A quelques pas de là…

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Le véritable lieu de naissance est celui où l’on a porté pour la première fois un coup d’oeil intelligent sur soi-même.

Marguerite Yourcenar, Les mémoires d’Hadrien.

Je suis née en patrie féministe il y a dix ans. Dix ans. Joyeux anniversaire.

Le féminisme est une fièvre ; grandissante, prosélyte et incurable. Hélas.

Je suis à cette étape de mon féminisme où, depuis de long mois, j’en interroge le sens. A quoi me « sert »-il ? Je suis dans un état de rage quasi-permanent face aux oppressions systémiques vécues par mon sexe. Où que je regarde, de quelque côté que je me tourne, m’explosent au visage des inégalités flagrantes et insupportables. Essayez !

Santé : Les femmes présentant tous les symptômes de l’AVC reçoivent moins souvent que les hommes (32% contre 41%) le bon diagnostic, les médecins attribuant souvent ces symptômes à de simples migraines ou vertiges. Elles sont plus nombreuses que les hommes à renoncer aux soins médicaux (+/- 6 points).

Sport : Les footballeuses professionnelles françaises touchent en moyenne 96% de moins que leurs homologues masculins. Celles qui évoluent dans les grands clubs français touchent en moyenne 4000€/mois contre 75 000€ mensuels en moyenne pour leurs homologues masculins.

Culture : Seules 22% des récipiendaires des grands prix littéraires français sont des femmes. Elles ne représentent que 33% de la programmation théâtrale française.

Sexualité : Les femmes sont 52% à déclarer avoir « souvent » ou « parfois » eu des rapports sexuels pour faire plaisir à leur partenaire sans en avoir eu vraiment envie elles-mêmes, contre 25% des hommes.

 

Ad libitum. Ad nauseam. Je repense à d’autres luttes majeures pour les droits des êtres humains et aux siècles d’oppression, et je me dis qu’il se pourrait bien que celle-ci durât encore longtemps.

Dans mes bons jours, je me laisse entraîner par l’idée que le féminisme a toujours été une bataille contre son temps. On n’est jamais féministe pour des droits acquis, même si on doit en permanence à la fois gratter le mur de tout un système avec ses ongles pour espérer l’éroder, et simultanément garder avec vigilance et férocité les fragments décrochés contre celles et ceux qui, vautours, rôdent avec l’espoir de les remettre.

Dans mes bons jours, je pense que c’est parce que des rangs entiers de féministes sont mortes en terre patriarcale que d’autres se lèvent et vivent avec des chaînes moins lourdes à porter. Et peut-être, rang après rang, toutes ces féministes dont j’aurai été auront construit une société plus libre pour les femmes.

Souvent, je me sens si fatiguée.

Ces belles idées brisent contre des centaines de petits épuisements quotidiens : expliquer (« ça, c’est sexiste »), dénoncer (« ça, c’est sexiste »), interrompre et corriger (« ça, c’est sexiste »)… Le mur est là. Toujours là. Solide. Mes ongles saignent, mes yeux pleurent, et nos conquêtes me semblent des poussières.

En dix ans de mon féminisme, qu’est-ce qui a changé ? Les chiffres ne vacillent même pas (1) et, à part quelques unes de magazines (2) qui me laissent à penser qu’on occupe peut-être une place, je peine à identifier ne fût-ce qu’un bouleversement social d’ampleur, dont nous pourrions nous enorgueillir et qui nous servirait de marchepied. (J’ouvre ici une parenthèse pour donner mon avis sur une modification majeure, récente et langagière : en parlant désormais de « violences sexistes et sexuelles » en lieu et place de « violences faites aux femmes », j’estime qu’on occulte mieux le rapport de domination qui touche un sexe et en favorise un autre.)

2009-2019. Dix ans après, qu’est-ce qui a changé ?

Moi. Le changement est en moi.

Commençons là : il est plus que temps de témoigner admiration et reconnaissance envers les féministes qui ont subi mes approximations, mes idées arrêtées et mes erreurs. Je dois à la patience de leur pédagogie le féminisme qui m’anime aujourd’hui, et que je m’efforce de maintenir inclusif en dépit de mon conditionnement social âgiste, classiste, grossophobe, homophobe, islamophobe, lesbophobe, raciste, transphobe, validiste… (3)

A 29 ans, mon féminisme me fournit la force jour après jour de devenir qui je veux être. Il est ce roc depuis lequel je refuse ce qui ne me convient pas et avance vers ce à quoi j’aspire.

Je porte moins de soutiens-gorges parce que ça n’a pas de sens et que je ne veux plus ; avec mon 90A, j’apprends doucement à embrasser cette nouvelle silhouette dans le miroir, à m’aimer, à être fière. J’ai fait des sports de combat « violents » (krav-maga et boxe thaïe) et je le proclame haut sans craindre d’effrayer. Je n’abdique pas ma liberté professionnelle. Je refuse les relations proches avec les personnes qui ne sont pas féministes, parce que c’est une base solide pour établir le respect de moi-même. Je ne perds pas de temps avec les personnes qui ne sont pas féministes ; « je séduis qui me séduit ». (4)

Mon féminisme me donne la force d’agir et d’aligner mes actes sur mes convictions. Mon féminisme, il défend toutes les femmes, mais il me défend d’abord moi. Moi, le respect auquel j’ai droit, toutes les choses auxquelles j’ai droit.

Mon féminisme, il défend toutes les femmes, mais même s’il ne « sert » qu’à moi, il en vaut la peine.

 

***

(1) https://www.ipsos.com/fr-fr/violences-sexuelles-pourquoi-les-stereotypes-persistent

(2) La nouvelle terreur féministe, Valeurs actuelles, mai 2019.

(3) Ordre alphabétique.

(4) Christiane Taubira : https://www.franceinter.fr/emissions/femmes-puissantes/femmes-puissantes-29-juin-2019

Je ne suis pas une féministe parfaite. J’ai gueulé lors des réunions de l’association féministe à laquelle j’appartenais, j’ai expliqué d’un ton enflammé mes positions à mes ami(e)s partageant les idées féministes. Mais au quotidien, en milieu hostile, je m’écrase.

 

Face au propriétaire de l’appartement que je louais

Le propriétaire de l’appartement que je louais (je n’aime pas l’expression « mon propriétaire », qui me donne l’impression d’être son animal domestique) voulait en changer les fenêtres, mais rencontrait des difficultés d’ordre administratif. Il avait besoin d’un permis, que la structure concernée refusait de lui délivrer. A la tête de cette structure, se trouvait une femme. Le propriétaire m’a donc dit tout naturellement :

« Les femmes, ce n’est pas fait pour avoir des responsabilités comme ça. »

 

Ce que j’ai pensé : « Tu te rends compte que je suis une femme, là ? Je serais donc biologiquement cantonnée à des rôles subalternes ? Sympa, autant que j’arrête d’essayer de faire carrière pour me consacrer à mes tâches naturelles : les gosses, la maison… ! »

Ce que j’ai dit, d’une voix égale et respectueuse : « Ce n’est pas tellement lié au fait d’être une femme, si ? Ce serait pareil avec n’importe qui, non ? »

– Non, les femmes ne sont pas capables de gérer ce genre de responsabilités, ça leur monte à la tête.

– Ah… Je ne sais pas… »

 

Et ça, mes ami(e)s, c’est ce que j’ai fait de mieux en termes de combativité ! Le reste du temps, je m’écrase lamentablement. Je suis incapable de rien dire, quelle que soit la gravité du propos tenu… Ami(e) féministe, toi qui complexes parce que tu n’as jamais « la bonne réplique » ou parce que tu n’as pas été « assez incisif/incisive », lis mon récit et déculpabilise. Je sers régulièrement de modèle aux crêpes (par ma capacité à m’aplatir hein, pas parce que la chantilly sort quand on m’appuie dessus !).

 

 

Face aux ami(e)s de mes ami(e)s

Les ami(e)s de mes ami(e)s sont mes ami(e)s, c’est bien connu. Ouais, non. Parfois, les ami(e)s de mes ami(e)s, ce sont de gros boulets. L’autre jour, la discussion portait sur la Thaïlande. Elle a naturellement dérivé sur les transsexuel(le)s :

« Les « ladyboys », là-bas, c’est un fantasme. C’est hyper populaire ! dit quelqu’un.

– Dans les hentais (BD pornographiques d’origine japonaise), on voit parfois des trucs avec des trans. J’en ai offert un à X. pour son anniversaire ! rit un(e) autre.

– Oh je l’ai vu ! s’esclaffe un(e) troisième. C’était dégueulasse !

– Tu imagines si ça t’arrive en vrai ? Elle se déshabille et là, tu tombes sur un sgeg ! Pouah ! La débandade ! s’exclame, hilare, un(e) quatrième.

– Dans les hentais, il y a aussi des trucs avec des chèvres ou des chiens ! » renchérit le ou la premier(e). Et la discussion de se poursuivre joyeusement sur le thème de la zoophilie.

 

Ce que j’ai pensé : « Mais enfin, on ne peut pas comparer les chèvres et les personnes trans ! J’ai des copains et des copines trans ; ce sont des gens normaux, sympas, avec des goûts alimentaires, des coups de cœur cinématographiques, des projets de carrière… Exactement comme vous et moi ! »

Ce que j’ai dit : Eh… Rien. Je n’ai absolument rien dit. J’ai murmuré un « Ben oui, ce sont des choses qui arrivent… » que seule ma voisine a entendu. Et puis, pour ne pas trahir complètement la cause, j’ai croisé les bras, me suis renfrognée, et j’ai reculé mon dos pour l’appuyer contre le dossier de la chaise.

 

 

Un peu plus tard, alors que la discussion avait dérivé sur Disney, et plus précisément sur la fée Clochette, l’une des personnes présentes a dit, en riant : « De toutes façons, la fée Clochette, c’est une pute ! Elle a une robe ras les seins et ras la moule. On dirait qu’elle va faire le tapin, regarde-moi ça ! »

 

Ce que j’ai pensé : « Slut-shaming, bonsoir ! Pour changer, une fille qui s’habille court est une pute, on est en 2016 mais tout va bien. »

Ce que j’ai dit : Au lieu de dire qu’une fille en robe courte avait le droit au respect, je me suis magistralement lancée dans une tirade sur le thème : « Elle n’est pas si courte, sa robe. »

 

 

Face à des collègues

J’ai travaillé en collège, où il y a eu une grosse bagarre entre deux groupes de garçons. L’un de ces groupes, issu d’un établissement voisin, soutenait un garçon qui venait de se faire plaquer par une fille. L’autre groupe, issu de notre établissement, soutenait le garçon qui s’était récemment mis en couple avec cette fille.

 

Le CPE a expliqué qu’il a fallu prévenir la police, et escorter le garçon de notre établissement jusqu’à son domicile, pour éviter qu’il se fasse casser la figure en bas de chez lui. Et puis il termine son récit en disant :

« Evidemment, j’ai convoqué X [la fille]. Je lui ai passé un savon, en lui disant qu’elle avait intérêt à se faire discrète jusqu’à la fin de l’année scolaire. »

 

Ce que j’ai pensé : « Donc deux groupes de mecs complètement teu-bés font les caïds, veulent balancer leurs petits poings d’adolescents pour éviter de montrer qu’ils n’ont pas de vocabulaire suffisant pour se parler, sèment la terreur devant le collège, et c’est la fille qu’on convoque pour lui dire de se tenir à carreau ? »

Ce que j’ai dit : « Ah, quand même. » #JeSuisCourage.

 

 

Face à ma famille

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai fermé ma gueule pour ne pas « gâcher l’ambiance » lors de réunions de famille. C’est difficile, parce que j’ai la sensation de ne pas pouvoir exister « en tant que moi », de devoir subir à chaque fois ces agressions que je prends personnellement. J’ai l’impression de ne pas être dans un environnement « safe », dans lequel je me sens bien : je suis constamment sur la brèche, prête à encaisser ces attaques. J’attends la prochaine remise en cause de ce en quoi je crois, de ce que je défends et donc, in fine, de moi en tant que personne.

 

Les dernières discussions en date portaient sur la parentalité des personnes handicapées. Je parlais d’un reportage que j’avais entendu à la radio, et rapportait les propos d’une femme : « J’avais une chance sur deux de transmettre ma maladie à ma fille. J’ai eu de la chance, elle est en bonne santé », disait-elle. Mon opinion était que vouloir absolument concevoir un enfant biologiquement relié à soi sachant que cet(te) enfant aurait une chance sur deux d’être malade, handicapé(e) toute sa vie, c’était un acte irresponsable et très égoïste.

 

L’une des personnes présentes est alors intervenue : « Ben c’est comme les homos ! Ils veulent absolument des gosses. Pourquoi ne pas autoriser le mariage et l’adoption avec une chèvre aussi ? » (Non, moi non plus je ne sais pas pourquoi les chèvres obsèdent autant les gens intolérants.)

 

Plus tard, lors d’une conversation portant sur les salons de coiffure de la ville, l’une des personnes présentes dit d’un ton tout à fait banal, sans aucune animosité, comme si c’était normal : « Ah, j’ai testé le salon recommandé par X., avec toutes ses fiotes. »

 

Alors qu’on causait « femme de ménage », l’un(e) dit en plaisantant : « Femme de ménage, c’est un pléonasme ! » (L’humour sexiste, c’est toujours aussi hilarant.)

 

Tandis que le dessert approchait et qu’il était question de banane, une personne se mit à imiter un accent « noir » pour demander : « Tu veux manger des bananes ? » Puis, poussant l’imitation plus loin, en roulant le [r] et en parlant fort : « Hiiiiiiii ! Je suis NOIR ! »

 

En parlant de nos ami(e)s respectifs et respectives, une personne a expliqué : « X., à chaque fois on le charie avec le fait qu’il est arabe. Quand on ne retrouve plus un truc : « X. ! C’est toi qui l’a pris, hein ? » » Une autre a ajouté : « J’aimerais bien savoir danser. Y., quand il danse, c’est un truc de fou, il danse trop bien. Il est noir, c’est normal pour lui. »

 

Pendant qu’on évoquait le fait que les filles ayant de nombreux partenaires sexuels étaient montrées du doigt alors que les garçons ayant beaucoup de partenaires étaient encensés : « C’est normal ! Une clé qui ouvre toutes les serrures, c’est une bonne clé. Une serrure qui se laisse ouvrir par toutes les clés, c’est une mauvaise serrure. »

 

Ce que j’ai pensé : « Putain, ce qu’ils et elles m’emmerdent, là, tou(te)s, avec leurs idées à la con ! On n’est plus en 1902, faudrait évoluer, un peu ! Ce n’est pas possible de devoir subir ça à chaque fête de famille ! »

Ce que j’ai dit : Eh ben, rien. Enfin, si : face à certaines remarques destinées à me faire réagir (à me « taquiner »), j’ai haussé les sourcils, les épaules, et en secouant la tête j’ai dit : « Que veux-tu que je te dise ? Tu sais très bien ce que je pense de ça. »

 

 

Pourquoi diantre est-ce que je ferme ma gueule ?

Dans tous les cas cités ci-dessus, je me suis tue. Pourquoi ? Eh bien parce que, en tout maturité affective, j’aime bien quand on m’aime bien. J’ai envie de faire bonne impression, j’ai envie qu’on m’apprécie. Enoncer haut et fort que les trans et les homos sont des personnes comme les autres, que porter une robe courte ne veut pas dire qu’on n’a plus le droit au respect, qu’avoir un vagin ne prédispose pas au ménage, tout ça, ça fait tache. Je deviendrais : « la fille qui n’a aucun humour, avec qui on ne peut plus rien dire ».

 

Objectivement, je devrais me moquer de ne pas être appréciée par des personnes tenant des propos sexistes, racistes, homophobes, transphobes. Alors pourquoi est-ce que je continue à jouer la comédie de la fille qui est normalement sexiste et qui trouve que le racisme, c’est rigolo ? Peut-être est-ce parce que je n’ai pas de cercle d’amis féministe suffisamment vaste pour me permettre de refuser ces moments de sociabilité. 80% des conversations étaient sympas, rigolotes. Devrais-je m’en priver au nom des 20% ? Je devrais. Je devrais pour espérer faire avancer les choses à mon échelle. Mais je n’ai pas le courage.

 

En famille, je me tais pour ne pas gâcher l’ambiance. Chacun(e) d’entre nous ayant un très fort caractère, je sais que la moindre discussion va durer, que nous allons hausser le ton, que personne n’acceptera d’avoir tort, et que toutes et tous, nous défendrons âprement nos manières de voir, quitte à être très désagréables les un(e)s envers les autres.

 

La question qui se pose malgré tout est la suivante : pourquoi cela devrait-il être à moi de faire ces efforts-là ? Pourquoi ne pourrait-on pas partir du principe que c’est à chacun(e) d’éviter de faire état d’opinions conflictuelles ? Ma famille me rétorquera vraisemblablement que c’est parce que je suis en minorité que c’est à moi de me censurer.

 

La solution pour m’assurer qu’ils et elles feront attention serait de m’énerver bien fort à chaque fois, pour que ce soit elles et eux qui se sentent obligés d’éviter ce genre de remarques sous peine de gâcher l’ambiance. Mais je ne le fais pas, je cède à la facilité. D’abord parce que des dizaines de discussions posées avec ces mêmes personnes m’ont convaincue qu’elles ne changeraient jamais d’opinion. Et ensuite, toujours selon le même principe, parce que j’aime bien qu’on m’aime bien, et que, pour ça, je suis prête à manger mon chapeau de temps en temps.

 

Au travail ou avec le propriétaire de l’appartement que je louais, j’évite les conflits. En tant que femme, j’ai été éduquée à cela : à « prendre sur moi », à « laisser glisser comme sur les plumes d’un canard » alors que mes frères ont été éduqués à « se défendre eux-mêmes », à « ne pas toujours appeler papa/maman pour venir à leur secours ». Je le sais bien, et pourtant, cette disposition, même si elle est acquise et pas innée, est devenue une composante de ma personnalité. J’ai peur de déranger, de demander trop, d’entrer en conflit. Je laisse échapper ma rage par derrière mais par devant, je m’aplatis comme une carpette.

 

Je ne suis pas une féministe parfaite. Etre féministe au quotidien, ce n’est pas facile.

Dans le cadre de la campagne électorale, Marion Maréchal-Le Pen, candidate du Front National pour la région PACA, a eu l’occasion de répéter son désir de supprimer les subventions accordées par la région au Planning Familial. Elle explique ainsi que, malgré une « libéralisation, une facilitation de l’accès aux contraceptifs, les avortements ne baissent pas, parfois même ils augmentent ».[1] Elle ajoute que « de plus en plus de femmes [y ont] recours de façon qui n’est pas rigoureuse ou responsable » (même si l’honnêteté oblige à reconnaître que Mme Maréchal-Le Pen « ne pense pas que ce soit une majorité des cas »).[2]

 

L’ennui, c’est que ces affirmations sont inexactes, contredites par des chiffres issus de rapports officiels que ni Mme Maréchal-Le Pen, ni les journalistes qui l’ont interrogée longuement à ce sujet n’ont lus. Comme d’autres avant elle, elle contribue à brandir l’épouvantail de « l’avortement de confort » qui, disons-le clairement, n’existe pas. « L’avortement de confort » est un mythe, porté par la vision fantasmée de responsables politiques qui, tout en prétendant être au contact du peuple et le défendre, ignorent tout de ses réalités quotidiennes.

 

Le nombre d’avortement a baissé depuis 1976

D’après une étude de l’INED de 2014,[3] le nombre d’IVG par femme a baissé entre 1976 et 1990 (passage de 0,66 à 0,49). Il a légèrement augmenté depuis 1990 et s’est stabilisé depuis pour atteindre 0,53 IVG par femme. Depuis 1976, le nombre de recours à l’IVG a donc effectivement baissé.

 

Depuis 2002, l’INED observe deux réalités contraires derrière ces chiffres. Tout d’abord, la proportion totale de femmes ayant recours à l’IVG a baissé. En parallèle, la probabilité d’avoir recours à l’IVG une nouvelle fois après un premier recours a augmenté. En un mot, l’INED explique que « moins de femmes ont recours à l’IVG, mais plus souvent de façon répétée. »

 

Les femmes ayant recours plusieurs fois à l’IVG prennent des contraceptifs

Tout ceci pourrait donner du grain à moudre à Mme Maréchal-Le Pen, qui ne voit pas pourquoi, alors que « nous avons un accès large à la contraception », ce serait « les impôts des Français » qui devraient payer « systématiquement l’irresponsabilité de certaines femmes de ce point de vue ».[4]

 

En réalité, les IVG ne sont pas demandées par des femmes irresponsables, qui ne se donnent pas la peine d’avoir recours aux contraceptifs malgré leur disponibilité. Ainsi, en 2013, seules 3% des femmes sexuellement actives et exposées au risque de grossesse n’utilisaient aucune contraception.[5]

 

Une étude de la Dress[6] a même montré que les femmes ayant recours à l’IVG pour la seconde fois ou plus déclarent plus souvent que les autres qu’elles ont recours à la contraception. Le recours multiple à l’IVG est donc sans rapport avec la prise de contraceptifs. En revanche, une étude de 2013[7] estime que ces femmes n’ont vraisemblablement pas bénéficié de conseils les incitant à changer de contraception, alors que, par définition, le contraceptif qu’elles prenaient au moment de la première IVG a échoué.

 

Les femmes ayant recours plus de deux fois à l’IVG restent minoritaires

A entendre Mme Maréchal-Le Pen ou même à lire trop vite le rapport de l’INED, on pourrait avoir l’impression que le nombre de recours multiples à l’IVG a explosé. C’est faux.

 

La grande majorité des femmes ayant recours à l’IVG ne le font qu’une seule fois (63%). En fait, 90% des femmes ont recours une ou deux fois à l’avortement dans toute leur vie. Seules 10% des femmes concernées ont recours à l’IVG plus de deux fois.

 

Qui sont les femmes qui avortent ?

D’après le même rapport de l’INED, près de la moitié des femmes qui avortent n’ont pas d’activité professionnelle (48%). A y regarder de plus près, une femme sur cinq est étudiante ou élève. De plus, 52% d’entre elles vivent seules. Il n’est pas difficile d’imaginer que ce qui motive le recours à l’IVG n’est toujours pas « l’irresponsabilité », mais le fait qu’elles accordent de l’importance au fait d’être en couple ou d’avoir un emploi et un revenu stable pour accueillir un enfant.

 

Dans le même temps, la majorité d’entre elles a déjà au moins un enfant (57%). Une nouvelle fois, loin d’être la jeune femme irresponsable que Mme Maréchal-Le Pen s’efforce de dépeindre, celle qui avorte est, le plus souvent, déjà mère et consciente de ce qu’implique l’arrivée d’un enfant. Elle estime donc en toute connaissance de cause ne pas pouvoir accueillir un nouvel enfant au sein de son foyer.

 

L’impact de lois « libéralisant l’accès à l’avortement »

Mme Maréchal-Le Pen fustige en particulier la très récente « loi santé » qui supprime le « délai de réflexion » qui était imposé aux femmes consultant pour obtenir un IVG. Ce délai était de sept jours.[8] S’il est trop tôt pour tirer des conclusions de l’application de cette suppression, il est utile de noter que l’allongement du délai pendant lequel il est possible d’avoir recours à une IVG (passé de dix à douze semaines en 2001) n’a pas eu d’impact sur le moment auquel les femmes y ont recours. En effet, il n’y a pas eu de bond spectaculaire du nombre d’IVG effectuées entre la dixième et la douzième semaine de grossesse : d’après l’INED, c’est le plus souvent autour de six semaines que l’IVG intervient.

 

Et l’éducation ?

Il est important de noter que de nombreuses études soulignent l’importance de l’accès à l’information au sujet de la contraception et de la sexualité. A titre d’exemple, les adolescents et d’adolescentes n’ayant reçu aucune information de la part de leurs parents sont deux fois plus nombreux et nombreuses à n’utiliser aucun contraceptif lors de leur premier rapport sexuel. De même, le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français estime que « les jeunes filles surestiment largement certains risques [liés à la prise de contraceptifs], en particulier les risques de stérilité ultérieure ou de cancer […]. » Le CNGOF indique par ailleurs que des « connaissances erronées et imprécises » accroissent « le risque de grossesse non désirée, en particulier par l’utilisation de moyens peu efficaces de contraception ». [9]

 

Or, le Planning Familial est une association qui prend aussi en charge l’information des adolescents, des adolescentes, et des adultes. En intervenant dans les écoles, en conseillant et en orientant celles et ceux qui se présentent, cette structure effectue une mission de santé publique qui est indispensable. Il en va de même des centres pratiquant l’IVG, qui, de l’avis même du Sénat, ne se contentent pas de prendre en charge des IVG mais offrent aussi « aux femmes un service d’écoute, d’information et de prévention ».[10]

 

Loin de devoir supprimer les subventions qui sont allouées à des organismes comme ceux-ci, les pouvoirs publics devraient plutôt se préoccuper de réduire les inégalités territoriales. Le Sénat pointe ainsi du doigt « l’existence de « goulots d’étranglement » dans certaines zones de forte demande, notamment les grandes villes » et des « difficultés toujours plus grandes d’accès aux consultations ». Le fait que cent trente centres IVG aient fermé depuis 2001 (soit près d’un centre sur cinq) n’a vraisemblablement rien fait pour réduire ces inégalités territoriales.[11]

 

L’accès à ces espaces et le maintien de Plannings Familiaux nombreux et de qualité est crucial pour que le « droit des femmes à disposer de leur corps » ne soit pas juste une déclaration de principes. Pour un Etat qui se targue régulièrement de représenter « le pays des Droits de l’Homme », faire de cette déclaration une réalité est un minimum.

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[1] https://www.youtube.com/watch?v=BHOvQQf8C20

[2] https://www.youtube.com/watch?v=qjCcAXc4kkY

[3] http://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/175/population_fr_2014_3_france_pdf.fr.fr.pdf

[4] https://www.youtube.com/watch?v=qjCcAXc4kkY

[5] Bajos N., Rouzaud-Cornabas M., Panjo H., Bohet A., Moreau C. et l’équipe Fécond, 2014, « La crise de la pilule en France : vers un nouveau modèle contraceptif ? », Population et sociétés, n° 511.

[6] Collet M., Herbert J.-B., Vilain A., 2012, « Méthodologie de l’enquête sur les femmes

ayant eu recours à une interruption volontaire de grossesse en 2007 », Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, Document de travail n°30.

[7] Bajos N., Prioux F., Moreau C., 2013, « L’augmentation du recours répété à l’IVG

en France : des enjeux contraceptifs au report de l’âge à la maternité », Revue d’épidémiologie et de santé publique, n°61, vol. 4.

[8] http://www.lemonde.fr/sante/article/2015/04/09/ivg-l-assemblee-vote-la-suppression-du-delai-de-reflexion-de-sept-jours_4612101_1651302.html

[9] http://www.cngof.asso.fr/d_cohen/coB_13.htm#haut

[10] http://www.senat.fr/questions/base/2011/qSEQ110317791.html

[11] http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_ivg_volet2_v10.pdf

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Nan.

 

Je ne vais pas mentir : j’ai chanté et dansé et aimé un grand nombre des chansons de Beyonce, lorsque j’étais plus jeune. « Mais ça, c’était avant », comme dit l’autre. Avant de m’interroger sur l’image de la femme dans les films, la musique, les livres, avant qu’Orelsan ne se fasse connaître avec une chanson qui dit : « T’es juste bonne à te faire péter le rectum, […] On verra comment tu suces quand j’te déboiterai la mâchoire, T’es juste une truie tu mérites ta place à l’abattoir », avant que Jason Derulo ne chante « Tu sais quoi faire de ces grosses fesses grasses : bouge-les, bouge-les, bouge-les », avant que le film Tristan & Yseult transforme une histoire d’amour réciproque en une demande unilatérale, Yseult suppliant Tristan de l’aimer tandis que lui garde en tête l’intérêt du royaume, avant que Miley Cyrus ne devienne célèbre en dansant de façon suggestive, pratiquement nue, sur des paroles ineptes, avant que Rihanna ne décide de ne pas déposer plainte contre Chris Brown malgré les coups qu’il a fait pleuvoir sur son visage, avant que le mari de Nigella Lawson, auteure de nombreux livres de cuisine et animatrice d’émissions culinaires, ne porte sa main autour du cou de sa femme, comme pour l’étrangler, sans que cette dernière ne s’exprime à ce sujet ou ne décide de le quitter… Bref, avant que je ne réalise que l’industrie du spectacle était peuplée de gens qui perpétuaient voire encourageaient les formes les plus violentes de domination de la femme dans l’unique but de gagner de l’argent.

 

Beyonce est un pur produit de l’industrie du spectacle : elle est influencée par les magnats hommes ou femmes qui en tiennent

les règles et influence à son tour le monde de la musique par ses productions. Et comme la plupart des femmes qui font ce métier, Beyonce s’est vendue, positionnée, marketée comme objet sexuel. Tant dans les paroles de ses chansons que dans les clips vidéos accompagnant ces dernières, elle s’est illustrée par une tendance constante à utiliser son corps comme un objet de désir sexuel à destination des hommes. Elle n’était alors plus une femme à part entière, portant un message (même ludique, ou léger). Elle était un corps qui danse, un corps qui dévoile et bouge les parties dites « érotiques » de son anatomie : seins, hanches, jambes dans des mouvements faisant référence ou mimant l’acte sexuel. Même et surtout pour des chansons dites « engagées » comme « Single Ladies (Put a Ring on It) » ou « Run the World (Girls) », souvent citées parce que leurs paroles décriraient des femmes indépendantes, fortes.

 

« Single Ladies » fait ainsi référence à une femme qui s’adresse de façon abrupte à son ex-petit ami en lui disant « Tu as eu ton tour, à présent il est temps que tu apprennes ce qu’on ressent quand je ne suis plus là ». Cependant, d’une part le message de la chanson est littéralement « si tu m’aimais tu m’aurais passé la bague au doigt », sous-entendant ainsi qu’une relation de couple qui n’évolue pas rapidement en une relation maritale n’a aucune raison d’être. Ensuite, le clip de cette chanson montre trois femmes, Beyonce et deux danseuses, dans des justaucorps de danse, sans aucun décor. Les mouvements de danse sont extrêmement sexualisés, les trois danseuses se penchant en avant, avant de se frapper les fesses, bougeant leurs poitrines d’avant en arrière par exemple. Il en va de même pour la chanson « Run the World (Girls) », censée être explicitement en faveur des femmes : « Qui dirige le monde ? Les filles ! ». Cependant, Beyonce répète à plusieurs reprises : « Mec, je ne fais que jouer, viens ici bébé, j’espère que tu m’aimes toujours », sous-entendant qu’elle ne fait que jouer la femme forte, mais espère avant tout que l’homme a bien compris qu’il s’agissait d’un jeu, et qu’elle ne voudrait pas perdre son affection. Ensuite, dès le début du clip, les femmes sont toutes peu habillées, vêtues de vêtements de cuir ou rappelant les animaux de l’Afrique : léopard, panthère, et autres imprimés utilisés depuis toujours pour des vêtements dits « sexy ». Ensuite, au moment même où Beyonce prononce cette phrase « Les filles, ce putain de monde est à nous ! », son visage est caché par ses cheveux et toute l’attention se concentre sur sa poitrine, qu’elle secoue vigoureusement.

 

Ces analyses ne portent que sur deux exemples, mais la carrière de Beyonce montre que les paroles de quelques chansons

portant sur le pouvoir des femmes sont toujours soigneusement et largement contrebalancées par d’autres paroles faisant machine arrière et des mises en scène vidéo faisant de Beyonce un objet sexuel. Cette stratégie habile lui a permis de rester tout à fait « grand public », en proposant des chansons ne dénotant pas dans un monde dans lequel le sexe fait vendre, tout en ayant matière à se positionner comme un modèle pour les jeunes filles. Beyonce a en effet compris que, pour durer dans ce métier, il ne faut pas seulement être appréciée à l’instant « t ». Il faut aussi être admirée et défendue contre d’éventuels détracteurs ou détractrices.

 

Récemment, l’arrivée sur le marché musical de très nombreuses jeunes chanteuses comme Miley Cyrus, Selena Gomez, Demi Lovato, issues des séries télévisées produites par Disney et aimées de milliers de jeunes Américains et Américaines pour cette raison, a conduit à une surenchère. Lady Gaga, Nicki Minaj, Britney Spears, et plus récemment Miley Cyrus ont repoussé les limites de la nudité et de la sexualisation de plus en plus loin. Le but était évidemment de choquer, comme Madonna a pu choquer à ses débuts : choquer pour que le reste des médias parle d’elles, en bien ou en mal. Tout plutôt que l’inexistence médiatique, synonyme de mort artistique. Face à cette déferlante d’artistes femmes tout aussi court vêtues, proposant des chorégraphies, dansant et chantant, étant appréciées, la survie médiatique passe par la différenciation. Celle-ci ne pouvant plus uniquement s’effectuer par la provocation, la sexualisation et la nudité, Beyonce choisit le féminisme.

 

Ainsi, elle s’assure le soutien de fans qui, la connaissant depuis une dizaine d’année et étant devenus parents à leur tour, admirent une chanteuse qui propose un modèle féminin positif à leurs filles. Elle surfe sur la vague d’un féminisme qui, sans être un phénomène majoritaire ou complètement positif, est toutefois devenu de plus en plus présent grâce aux réseaux sociaux. Elle se différencie des autres chanteuses en condamnant implicitement une attitude qu’elle a elle-même adoptée pendant si longtemps et continue à adopter dans une large mesure, et de façon pratiquement schizophrénique.

 

Ainsi, elle continue de rester « grand public » en panachant son féminisme de déclaration et d’attitudes parfaitement réactionnaire. Elle a par exemple publié une brève tribune réclamant l’égalité salariale entre hommes et femmes : à travail égal, salaire égal. En choisissant consciemment le combat féministe le plus consensuel, Beyonce ne prenait pas de risque. Interrogée sur son engagement féminisme, elle a par ailleurs déclaré :

« Ce terme peut être très extrême (sic)… Mais j’imagine que je suis une féministe des temps modernes. Je crois en l’égalité. Pourquoi devoir choisir quel type de femme nous sommes ? Pourquoi devoir choisir une étiquette pour se définir ? Je crois en l’égalité et que nous avons une façon d’avancer et que c’est quelque chose qui est mis de côté et que nous avons été conditionnées pour accepter. Mais je suis très heureuse dans mon mariage. J’aime mon mari. »

 

Avec cette réponse ambigüe, Beyonce se définit avec le mot « féministe », tout en présentant ce terme de façon négative, en tenant des propos complètement anti-féministes, et en opposant féminisme et vie de couple. En effet, les féministes ne croient pas que les femmes « ont une façon [particulière] d’avancer ». Ils et elles croient qu’hommes et femmes sont rigoureusement égaux, et que refuser un poste à une femme est tout aussi sexiste que de lui offrir en espérant qu’elle apporte de la douceur et de la souplesse dans l’équipe. Les féministes ne croient pas qu’engagement féministe et vie de couple sont incompatibles. Ils et elles croient qu’hommes et femmes doivent pouvoir mener la vie qui leur convient le mieux : célibataire ou en couple, hétérosexuel(le) ou homosexuel(le), en ayant une carrière ou non, sans se voir jugé sur la base de ce style de vie. Les féministes ne détestent pas les hommes. Ils et elles estiment que nous vivons dans un système qui favorise les hommes, quel que soit le degré de coopération des hommes à ce système. Pour les féministes, c’est le système qui doit être modifié, ce qui passe par une prise de conscience individuelle et un mouvement collectif, et certainement pas par l’ablation des parties génitales mâles.

 

Beyonce est-elle féministe ? Non. Mais elle a bien compris que le féminisme était une porte de sortie pour elle, actuellement, à condition d’être manié avec suffisamment de précaution pour rester toujours « dans la norme ». Cependant, nous vivons une époque intéressante : l’utilisation du féminisme comme qualité marketing constitue sans aucun doute un tournant pour ce mouvement.

 

Que vous en rêviez ou que vous le redoutiez, vos « représentant(e)s » ont tranché pour vous. Le groupe PS à l’Assemblée Nationale a voté son soutien au dépôt d’une proposition de loi interdisant « l’achat d’acte sexuel ». Haro sur les client(e)s des putes ! L’occasion de faire le point sur ce débat qui oppose traditionnellement les tenant(e)s des différents -istes (abolitionnistes, réglementaristes…) sans qu’on y comprenne grand chose.

 

Partie 2 : Le « réglementarisme », le STRASS et autres paradoxes

Réglementarisme et pénalisation du client

Comme je vous l’expliquais il y a quelques jours, le débat autour de la prostitution se cristallise généralement autour de deux positions opposées. D’un côté du stade, on trouve les abolitionnistes, qui militent pour une lutte contre la prostitution et, à terme, son abolition. Et de l’autre côté du terrain, nous avons les réglementaristes, auxquel(le)s nous allons nous intéresser cette semaine.

 

Les tenant(e)s de cette position « réglementariste » demandent à ce que la prostitution cesse d’être cette chose affreuse sur laquelle tout le monde a un avis sans être directement concerné(e), pour devenir une activité comme une autre, réglementée par la loi. Les prostituées deviendraient des travailleuses du sexe, payant des impôts, bénéficiant d’une couverture sociale, de congés payés, d’arrêts maladies, etc. (Bon, sauf que dans les faits, les putes et les souteneurs paient déjà des impôts : voir notre Partie 1 : Un état des lieux et « l’abolitionnisme ».)

 

Pour ces militant(e)s, la pénalisation du client que le gouvernement actuel envisage n’aura aucun effet positif sur la condition des prostituées, bien au contraire. Ils et elles font ainsi valoir que, si le client est traqué, les prostituées déserteront les centres villes et les zones habitées pour reculer vers les bords de routes, les forêts, etc. où elles seront encore plus vulnérables, à la merci de détraqué(e)s comme des réseaux mafieux.

 

Source : liberation

Source : liberation

Pour les réglementaristes, pénaliser le client conduirait donc, à terme, à un renforcement des réseaux mafieux, qui auraient toute liberté de terroriser les prostituées pour qu’elles se rangent sous leur protection en échange d’une partie de leurs bénéfices. (Alors qu’en ville, c’est bien connu, personne ne se fait jamais agresser, et en cas d’agression, l’ensemble des personnes présentes se précipitent pour stopper l’agresseur ou l’agresseuse.)

 

Finalement, pour les abolitionnistes, quelle que soit la solution choisie, une lutte contre la prostitution, c’est avant tout une lutte contre les prostituées, et qui les fragilise.

 

 

La position du STRASS, Syndicat du TRAvail Sexuel

Le STRASS en particulier, Syndicat du TRAvail Sexuel, défend l’idée que les prostituées devraient être libres d’exercer ce métier s’il leur convient. (1) A sa tête, Morgane Merteuil explique très clairement qu’elle préfère ce travail à n’importe quel autre emploi non qualifié « traditionnel » : hôte(sse) de caisse, technicien(ne) de surface, ouvrier(e) du BTP… En tant que prostituée, elle a la possibilité de travailler le nombre d’heures qui lui convient, à des moments qui l’arrangent, pour faire des choses qu’elle choisit, le tout pour un salaire très confortable. A l’inverse, si elle exerçait un emploi « conventionnel », elle serait à la merci d’un(e) patron(ne) bien souvent exigent(e), sur le pied de guerre 35h par semaine, le tout pour un gagner à peine le SMIC. (2)

 

Mme Merteuil enfonce d’ailleurs le clou en proclamant haut et fort qu’elle ne juge le mode de vie de personne, et qu’elle n’apprécie pas qu’on lui explique que ce qu’elle fait n’est pas « moral ». Pour elle, l’abolitionnisme, « c’est le patriarcat qui a mauvaise conscience ». Ainsi, au lieu de s’attaquer aux réseaux prostitutionnels mafieux, à la traite d’être humains, et à la condition des femmes en général, une poignée de féministes et du personnel politique trouvent malin de se focaliser sur des prostituées qui ont choisi leur vie. Ces féministes et ces responsables politiques partent alors en croisade contre la prostitution et contre l’avis des personnes concernées, parce que c’est plus facile, au lieu de se décider à faire vraiment le bien des personnes qui en ont besoin, en somme.

 

Et lorsqu’on lui oppose l’argument de la marchandisation du corps, Morgane Mertueil répond qu’en tant que prostituée, elle ne vend pas son corps : elle vend des prestations sexuelles. Pour elle, ça n’est pas très différent d’autres professions faisant appel au physique : docker, technicien(ne) de surface, magasinier(e)… « Vendre son corps » ou « vendre sa force de travail » ne serait qu’un jeu sur les mots qui masquerait en fait l’exploitation économique que subissent certain(e)s. (Oui, on l’aura compris Merteuil penche franchement à gauche.)

 

A ce stade de la réflexion, il me faut quand même préciser que le STRASS compte environ 500 adhérant(e)s se réclamant de la prostitution, pour un nombre de prostitué(e)s sur le territoire français estimé entre 15 et 20 000. Donc dans les faits, Mme Mertueil parle pour 3,5% des prostitué(e)s, quoi. (Cela étant, la question de la représentativité des syndicats ne se limite pas au STRASS, m’enfin…)

 

 

Un héritage chrétien et une vraie hyprocrisie

Ce qui est dégradant, estiment donc les abolitionnistes, ça n’est donc pas l’activité prostitutionnelle en tant que telle : c’est le regard que notre société porte sur elle. En effet, des siècles de chrétienté en France ont profondément influencé la façon dont nous percevons « les choses du sexe ». Même si les mentalités changent très rapidement, la sexualité est encore très largement associée à la procréation. Pour le dire autrement : on baise pour se reproduire. De fait, une sexualité en dehors du couple, sans lendemain, uniquement pour le plaisir, ou pour assouvir de simples envies, cette sexualité-là reste encore largement méprisée, qu’elle soit le fait d’hommes (ces coureurs) ou de femmes (ces traînées).

 

Enfin, les réglementaristes pointent du doigt l’hypocrisie française, qui consiste à tolérer et à réglementer l’industrie

pornographique, mais à interdire la prostitution. Et force est de constater qu’ils marquent des points : si le corps doit être préservé, pourquoi tolérer l’existence d’acteurs et d’actrices de films pornographiques ? Quelle est la différence entre une actrice de X, qui se fait enfiler pour gagner sa vie, et une prostituée, qui se fait enfiler pour gagner sa vie ?

 

 

Oui, mais…

Bon, alors d’accord. C’est vrai que les arguments des réglementaristes semblent frappés au coin du bon sens, et qu’après tout, je vois mal pourquoi on irait décider de ce qui est bien ou pas pour une certaine catégorie de population, contre l’avis de cette dernière.

 

Et puis, si les prostituées ont choisi leur vie, elles exercent une activité que je ne me vois pas exercer, mais au même titre que je préférerais éviter de rejoindre les personnes de la DDE qui travaillent dans les vapeurs de goudron et se massacrent le dos à coups de marteau piqueur pendant 40 ans de leur vie.

 

Mais-mais-mais. Mais sur les 15-20 000 prostituées françaises, combien ont réellement « choisi leur choix » ? Combien ont, comme Mme Mertueil apparemment, procédé à une réflexion à tête reposée et choisi cette voie sans qu’aucune contrainte économique ou personnelle ne vienne interférer ? Pour combien les dettes, les frais, pour elles-mêmes et pour leurs enfants, ont joué un rôle décisif dans ce « choix » ?

 

Alors, la glamourisation de la prostitution à grands coups de films réalisés par des gens qui n’y connaissent rien (tousse-Jeune et Jolie-tousse-tousse), les success story à la Zahia, les prostituées qui préfèrent cette activité à une autre, je veux bien. Mais je suis quand même gênée aux entournures par une activité qui implique une pénétration consentie mais pas désirée. Sans compter que je ne peux pas me résoudre à l’idée que le « genre de la prostitution », à savoir le fait que la majorité des prostituées soient des femmes, et la majorité des clients soit des hommes, soit une donnée anodine à balayer d’un revers de main.

 

En effet, quand on constate que la majorité des sièges dans les CA et des Comités Exécutifs des grands groupes sont

occupés par des hommes, on se pose toutes et tous la question des mécanismes sociaux qui font que les femmes n’accèdent pas à ces positions. Mais lorsqu’il s’agit de prostitution, on voudrait me faire croire que cette répartition n’a aucune importance ?

 

Traitez-moi de judéo-chrétienne réac’, j’ai quand même du mal à me résoudre à militer pour que, dans un monde idéal, la prostitution soit une activité normale…

 

 

 

(1) http://site.strass-syndicat.org/

(2) Voir ses diverses interventions sur le blog acontrario.net, entre autres : Discours abolitionnistes : les premières victimes sont les putes et Mon ami abolitionniste et moi (Lettre ouverte à Patric Jean)  

Que vous en rêviez ou que vous le redoutiez, vos « représentant(e)s » (hm, hm) ont tranché pour vous. Le groupe PS à l’Assemblée Nationale s’est déclaré favorable à une proposition de loi interdisant « l’achat d’acte sexuel ». Haro sur les client(e)s des putes ! L’occasion de faire le point sur ce débat qui oppose traditionnellement les tenant(e)s des différents -istes (abolitionnistes, réglementaristes…) sans qu’on y comprenne grand chose.

Partie 1 : Le point sur la situation en France et sur « l’abolitionnisme ». 

Abolitionnistes, réglementaristes et l’Etat français : les positions officielles

Il faut dire aussi que la « technicisation » du débat n’aide pas à prendre position. Globalement, l’opinion s’est polarisée autour de deux courants de pensée : les abolitionnistes d’un côté, et les réglementaristes de l’autre.

 

Les abolitionnistes sont, comme leur nom l’indique, pour l’abolition de la prostitution. Ils et elles pensent que la prostitution, ceymal, et qu’il faut la combattre par tous les moyens. Les réglementaristes de leur côté, sont, la vie est bien faite, pour la réglementation de l’activité prostitutionnelle, c’est-à-dire pour que la prostitution soit reconnue comme une activité comme une autre, et soumise à cet titre à une réglementation de l’Etat.

 

Quant à l’Etat français, il n’interdit pas la prostitution. Mal lui en prendrait d’ailleurs, puisqu’actuellement, les personnes

qui se prostituent sont tenues de déclarer leurs revenus dans la case « Bénéfices Non Commerciaux ». Eh oui ! Pour Bercy, ton cul, c’est un bénéfice. En revanche, dans sa toute-puissante logique, l’Etat a proscrit le racolage actif (celui à base de « Eh mon joli, tu veux me chevaucher toute la nuit ? C’est 100€ la première demie-heure et au bout de quatre, t’as une image. »). Mais, plus étonnant, il a aussi proscrit le racolage passif (*). En gros, si tu as l’air d’une pute, tu te fais aligner.

 

Et c’est là que le bât blesse : ça ressemble à quoi, une pute ? Parce que si la minijupe et le minitop sont des critères distinctifs, il faudrait aligner la moitié des boîtes de France. Alors la Police a trouvé d’autres façons de déterminer si la meuf en bottes, là, au coin de la rue, elle tapine. Critère numéro un : si elle a des préservatifs dans son sac : elle tapine. Ce qui, hurlent les associations concernées, conduit de nombreuses prostituées à se promener sans préservatifs, et à mettre en danger leur santé.

 

Et puis, l’Etat a décidé que le proxénétisme, c’est-à-dire toute activité destinée à faciliter la prostitution d’autrui, était

illégal. Mais-mais-mais, pas à une contradiction près, et surtout parce qu’il a besoin de thunes, l’Etat a aussi décrété que le fait que le proxénétisme constituait un délit était « sans incidence sur son caractère imposable ». Tout à fait M’sieurs-Dames. Et donc les macs de France et de Navarre doivent s’acquitter de l’impôt sur le revenu dans la catégorie « Bénéfices Industriels et Commerciaux » puisqu’ils « spéculent sur le travail d’autrui ». Et puis, soyons fou, « le proxénète est par ailleurs redevable de la TVA sur l’ensemble des recettes encaissées par les personnes qui agissent sous sa dépendance ».

 

Normal. Tout cela est parfaitement cohérent.

 

 

La prostitution, c’est le symbole même de la domination et de l’exploitation des femmes par un système hétéro-patriarcal injuste et oppressif

A tes souhaits. Pour les abolitionnistes, la prostitution, c’est avant tout la marchandisation du corps humain, qui ne doit être acceptée sous aucun prétexte. Ainsi, l’intégrité corporelle est indissociable de la dignité de la personne humaine. Chaque être humain a le droit au respect de son corps et ce dernier doit être protégé, et maintenu en dehors de toute logique marchande. (Mais l’adoption de bébés cambodgiens, ça, on peut « marchandiser », no problem. Ahem.)

 

Les abolitionnistes pointent également du doigt le « genre de la prostitution » : dans leur grande majorité, ce sont des hommes qui achètent des « services prostitutionnels », et ce sont des femmes qui fournissent ces « services ». Et pour ces militant(e)s, cette situation est cohérente avec le reste de la réalité des femmes. En vrac et dans le désordre, citons un salaire en moyenne 31% inférieur à celui des hommes (ça, ça veut dire qu’il faut qu’une femme travaille jusqu’en avril de l’année suivante pour gagner ce que son conjoint touche en décembre) (2), 47 500 victimes de violences conjugales chaque année (130 par jour) (3), 75 000 victimes de viol chaque année (205 chaque jour) (4), etc. etc.

 

La prostitution serait donc à la fois le symbole et le révélateur de tout ce qui est détraqué de notre société lorsqu’il s’agit de la place des femmes.

 

Hostile une réglementation comme celle qui a eu lieu à Amsterdam, les abolitionnistes rappellent que la criminalité a

augmenté dans le quartier rouge de cette ville, au lieu de diminuer. En réalité, disent-ils et disent-elles, le seul motif justifiant la réglementation, ce sont les rentrées d’argent dans les caisses de l’Etat.

 

Ils et elles ne croient pas non plus que l’instauration de maisons closes permettrait aux prostituées une pratique plus encadré (usage de préservatifs, tests de dépistages de MST fréquents, cadence moins soutenue…). Au contraire, ils et elles mettent en avant des témoignages de prostituées espagnoles, officiant dans les maisons closes de l’autre côté des

Plus vite, plus fort, plus seul(e)...

Plus vite, plus fort, plus seul(e)…

Pyrénées. Le regroupement des filles en maisons closes et le fait de dépendre d’un(e) patron(ne) développe en réalité une logique de concurrence à caractère capitaliste. Les filles sont poussées à accepter de plus en plus de choses pour ne pas être « dépassées » par ce qu’acceptent d’une part leurs « collègues », et d’autre part les filles des autres maisons closes. Une concurrence se développe alors, et la prostitution devient soumise au « toujours plus » (plus violent, plus de passes) et au « toujours moins » (moins cher, moins de protections).

 

Par ailleurs, loin de faire disparaître la traite d’êtres humains, l’ouverture de maisons closes a laissé le champ libre aux réseaux mafieux, dont les filles prostituées prennent en charge les « prestations » qu’aucune maison close ne veut fournir. Ainsi, au lieu de s’améliorer, la situation de ces filles se serait même dégradée.

 

Enfin, aux personnes réclamant que la prostitution soit considérée comme un métier comme un autre, les abolitionnistes répondent par l’absurde : si la prostitution vaut n’importe quel métier, alors pourra-t-on se voir proposé ce travail par Pôle Emploi ? Sera-t-on obligée d’accepter, sous peine de radiation ? A quand des CAP prostitution pour former nos filles à ce métier ?

 

 Source : collectif Les jeunes pour l’abolition

 

 

(*) Abrogé à l’initiative d’Europe Ecologie Les Verts en mars 2013.

(1) Rapport du Sénat : Les politiques publiques et la prostitution. Rapport d’information sur l’activité de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes pour l’année 2000.

(2) Rapport de l’observatoire des inégalités : Les inégalités de salaire hommes-femmes : état des lieux, chiffres de janvier 2013.

(3) Rapport du Sénat : Violences au sein des couples (chiffres de 2007) :  Ce même rapport estime à 2 millions le nombre de femmes victimes actuellement de violence conjugales, soit une femme de 18-59 ans sur 10.

(4) En réalité, l’Enquête Nationale sur les Violences envers les Femmes en France de 2000 a estimé ce chiffre à 50 000 femmes de 20-59 ans. L’enquête INSEE sur les violences faites aux femmes de 2005-2006 fait état de 115 000 femmes de 18-59 ans. Bien qu’il ne corresponde pas exactement à la réalité, le chiffre de 75 000 est généralement retenu. Pour une explication plus complète, voir le blog « Pas de Justice, Pas de Paix« .

La « théorie du gender » pour les nuls.

Mariage pour tous - Théorie du gender pour tous 

Depuis quelques temps, la « théorie du gender » sert de repoussoir à tout et rien. Sauf qu’on n’y comprend pas grand-chose. On a l’impression d’assister à un ramassage des hétéroclites un soir de juillet : de gros camions opaques dans lesquels on fourre tout et rien, avec un groupe de copains-copines bourré-e-s qui chantent des chansons paillardes sur le trottoir. Une espèce de vacarme assourdissant où on ne sait pas ce qu’on voit, ce qu’on entend et comment on s’appelle.

 

 

Entre ignorance et désinformation, la « théorie du gender » en huit mots :

Cela fait presque 50 ans que Gallimard a publié Le Deuxième Sexe (1965), consacrant ainsi la célébrissime phrase de Simone de Beauvoir : « On ne nait pas femme, on le devient. » Attention asseyez-vous, choc psychologique en vue : si cette phrase a un sens pour vous, si vous la comprenez et que vous êtes d’accord, c’est que vous êtes partisan-e de la « théorie du gender ».

Avant d’aller plus loin, je voudrais quand même faire remarquer le procédé subtil par lequel on décrédibilise des dizaines de chercheurs et de chercheuses en sciences humaines et sociales. Il suffit apparemment d’utiliser le terme anglais, et d’apposer le nom « théorie » devant. Et hop ! La « théorie du gender » donne l’impression d’un infâme barbarisme que ces hippies d’Anglo-Saxons voudraient nous imposer, à nous Français rationnels et civilisés. Que je sache, on ne parle pas de la « théorie de la sozial klasse » pour parler des études liées aux classes sociales, inspirées du marxisme (ou pas). Alors arrêtez de nous polluer les yeux et les oreilles avec cette expression de « théorie du gender » sortie de nulle part, bon sang.

Parlons pHomme-Femme Genrelutôt de « gender studies » ou d’études de genre. Le genre, dans ce sens, est compris, comme en grammaire, comme le masculin et le féminin. Les études de genre étudient les relations entre hommes et femmes, la place des uns et des autres dans la société, les mécanismes qui permettent de faire évoluer ou non cette place. Exactement comme les études sur les classes sociales étudient les rapports entre classes sociales, les dynamiques, etc.

On peut trouver ça sans intérêt. Mais parler de « théorie » pour ridiculiser un ensemble d’études qui se contente de prendre l’axe hommes-femmes comme point de départ, il faut avouer que c’était fortiche.

 

Ramassis d’idées reçues sur la « théorie du gender » :

Selon cette théorie, les personnes ne sont plus définies comme hommes et femmes mais comme pratiquants de certaines formes de sexualités (homosexuels, hétérosexuels, bisexuels, transsexuels). [Elle affirme] que l’identité sexuelle est une construction culturelle relative au contexte du sujet ! (1)

Et la palme de la mauvaise foi est attribuée à… ! Alors non. N’importe quoi. Les études de genre s’intéressent effectivement aux communautés homosexuelles (entre autres) mais elle ne définit rien ni personne. Encore une fois, elle s’intéresse aux rapports entre personnes, sur la base de certains critères : hommes/femmes, homosexuel-le/hétérosexuel-le, tout comme il y a des études pays pauvres/pays riches, jeunes/vieux, etc.

En revanche, elles partent du principe que chacun-e naît avec un sexe biologique, déterminé par l’appareil génital (pénis/vagin), les hormones, etc. Jusque là, même Mme Boutin sera d’accord. Mais elles ajoutent que ce sexe biologique n’a que très peu de rapport avec la construction de la personnalité d’un homme ou d’une femme. Les études de genre affirment en effet que les hommes ne sont pas biologiquement, génétiquement prédestinés à aimer le bleu, à vouloir travailler et gagner de l’argent et à ne pas pleurer. Il n’y a pas chez les hommes un gène du bleu et un gène de l’absence de larmes. Les études de genre affirment, de même, qu’il n’y a pas chez la femme un gène du rose, du maquillage et du portage de jupe. Ces études se penchent, entre autre, sur la façon dont des dizaines d’années d’un certain modèle ont façonnées nos comportements. Elles montrent comment les parents ont tendance à éduquer leurs filles différemment de leurs garçons : en leur demandant plus souvent d’aider aux tâches ménagères, en offrant des pistolets aux garçons et des poupées aux filles…

 

L’individu […] devient féminin ou masculin comme il le veut. Ainsi, il n’y a plus de « sexe masculin ou « sexe féminin », mais un « genre masculin » et un « genre féminin » qui ne tient absolument pas compte de la réalité physique du sexe en lui-même ! (2)

Alors là, bravo. RGenreéussir à déformer à ce point le propos des études de genre, il fallait oser. Pour rectifier, le concept de « genre » a été forgé pour désigner l’ensemble des valeurs sociales attachées à un sexe. Ou, pour le dire plus simplement, le genre féminin désigne le fait d’être douce, d’aimer le rose et de s’habiller en jupe et talons hauts. Le sexe féminin désigne la présence d’un utérus. Le genre masculin désigne le fait d’avoir des muscles, de travailler et de gagner de l’argent et d’être allergique au ménage. Le sexe masculin désigne la présence d’un pénis.

La femme se comporte alors de façon dite « masculine » lorsqu’elle aime le foot, boire des bières en mangeant une pizza. L’homme se comporte alors de façon dite « féminine » lorsqu’il pleure ou reste au foyer. Eh oui. C’est tout de suite moins scandaleux quand c’est expliqué clairement.

 

Xavier Breton a estimé que le projet de loi sur le mariage pour tous «s’appuie sur la théorie du genre, idéologie qui consiste à dire que l’homme et la femme sont interchangeables». […] Il s’inquiète par exemple de l’expérience menée à la crèche Bourdarias à Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis. Là-bas, «on encourage les filles à manier le marteau à l’atelier bricolage, et les garçons à s’exprimer à l’atelier émotions», raconte David, un des éducateurs. (3)

garçon et bébéDire que l’homme et la femme sont interchangeables, ça fait peur. Ouh ! Mais que deviendrait un monde dans lequel les femmes seraient garagistes et les hommes infirmiers ? Qu’adviendrait-il de notre société si les femmes étaient PDG et les hommes pères au foyer ! Quelle menace ! Sérieusement… Des hommes continueront d’être PDG, vous savez. Simplement, ça serait bien si les femmes pouvaient l’être aussi, si elles en ont l’envie et la compétence.

Et c’est ça qui fait scandale ?

 

 

Sources :

(1)  http://www.depute-mallie.com/richardmallie369.html

(2)  http://radix.ecclesiae.pagesperso-orange.fr/inf.desinfo.gender.html

(3)  http://www.liberation.fr/politiques/2012/12/09/deux-deputes-veulent-une-enquete-sur-la-theorie-du-genre_866172


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