A quelques pas de là…

Posts Tagged ‘prostitution

Regardées par des millions de gens chaque année, les pratiques sexuelles figurant dans les vidéos porno sont devenues bien plus que l’expression de fantasmes masculins : elles constituent une nouvelle forme de norme. Pendant ce temps, les actrices porno retournent à la prostitution de rue, illégale et violente.

 

 

« Le porno, c’est de la prostitution filmée. » C’est ainsi que Ran Gavrieli commence son allocution d’une quinzaine de minutes intitulée « Pourquoi j’ai arrêté de regarder du porno ? ».

 

 

Le porno est l’épine dans le pied des féministes qui, comme pour la prostitution, ont du mal à concilier libération sexuelle, capacité à choisir, à décider de sa sexualité, et indépendance financière d’une part, et d’autre part refus de l’objectification du corps humain et lutte pour une égalité de pouvoir entre femmes et hommes.

 

 

Or qu’est-ce que la prostitution si ce n’est la cristallisation des dysfonctionnements d’un système

 

patriarcal qui oppose les femmes respectables et les s*lopes qui couchent à droite, à gauche ? D’un système qui crée de toutes pièces la notion de « besoins » pour parler du désir sexuel des hommes ? Qui place majoritairement les hommes (blancs) à des postes où ils décident et les femmes sous leur autorité hiérarchique ? Cela étant, l’activité pornographique, c’est aussi la garantie d’une indépendance financière pour des femmes souvent sans qualification, issues des classes sociales inférieures. C’est aussi un usage flagrant du droit à disposer de son corps.[1] Comme le disent poétiquement les militantes pour le droit à l’IVG : « Mon corps, mon choix, ta gueule. »

 

Au lieu d’entrer dans ce débat et de tâcher de déterminer une fois pour toutes si « la prostitution, c’est bien » ou « le porno, c’est mal », examinons plutôt les valeurs et les messages culturels véhiculés par l’industrie pornographique.

 

La promotion d’une certaine forme de rapports sexuels

Tout d’abord, il faut souligner que ce secteur multi-milliardaire (52 milliards d’euros dans le monde en 2002[2]) s’adresse historiquement et majoritairement à un public masculin. C’est donc largement à partir de leurs fantasmes que se sont structurés les codes pornographiques. Est sexuel ce qui peut susciter le désir masculin, y compris les situations où les femmes acceptent un rapport sexuel sous la contrainte, par obligation, par surprise : pour payer un service (taxi, plomberie), récupérer un objet leur appartenant, satisfaire un employeur et éviter le licenciement…[3]

 

En outre, est sexuel tout ce qui a rapport avec la pénétration (buccale, vaginale, anale). Gavrieli dit que « le porno, c’est du sexe sans les mains ». Les caresses, les baisers, les éléments de sensualité qui connectent deux personnes au-delà de leurs seules parties génitales sont largement absentes des vidéos porno. Contrairement à l’imagination individuelle, qui a souvent besoin de se représenter dans un endroit, dans des circonstances particulières au cours desquelles tout bascule, dans le porno, il n’y a pas de réponses aux questions « où ? » et « comment ? ». Seules les réponses aux « quoi ? » importent. Le déroulement d’une vidéo porno est donc très ritualisé : fellation, pénétration, éjaculation de l’homme à l’extérieur du corps de la femme (il faut qu’elle se voie). L’éjaculation devient donc la finalité de l’acte sexuel, sa raison d’être. Le plaisir éventuel de la femme est accessoire. Elle n’est qu’un moyen conduisant à la jouissance de l’homme.

 

Des normes à suivre pour les filles et les garçons

La fille y a donc une fonction de pourvoyeuse passive. Toute forme d’envie personnelle qui n’aurait pas pour finalité immédiate le plaisir de l’homme n’existe pas. Le garçon, quant à lui, voit sa valeur déterminée par ses performances sexuelles, et plus particulièrement par la taille de son pénis et la durée de son érection. Toute forme de sensualité, d’émotion, d’attention à l’autre est exclue.

 

Or la courte vidéo porno de quelques minutes est devenue largement accessible à n’importe quelle personne équipée d’une connexion internet. L’industrie pornographique, de par son volume de production et par son accessibilité, n’est plus seulement vectrice de fantasmes s’adressant à un public masculin restreint. Elle est devenue un produit culturel (au sens de la culture commune) influençant la psyché collective. Elle agit par elle-même et en influençant des vecteurs non-pornographiques : industrie cinématographique classique, romans, publicité, qui reprennent certains de ses codes. Cinquante nuances de Grey est l’exemple le plus flagrant de cette influence du porno.

 

Cette industrie est aussi devenue un vecteur d’informations pour les adolescent(e)s peu désireux et désireuses de parler de sexualité avec leurs parents avant leur première fois ou au début de leur vie sexuelle. D’une industrie transgressant les normes pour entrer dans le domaine du fantasme, elle est devenue la norme pour toute une génération.

 

Cela conduit régulièrement les adolescentes à se demander si elles doivent céder à la pression sexuelle de leur partenaire pour éviter la rupture, ou à accepter que leurs ébats soient filmés, photographiés, enregistrés sous une forme ou une autre, quitte à voir ces enregistrements être partagés avec d’autres, y compris sur internet. Par ailleurs, des adolescents sont assaillis par des doutes sur leur valeur propre et sur leur aptitude à être en couple et à faire durer une relation s’ils ne sont pas capables des performances des acteurs porno. Certains adoptent mécaniquement leurs attitudes, même si elles ne correspondent pas à leurs désirs propres, persuadés que « c’est comme ça qu’on fait. »

 

Un manque d’informations, à la maison et à l’école

Difficile de contrer ces modèles pornographiques quand, au mieux, les parents se contentent d’un : « Le porno, ce n’est pas la vraie vie » énergique et convaincu, mais finalement peu explicite : à quoi ressenble-t-elle alors, la vraie vie ? Qui prend aujourd’hui la responsabilité d’infliger à son adolescent(e) mal à l’aise une discussion sur le sujet ? Ce n’est pas l’école, qui n’envisage la sexualité que sous l’angle reproductif (étude des appareils reproducteurs humains) ou de santé publique, au mieux (prévention des IST, contraception).

 

Quels parents disent à leur fille : « Tu sais, ce qui est important, c’est que toi tu prennes du plaisir, et que tu puisses demander ce qui te fait plaisir. » ? Quels parents disent à leur garçon : « En fait, au début de ta vie sexuelle, tu éjaculeras vite. C’est normal, et ce n’est pas la fin du rapport, si toi et elle avez encore envie. Et puis la taille n’a franchement pas beaucoup d’importance, parce que les filles sont surtout sensibles au niveau du clitoris, pas du vagin. » ? Au lieu de dire aux unes « Ne tombe pas enceinte ! » et aux autres « N’attrape pas le SIDA ! », pourquoi ne pas leur dire : « Un rapport, ça peut être des caresses mutuelles et des baisers, si vous en avez envie. Parfois, un rapport, c’est une pénétration. Tu peux arrêter quand tu veux, si tu veux. Parfois l’homme a jouit, parfois non. » ?

 

Des films porno à la prostitution (et vice versa)

Au-delà de la question adolescente (qui, ne nous leurrons pas, est destinée à devenir une question adulte dépassant la seule sphère sexuelle et influençant les rapports hommes/femmes), le visionnage de films porno est aussi problématique parce qu’il encourage toute l’industrie du sexe : là où il y a une demande, il y a une offre. Chaque clic sur des vidéos présentant des pratiques « hard » génère des revenus, et se traduit par le tournage d’autres films présentant des pratiques « hard ».

 

De plus, l’activité pornographique n’est qu’une des facettes du travail du sexe, qui comprend aussi les massages « avec finition », la prostitution sur internet ou par téléphone, le strip-tease, la prostitution de rue… « Le porno, c’est de la prostitution filmée », dont les seuls avantages comparatifs sont ceux du salariat : cachets, fiches de paye, cotisation retraite. Mais les carrières pornographiques ne durent pas, et combien d’acteurs et surtout d’actrices continuent à vendre du sexe ?

 

Peu d’études existent qui étudient la circulation des travailleuses du sexe, des plateaux de la pornographie à la rue de la prostitution. L’une d’elle, effectuée par Diaz-Benitez, a montré comment les acteurs et actrices porno brésilien(ne)s étaient parfois recruté(e)s dans la rue, dans les secteurs de prostitution.[4] Par ailleurs, Poulin explique que, dans une étude de 1998, près de la moitié des prostituées interviewées avaient participé à une production pornographique. Plus alarmant, dans une autre étude, près de 40% des prostituées interviewées avaient figuré dans un porno quand elles étaient enfants.[5]

 

Le porno ne fonctionne donc pas en circuit clos, mais n’est qu’une étape dans la vie de travailleuses du sexe qui peuvent passer de la pornographie infantile à la prostitution adolescente, tourner dans un film porno puis se faire embaucher dans un bar de strip-tease, être licenciée et retourner se prostituer dans la rue.

 

Or d’après diverses études, entre 85% et 90% des prostituées sont soumises à un proxénète, et leurs conditions de vie et de travail peuvent être alarmantes. Quelques chiffres, extraits d’études diverses[6] :

  • Parmi les prostituées de rue interviewées en Angleterre, près de 9 sur 10 ont été victimes de violence durant les douze derniers mois
  • Parmi les prostituées interviewées à Minneapolis (Etats-Unis), près de 8 sur 10 ont été victimes de viol par des proxénètes et des clients, en moyenne 49 fois par an
  • Parmi les suicides rapportés par les hôpitaux américains, près de 1 sur 6 concerne une prostituée
  • Les femmes et les filles prostituées au Canada connaissent un taux de mortalité 40 fois supérieur à la moyenne nationale

 

calme mer phareDevant un tel constat, peut-être pourrions-nous, collectivement autant qu’individuellement, choisir de ne plus alimenter ces représentations culturelles dommageables aux filles comme aux garçons, et tâcher de puiser l’érotisme et l’excitation dans une forme de fiction qui n’alimente pas le secteur le plus brutal de l’économie mondiale.

 

—————————————————–

Sources :

[1] Overall C. (1992), What’s wrong with Prostitution? Evaluatinf Sex Work, Signs, vol. 17, n°4, 704-724

[2] Dusch S. (2002), Le trafic d’êtres humains, Paris, PUF

[3] Rappelons que le Code pénal (article 222-23) définit « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise » comme un viol.

[4] Díaz-Benítez, M. E. (2013), Espaces multiples : penser la pornographie depuis ses lieux de production, Brésil(s) vol. 3 : http://bresils.revues.org/

[5] Respectivement : Farley M. et Barkan H. (1998), Prostitution, violence and posttraumatic stress discorder, Women & Health, vol. 27, n° 3, 37-49 et Silbert M. et Pines A.M. (1984), Pornography and sexual abuse of women, Sex Roles, vol. 10, n° 11-12, 857-868, cités par Poulin R. (2003), Prostitution, crime organisé et marchandisation, Revue Tiers Monde, vol.4, n° 176, p. 735-769 : www.cairn.info/revue-tiers-monde-2003-4-page-735.htm

[6] Chiffres cités par Poulin R. (2003), Prostitution, crime organisé et marchandisation, Revue Tiers Monde, vol.4, n° 176, p. 735-769 : www.cairn.info/revue-tiers-monde-2003-4-page-735.htm

Publicités
Étiquettes : , ,

J’ai comme le pressentiment que, cette année encore, notre jolie journée internationale des DROITS DES femmes va être transformée en une immonde journée de la fâme : shopping, rouge à lèvres et talons hauts. 

A l’occasion de cette journée du 8 mars, Libération publie un dossier qui, officiellement, récapitule les différentes positions féministes sur de grands thèmes de société : GPA, PMA, port du voile… Bon, en vrai, le journalisme étant ce qu’il est, le titre est beaucoup plus racoleur : « Peut-on être féministe et défendre le voile, le porno ou la garde alternée ? » On est loin de l’article de fond sur des sujets polémiques… A quand un Libé « Putes, jihad et hommes battus, les féministes au cœur de la tourmente » ?

Bref ! Je m’égare. Donc Libé propose un diagramme fort bien fait que je m’empresse de vous soumettre :

 

La cause, la cause, mais seulement quand ça rapporte.

Une remarque, d’abord. Les lecteurs attentifs et les lectrices attentives auront sans doute remarqué que les positions de Najat

Vallaud-Belkacem et de l’association Osez Le Féminisme coïncident exactement. C’est parfaitement normal. En effet, Caroline de Haas, présidente de cette association, est devenue conseillère de la Ministre des Droits des Femmes au moment de sa nomination… avant de démissionner pour fonder un cabinet de consulting privé « Egaé Conseil, d’égal à égale » qui facture maintenant ses services à l’Etat et, par son biais, aux entreprises « volontaires ». La cause, la cause, mais seulement quand ça rapporte.

 

Pour en revenir à l’article de Libération, il est malheureux que les trois journalistes qui l’ont signé ne partent pas de ce diagramme pour confronter les idées des différents courants en présence. A la place, nous avons le droit à un gloubi-boulga de tout ce qui fait vendre : le voile, la garde alternée, le porno. Mais que voulez-vous, le professionnalisme, ça ne paie pas les factures !

 

Commençons par le voile.

Sans rien expliquer de plus, les journalistes citent la sociologue Nacira Guénif-Souilamas : 

« L’émergence d’un féminisme minoritaire, multiculturel et multiconfessionnel a été vécue contre une

sorte de contresens féministe. Etre féministe et voilée serait un oxymore. »

Et voilà. Je parie que vous comprenez mieux quel est le problème maintenant. Heureusement que Libé est là. La sociologue ajoute : « Il est évident qu’au nom de l’antisexisme, on a nourri une forme de racisme ». Tellement évident qu’on ne va pas prendre la peine de vous l’expliquer, tiens.

 

 

C’est bien beau d’affirmer ce genre de choses de façon péremptoire. Mais pourquoi faire le lien entre antisexisme et racisme ? La réponse est loin d’être évidente. Ce qui frappe d’abord, c’est cet amalgame entre Islam et sexisme, comme s’il n’y avait que les musulmans qui ne respectaient pas les femmes, et comme si, sans cette satanée religion, nous vivrions tou(te)s ensemble dans une société merveilleuse d’harmonie et exempte de toute discrimination. Le fait est que nous n’avons pas attendu les musulmans pour vivre dans un monde sexiste, que la religion catholique n’est pas exactement connue pour son combat féministe, et que les 18% d’écart de salaire et les 75 000 viols ou agressions sexuelles annuels, pour ne citer qu’eux, ne peuvent pas être tous mis sur le dos des musulmans. On est de mauvaise foi, au sommet de l’État, mais quand même pas à ce point.


Alors, est-ce que le voile, c’est mal ? Moi, je n’en sais rien. Je ne porte pas le voile, je ne connais personne qui porte le voile.

Mais je suis gênée aux entournures quand j’entends que le voile est un symbole d’oppression. En effet, si une personne qui porte le voile ne le vit pas comme une oppression, je vois mal en quoi moi, toi, nous, non-musulman(e)s non-porteurs ou porteuses de voile, serions en position de juger, dans l’absolu, de ce qui est oppressif ou non. « Non, mon voile est un symbole de liberté. » « Mais si, tu es oppressée, puisque j’te l’dis. »

 

La garde alternée, maintenant.

Le paragraphe de Libé consacré à cette question est un modèle de désinformation. Loin d’être un « gros caillou dans la chaussure » de féministes qui seraient gênées par le « retour de revendication des pères qui réclament des droits », cette affaire est extrêmement simple, et les féministes sont (qui a dit « pour une fois » ? 😉 ) relativement d’accord sur cette question.

En effet, la seule information pertinente de l’article est la suivante : « dans 80% des cas, c’est le couple, dont le père, qui a décidé d’un commun accord de fixer la résidence principale de l’enfant chez la mère. » Elle est là, la réalité des chiffres. Dans 80% des cas, les couples considèrent qu’il revient à la mère de s’occuper de l’enfant les 2/3 du temps, et que la place du père ne doit pas occuper plus d’1/3 du temps : un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires. Alors, que des pères en colère montent sur des grues pour réclamer la garde alternée, c’est au mieux quelque chose de risible, au pire quelque chose d’outrageant.

 

Ce que Libé se garde bien de dire, comme d’ailleurs la plupart des médias qui ont couvert ces affaires de grues, ce sont les

raisons pour lesquels ces pères médiatisés n’avaient plus le droit de voir leurs enfants. Dans le cas de Serge Charnay, monté sur une grue à Nantes, il convient de rappeler qu’il a été condamné deux fois pour « soustraction d’enfant ». Concrètement, il a enlevé son enfant et s’est enfui avec. Il l’a gardé quinze jours la première fois. La seconde fois, il a brutalisé le grand-père de l’enfant pour s’emparer de ce dernier. Il ne l’a « rendu »que deux mois et demi plus tard, après une intervention des gendarmes qui avaient fini par le localiser.

Quant à Nicolas Moreno, le père monté sur une grue en Ardèche, il était à l’époque mis en examen pour agression sexuelle sur sa fille, et placé sous contrôle judiciaire. Alors qu’on ne vienne pas me parler de justice injuste ou autre baliverne dans le cas de ces pères.

 

La vraie question, et la seule que Libé ne pose pas, c’est pourquoi la majorité des couples qui se séparent considèrent qu’il revient à la mère d’élever les enfants. La réponse est à chercher du côté de notre conditionnement, de notre environnement social. Nous vivons dans une société qui considère que les petites filles naissent avec un gène du rose, et que les petits garçons naissent avec un gène du bleu. Du berceau à la tombe, les premières sont conditionnées pour penser que la famille, le foyer sont leur domaine : poupées en plastique, kits pour faire le ménage, dînettes pour faire à manger… Pendant ce temps, nos garçons se voient offrir des voitures en plastique, des kits pour bricoler, des costumes de héros… Un garçon ne pleure pas, n’est pas sensible (« mon fils, c’est pas un pédé »), et n’a pas à s’investir outre mesure auprès de ses enfants. Mais dire ça, c’est parler des études de genre, qui étudient précisément ces différences sociales. Et c’est faire fuir un lectorat affolé par la « théorie du djendeur », parce qu’il est borné n’a rien compris on lui a mal expliqué. Le djendeur, c’est pas bon pour les ventes. Alors que le porno, ça ça vous dope les chiffres.

 

Le porno, donc.

Alors que le diagramme parle de prostitution, l’article s’intéresse au porno, sans que jamais le lien entre les deux ne soit fait clairement. Le problème, comme j’ai eu l’occasion de l’écrire, c’est qu’il est difficile de soutenir qu’avoir des rapports sexuels pour gagner sa vie en tant que prostituée est illégal, tout en affirmant dans le même temps qu’avoir des rapports sexuels pour gagner sa vie en tant qu’actrice de X est légal.

Saluons également la capacité des journalistes de Libé à ridiculiser les positions féministes en les simplifiant à outrance :

« Il faut faire attention à ne pas le montrer aux enfants, cela fausse leur vision de la sexualité, mais si on

est adulte on peut en regarder, en même temps, ce n’est pas très bien, c’est un instrument de la domination masculine »

Une récompense aussi pour l’absence totale d’explication autour du Large Labia Project. Contrairement à ce que les journalistes écrivent, il ne s’agit pas de prendre en photo son vagin. N’importe quel idiot(e) ayant un minimum de connaissances anatomiques se rend en effet rapidement compte qu’à moins d’insérer l’appareil photo à l’intérieur du sexe, il est difficile de prendre en photo son vagin.

Il s’agit de prendre en photo sa vulve, c’est-à-dire ce qui se voit de l’extérieur. « Mais quelle drôle d’idée ! » (Je vous ai entendu !) Pas tant que ça. Les amateurs et amatrices de porno (on ne juge pas !) savent que la majorité des actrices présentent des organes sexuels « plats ». Ainsi, quand elles existent, leurs lèvres intimes sont parfaitement symétriques et ne « dépassent » pas de leur entre-cuisses. Pire, dans de nombreux cas, les actrices n’ont pas du tout de grandes lèvres et leur sexe a l’apparence d’un trou béant. D’ailleurs, le secteur de la labiaplastie, la chirurgie esthétique visant à modifier l’apparence des lèvres intimes, explose. C’est pour lutter contre cette idée selon laquelle le sexe féminin devrait être uniforme que le Large Labia Project propose aux femmes de photographier leur sexe. Ce projet vise à montrer que l’industrie pornographique est loin de refléter la réalité.

 

Conclusion ?

La conclusion de Libé, c’est qu’en éveillant son « cul cosmique », une femme a la possibilité de « changer le monde ». Je n’invente rien, c’est dans l’article !

Plus sérieusement, il est dommage que le 8 mars ne soit pas l’occasion de s’emparer des vrais problèmes ayant trait à l’égalité femmes-hommes et aux rapports entre hommes et femmes. Mais évidemment, expliquer que la fâme ne se réduit pas au shopping, au rouge à lèvres et aux talons hauts, c’est moins vendeur.

 

Que vous en rêviez ou que vous le redoutiez, vos « représentant(e)s » ont tranché pour vous. Le groupe PS à l’Assemblée Nationale a voté son soutien au dépôt d’une proposition de loi interdisant « l’achat d’acte sexuel ». Haro sur les client(e)s des putes ! L’occasion de faire le point sur ce débat qui oppose traditionnellement les tenant(e)s des différents -istes (abolitionnistes, réglementaristes…) sans qu’on y comprenne grand chose.

 

Partie 2 : Le « réglementarisme », le STRASS et autres paradoxes

Réglementarisme et pénalisation du client

Comme je vous l’expliquais il y a quelques jours, le débat autour de la prostitution se cristallise généralement autour de deux positions opposées. D’un côté du stade, on trouve les abolitionnistes, qui militent pour une lutte contre la prostitution et, à terme, son abolition. Et de l’autre côté du terrain, nous avons les réglementaristes, auxquel(le)s nous allons nous intéresser cette semaine.

 

Les tenant(e)s de cette position « réglementariste » demandent à ce que la prostitution cesse d’être cette chose affreuse sur laquelle tout le monde a un avis sans être directement concerné(e), pour devenir une activité comme une autre, réglementée par la loi. Les prostituées deviendraient des travailleuses du sexe, payant des impôts, bénéficiant d’une couverture sociale, de congés payés, d’arrêts maladies, etc. (Bon, sauf que dans les faits, les putes et les souteneurs paient déjà des impôts : voir notre Partie 1 : Un état des lieux et « l’abolitionnisme ».)

 

Pour ces militant(e)s, la pénalisation du client que le gouvernement actuel envisage n’aura aucun effet positif sur la condition des prostituées, bien au contraire. Ils et elles font ainsi valoir que, si le client est traqué, les prostituées déserteront les centres villes et les zones habitées pour reculer vers les bords de routes, les forêts, etc. où elles seront encore plus vulnérables, à la merci de détraqué(e)s comme des réseaux mafieux.

 

Source : liberation

Source : liberation

Pour les réglementaristes, pénaliser le client conduirait donc, à terme, à un renforcement des réseaux mafieux, qui auraient toute liberté de terroriser les prostituées pour qu’elles se rangent sous leur protection en échange d’une partie de leurs bénéfices. (Alors qu’en ville, c’est bien connu, personne ne se fait jamais agresser, et en cas d’agression, l’ensemble des personnes présentes se précipitent pour stopper l’agresseur ou l’agresseuse.)

 

Finalement, pour les abolitionnistes, quelle que soit la solution choisie, une lutte contre la prostitution, c’est avant tout une lutte contre les prostituées, et qui les fragilise.

 

 

La position du STRASS, Syndicat du TRAvail Sexuel

Le STRASS en particulier, Syndicat du TRAvail Sexuel, défend l’idée que les prostituées devraient être libres d’exercer ce métier s’il leur convient. (1) A sa tête, Morgane Merteuil explique très clairement qu’elle préfère ce travail à n’importe quel autre emploi non qualifié « traditionnel » : hôte(sse) de caisse, technicien(ne) de surface, ouvrier(e) du BTP… En tant que prostituée, elle a la possibilité de travailler le nombre d’heures qui lui convient, à des moments qui l’arrangent, pour faire des choses qu’elle choisit, le tout pour un salaire très confortable. A l’inverse, si elle exerçait un emploi « conventionnel », elle serait à la merci d’un(e) patron(ne) bien souvent exigent(e), sur le pied de guerre 35h par semaine, le tout pour un gagner à peine le SMIC. (2)

 

Mme Merteuil enfonce d’ailleurs le clou en proclamant haut et fort qu’elle ne juge le mode de vie de personne, et qu’elle n’apprécie pas qu’on lui explique que ce qu’elle fait n’est pas « moral ». Pour elle, l’abolitionnisme, « c’est le patriarcat qui a mauvaise conscience ». Ainsi, au lieu de s’attaquer aux réseaux prostitutionnels mafieux, à la traite d’être humains, et à la condition des femmes en général, une poignée de féministes et du personnel politique trouvent malin de se focaliser sur des prostituées qui ont choisi leur vie. Ces féministes et ces responsables politiques partent alors en croisade contre la prostitution et contre l’avis des personnes concernées, parce que c’est plus facile, au lieu de se décider à faire vraiment le bien des personnes qui en ont besoin, en somme.

 

Et lorsqu’on lui oppose l’argument de la marchandisation du corps, Morgane Mertueil répond qu’en tant que prostituée, elle ne vend pas son corps : elle vend des prestations sexuelles. Pour elle, ça n’est pas très différent d’autres professions faisant appel au physique : docker, technicien(ne) de surface, magasinier(e)… « Vendre son corps » ou « vendre sa force de travail » ne serait qu’un jeu sur les mots qui masquerait en fait l’exploitation économique que subissent certain(e)s. (Oui, on l’aura compris Merteuil penche franchement à gauche.)

 

A ce stade de la réflexion, il me faut quand même préciser que le STRASS compte environ 500 adhérant(e)s se réclamant de la prostitution, pour un nombre de prostitué(e)s sur le territoire français estimé entre 15 et 20 000. Donc dans les faits, Mme Mertueil parle pour 3,5% des prostitué(e)s, quoi. (Cela étant, la question de la représentativité des syndicats ne se limite pas au STRASS, m’enfin…)

 

 

Un héritage chrétien et une vraie hyprocrisie

Ce qui est dégradant, estiment donc les abolitionnistes, ça n’est donc pas l’activité prostitutionnelle en tant que telle : c’est le regard que notre société porte sur elle. En effet, des siècles de chrétienté en France ont profondément influencé la façon dont nous percevons « les choses du sexe ». Même si les mentalités changent très rapidement, la sexualité est encore très largement associée à la procréation. Pour le dire autrement : on baise pour se reproduire. De fait, une sexualité en dehors du couple, sans lendemain, uniquement pour le plaisir, ou pour assouvir de simples envies, cette sexualité-là reste encore largement méprisée, qu’elle soit le fait d’hommes (ces coureurs) ou de femmes (ces traînées).

 

Enfin, les réglementaristes pointent du doigt l’hypocrisie française, qui consiste à tolérer et à réglementer l’industrie

pornographique, mais à interdire la prostitution. Et force est de constater qu’ils marquent des points : si le corps doit être préservé, pourquoi tolérer l’existence d’acteurs et d’actrices de films pornographiques ? Quelle est la différence entre une actrice de X, qui se fait enfiler pour gagner sa vie, et une prostituée, qui se fait enfiler pour gagner sa vie ?

 

 

Oui, mais…

Bon, alors d’accord. C’est vrai que les arguments des réglementaristes semblent frappés au coin du bon sens, et qu’après tout, je vois mal pourquoi on irait décider de ce qui est bien ou pas pour une certaine catégorie de population, contre l’avis de cette dernière.

 

Et puis, si les prostituées ont choisi leur vie, elles exercent une activité que je ne me vois pas exercer, mais au même titre que je préférerais éviter de rejoindre les personnes de la DDE qui travaillent dans les vapeurs de goudron et se massacrent le dos à coups de marteau piqueur pendant 40 ans de leur vie.

 

Mais-mais-mais. Mais sur les 15-20 000 prostituées françaises, combien ont réellement « choisi leur choix » ? Combien ont, comme Mme Mertueil apparemment, procédé à une réflexion à tête reposée et choisi cette voie sans qu’aucune contrainte économique ou personnelle ne vienne interférer ? Pour combien les dettes, les frais, pour elles-mêmes et pour leurs enfants, ont joué un rôle décisif dans ce « choix » ?

 

Alors, la glamourisation de la prostitution à grands coups de films réalisés par des gens qui n’y connaissent rien (tousse-Jeune et Jolie-tousse-tousse), les success story à la Zahia, les prostituées qui préfèrent cette activité à une autre, je veux bien. Mais je suis quand même gênée aux entournures par une activité qui implique une pénétration consentie mais pas désirée. Sans compter que je ne peux pas me résoudre à l’idée que le « genre de la prostitution », à savoir le fait que la majorité des prostituées soient des femmes, et la majorité des clients soit des hommes, soit une donnée anodine à balayer d’un revers de main.

 

En effet, quand on constate que la majorité des sièges dans les CA et des Comités Exécutifs des grands groupes sont

occupés par des hommes, on se pose toutes et tous la question des mécanismes sociaux qui font que les femmes n’accèdent pas à ces positions. Mais lorsqu’il s’agit de prostitution, on voudrait me faire croire que cette répartition n’a aucune importance ?

 

Traitez-moi de judéo-chrétienne réac’, j’ai quand même du mal à me résoudre à militer pour que, dans un monde idéal, la prostitution soit une activité normale…

 

 

 

(1) http://site.strass-syndicat.org/

(2) Voir ses diverses interventions sur le blog acontrario.net, entre autres : Discours abolitionnistes : les premières victimes sont les putes et Mon ami abolitionniste et moi (Lettre ouverte à Patric Jean)  

Que vous en rêviez ou que vous le redoutiez, vos « représentant(e)s » (hm, hm) ont tranché pour vous. Le groupe PS à l’Assemblée Nationale s’est déclaré favorable à une proposition de loi interdisant « l’achat d’acte sexuel ». Haro sur les client(e)s des putes ! L’occasion de faire le point sur ce débat qui oppose traditionnellement les tenant(e)s des différents -istes (abolitionnistes, réglementaristes…) sans qu’on y comprenne grand chose.

Partie 1 : Le point sur la situation en France et sur « l’abolitionnisme ». 

Abolitionnistes, réglementaristes et l’Etat français : les positions officielles

Il faut dire aussi que la « technicisation » du débat n’aide pas à prendre position. Globalement, l’opinion s’est polarisée autour de deux courants de pensée : les abolitionnistes d’un côté, et les réglementaristes de l’autre.

 

Les abolitionnistes sont, comme leur nom l’indique, pour l’abolition de la prostitution. Ils et elles pensent que la prostitution, ceymal, et qu’il faut la combattre par tous les moyens. Les réglementaristes de leur côté, sont, la vie est bien faite, pour la réglementation de l’activité prostitutionnelle, c’est-à-dire pour que la prostitution soit reconnue comme une activité comme une autre, et soumise à cet titre à une réglementation de l’Etat.

 

Quant à l’Etat français, il n’interdit pas la prostitution. Mal lui en prendrait d’ailleurs, puisqu’actuellement, les personnes

qui se prostituent sont tenues de déclarer leurs revenus dans la case « Bénéfices Non Commerciaux ». Eh oui ! Pour Bercy, ton cul, c’est un bénéfice. En revanche, dans sa toute-puissante logique, l’Etat a proscrit le racolage actif (celui à base de « Eh mon joli, tu veux me chevaucher toute la nuit ? C’est 100€ la première demie-heure et au bout de quatre, t’as une image. »). Mais, plus étonnant, il a aussi proscrit le racolage passif (*). En gros, si tu as l’air d’une pute, tu te fais aligner.

 

Et c’est là que le bât blesse : ça ressemble à quoi, une pute ? Parce que si la minijupe et le minitop sont des critères distinctifs, il faudrait aligner la moitié des boîtes de France. Alors la Police a trouvé d’autres façons de déterminer si la meuf en bottes, là, au coin de la rue, elle tapine. Critère numéro un : si elle a des préservatifs dans son sac : elle tapine. Ce qui, hurlent les associations concernées, conduit de nombreuses prostituées à se promener sans préservatifs, et à mettre en danger leur santé.

 

Et puis, l’Etat a décidé que le proxénétisme, c’est-à-dire toute activité destinée à faciliter la prostitution d’autrui, était

illégal. Mais-mais-mais, pas à une contradiction près, et surtout parce qu’il a besoin de thunes, l’Etat a aussi décrété que le fait que le proxénétisme constituait un délit était « sans incidence sur son caractère imposable ». Tout à fait M’sieurs-Dames. Et donc les macs de France et de Navarre doivent s’acquitter de l’impôt sur le revenu dans la catégorie « Bénéfices Industriels et Commerciaux » puisqu’ils « spéculent sur le travail d’autrui ». Et puis, soyons fou, « le proxénète est par ailleurs redevable de la TVA sur l’ensemble des recettes encaissées par les personnes qui agissent sous sa dépendance ».

 

Normal. Tout cela est parfaitement cohérent.

 

 

La prostitution, c’est le symbole même de la domination et de l’exploitation des femmes par un système hétéro-patriarcal injuste et oppressif

A tes souhaits. Pour les abolitionnistes, la prostitution, c’est avant tout la marchandisation du corps humain, qui ne doit être acceptée sous aucun prétexte. Ainsi, l’intégrité corporelle est indissociable de la dignité de la personne humaine. Chaque être humain a le droit au respect de son corps et ce dernier doit être protégé, et maintenu en dehors de toute logique marchande. (Mais l’adoption de bébés cambodgiens, ça, on peut « marchandiser », no problem. Ahem.)

 

Les abolitionnistes pointent également du doigt le « genre de la prostitution » : dans leur grande majorité, ce sont des hommes qui achètent des « services prostitutionnels », et ce sont des femmes qui fournissent ces « services ». Et pour ces militant(e)s, cette situation est cohérente avec le reste de la réalité des femmes. En vrac et dans le désordre, citons un salaire en moyenne 31% inférieur à celui des hommes (ça, ça veut dire qu’il faut qu’une femme travaille jusqu’en avril de l’année suivante pour gagner ce que son conjoint touche en décembre) (2), 47 500 victimes de violences conjugales chaque année (130 par jour) (3), 75 000 victimes de viol chaque année (205 chaque jour) (4), etc. etc.

 

La prostitution serait donc à la fois le symbole et le révélateur de tout ce qui est détraqué de notre société lorsqu’il s’agit de la place des femmes.

 

Hostile une réglementation comme celle qui a eu lieu à Amsterdam, les abolitionnistes rappellent que la criminalité a

augmenté dans le quartier rouge de cette ville, au lieu de diminuer. En réalité, disent-ils et disent-elles, le seul motif justifiant la réglementation, ce sont les rentrées d’argent dans les caisses de l’Etat.

 

Ils et elles ne croient pas non plus que l’instauration de maisons closes permettrait aux prostituées une pratique plus encadré (usage de préservatifs, tests de dépistages de MST fréquents, cadence moins soutenue…). Au contraire, ils et elles mettent en avant des témoignages de prostituées espagnoles, officiant dans les maisons closes de l’autre côté des

Plus vite, plus fort, plus seul(e)...

Plus vite, plus fort, plus seul(e)…

Pyrénées. Le regroupement des filles en maisons closes et le fait de dépendre d’un(e) patron(ne) développe en réalité une logique de concurrence à caractère capitaliste. Les filles sont poussées à accepter de plus en plus de choses pour ne pas être « dépassées » par ce qu’acceptent d’une part leurs « collègues », et d’autre part les filles des autres maisons closes. Une concurrence se développe alors, et la prostitution devient soumise au « toujours plus » (plus violent, plus de passes) et au « toujours moins » (moins cher, moins de protections).

 

Par ailleurs, loin de faire disparaître la traite d’êtres humains, l’ouverture de maisons closes a laissé le champ libre aux réseaux mafieux, dont les filles prostituées prennent en charge les « prestations » qu’aucune maison close ne veut fournir. Ainsi, au lieu de s’améliorer, la situation de ces filles se serait même dégradée.

 

Enfin, aux personnes réclamant que la prostitution soit considérée comme un métier comme un autre, les abolitionnistes répondent par l’absurde : si la prostitution vaut n’importe quel métier, alors pourra-t-on se voir proposé ce travail par Pôle Emploi ? Sera-t-on obligée d’accepter, sous peine de radiation ? A quand des CAP prostitution pour former nos filles à ce métier ?

 

 Source : collectif Les jeunes pour l’abolition

 

 

(*) Abrogé à l’initiative d’Europe Ecologie Les Verts en mars 2013.

(1) Rapport du Sénat : Les politiques publiques et la prostitution. Rapport d’information sur l’activité de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes pour l’année 2000.

(2) Rapport de l’observatoire des inégalités : Les inégalités de salaire hommes-femmes : état des lieux, chiffres de janvier 2013.

(3) Rapport du Sénat : Violences au sein des couples (chiffres de 2007) :  Ce même rapport estime à 2 millions le nombre de femmes victimes actuellement de violence conjugales, soit une femme de 18-59 ans sur 10.

(4) En réalité, l’Enquête Nationale sur les Violences envers les Femmes en France de 2000 a estimé ce chiffre à 50 000 femmes de 20-59 ans. L’enquête INSEE sur les violences faites aux femmes de 2005-2006 fait état de 115 000 femmes de 18-59 ans. Bien qu’il ne corresponde pas exactement à la réalité, le chiffre de 75 000 est généralement retenu. Pour une explication plus complète, voir le blog « Pas de Justice, Pas de Paix« .

Cannes finiAlors que s’achève le Festival de Cannes, on ne compte plus les articles miniatures illustrés avec force de photos glamour, grandes robes, paillettes et escarpins. Les magazines « féminins » ont emmagasiné assez de « fashion faux pas » pour les huit prochains mois, les journaux télés ont pu éviter un quatorzième sujet sur le mauvais temps, et l’intelligentsia parisienne en a profité pour compter ses troupes : qui y était, qui n’y était pas, qui est « in », qui est déjà « has been ». [Remarque : vous commencez à me connaître. Il était hors de question que je vous mette des photos de « stars » qui, d’après moi, ne sont bonnes qu’à filer des complexes au reste d’entre nous. Les illus de cet article seront donc thématiques !]

 

 Au milieu de tous ces sujets qui se ressemblent, il me semblait important de mettre un coup de projecteur (remarquez au passage le jeu de mots habile… « Projecteur ». « Cinéma ». T’as compris ? Qu’est-ce que je suis drôle.) sur un article de Courrier International de cette semaine, reprise d’un papier du Hollywood Reporter plus tôt dans le mois.

 

Prostitution 2A côté des fastes du Festival, l’envers du décor est bien plus brutal. Entre cent et deux cent mille prostituées afflueraient chaque année au moment du Festival, pour satisfaire les nouveaux et les anciens riches de tous les pays. L’espace de dix jours, la Côte d’Azur se transforme en supermarché humain géant. On y trouve de tout. Pour les amateurs d’exotisme, des étrangères : du Royaume-Uni, du Venezuela, du Brésil, du Maroc ou de Russie. Pour ceux qui rêvent en Français, les putes viennent aussi de Paris ou des environs : Monaco, Nice.

 

Aux mains de prostitueurs professionnels ou le fait des jeunes femmes elles-mêmes, ce trafic peut s’avérer particulièrement rentable : jusqu’à 3000€ la nuit pour une prostituée « de luxe », entre 40€ et 60€ de l’heure pour les femmes des trottoirs. Pour en savoir plus, le Hollywood Reporter a interviewé Elie Nahas, ancien bras droit de Moatessem Kadhafi (le fils de Muammar) et responsable de ce bordel. Au sens propre. Ce délicieux gentleman a quitté la France alors que la justice instruisait son procès pour proxénétisme. C’est trop bête. Il en a pris pour huit ans. Si vous voulez mon avis, huit ans pour organiser du trafic d’être humains sur toute la Côté d’Azur et forcer des jeunes femmes à vendre leur corps pour son profit à lui, ça reste encore pas cher payé. Mais coElie Nahasmme personne ne me demande mon avis…

 

Bref, grand prince, Elie Nahas consent à expliquer le fonctionnement du système à la journaliste. Entre cent et deux cents filles entrent et sortent des hôtels de luxe chaque nuit. Entre trente et quarante yachts stationnés dans la baie de Cannes, sur lesquels on fait monter des filles pour la nuit : prostituées régulières, mannequins en mal de contrats ou actrices hollywoodiennes dont la carrière n’a pas décollée. Evidemment, Elie Nahas jure ses grands dieux n’avoir rien à voir avec le système et s’être contenté de faire le taxi entre l’aéroport et la Croisette. C’est qu’il est généreux, le monsieur.

 

prostitution 1Plus intéressant encore : il affirme que la police cannoise est au courant, mais choisit de fermer les yeux pour dix jours. Un scandale prostitutionnel alors que les plus grandes stars ont décidé de dépenser leur argent chez nous, c’est vrai que ça la fout mal. Et puis, les scandales prostitutionnels, on a déjà DSK qui s’en occupe. Selon Elie Nahas, victime du système, la seule raison pour laquelle la police et la justice française s’en seraient prises à lui serait ses affinités avec la famille Kadhafi. Ca m’arrache de le dire, mais ça ne m’étonnerait pas qu’il ait raison. Le Colonel n’étant plus dans les petits papiers de la République, mais les officiels français ayant tous plus au moins fricotté avec le régime pendant des années, « on » s’est sans doute dit que ça permettrait à tout le monde de se laver un peu les mains à peu de frais.

 

Il faut dire que c’était pas mal raisonné. Le bras droit du fils de Kadhafi condamné par la justice française, ça a de la gueule. On évite en plus d’impliquer la majorité des festivaliers, et en particulier de ceux que Elie Nahas appelle « les Arabes », c’est-à-dire les grandes fortunes du Golfe qui injectent régulièrement des millions dans notre économie. A côté de ça, vous n’allez pas nous faire chier pour cent à deux cent mille filles prises dans les mailles des réseaux prostitutionnels, dont le seul choix se résume à se faire baiser pour de l’argent ou à se faire tabasser par leur mac, non ? Un peu de glamour, on est à Cannes, bordel.

 


Pour ne louper aucun article, abonnez-vous et recevez un email à chaque nouvel article publié. Pour cela, entrez votre adresse email dans le champ ci-dessous et cliquez sur "Je m'abonne !"

Catégories

Archives :

Publicités