A quelques pas de là…

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Dans le cadre de la campagne électorale, Marion Maréchal-Le Pen, candidate du Front National pour la région PACA, a eu l’occasion de répéter son désir de supprimer les subventions accordées par la région au Planning Familial. Elle explique ainsi que, malgré une « libéralisation, une facilitation de l’accès aux contraceptifs, les avortements ne baissent pas, parfois même ils augmentent ».[1] Elle ajoute que « de plus en plus de femmes [y ont] recours de façon qui n’est pas rigoureuse ou responsable » (même si l’honnêteté oblige à reconnaître que Mme Maréchal-Le Pen « ne pense pas que ce soit une majorité des cas »).[2]

 

L’ennui, c’est que ces affirmations sont inexactes, contredites par des chiffres issus de rapports officiels que ni Mme Maréchal-Le Pen, ni les journalistes qui l’ont interrogée longuement à ce sujet n’ont lus. Comme d’autres avant elle, elle contribue à brandir l’épouvantail de « l’avortement de confort » qui, disons-le clairement, n’existe pas. « L’avortement de confort » est un mythe, porté par la vision fantasmée de responsables politiques qui, tout en prétendant être au contact du peuple et le défendre, ignorent tout de ses réalités quotidiennes.

 

Le nombre d’avortement a baissé depuis 1976

D’après une étude de l’INED de 2014,[3] le nombre d’IVG par femme a baissé entre 1976 et 1990 (passage de 0,66 à 0,49). Il a légèrement augmenté depuis 1990 et s’est stabilisé depuis pour atteindre 0,53 IVG par femme. Depuis 1976, le nombre de recours à l’IVG a donc effectivement baissé.

 

Depuis 2002, l’INED observe deux réalités contraires derrière ces chiffres. Tout d’abord, la proportion totale de femmes ayant recours à l’IVG a baissé. En parallèle, la probabilité d’avoir recours à l’IVG une nouvelle fois après un premier recours a augmenté. En un mot, l’INED explique que « moins de femmes ont recours à l’IVG, mais plus souvent de façon répétée. »

 

Les femmes ayant recours plusieurs fois à l’IVG prennent des contraceptifs

Tout ceci pourrait donner du grain à moudre à Mme Maréchal-Le Pen, qui ne voit pas pourquoi, alors que « nous avons un accès large à la contraception », ce serait « les impôts des Français » qui devraient payer « systématiquement l’irresponsabilité de certaines femmes de ce point de vue ».[4]

 

En réalité, les IVG ne sont pas demandées par des femmes irresponsables, qui ne se donnent pas la peine d’avoir recours aux contraceptifs malgré leur disponibilité. Ainsi, en 2013, seules 3% des femmes sexuellement actives et exposées au risque de grossesse n’utilisaient aucune contraception.[5]

 

Une étude de la Dress[6] a même montré que les femmes ayant recours à l’IVG pour la seconde fois ou plus déclarent plus souvent que les autres qu’elles ont recours à la contraception. Le recours multiple à l’IVG est donc sans rapport avec la prise de contraceptifs. En revanche, une étude de 2013[7] estime que ces femmes n’ont vraisemblablement pas bénéficié de conseils les incitant à changer de contraception, alors que, par définition, le contraceptif qu’elles prenaient au moment de la première IVG a échoué.

 

Les femmes ayant recours plus de deux fois à l’IVG restent minoritaires

A entendre Mme Maréchal-Le Pen ou même à lire trop vite le rapport de l’INED, on pourrait avoir l’impression que le nombre de recours multiples à l’IVG a explosé. C’est faux.

 

La grande majorité des femmes ayant recours à l’IVG ne le font qu’une seule fois (63%). En fait, 90% des femmes ont recours une ou deux fois à l’avortement dans toute leur vie. Seules 10% des femmes concernées ont recours à l’IVG plus de deux fois.

 

Qui sont les femmes qui avortent ?

D’après le même rapport de l’INED, près de la moitié des femmes qui avortent n’ont pas d’activité professionnelle (48%). A y regarder de plus près, une femme sur cinq est étudiante ou élève. De plus, 52% d’entre elles vivent seules. Il n’est pas difficile d’imaginer que ce qui motive le recours à l’IVG n’est toujours pas « l’irresponsabilité », mais le fait qu’elles accordent de l’importance au fait d’être en couple ou d’avoir un emploi et un revenu stable pour accueillir un enfant.

 

Dans le même temps, la majorité d’entre elles a déjà au moins un enfant (57%). Une nouvelle fois, loin d’être la jeune femme irresponsable que Mme Maréchal-Le Pen s’efforce de dépeindre, celle qui avorte est, le plus souvent, déjà mère et consciente de ce qu’implique l’arrivée d’un enfant. Elle estime donc en toute connaissance de cause ne pas pouvoir accueillir un nouvel enfant au sein de son foyer.

 

L’impact de lois « libéralisant l’accès à l’avortement »

Mme Maréchal-Le Pen fustige en particulier la très récente « loi santé » qui supprime le « délai de réflexion » qui était imposé aux femmes consultant pour obtenir un IVG. Ce délai était de sept jours.[8] S’il est trop tôt pour tirer des conclusions de l’application de cette suppression, il est utile de noter que l’allongement du délai pendant lequel il est possible d’avoir recours à une IVG (passé de dix à douze semaines en 2001) n’a pas eu d’impact sur le moment auquel les femmes y ont recours. En effet, il n’y a pas eu de bond spectaculaire du nombre d’IVG effectuées entre la dixième et la douzième semaine de grossesse : d’après l’INED, c’est le plus souvent autour de six semaines que l’IVG intervient.

 

Et l’éducation ?

Il est important de noter que de nombreuses études soulignent l’importance de l’accès à l’information au sujet de la contraception et de la sexualité. A titre d’exemple, les adolescents et d’adolescentes n’ayant reçu aucune information de la part de leurs parents sont deux fois plus nombreux et nombreuses à n’utiliser aucun contraceptif lors de leur premier rapport sexuel. De même, le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français estime que « les jeunes filles surestiment largement certains risques [liés à la prise de contraceptifs], en particulier les risques de stérilité ultérieure ou de cancer […]. » Le CNGOF indique par ailleurs que des « connaissances erronées et imprécises » accroissent « le risque de grossesse non désirée, en particulier par l’utilisation de moyens peu efficaces de contraception ». [9]

 

Or, le Planning Familial est une association qui prend aussi en charge l’information des adolescents, des adolescentes, et des adultes. En intervenant dans les écoles, en conseillant et en orientant celles et ceux qui se présentent, cette structure effectue une mission de santé publique qui est indispensable. Il en va de même des centres pratiquant l’IVG, qui, de l’avis même du Sénat, ne se contentent pas de prendre en charge des IVG mais offrent aussi « aux femmes un service d’écoute, d’information et de prévention ».[10]

 

Loin de devoir supprimer les subventions qui sont allouées à des organismes comme ceux-ci, les pouvoirs publics devraient plutôt se préoccuper de réduire les inégalités territoriales. Le Sénat pointe ainsi du doigt « l’existence de « goulots d’étranglement » dans certaines zones de forte demande, notamment les grandes villes » et des « difficultés toujours plus grandes d’accès aux consultations ». Le fait que cent trente centres IVG aient fermé depuis 2001 (soit près d’un centre sur cinq) n’a vraisemblablement rien fait pour réduire ces inégalités territoriales.[11]

 

L’accès à ces espaces et le maintien de Plannings Familiaux nombreux et de qualité est crucial pour que le « droit des femmes à disposer de leur corps » ne soit pas juste une déclaration de principes. Pour un Etat qui se targue régulièrement de représenter « le pays des Droits de l’Homme », faire de cette déclaration une réalité est un minimum.

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[1] https://www.youtube.com/watch?v=BHOvQQf8C20

[2] https://www.youtube.com/watch?v=qjCcAXc4kkY

[3] http://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/175/population_fr_2014_3_france_pdf.fr.fr.pdf

[4] https://www.youtube.com/watch?v=qjCcAXc4kkY

[5] Bajos N., Rouzaud-Cornabas M., Panjo H., Bohet A., Moreau C. et l’équipe Fécond, 2014, « La crise de la pilule en France : vers un nouveau modèle contraceptif ? », Population et sociétés, n° 511.

[6] Collet M., Herbert J.-B., Vilain A., 2012, « Méthodologie de l’enquête sur les femmes

ayant eu recours à une interruption volontaire de grossesse en 2007 », Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, Document de travail n°30.

[7] Bajos N., Prioux F., Moreau C., 2013, « L’augmentation du recours répété à l’IVG

en France : des enjeux contraceptifs au report de l’âge à la maternité », Revue d’épidémiologie et de santé publique, n°61, vol. 4.

[8] http://www.lemonde.fr/sante/article/2015/04/09/ivg-l-assemblee-vote-la-suppression-du-delai-de-reflexion-de-sept-jours_4612101_1651302.html

[9] http://www.cngof.asso.fr/d_cohen/coB_13.htm#haut

[10] http://www.senat.fr/questions/base/2011/qSEQ110317791.html

[11] http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_ivg_volet2_v10.pdf

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J’ai comme le pressentiment que, cette année encore, notre jolie journée internationale des DROITS DES femmes va être transformée en une immonde journée de la fâme : shopping, rouge à lèvres et talons hauts. 

A l’occasion de cette journée du 8 mars, Libération publie un dossier qui, officiellement, récapitule les différentes positions féministes sur de grands thèmes de société : GPA, PMA, port du voile… Bon, en vrai, le journalisme étant ce qu’il est, le titre est beaucoup plus racoleur : « Peut-on être féministe et défendre le voile, le porno ou la garde alternée ? » On est loin de l’article de fond sur des sujets polémiques… A quand un Libé « Putes, jihad et hommes battus, les féministes au cœur de la tourmente » ?

Bref ! Je m’égare. Donc Libé propose un diagramme fort bien fait que je m’empresse de vous soumettre :

 

La cause, la cause, mais seulement quand ça rapporte.

Une remarque, d’abord. Les lecteurs attentifs et les lectrices attentives auront sans doute remarqué que les positions de Najat

Vallaud-Belkacem et de l’association Osez Le Féminisme coïncident exactement. C’est parfaitement normal. En effet, Caroline de Haas, présidente de cette association, est devenue conseillère de la Ministre des Droits des Femmes au moment de sa nomination… avant de démissionner pour fonder un cabinet de consulting privé « Egaé Conseil, d’égal à égale » qui facture maintenant ses services à l’Etat et, par son biais, aux entreprises « volontaires ». La cause, la cause, mais seulement quand ça rapporte.

 

Pour en revenir à l’article de Libération, il est malheureux que les trois journalistes qui l’ont signé ne partent pas de ce diagramme pour confronter les idées des différents courants en présence. A la place, nous avons le droit à un gloubi-boulga de tout ce qui fait vendre : le voile, la garde alternée, le porno. Mais que voulez-vous, le professionnalisme, ça ne paie pas les factures !

 

Commençons par le voile.

Sans rien expliquer de plus, les journalistes citent la sociologue Nacira Guénif-Souilamas : 

« L’émergence d’un féminisme minoritaire, multiculturel et multiconfessionnel a été vécue contre une

sorte de contresens féministe. Etre féministe et voilée serait un oxymore. »

Et voilà. Je parie que vous comprenez mieux quel est le problème maintenant. Heureusement que Libé est là. La sociologue ajoute : « Il est évident qu’au nom de l’antisexisme, on a nourri une forme de racisme ». Tellement évident qu’on ne va pas prendre la peine de vous l’expliquer, tiens.

 

 

C’est bien beau d’affirmer ce genre de choses de façon péremptoire. Mais pourquoi faire le lien entre antisexisme et racisme ? La réponse est loin d’être évidente. Ce qui frappe d’abord, c’est cet amalgame entre Islam et sexisme, comme s’il n’y avait que les musulmans qui ne respectaient pas les femmes, et comme si, sans cette satanée religion, nous vivrions tou(te)s ensemble dans une société merveilleuse d’harmonie et exempte de toute discrimination. Le fait est que nous n’avons pas attendu les musulmans pour vivre dans un monde sexiste, que la religion catholique n’est pas exactement connue pour son combat féministe, et que les 18% d’écart de salaire et les 75 000 viols ou agressions sexuelles annuels, pour ne citer qu’eux, ne peuvent pas être tous mis sur le dos des musulmans. On est de mauvaise foi, au sommet de l’État, mais quand même pas à ce point.


Alors, est-ce que le voile, c’est mal ? Moi, je n’en sais rien. Je ne porte pas le voile, je ne connais personne qui porte le voile.

Mais je suis gênée aux entournures quand j’entends que le voile est un symbole d’oppression. En effet, si une personne qui porte le voile ne le vit pas comme une oppression, je vois mal en quoi moi, toi, nous, non-musulman(e)s non-porteurs ou porteuses de voile, serions en position de juger, dans l’absolu, de ce qui est oppressif ou non. « Non, mon voile est un symbole de liberté. » « Mais si, tu es oppressée, puisque j’te l’dis. »

 

La garde alternée, maintenant.

Le paragraphe de Libé consacré à cette question est un modèle de désinformation. Loin d’être un « gros caillou dans la chaussure » de féministes qui seraient gênées par le « retour de revendication des pères qui réclament des droits », cette affaire est extrêmement simple, et les féministes sont (qui a dit « pour une fois » ? 😉 ) relativement d’accord sur cette question.

En effet, la seule information pertinente de l’article est la suivante : « dans 80% des cas, c’est le couple, dont le père, qui a décidé d’un commun accord de fixer la résidence principale de l’enfant chez la mère. » Elle est là, la réalité des chiffres. Dans 80% des cas, les couples considèrent qu’il revient à la mère de s’occuper de l’enfant les 2/3 du temps, et que la place du père ne doit pas occuper plus d’1/3 du temps : un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires. Alors, que des pères en colère montent sur des grues pour réclamer la garde alternée, c’est au mieux quelque chose de risible, au pire quelque chose d’outrageant.

 

Ce que Libé se garde bien de dire, comme d’ailleurs la plupart des médias qui ont couvert ces affaires de grues, ce sont les

raisons pour lesquels ces pères médiatisés n’avaient plus le droit de voir leurs enfants. Dans le cas de Serge Charnay, monté sur une grue à Nantes, il convient de rappeler qu’il a été condamné deux fois pour « soustraction d’enfant ». Concrètement, il a enlevé son enfant et s’est enfui avec. Il l’a gardé quinze jours la première fois. La seconde fois, il a brutalisé le grand-père de l’enfant pour s’emparer de ce dernier. Il ne l’a « rendu »que deux mois et demi plus tard, après une intervention des gendarmes qui avaient fini par le localiser.

Quant à Nicolas Moreno, le père monté sur une grue en Ardèche, il était à l’époque mis en examen pour agression sexuelle sur sa fille, et placé sous contrôle judiciaire. Alors qu’on ne vienne pas me parler de justice injuste ou autre baliverne dans le cas de ces pères.

 

La vraie question, et la seule que Libé ne pose pas, c’est pourquoi la majorité des couples qui se séparent considèrent qu’il revient à la mère d’élever les enfants. La réponse est à chercher du côté de notre conditionnement, de notre environnement social. Nous vivons dans une société qui considère que les petites filles naissent avec un gène du rose, et que les petits garçons naissent avec un gène du bleu. Du berceau à la tombe, les premières sont conditionnées pour penser que la famille, le foyer sont leur domaine : poupées en plastique, kits pour faire le ménage, dînettes pour faire à manger… Pendant ce temps, nos garçons se voient offrir des voitures en plastique, des kits pour bricoler, des costumes de héros… Un garçon ne pleure pas, n’est pas sensible (« mon fils, c’est pas un pédé »), et n’a pas à s’investir outre mesure auprès de ses enfants. Mais dire ça, c’est parler des études de genre, qui étudient précisément ces différences sociales. Et c’est faire fuir un lectorat affolé par la « théorie du djendeur », parce qu’il est borné n’a rien compris on lui a mal expliqué. Le djendeur, c’est pas bon pour les ventes. Alors que le porno, ça ça vous dope les chiffres.

 

Le porno, donc.

Alors que le diagramme parle de prostitution, l’article s’intéresse au porno, sans que jamais le lien entre les deux ne soit fait clairement. Le problème, comme j’ai eu l’occasion de l’écrire, c’est qu’il est difficile de soutenir qu’avoir des rapports sexuels pour gagner sa vie en tant que prostituée est illégal, tout en affirmant dans le même temps qu’avoir des rapports sexuels pour gagner sa vie en tant qu’actrice de X est légal.

Saluons également la capacité des journalistes de Libé à ridiculiser les positions féministes en les simplifiant à outrance :

« Il faut faire attention à ne pas le montrer aux enfants, cela fausse leur vision de la sexualité, mais si on

est adulte on peut en regarder, en même temps, ce n’est pas très bien, c’est un instrument de la domination masculine »

Une récompense aussi pour l’absence totale d’explication autour du Large Labia Project. Contrairement à ce que les journalistes écrivent, il ne s’agit pas de prendre en photo son vagin. N’importe quel idiot(e) ayant un minimum de connaissances anatomiques se rend en effet rapidement compte qu’à moins d’insérer l’appareil photo à l’intérieur du sexe, il est difficile de prendre en photo son vagin.

Il s’agit de prendre en photo sa vulve, c’est-à-dire ce qui se voit de l’extérieur. « Mais quelle drôle d’idée ! » (Je vous ai entendu !) Pas tant que ça. Les amateurs et amatrices de porno (on ne juge pas !) savent que la majorité des actrices présentent des organes sexuels « plats ». Ainsi, quand elles existent, leurs lèvres intimes sont parfaitement symétriques et ne « dépassent » pas de leur entre-cuisses. Pire, dans de nombreux cas, les actrices n’ont pas du tout de grandes lèvres et leur sexe a l’apparence d’un trou béant. D’ailleurs, le secteur de la labiaplastie, la chirurgie esthétique visant à modifier l’apparence des lèvres intimes, explose. C’est pour lutter contre cette idée selon laquelle le sexe féminin devrait être uniforme que le Large Labia Project propose aux femmes de photographier leur sexe. Ce projet vise à montrer que l’industrie pornographique est loin de refléter la réalité.

 

Conclusion ?

La conclusion de Libé, c’est qu’en éveillant son « cul cosmique », une femme a la possibilité de « changer le monde ». Je n’invente rien, c’est dans l’article !

Plus sérieusement, il est dommage que le 8 mars ne soit pas l’occasion de s’emparer des vrais problèmes ayant trait à l’égalité femmes-hommes et aux rapports entre hommes et femmes. Mais évidemment, expliquer que la fâme ne se réduit pas au shopping, au rouge à lèvres et aux talons hauts, c’est moins vendeur.

 

Que vous en rêviez ou que vous le redoutiez, vos « représentant(e)s » ont tranché pour vous. Le groupe PS à l’Assemblée Nationale a voté son soutien au dépôt d’une proposition de loi interdisant « l’achat d’acte sexuel ». Haro sur les client(e)s des putes ! L’occasion de faire le point sur ce débat qui oppose traditionnellement les tenant(e)s des différents -istes (abolitionnistes, réglementaristes…) sans qu’on y comprenne grand chose.

 

Partie 2 : Le « réglementarisme », le STRASS et autres paradoxes

Réglementarisme et pénalisation du client

Comme je vous l’expliquais il y a quelques jours, le débat autour de la prostitution se cristallise généralement autour de deux positions opposées. D’un côté du stade, on trouve les abolitionnistes, qui militent pour une lutte contre la prostitution et, à terme, son abolition. Et de l’autre côté du terrain, nous avons les réglementaristes, auxquel(le)s nous allons nous intéresser cette semaine.

 

Les tenant(e)s de cette position « réglementariste » demandent à ce que la prostitution cesse d’être cette chose affreuse sur laquelle tout le monde a un avis sans être directement concerné(e), pour devenir une activité comme une autre, réglementée par la loi. Les prostituées deviendraient des travailleuses du sexe, payant des impôts, bénéficiant d’une couverture sociale, de congés payés, d’arrêts maladies, etc. (Bon, sauf que dans les faits, les putes et les souteneurs paient déjà des impôts : voir notre Partie 1 : Un état des lieux et « l’abolitionnisme ».)

 

Pour ces militant(e)s, la pénalisation du client que le gouvernement actuel envisage n’aura aucun effet positif sur la condition des prostituées, bien au contraire. Ils et elles font ainsi valoir que, si le client est traqué, les prostituées déserteront les centres villes et les zones habitées pour reculer vers les bords de routes, les forêts, etc. où elles seront encore plus vulnérables, à la merci de détraqué(e)s comme des réseaux mafieux.

 

Source : liberation

Source : liberation

Pour les réglementaristes, pénaliser le client conduirait donc, à terme, à un renforcement des réseaux mafieux, qui auraient toute liberté de terroriser les prostituées pour qu’elles se rangent sous leur protection en échange d’une partie de leurs bénéfices. (Alors qu’en ville, c’est bien connu, personne ne se fait jamais agresser, et en cas d’agression, l’ensemble des personnes présentes se précipitent pour stopper l’agresseur ou l’agresseuse.)

 

Finalement, pour les abolitionnistes, quelle que soit la solution choisie, une lutte contre la prostitution, c’est avant tout une lutte contre les prostituées, et qui les fragilise.

 

 

La position du STRASS, Syndicat du TRAvail Sexuel

Le STRASS en particulier, Syndicat du TRAvail Sexuel, défend l’idée que les prostituées devraient être libres d’exercer ce métier s’il leur convient. (1) A sa tête, Morgane Merteuil explique très clairement qu’elle préfère ce travail à n’importe quel autre emploi non qualifié « traditionnel » : hôte(sse) de caisse, technicien(ne) de surface, ouvrier(e) du BTP… En tant que prostituée, elle a la possibilité de travailler le nombre d’heures qui lui convient, à des moments qui l’arrangent, pour faire des choses qu’elle choisit, le tout pour un salaire très confortable. A l’inverse, si elle exerçait un emploi « conventionnel », elle serait à la merci d’un(e) patron(ne) bien souvent exigent(e), sur le pied de guerre 35h par semaine, le tout pour un gagner à peine le SMIC. (2)

 

Mme Merteuil enfonce d’ailleurs le clou en proclamant haut et fort qu’elle ne juge le mode de vie de personne, et qu’elle n’apprécie pas qu’on lui explique que ce qu’elle fait n’est pas « moral ». Pour elle, l’abolitionnisme, « c’est le patriarcat qui a mauvaise conscience ». Ainsi, au lieu de s’attaquer aux réseaux prostitutionnels mafieux, à la traite d’être humains, et à la condition des femmes en général, une poignée de féministes et du personnel politique trouvent malin de se focaliser sur des prostituées qui ont choisi leur vie. Ces féministes et ces responsables politiques partent alors en croisade contre la prostitution et contre l’avis des personnes concernées, parce que c’est plus facile, au lieu de se décider à faire vraiment le bien des personnes qui en ont besoin, en somme.

 

Et lorsqu’on lui oppose l’argument de la marchandisation du corps, Morgane Mertueil répond qu’en tant que prostituée, elle ne vend pas son corps : elle vend des prestations sexuelles. Pour elle, ça n’est pas très différent d’autres professions faisant appel au physique : docker, technicien(ne) de surface, magasinier(e)… « Vendre son corps » ou « vendre sa force de travail » ne serait qu’un jeu sur les mots qui masquerait en fait l’exploitation économique que subissent certain(e)s. (Oui, on l’aura compris Merteuil penche franchement à gauche.)

 

A ce stade de la réflexion, il me faut quand même préciser que le STRASS compte environ 500 adhérant(e)s se réclamant de la prostitution, pour un nombre de prostitué(e)s sur le territoire français estimé entre 15 et 20 000. Donc dans les faits, Mme Mertueil parle pour 3,5% des prostitué(e)s, quoi. (Cela étant, la question de la représentativité des syndicats ne se limite pas au STRASS, m’enfin…)

 

 

Un héritage chrétien et une vraie hyprocrisie

Ce qui est dégradant, estiment donc les abolitionnistes, ça n’est donc pas l’activité prostitutionnelle en tant que telle : c’est le regard que notre société porte sur elle. En effet, des siècles de chrétienté en France ont profondément influencé la façon dont nous percevons « les choses du sexe ». Même si les mentalités changent très rapidement, la sexualité est encore très largement associée à la procréation. Pour le dire autrement : on baise pour se reproduire. De fait, une sexualité en dehors du couple, sans lendemain, uniquement pour le plaisir, ou pour assouvir de simples envies, cette sexualité-là reste encore largement méprisée, qu’elle soit le fait d’hommes (ces coureurs) ou de femmes (ces traînées).

 

Enfin, les réglementaristes pointent du doigt l’hypocrisie française, qui consiste à tolérer et à réglementer l’industrie

pornographique, mais à interdire la prostitution. Et force est de constater qu’ils marquent des points : si le corps doit être préservé, pourquoi tolérer l’existence d’acteurs et d’actrices de films pornographiques ? Quelle est la différence entre une actrice de X, qui se fait enfiler pour gagner sa vie, et une prostituée, qui se fait enfiler pour gagner sa vie ?

 

 

Oui, mais…

Bon, alors d’accord. C’est vrai que les arguments des réglementaristes semblent frappés au coin du bon sens, et qu’après tout, je vois mal pourquoi on irait décider de ce qui est bien ou pas pour une certaine catégorie de population, contre l’avis de cette dernière.

 

Et puis, si les prostituées ont choisi leur vie, elles exercent une activité que je ne me vois pas exercer, mais au même titre que je préférerais éviter de rejoindre les personnes de la DDE qui travaillent dans les vapeurs de goudron et se massacrent le dos à coups de marteau piqueur pendant 40 ans de leur vie.

 

Mais-mais-mais. Mais sur les 15-20 000 prostituées françaises, combien ont réellement « choisi leur choix » ? Combien ont, comme Mme Mertueil apparemment, procédé à une réflexion à tête reposée et choisi cette voie sans qu’aucune contrainte économique ou personnelle ne vienne interférer ? Pour combien les dettes, les frais, pour elles-mêmes et pour leurs enfants, ont joué un rôle décisif dans ce « choix » ?

 

Alors, la glamourisation de la prostitution à grands coups de films réalisés par des gens qui n’y connaissent rien (tousse-Jeune et Jolie-tousse-tousse), les success story à la Zahia, les prostituées qui préfèrent cette activité à une autre, je veux bien. Mais je suis quand même gênée aux entournures par une activité qui implique une pénétration consentie mais pas désirée. Sans compter que je ne peux pas me résoudre à l’idée que le « genre de la prostitution », à savoir le fait que la majorité des prostituées soient des femmes, et la majorité des clients soit des hommes, soit une donnée anodine à balayer d’un revers de main.

 

En effet, quand on constate que la majorité des sièges dans les CA et des Comités Exécutifs des grands groupes sont

occupés par des hommes, on se pose toutes et tous la question des mécanismes sociaux qui font que les femmes n’accèdent pas à ces positions. Mais lorsqu’il s’agit de prostitution, on voudrait me faire croire que cette répartition n’a aucune importance ?

 

Traitez-moi de judéo-chrétienne réac’, j’ai quand même du mal à me résoudre à militer pour que, dans un monde idéal, la prostitution soit une activité normale…

 

 

 

(1) http://site.strass-syndicat.org/

(2) Voir ses diverses interventions sur le blog acontrario.net, entre autres : Discours abolitionnistes : les premières victimes sont les putes et Mon ami abolitionniste et moi (Lettre ouverte à Patric Jean)  

Que vous en rêviez ou que vous le redoutiez, vos « représentant(e)s » (hm, hm) ont tranché pour vous. Le groupe PS à l’Assemblée Nationale s’est déclaré favorable à une proposition de loi interdisant « l’achat d’acte sexuel ». Haro sur les client(e)s des putes ! L’occasion de faire le point sur ce débat qui oppose traditionnellement les tenant(e)s des différents -istes (abolitionnistes, réglementaristes…) sans qu’on y comprenne grand chose.

Partie 1 : Le point sur la situation en France et sur « l’abolitionnisme ». 

Abolitionnistes, réglementaristes et l’Etat français : les positions officielles

Il faut dire aussi que la « technicisation » du débat n’aide pas à prendre position. Globalement, l’opinion s’est polarisée autour de deux courants de pensée : les abolitionnistes d’un côté, et les réglementaristes de l’autre.

 

Les abolitionnistes sont, comme leur nom l’indique, pour l’abolition de la prostitution. Ils et elles pensent que la prostitution, ceymal, et qu’il faut la combattre par tous les moyens. Les réglementaristes de leur côté, sont, la vie est bien faite, pour la réglementation de l’activité prostitutionnelle, c’est-à-dire pour que la prostitution soit reconnue comme une activité comme une autre, et soumise à cet titre à une réglementation de l’Etat.

 

Quant à l’Etat français, il n’interdit pas la prostitution. Mal lui en prendrait d’ailleurs, puisqu’actuellement, les personnes

qui se prostituent sont tenues de déclarer leurs revenus dans la case « Bénéfices Non Commerciaux ». Eh oui ! Pour Bercy, ton cul, c’est un bénéfice. En revanche, dans sa toute-puissante logique, l’Etat a proscrit le racolage actif (celui à base de « Eh mon joli, tu veux me chevaucher toute la nuit ? C’est 100€ la première demie-heure et au bout de quatre, t’as une image. »). Mais, plus étonnant, il a aussi proscrit le racolage passif (*). En gros, si tu as l’air d’une pute, tu te fais aligner.

 

Et c’est là que le bât blesse : ça ressemble à quoi, une pute ? Parce que si la minijupe et le minitop sont des critères distinctifs, il faudrait aligner la moitié des boîtes de France. Alors la Police a trouvé d’autres façons de déterminer si la meuf en bottes, là, au coin de la rue, elle tapine. Critère numéro un : si elle a des préservatifs dans son sac : elle tapine. Ce qui, hurlent les associations concernées, conduit de nombreuses prostituées à se promener sans préservatifs, et à mettre en danger leur santé.

 

Et puis, l’Etat a décidé que le proxénétisme, c’est-à-dire toute activité destinée à faciliter la prostitution d’autrui, était

illégal. Mais-mais-mais, pas à une contradiction près, et surtout parce qu’il a besoin de thunes, l’Etat a aussi décrété que le fait que le proxénétisme constituait un délit était « sans incidence sur son caractère imposable ». Tout à fait M’sieurs-Dames. Et donc les macs de France et de Navarre doivent s’acquitter de l’impôt sur le revenu dans la catégorie « Bénéfices Industriels et Commerciaux » puisqu’ils « spéculent sur le travail d’autrui ». Et puis, soyons fou, « le proxénète est par ailleurs redevable de la TVA sur l’ensemble des recettes encaissées par les personnes qui agissent sous sa dépendance ».

 

Normal. Tout cela est parfaitement cohérent.

 

 

La prostitution, c’est le symbole même de la domination et de l’exploitation des femmes par un système hétéro-patriarcal injuste et oppressif

A tes souhaits. Pour les abolitionnistes, la prostitution, c’est avant tout la marchandisation du corps humain, qui ne doit être acceptée sous aucun prétexte. Ainsi, l’intégrité corporelle est indissociable de la dignité de la personne humaine. Chaque être humain a le droit au respect de son corps et ce dernier doit être protégé, et maintenu en dehors de toute logique marchande. (Mais l’adoption de bébés cambodgiens, ça, on peut « marchandiser », no problem. Ahem.)

 

Les abolitionnistes pointent également du doigt le « genre de la prostitution » : dans leur grande majorité, ce sont des hommes qui achètent des « services prostitutionnels », et ce sont des femmes qui fournissent ces « services ». Et pour ces militant(e)s, cette situation est cohérente avec le reste de la réalité des femmes. En vrac et dans le désordre, citons un salaire en moyenne 31% inférieur à celui des hommes (ça, ça veut dire qu’il faut qu’une femme travaille jusqu’en avril de l’année suivante pour gagner ce que son conjoint touche en décembre) (2), 47 500 victimes de violences conjugales chaque année (130 par jour) (3), 75 000 victimes de viol chaque année (205 chaque jour) (4), etc. etc.

 

La prostitution serait donc à la fois le symbole et le révélateur de tout ce qui est détraqué de notre société lorsqu’il s’agit de la place des femmes.

 

Hostile une réglementation comme celle qui a eu lieu à Amsterdam, les abolitionnistes rappellent que la criminalité a

augmenté dans le quartier rouge de cette ville, au lieu de diminuer. En réalité, disent-ils et disent-elles, le seul motif justifiant la réglementation, ce sont les rentrées d’argent dans les caisses de l’Etat.

 

Ils et elles ne croient pas non plus que l’instauration de maisons closes permettrait aux prostituées une pratique plus encadré (usage de préservatifs, tests de dépistages de MST fréquents, cadence moins soutenue…). Au contraire, ils et elles mettent en avant des témoignages de prostituées espagnoles, officiant dans les maisons closes de l’autre côté des

Plus vite, plus fort, plus seul(e)...

Plus vite, plus fort, plus seul(e)…

Pyrénées. Le regroupement des filles en maisons closes et le fait de dépendre d’un(e) patron(ne) développe en réalité une logique de concurrence à caractère capitaliste. Les filles sont poussées à accepter de plus en plus de choses pour ne pas être « dépassées » par ce qu’acceptent d’une part leurs « collègues », et d’autre part les filles des autres maisons closes. Une concurrence se développe alors, et la prostitution devient soumise au « toujours plus » (plus violent, plus de passes) et au « toujours moins » (moins cher, moins de protections).

 

Par ailleurs, loin de faire disparaître la traite d’êtres humains, l’ouverture de maisons closes a laissé le champ libre aux réseaux mafieux, dont les filles prostituées prennent en charge les « prestations » qu’aucune maison close ne veut fournir. Ainsi, au lieu de s’améliorer, la situation de ces filles se serait même dégradée.

 

Enfin, aux personnes réclamant que la prostitution soit considérée comme un métier comme un autre, les abolitionnistes répondent par l’absurde : si la prostitution vaut n’importe quel métier, alors pourra-t-on se voir proposé ce travail par Pôle Emploi ? Sera-t-on obligée d’accepter, sous peine de radiation ? A quand des CAP prostitution pour former nos filles à ce métier ?

 

 Source : collectif Les jeunes pour l’abolition

 

 

(*) Abrogé à l’initiative d’Europe Ecologie Les Verts en mars 2013.

(1) Rapport du Sénat : Les politiques publiques et la prostitution. Rapport d’information sur l’activité de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes pour l’année 2000.

(2) Rapport de l’observatoire des inégalités : Les inégalités de salaire hommes-femmes : état des lieux, chiffres de janvier 2013.

(3) Rapport du Sénat : Violences au sein des couples (chiffres de 2007) :  Ce même rapport estime à 2 millions le nombre de femmes victimes actuellement de violence conjugales, soit une femme de 18-59 ans sur 10.

(4) En réalité, l’Enquête Nationale sur les Violences envers les Femmes en France de 2000 a estimé ce chiffre à 50 000 femmes de 20-59 ans. L’enquête INSEE sur les violences faites aux femmes de 2005-2006 fait état de 115 000 femmes de 18-59 ans. Bien qu’il ne corresponde pas exactement à la réalité, le chiffre de 75 000 est généralement retenu. Pour une explication plus complète, voir le blog « Pas de Justice, Pas de Paix« .

Caricature-DSKCela fait deux ans que le nom de Dominique Strauss-Kahn a cessé d’être synonyme de respectabilité, de candidat idéal et de futur Président de la République française. Deux ans que les accusations pleuvent sur DSK, que les procès se multiplient et que les voix s’élèvent. Deux ans que le portrait que l’on nous fait de cet homme est de moins en moins lisse et de plus en plus inquiétant.

 

Et pourtant. Pourtant, c’est un cri de colère que je voudrais pousser ce soir, face à la façon RSF liberté presse censurescandaleuse dont les médias, par le biais d’humoristes, animateurs et animatrices, chroniqueurs et chroniqueuses, personnalités publiques… ont traité les faits qui leurs étaient relatés. Malgré la violence des accusations, en deux ans, le nom de DSK n’est pas devenu synonyme de « violeur en série », mais de « libidineux qui aimait trop les femmes ». Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?

 

Pour toutes celles et tous ceux à qui les médias n’ont jamais donné que des bribes d’informations, voici un rappel des faits :

justice injuste tronquée

  • Mai 2011 : Nafissatou Diallo accuse DSK d’agression sexuelle, tentative de viol et séquestration dans le cadre de l’affaire « du Sofitel de New York ». Le parquet décide de ne pas poursuivre DSK.
  • Août 2011 : Tristane Banon accuse DSK de tentative de viol. La justice reconnaît qu’il y a eu agression sexuelle. Cependant, les faits remontant à plus de trois ans, il y a prescription et l’affaire est classée sans suite.
  • Octobre 2011 : DSK est interrogé puis, en mars 2012, mis en examen pour proxénétisme aggravé en bande organisée dans le cadre de l’affaire « du Carlton de Lille ». Le parquet demande à la justice de prononcer un non lieu, c’est-à-dire d’estimer que les preuves ne sont pas suffisantes pour rendre un jugement.
  • Mai 2012 : toujours dans le cadre de cette affaire, une des prostituées accuse DSK de viol en réunion. Le parquet décide de ne pas poursuivre DSK.  
  • Juin 2013 : Myrta Merlino, journaliste italienne, accuse DSK d’agression sexuelle et de tentative de viol. « La justice suit son cours », comme on dit.  

(Petite précision tout de même: « le parquet » désigne les magistrat(e)s employé(e)s par l’Etat ordonner (ou pas) une enquête ET décider (ou pas) de poursuivre les criminels. Dans des affaires pénales comme c’est le cas ici, le parquet est donc le représentant de l’accusation, face à DSK qui représente « la défense ».)

Sans me substituer à la justice, je voudrais d’abord faire remarquer que dans deux affaires sur quatre jugées, le injusticeparquet, qui est censé représenter l’accusation, a décidé qu’il n’était pas nécessaire d’intenter un procès. Dans le système pénal américain comme dans le système pénal français, si le parquet abandonne les poursuites, vous et moi ne pouvons pas nous constituer partie civile et n’avons que nos yeux pour pleurer. Résultat : DSK ne sera JAMAIS jugé pour des faits d’agression sexuelle, de tentative de viol à deux reprises, de séquestration et de viol en réunion. Merveilleux.

 

Dans une troisième affaire, le même parquet, qui a lui-même décidé d’intenter un procès à DSK, décide finalement de demander à ce qu’un non lieu soit prononcé. C’est une procédure assez curieuse, vous ne trouvez pas ? S’ils et elles n’avaient pas assez de preuves, pourquoi entamer le procès ? Et s’il y a assez de preuves, pourquoi demander un non lieu ?

 

justice se casse la gueuleDans la dernière affaire, la « tentative de viol » est devenue « agression sexuelle », comme c’est très souvent le cas dans des affaires de ce genre (il est difficile de prouver qu’il y avait intention de violer). Est ensuite intervenue la notion de prescription judiciaire. DSK a finalement été déclaré coupable dans la seule affaire dans laquelle il ne pouvait pas être condamné. C’est beau, la justice, hein !?

 

Voilà pour l’aspect juridique de la chose. Maintenant, pour l’aspect médiatique, est-ce que QUELQU’UN pourrait m’expliquer en vertu de quoi, dans toutes les émissions dites « humoristes », les blagues faites au sujet de DSK le présentent toujours comme un coureur de jupon ? Le type a dû répondre à des chefs d’accusation extrêmement sérieux, faisant état de violence sexuelle inouïe, et tout ce qu’on trouve à faire, c’est à s’en moquer comme on se moquerait d’un homme qui tromperait trop sa femme ?

 

Mais c’est très grave ! Parce qu’en détournant la nature réelle des affaires, on en minimise l’impact. On envoie un violences faites aux femmes silencemessage à toutes les jeunes femmes victimes de viols ou d’agression sexuelle et qui n’osent pas porter plainte. Or, on estime à 45 000 à 75 000 les agressions de ce genre, chaque année, soit près de 200 agressions par jour. Quelque chose me dit que si 200 hommes, disons des boulangers par exemples, se faisaient tabasser violemment dans la rue tous les jours, on aurait l’ensemble de la classe politique qui décréterait des mesures d’urgence pour protéger les boulangers.

 

Mais là, non. Personne ne trouve ça sérieux. Et si DSK avait été accusé d’agression physique, de tentative de meurtre à deux reprises, de kidnapping, d’actes de torture et de barbarie, est-ce qu’on ferait des blagues en le présentant comme un excité qui ne sait pas contrôler ses pulsions meurtrières en s’esclaffant d’un rire gras ? Permettez-moi d’en douter.

 

manipulationEnfin, c’est anecdotique, mais c’est révélateur, en me documentant pour écrire cet article, je me suis aperçu que les formulations choisies par les journalistes étaient particulièrement honteuse. Deux exemples, simplement. Pour l’article qui explique que DSK a été reconnu coupable d’agression sexuelle sur Tristane Banon, le site « people » staragora.com titre : « DSK a gagné contre Tristane Banon », en choisissant donc de se focaliser sur la prescription, et non sur la culpabilité avérée. Pour parler des accusations de Myrta Merlino, le site rtl.fr explique : « Myrta Merlino, journaliste télé italienne de 44 ans, a affirmé […] que l’ancien directeur du FMI […] aurait tenté d’abuser d’elle. » Parler d’agression sexuelle et de tentative de viol, ça n’était pas à leur portée ?! Et puis, plus subtile, la double condition « a affirmé » ET « aurait tenté », alors que les règles du français commandent de rapporter des paroles telles qu’elles ont été prononcées. L’un dans l’autre, la phrase aurait dû être : « Myrta Merlino a affirmé que DSK l’a agressé sexuellement et a tenté de la violer » ou « DSK aurait agressé sexuellement et aurait tenté de violer Myrta Merlino. »

 C’est sûr, ça fait pas le même effet.

 

 

(*) Pour tout vous dire, il s’en est fallu de peu pour que cet article ne s’intitule : « DSK, violeur ordinaire ». Mais il m’est venu à l’esprit cette idée merveilleuse, que je risque un procès en diffamation si je décide de le déclarer coupable contre l’avis de la justice (qui ne l’a en fait pas jugé puisque les poursuites ont été abandonnées).

Sources : Pour un rappel de la chronologie, la page wikipédia de DSK, de l’affaire du Sofitel et du Carlton de Lille. Pour plus d’infos sur le procès au civil de Nafissatou Diallo : l’article de France24. Pour plus d’infos sur l’accusation de proxénétisme aggravé en bande organisée, l’article du Parisien. Sur l’accusation de viol en réunion, l’article de Libération, l’article de 20minutes et l’article de France24. Sur l’intervention de DSK à l’Assemblée Nationale, voir l’article du Nouvel Obs.

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Big brother is watching youL’enseignement de l’histoire aux jeunes enfants est quelque chose qui me fascine depuis que j’ai lu 1984 de George Orwell. Dans ce récit de sciences fiction, le personnage principal découvre que le gouvernement manipule l’histoire qui est enseignée aux citoyen(ne)s pour la faire correspondre à ses buts politiques. A chaque nouvel objectif politique, l’histoire est réécrite, manipulée, tordue.

 

A ce stade de la lecture, selon vos goûts personnels, vous pensez à la France avant la Révolution française, au régime de Vichy, à la Chine de Mao ou au régime chinois actuel. Et la France du XXIème siècle, vous y avez pensé ?

 

Il suffit de regarder les programmes scolaires d’histoire et de feuilleter quelques manuels pour se rendre compte de l’ampleur des dégâts. A les lire, on a l’impression que l’histoire de France est du monde est une succession d’hommes formidables qui ont mené la France à la grande puissance qu’elle est aujourd’hui. La condition des femmes et le racisme des personnages historiques sont complètement occultés. Et moi, ça m’ennuie quand même vachement.

 

Attention, je ne dis pas qu’il y manipulation consciente. Je ne pense pas que nosthéorie du complot hommes et nos femmes politiques se soient un jour réunis dans un bureau pour établir une stratégie visant à nous faire croire 1/ que les femmes n’avaient pas d’importance et 2/ que Pétain n’était qu’une absurdité monstrueuse de racisme au milieu d’une France ouverte et tolérante.

 

Ce que je dis, en revanche, c’est que personne n’a eu l’air de faire un effort pour éviter le sexisme et le racisme qu’on observe aujourd’hui. En même temps, on ne peut pas leur en vouloir. Dans la langue française, la généralisation se fait au masculin : « Les Français étaient contre la guerrien-que-des-hommes-CIAre d’Algérie », « les Marocains ont beaucoup souffert » et HOP ! On a l’impression qu’il n’y avait pas un seul utérus dans le paysage. Une histoire d’hommes qui se battent (de façon virile. Nos soldats, c’pas des tapettes.) contre d’autre hommes ; une histoire écrite par des hommes et pour des… garçons et des filles. Blanc(he)s et pas Blanc(he)s et à qui on doit quand même la vérité. (Au passage, si les instituteurs et les institutrices de France et de Navarre pouvaient nous éviter le traditionnel : « Le masculin l’emporte sur le féminin » pour expliquer que la généralisation se fait au masculin, ça s’rait super sympa. Merci d’avance, z’êtes adorables.)

 

Je vais être honnête, je n’ai pas très envie de me lancer dans une justification théorique. Pour celles et ceux que ça intéresse, je conseille Pierre Bourdieu et Michel Foucault. L’un et l’autre montrent que l’école, loin d’être un ascenseur social, sert à reproduire le modèle en place. Ici, je voudrais juste vous donner quelques exemples, que vous pourrez enrichir à loisir à partir des programmes scolaires.

 

  • La démocratie grecque, ce modèle 

Dans le chapitre « civilisation ancienne », on nous explique que les Grecs Démocratie athénienne(hop ! que des hommes !), plusieurs siècles avant la Révolution française, fonctionnaient déjà de façon démocratique. Formidable ! Si on excepte le fait que les femmes grecques avaient les mêmes droits que les esclaves, c’est-à-dire à peu près aucun.

 

  • Les grands hommes de l’Antiquité : Alexandre ou Jules César

Kleopatra-VII.-Altes-Museum-Berlin1Le programme impose de retracer la vie d’un illustre empereur. Bon, alors suggérer Alexandre ou César, c’est pas mal. Et sinon, quelqu’un a pensé à Cléopâtre (VII, la plus connue) ? Une femme à la tête du Royaume d’Egypte pendant vingt ans, avant même la naissance de J.C., ça n’intéresse personne ?

 

 

 

  • La Révolution française abolit les privilèges et instaure la démocratie

 delacroix_la_liberte_guidant_le_peupleAh, ça, c’est bien. La Révolution française instaure le droit de vote universel et donc la démocratie. Sauf que, c’est marrant, « universel » dans ce cas, ça veut dire « masculin ». La vie est bien faite… En fait, la Révolution française donne le droit de vote à tous les hommes, mais il faut attendre 1944 pour que les femmes aient le droit de se rendre aux urnes. Evidemment, on ne le présente jamais comme ça. Dans l’esprit de tout le monde, le droit de vote des hommes, c’est le progrès, le standard, la norme. Le droit de vote des femmes, c’est presque normal qu’on ait attendu si longtemps pour l’avoir.

 De façon assez pratique, on oublie que la Suède a donné le droit de vote aux femmes dès 1718, et que la Nouvelle Zélande l’a accordé dès 1893. Pire, le Royaume de France, dans cet enthousiasme révolutionnaire qui le caractérisait, a supprimé en 1791 le droit que les femmes avaient (depuis le XIIème siècle dans certaines régions) de voter aux élections consulaires (gouvernements locaux).

 

  • Napoléon, génie français

Napoleon_in_His_StudyJe vais vous éviter un débat sur l’ensemble de l’œuvre de Napoléon. Je tiens seulement à signaler que l’esclavage fut aboli dans l’empire français en 1794 sous l’impulsion révolutionnaire de la fin de siècle. En qu’en 1802, c’est notre bon vieux Napoléon qui rétablit l’esclavage et la traite des Noir(e)s.

 Pour parenthèse, c’est aussi lui qui, en 1803 proclama l’interdiction des mariages interraciaux entre Noir(e)s et Blanc(he)s ou, pour citer la prose de l’époque « entre un blanc et une négresse ou entre un nègre et une blanche ». Son conseiller pour ce décret, Ambroise Régnier, est d’ailleurs enterré au Panthéon. C’est beau.

 

  • Jules Ferry, père de l’école gratuite, laïque et obligatoire

Ah ça, on ne pourra pas lui enlever. Même s’il est loin d’avoir été le seul, Jules Ferry a bien été le père des lois de 1882 220px-Jules_Ferry_by_Georges_Lafosseinstaurant l’école gratuite au niveau du primaire, laïque, et obligatoire entre 6 et 13 ans.

En revanche, ce qu’on oublie souvent de dire, c’est que Jules Ferry est celui qui a relancé la conquête de la Tunisie, qui a aboutie au Protectorat de 1881. C’est aussi lui qui a poussé à l’extension de la mainmise sur le Congo Brazzaville en 1883 et sur Madagascar la même année. Et c’est sous son impulsion qu’a été lancée la conquête de l’Annam et du Tonkin en Indochine, en 1885.

 

  • Victor Hugo, défenseur des droits de l’homme

Victor-HugoIl est en particulier célèbre pour s’être prononcé contre la peine de mort bien avant son abolition en 1981. Ce qui serait sympa, c’est de ne pas oublier que ce grand humaniste était aussi un grand partisan de la colonisation, et qu’il l’avait défendue sans équivoque dans un discours de 1879 à l’Assemblée : « Peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. A qui ? A personne. Prenez cette terre à Dieu. »

 

  • François Mitterrand, président de gauche

Et Charles de Gaulle, grand vilain oppresseur des peuples d’Algérie. Une nouvelle fois, je vais éviter de tomber dans des considérations purement politiques sur l’ensemble de leurs actions. Mais je vais quand même souligner qu’en 1954, c’est bien François Mitterrand, Ministre de l’Intérieur, qui déclare : « Voilà donc qu’un peu partout, d’un seul coup, se répand le bruit que l’Algérie est à feu et à sang. […] Faut-il que l’Algérie ferme la boucle de cette ceinture du monde en révolte depuis quinze ans contre les nations qui prétendaient les tenir en tutelle ? Eh bien Mitterrand-Tour-de-Francenon ! Cela ne sera pas, parce qu’il se trouve que l’Algérie, c’est la France. […] Telle est notre règle, non seulement parce que la Constitution nous l’impose, mais parce que cela est conforme à nos volontés. »

Voilà, donc l’Algérie, c’est la France, non seulement parce que c’est écrit dans nos textes de lois, rédigés par nous-mêmes (commode !), mais aussi parce que ça nous plaît bien.

 

 

Make this pledgeLe but de cette petite liste, que je pourrais continuer sur plusieurs pages, n’est pas de faire la chasse aux sorcières. C’est simplement de montrer que les choses ne sont pas si simples qu’on voudrait parfois nous faire croire. Que l’histoire ne s’écrit pas avec d’un côté les gentils, et de l’autre côté les méchants. D’abord parce que cela serait oublier les gentilles et les méchantes. Et ensuite parce que, même si c’est plus pratique d’asséner de grandes vérités à de jeunes esprits, en leur faisant croire que « c’est comme ça et pas autrement », le rôle de l’école dans une démocratie digne de ce nom, c’est quand même de former des esprits critiques. Et sur ce point, il me semble qu’il y a encore du travail…

 

 

A voir : programmes scolaires du collège datés de 2009. Pour parenthèse, depuis la création d’un Ministère chargée de l’Instruction Publique/Education Nationale, jamais une femme n’a été nommée à sa tête.

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Le mariage hétéro est mort, vive le mariage pour tous ! Un billet rapide au milieu d’une semaine chargée pour répondre à une question qui m’a été posée souvent : quel est le rapport entre l’égalité hommes/femmes et les droits des lesbiennes, gays, bi(e)s et transsexuel(le)s (LGBT) ?

 

Ce qui dit la loi

assemblee_nationaleMais d’abord, un rappel. La loi qui a été votée cette après-midi (331 contre 255, alléluia !) ouvre la possibilité aux couples de même sexe de se marier. Elle leur donne également la possibilité de déposer un dossier en vue de l’adoption d’un enfant.

 Ni plus, ni moins.

 

Un Papa, Une Maman…

Ce que nous ont bien expliqué les opposant(e)s à cette loi, c’est qu’ils et elles n’étaient absolument pas homophobes, et un-papa-une-mamandonc que ça ne leur posait aucun problème que les homos se marient. En revanche, là où ça les chatouillait un peu, c’est au niveau de l’adoption, rebaptisé « droit à l’enfant » par des gens qui ne reculent devant rien pour manipuler la vérité.

 La raison serait la suivante : un enfant, pour bien grandir, aurait besoin d’un papa et d’une maman. Comme on leur objectait le cas des couples séparés, et comme ils et elles n’étaient pas à une incohérence près, ces charmantes personnes se sont empressé de rectifier, et de nous expliquer que les enfants avaient besoin d’un modèle féminin et d’un modèle masculin.

 

BEEEEP !! Mauvaise réponse. C’est là que leur argumentaire coince.

 

stereotypesJouons-là comme Sarko : « Un modèle féminin, qu’est-ce que c’est ? » C’est d’abord une femme, avec un utérus et un vagin, mais surtout avec les qualités naturelles de la femme : la douceur, la soumission, l’attention aux autres, la capacité à faire tourner des lessives et à faire à bouffer. Bref, une femme, une vraie, celle dont on se moque dans les blagues sexistes : qui porte du rose, des jupes, qui pleure, qui ne comprend jamais rien et nous emmerde à parler tout le temps.

 

Et, vous me voyez venir, ce « modèle masculin » dont aurait besoin l’enfant, c’est un homme, avec son pénis, mais surtout ses qualités naturelles d’hommes : la prise de décision, la force, la responsabilité, le caractère, la capacité à monter des meubles Ikéa et à changer des pneus. Bref, un homme, un vrai, celui qu’on essaye de nous vendre depuis toujours, des dessins animés Disney aux films de James Bond : qui porte du bleu, fait passer son travail avant sa famille, qui se bat avec ceux qui l’emmerde, et trompe sa femme quand il a l’occasion.

 

Ce que les « anti-mariage et adoption homos » ne veulent pas se rentrer dans le crâne, c’est que ce schéma-là, il est dépassé. Que maintenant, c’est pas parce qu’on est une maman qu’on n’aime pas le foot, et c’est pas parce qu’on est un papa qu’on ne peut pas prendre du temps pour consoler son enfant qui pleure. Cette division binaire absurde est la seule raison pour laquelle un couple homo ne pourrait pas élever un enfant correctement : qui ferait la femme ? et qui ferait l’homme ?

 

Une question d’égalité

L’égalité hommes/femmes est basée sur le fait qu’il n’y a pas de différence biologique entre homme et femme qui soit je veux choisir de ne pas me mariersuffisante pour justifier la domination de l’un et la soumission de l’autre. Elle suppose donc qu’il n’y a pas de définition de « femme » et « homme » qui justifie des inégalités. Et c’est exactement là-dessus que se basent les revendications LGBT.

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