoute que comme je me revendique assez volontiers féministe dans des cadres ordinaires, l’homme en question ne s’attendra vraisemblablement pas à ce que je colle au « code de la séduction », ce qui m’arrange.

Vient ensuite le témoignage de Marie, soi-disant 25 ans :

Source : bleuchalou

Source : bleuchalou

[MC] Un homme qui rejetterait l’égalité femmes-hommes deviendrait instantanément sans intérêt à mes yeux. L’engagement féministe a pour moi une importance égale à d’autres combats humanistes. Je ne renierais pas mes idées, comme je ne deviendrais pas raciste ou végétarienne, pour un homme, juste pour lui plaire. J’ai besoin de sincérité dans la durée. Pour moi, la séduction ne peut pas avoir pour soubassement un travestissement, qu’il soit vestimentaire ou intellectuel. La vraie question que je me pose si je fais fuir en étant moi-même : « Avais-je vraiment envie de plaire à un homme comme lui ? » La réponse tient en trois lettres : « Non ».

On est ici face à des modifications légères, mais réelles, des propos tenus. Ainsi, en lieu et place de « l’égalité femmes-hommes« , Marie parle de féminisme, un gros mot que Corine Goldberger a l’air d’avoir peur d’écrire. Par ailleurs, certaines phrases de Marie sont raccourcies et transformées. Ainsi, le lapidaire : « J’ai besoin de sincérité dans la durée« , qui implique que cela n’est pas le cas dans une situation de séduction, était en réalité élaboré différemment par Marie :

[Réalité] « La séduction ne peut être pérenne que dans la sincérité. J’envisage en effet une relation amoureuse

Source : jadorejadhere

Source : jadorejadhere

dans une relative durée et il devient inopérant de mentir ou de se travestir, le « vernis » (si vous me passez cette référence…) finit toujours par s’écailler. Je joue donc toujours carte sur table, et advienne que pourra. »

On n’est donc pas dans l’invention complète et le mensonge, punis par la loi, mais dans la manipulation subtile qui, encadrée correctement, transforme le sens des propos originels. On a ainsi l’impression qu’au début d’une relation, dans une situation de séduction, Marie est capable de faire des compromis, qui s’apparentent à des renoncements :

[MC] Lorsqu’on est attirée, on cherche à éviter les sujets qui fâchent, à privilégier ce qui rassemble plutôt que ce qui sépare.
Les compromis acceptables dans une relation débutante…

On est donc en plein dans la ligne définie par Marie-Claire : les féministes mettent effectivement, de temps en temps, leurs convictions de côté pour attirer dans leurs filets des mecs, des vrais, de « bons vieux machos« .
 

Source : pourlefan

Source : pourlefan

Nouveau témoignage, nouvelle manipulation. Les affirmations plutôt radicales d’Emeline, sont coupées de façon opportune par Corinne Goldberger à un endroit qui l’arrange :

[MC] Etre féministe m’a permis d’affirmer mes choix ­ genre, je ne m’épile pas, parce que ça prend trop temps et que j’ai plein de trucs à faire qui m’intéressent plus. Ça me permet aussi de ne pas me demander en premier lieu : « Qu’est-ce qu’il désire ? », mais plutôt : « Qu’est-ce que je veux, moi ? » Mais attention, je ne dis pas que ne pas s’épiler est synonyme d’émancipation.

On serait à la télé, elle nous caserait une coupure pub, avec un spot pour la cire Veet, un pour les rasoirs Vénus et une tartine d’autres avec des femmes-objets. Ca dénoterait pas tellement dans le paysage, puisque « ne pas s’épiler n’est pas synonyme d’émancipation« . Sauf que Corinne Goldberger « oublie » juste de préciser le fond de la pensée d’Emeline et a même réorganisé un tantinet son intervention, coupant çà et là ce qui dépassait :

[Réalité] Perso, être féministe m’a permis d’avoir confiance en moi au quotidien et d’affirmer mes choix: genre, je m’épile pas (vu que ça a l’air d’être un thème récurrent), parce que ça prend trop temps et que j’ai plein de

Source : chezmanima

Source : chezmanima

trucs à faire qui m’intéressent plus. En plus ça fait mal et ça coûte cher. [Phrase déplacée ailleurs :] Je ne considère pas pour autant que ne pas s’épiler est synonyme d’émancipation. L’essentiel, c’est de pouvoir choisir et de se sentir bien. Même si parfois, on a pas le choix (au boulot par exemple). Mais ce non-choix, il est provisoire hein, parce qu’on va les détruire ces normes à la con :p
[…] Donc en fait, être féministe, ça me permet de ne pas me demander en 1er lieu « qu’est-ce que veut la personne en face? » mais plutôt de me demander « qu’est-ce que je veux moi? ». Une fois que je suis sûre de moi, j’arrive beaucoup mieux à penser aux autres.

Le reste de l’article est du même acabit. Insistance sur les passages dans lesquels les jeunes femmes disent qu’elles portent des jupes en oubliant les passages au cours desquels elles insistent sur l’importance d’avoir le choix. Oubli de mentionner toutes les fois où ces jeunes femmes expliquent que le féminisme leur a permis de comprendre les normes et les codes imposés aux femmes. Coupe sombre au moment où elles expliquent que comprendre ces normes leur a permis de se sentir libres, et légitimes, et belles, et que tout cela leur permet de séduire plus aisément.

Stéréotypes gros comme le nombre de fois où Marie-Claire parle de régimes : les hommes auraient des « pulsions » qui empêcheraient les femmes de s’habiller correctement.  

Perspective tronquée de la littérature, en ne mentionnant que le livre de Jennifer K. Armstrong et Heather W. Rudulph (« Féminisme Sexy, Le guide permettant aux filles d’obtenir amour, succès et style ») qui, on l’aura compris, est loin de prôner l’émancipation.

Interview d’un philosophe dont les propos, peut-être coupés et/ou manipulés eux-aussi, paraissent complètement stupides :

Evidemment, pour nous les hommes, c’est plus complexe. Avant, les femmes étaient en uniforme, aujourd’hui elles nous tendent des pièges : ainsi, elles peuvent porter un push-up mais ne pas être épilées et être moulées dans un jean bio.

Comme le dit un autre camarade militant : « C’est vrai, aujourd’hui les femmes ont même le droit de choisir

leurs vêtements. Mais où va le monde ?! »

 

(*) Hétérosexiste : sexiste, et qui érige en norme universelle un certain modèle hétérosexuel : l’homme et la femme dans des rôles bien définis et inchangeables.

Leçon de journalisme, première partie :

Appâter la cible avec une description trompeuse.

 

Source : Deviantart

Cette semaine, dans la série « Brûlons Glam-ospolit-Elle », l’article de Marie-Claire « Nouveau féminisme : Des féministes sexy mais pas soumises ». Déjà, un titre qui combine les mots « féminisme », « sexy » et « soumises » avait, à lui tout seul, le potentiel de me faire frôler l’apoplexie. Mais j’aurais sans doute attribué cela à la banale médiocrité de la presse « féminine »… si je n’avais pas collaboré à cet article.

Alors, avant d’en venir aux mains, revenons un peu en arrière.

En février 2013, l’association féministe à laquelle j’appartiens est contactée par une « journaliste » ([ton de guide touristique, ON :] Mesdames et Messieurs, à votre gauche, vous pouvez apercevoir une paire de guillemets particulièrement bien positionnés…), Corinne Goldberger pour ne pas la nommer, de la rédaction de Marie-Claire. Elle arrive avec une requête un peu surprenante, étant donné la haine mutuelle féroce qui existe traditionnellement entre la presse « féminine » et les féministes. Elle désire en effet réaliser des interviews de jeunes féministes sur le thème « Séduction et Féminisme » pour un article à paraître en juin 2013.

Et pour nous appâter, Corinne Goldberger (citons-là amplement, puisqu’on a son nom, et que c’est elle la responsable de ce scandale cette situation) nous fournit le « pitch » de son article, c’est-à-dire ses idées directrices, et les questions qu’elle se pose et auxquelles elle aimerait que l’on réponde.

 

Source : zooooz

Source : zooooz

Histoire d’éviter d’appliquer à Marie-Claire les méthodes que je leur reproche, à savoir sortir des propos de leur contexte pour mieux en déformer le sens, je vous laisse ici l’intégralité de ce « pitch ». Il est un peu long, certes, mais il permet de mieux comprendre comment nous nous sommes fait rouler dans la farine par une poignée de journalistes malhonnêtes.

La nouvelle génération de féministes (qu’elles choisissent de se dénuder comme les Femen, de s’autoproclamer « salopes » comme celles de la Slut Walk ou de caricaturer les hommes comme la Barbe) semble cacher la majorité silencieuse des femmes qui se pensent féministes et qui se débrouillent, au quotidien, dans des dilemmes intimes, pour faire cohabiter des envies et des valeurs apparemment antagonistes. Peut-on être féministe et sexy, glamour et engagée ?

L'absurde ne tue pas

Source : leslampes

A ce stade, il semble bien que Corinne Goldberger (citons, les enfants, citons !) avait déjà la réponse. Elle avait sans doute simplement besoin de « témoignages » pour appuyer sa démonstration absurde. Mais ça, évidemment, je ne le savais pas encore.

Quelle femme (ici, femme entendu comme femme française, voire occidentale) s’introspectant un tant soit peu n’a jamais ressenti une tension, voire une ambivalence, voire une contradiction, entre ses idées et l’investissement qu’elle consacre à son apparence par exemple ?

 

La parenthèse était bien vue : elle introduisait des nuances que les féministes aiment bien, et elle faisait croire que la journaliste (et derrière elle, la rédaction) était mesurée, ouverte, allait éviter de tomber dans des généralités plus grosses que le chiffre d’affaires publicitaires du magazine.

Contradiction qui peut tourner au casse-tête : j’ai envie d’être séduisante (pour un premier rendez-vous par exemple) mais comment ne pas en faire trop dans la beauté stéréotypée ?

 

Source : wikistrike

Source : wikistrike

Là, mon coeur de féministes a fondu : Marie-Claire reconnaissait-elle enfin que la « beauté » affichée à longueur de pages (vous savez, la beauté de « Belle avant l’été » et « Belle après les fêtes ») n’était en fait qu’un stéréotype, et que la réalité des femmes était infiniment différente et incommensurablement plus riche ?

Est-ce qu’on verra au-delà de mon apparence, est-ce qu’on verra que j’existe ailleurs que dans la séduction ? Bref, comment éviter le piège et ne pas se laisser enfermer à son issu dans une image ou un rôle ? Mais, comment savoir ce qui relève d’un vrai choix (« vouloir être belle pour soi ») et d’une norme dominante et discriminante que l’on aurait intériorisée (= l’obligation d’être belle, jeune, mince, sexy, épilée, de porter des talons, d’être en jupe…) ?

En lisant les mots « norme dominante et discriminante » sous les doigts (eh ouais les poulet(te)s, on est en 2013. On écrit

Source : Coincoin

Source : Coincoin

avec un clavier maintenant… on ADAPTE les métaphores !) d’une journaliste de Marie-Claire (Corinne Goldberger ! Héhé. Encore un peu et on frôlera le comique de répétition avec ce nom.), j’ai eu envie de faire d’embrasser mon voisin. (C’ui qui, tous les vendredis soirs, empêche l’ensemble du quartier de dormir, à grands renforts de beats répétitifs et irritants. C’est dire mon état de joie.)

Comment gérer le harcèlement dans la rue, avec parfois la peur qui peut nous empêcher de nous habiller comme on le voudrait et qui devient une entrave à notre liberté réelle ?

Là, j’ai pas trop compris le rapport entre féminisme, séduction et harcèlement de rue… Une nouvelle fois Corinne Goldberger (cinquième du nom, au moins dans cet article) avait la réponse bien avant moi, et vraisemblablement bien avant de commencer à écrire son article. Mais, emportée dans mon tourbillon de satisfaction auto-générée, je suis passée au-dessus. J’aurais pas dû.

Enfin, peut-on être féministe et (correspondre aux codes du) sexy ? La question s’est notamment posée avec l’irruption des Femen sur la scène féministe française : certes leurs seins sont leurs armes, mais le nouveau féminisme peut-il être représenté par des filles semblant sortir d’un casting Calvin Klein, et laissant de côté les vieilles, les grosses, les moches ?

Source : Delyscieux

Source : Delyscieux

Pendant tout ce temps, les journalistes de Marie-Claire (Corinne Goldberger ! On fait la même avec « Jacques a dit » ?)

auraient donc fait semblant de ne pas comprendre l’enjeu du mode opératoire des Femens, et la façon dont elles renforcent une certaine image de la femme en laissant de côté toutes les autres ?

Ainsi, si les féministes averties font la différence entre les revendications et les stratégies des différents mouvements, les non-initiées ne saisissent pas toujours les nuances, et pire, elles ont tendance à les mettre toutes dans le même panier, se disant parfois qu’elles sont pour l’égalité femmes-hommes mais qu’elles ne sont pas féministes, car être féministe impliquerait d’être agressive, d’être désexualisée, de refuser d’être désirable (comme si toutes ces choses signifiaient automatiquement collaborer avec l’homme oppresseur)…

A ce stade, les différent(e)s membres de l’association ont eu un débat : fallait-il collaborer avec l’ennemi, quitte à voir ses propos déformés et utilisés aux fins qui convenaient à Marie-Claire/Corinne Goldberger ? Fallait-il passer à côté d’une opportunité unique de s’exprimer dans un média à grand tirage, et potentiellement de voir paraître un article avec de « vrais morceaux de féminisme dedans » ? (Je cite un collègue militant.)

Collaborer Mains Couleurs

Source : prodageo

Après un échange d’emails, nous avons finalement décidé que celles et ceux qui le voulaient devaient avoir la liberté de collaborer. Manquant de temps, nous avons pris la décision de procéder par emails. Nous avons donc créé une conversation email dont les destinataires étaient à la fois les membres de l’association et… voilàà ! Corinne Goldberger, merci à celles et ceux qui suivent ! Celles et ceux d’entre nous qui le désiraient pouvaient donc réagir au « pitch » par email et transmettre leur avis personnel.

 

 

Source : arbrealettres

Source : arbrealettres

J’ai donc transmis mon avis, avec l’espoir qu’une journaliste un peu différente pourrait faire entendre la voix d’un féminisme modéré, « normal », qui permette aux femmes d’être à l’aise avec leur image, leurs diplômes, leur sens de l’humour, et toutes ces choses que les médias prétendent imposer, normer, stéréotyper. Je voulais montrer que le féminisme permet de comprendre que l’on peut séduire en s’éloignant du cliché que Marie-Claire essaye de nous imposer à longueur de temps dans des articles du type : « Séduire… L’air de rien ». Pour le dire comme je l’avais présenté à (la maintenant célébrissime 😉 ) Corinne Goldberger :

A mon avis, il existe un « code de la séduction hétérosexuelle » largement véhiculé par lesmagazines féminins qui pourrait se résumer comme suit. Pour un premier rendez-vous avec un inconnu, le but est de coller le plus possible à une certaine image de la femme : sexy,

douce et soumise. Dans ce cadre, il est normal et presque attendu de « mettre en valeur ses atouts » physique, à savoir ses cheveux, sa poitrine, sa taille, ses fesses, ses jambes. Il est également de bon ton de parler doucement, de ne pas être vulgaire ni grossière. Par ailleurs, il faut ne pas intimider l’homme que l’on a en face de nous en n’étant pas trop spirituelle et en faisant attention à le mettre en valeur, à ce qu’il se sente supérieur.

Source : antiochus

Source : antiochus

Mais évidemment, l’idée que la séduction « féministe » peut être libératrice et pas forcément imposer un poids supplémentaire, de même que plusieurs idées développées par mes camarades au cours de cet échange, n’ont jamais dépassé la boîte email de Corinne Goldberger. Dans son article, on dirait même qu’elle s’est appliquée à omettre consciencieusement tout ce qui déviait de la ligne choisie par elle-même et/ou les rédacs cheffes, à savoir « Oui, une féministe peut être une fashionista ». Je m’en vais brûler tous ces torchons, moi, on va voir si c’est un acte fashion.

 

Prochainement : Leçon de journalisme, deuxième partie : Sortir les propos de leur contexte pour en déformer le sens. (featuring : Corinne Goldberger ! 😉 ) Abonnez-vous pour ne rien manquer !

J’ai subtilisé le smartphone d’un copain pour vous donner un signe de vie. Oui parce que je suis bien persuadée que l’absence d’articles depuis plusieurs semaines vous empêchait de dormir, et que moi, je suis une altruiste, m’voyez. J’aime pas voir les gens malheureux. 

La vraie vérité, c’est que mon ordinateur est en réparation (il a été envoyé en Pologne, si vous voulez tout savoir !) et que j’attends son retour. Comme Anne, dans Barbe Bleue (« Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? »), je passe mes journées à contempler l’horizon, en espérant voir apparaître le camion UPS. Vous voyez l’topo.

 

 

 

 

Pour vous faire patienter, je vous envoie, une fois n’est pas coutume, vers un article de « Marie Claire » intitulé : Nouveau Féminisme : Des Féministes Sexy Mais Pas Soumises. Si je vous dis que, parmi les interviewées, il y a ma pomme… Et si j’ajoute que la conclusion de mon entretien avec la journaliste de Marie Claire était loin d’être « Oui, une féministe peut être une fashionista »… Vous voyez peut-être où je veux en venir et ce que je vous prépare dans mon prochain article.

 

Patience, patience, car cela vaut son pesant de cacahuètes !

 

 

Cela fait quelques semaines maintenant qu’est distribué dans le métro parisien un gratuit ayant pour titre « Stylist ». (Il devrait arriver dans les autres grandes villes de France bientôt, s’il fonctionne correctement à Paris.) Lorsqu’on me l’a tendu, je l’ai ouvert avec l’air las de quelqu’un qui sait déjà ce qu’il ou elle va trouver — et qui n’a pas hâte.

Et en fait, j’ai été assez surprise. Tellement surprise, qu’il fallait que je le dise à la rédac’ chef, Aude Walker.

Chère Madame Walker,

Steven Spielberg

Je ne vais pas vous mentir, quand on m’a parlé de votre magazine, je n’étais pas exactement réjouie. La perspective de voir les Parisiennes abreuvées de nouvelles images irréalistes et photoshoppées, et de nouveaux contenus stéréotypés, creux et nocifs n’était pas exactement faite pour m’enchanter.

Et pourtant… Pourtant, il faut que je vous félicite. Mettre le mot « genre », dans votre édito du 16 mai, franchement, c’était gonflé. Je vous cite, lorsque vous parlez d’une amie réalisatrice :

« Dans ses films, elle parle de genre. De masculin/féminin. […] Elle accompagne et porte si bien son équipe-armée d’hommes et de femmes que, régulièrement, on se surprend à dire : « Elle dirige comme un bonhomme. » Puis, on se reprend. »

Après les manifs pour tous et tout ce qu’on a entendu sur la « théorie du gender », on peut même dire que c’était assez Gender studiescasse-gueule. Et puis votre dossier sur le machisme à Hollywood, et la façon dont les producteurs ne font pas confiance aux femmes réalisatrices, et n’approuvent pas les films dans lesquels les personnages féminins s’éloignent des stéréotypes, c’était une super idée aussi. J’ai bien aimé ce que dit Michelle Rodriguez, la fille dans Fast & Furious ou Resident Evil :

Ce cinéma ne sait jamais quoi faire des femmes puissantes. En général, ils ont déjà un mec fort dans l’histoire, que faire de la fille qui l’est aussi ? Moi, je ne suis la petite amie de personne. Et je ne me déshabille pas. Alors je meurs.

Bon, alors évirayon lazerdemment, votre magazine comporte son lot de photos retouchées, de mannequins cure-dents, de pages de pub bizarre. Du genre le produit XXX, dont je tairai le nom. « Capte les graisses alimentaires et aide à contrôler votre poids », qu’elle dit, la page de pub. Genre la gélule va se mettre en mode radar et, comme un sergent chef de l’armée, elle va séparer les graisses à gauche, les protéines à droite, et puis désintégrer les graisses avec un rayon lazer. C’est un vers solitaire, en fait, vot’ gélule ?

Evidemment, sur la page mode, on peut lire « Tu entretiendras ton allure féminine et sensuelle avec des accessoires délicats. » Evidemment on n’échappe pas au traditionnel photshoot avec des filles bizarres, dans des poses bizarres, dans des lieux bizarres, mais « C’est de l’art ma brave dame ». 

Mais je savoure ces premiers numéros, où vous avez encore la liberté de parler de « genre » dans votre édito, de machisme dans le monde du cinéma, sans que votre boss ne vous coince dans un couloir, l’oeil brillant, l’air hagard, pourpub vous demander à quoi vous jouez, au juste, et si vous avez envie que tout le monde pointe au chômage dès le lendemain. 

Oh, je ne me fais aucune illusion. Dans quelques semaines, le rouleau compresseur des annonceurs aura fait son travail, et vous ne pourrez plus tellement vous éloigner du modèle standard, de ce qui fait vendre. (Le travail a d’ailleurs commencé.) Mais vous aurez au moins essayé. 

Sans allure féminine, sans sensualité et sans accessoires délicats, fémininement vôtre,

Aquelquespasdela

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