A quelques pas de là…

Posts Tagged ‘espoir

Cette année, j’ai rejoint l’Education Nationale. Mal préparée, voire pas préparée du tout, je me retrouve catapultée devant une trentaine d’élèves qui attendent de moi que je couvre leur programme de français. Oui, je suis lucide. Je me doute bien qu’ils et elles n’espèrent pas que les éveillent à la beauté du monde littéraire. Soyons réalistes : pour la plupart, s’ils et elles pouvaient être ailleurs, ils et elles ne se gêneraient pas. Mais que voulez-vous ma brave dame. Jules Ferry and co. ont rendu l’école obligatoire, et il faut bien que je justifie mon salaire. 😉

 

A chaque début d’heure, c’est le même rituel qui recommence, la même comédie, les jeux du cirque. Il s’agit de les persuader qu’ils et elles ont plus peur de moi que je n’ai peur d’elles et eux. A chaque fois que la musiquette retentit (il n’y a plus de sonneries maintenant. Un(e) grand(e) manitou a dû déclarer un jour que cela « créait une ambiance délétère non propice à l’épanouissement de l’apprenant. » C’est du Educ.-Nat. dans le texte, j’vous jure que les circulaires sont comme ça.) à chaque fois que ça sonne, donc, il faut m’efforcer de ne pas me faire manger.

 

Et le féminisme dans tout ça ? Ah, mes enfants. Les programmes de français sont un vrai bonheur à ce sujet. Pour les 5èmes, que j’ai en charge, les instructions officielles ne prévoient strictement aucune œuvre écrite par une femme. Aucune, zéro, nada, wallou. A croire que, du Moyen Age à la Renaissance, il n’y a pas une femme qui ait fait quelque chose de sa main et de son cerveau, dites donc. C’est-y pas merveilleux. Alors évidemment, comme on ne me demande pas mon avis, et qu’il faut bien que je me conforme au programme, je me plie de mauvaise grâce à ce surgissement de masculinisme dans ma vie quotidienne.

 

Je range dans au placard les œuvres de Christine de Pisan, Louise Labé, Pernette du Guillet, Marguerite de Navarre, et de toutes celles que des recherches plus poussées auraient pu me permettre de découvrir (parce qu’il faut bien avouer que moi aussi, je suis passée par l’école de la République, et que « de mon temps », les programmes n’étaient pas plus féminins qu’ils ne le sont à présent).

 

Bref, bref, je peuple l’imaginaire de ces collégien(ne)s (d’encore plus) de modèles masculins. Mais comme ça me court sérieusement sur le haricot, leur norme à la c*n, je m’efforce de faire de la résistance en sous-main. De la résistance quotidienne, quoi. Alors, lorsqu’on étudie le questionnaire de Proust, je précise que « la qualité que je désire chez un homme », pour les garçons hétérosexuels, s’applique à leurs amis. Comme ça je laisse la porte ouverte à une homosexualité normale et possible.

 

Et dans mes exercices et mes contrôles, ce sont des commandantes de bord qui viennent parler aux passagers, des mères et des sœurs qui réparent les voitures, des pères qui préparent à manger pour leurs enfants. Une goutte d’eau dans l’océan. J’ajoute aussi qu’« il a été décidé que les accords se feraient au masculin », et le premier ou la première qui me sort que « le masculin l’emporte sur le féminin », je le dézingue.

 

J’ai aussi prévu de leur faire remarquer lorsque tous les auteurs d’un groupement de textes sont des hommes, et de leur parler des auteures féminines. De souligner en quoi un certain texte est sexiste (et là, il y a de la matière). De leur expliquer en quoi la littérature ne décrit pas forcément la réalité en termes de relation hommes/femmes. D’aborder rapidement la question du racisme avec La Case de l’Oncle Tom et La Chanson de Roland.

 

Bref, je pousse de toutes mes forces contre une machine qui ne bouge pas, qui me résiste. J’essaye de planter de petites graines dans l’esprit de ces jeunes gens et de ces jeunes femmes pour que, si d’aventure un(e) professeur(e) leur demandait de remplir à nouveau le questionnaire de Proust, ils et elles soient capables ne pas laisser les lignes « vos héroïnes dans la fiction » et « vos héroïnes dans l’histoire » désespérément vides.

 

P.S.: J’m’esscuze, Msieurs-Dames, mais j’ai à peine le temps de dormir en ce moment. Je vous rajoute les images plus tard, oke ?

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Cela fait quelques semaines maintenant qu’est distribué dans le métro parisien un gratuit ayant pour titre « Stylist ». (Il devrait arriver dans les autres grandes villes de France bientôt, s’il fonctionne correctement à Paris.) Lorsqu’on me l’a tendu, je l’ai ouvert avec l’air las de quelqu’un qui sait déjà ce qu’il ou elle va trouver — et qui n’a pas hâte.

Et en fait, j’ai été assez surprise. Tellement surprise, qu’il fallait que je le dise à la rédac’ chef, Aude Walker.

Chère Madame Walker,

Steven Spielberg

Je ne vais pas vous mentir, quand on m’a parlé de votre magazine, je n’étais pas exactement réjouie. La perspective de voir les Parisiennes abreuvées de nouvelles images irréalistes et photoshoppées, et de nouveaux contenus stéréotypés, creux et nocifs n’était pas exactement faite pour m’enchanter.

Et pourtant… Pourtant, il faut que je vous félicite. Mettre le mot « genre », dans votre édito du 16 mai, franchement, c’était gonflé. Je vous cite, lorsque vous parlez d’une amie réalisatrice :

« Dans ses films, elle parle de genre. De masculin/féminin. […] Elle accompagne et porte si bien son équipe-armée d’hommes et de femmes que, régulièrement, on se surprend à dire : « Elle dirige comme un bonhomme. » Puis, on se reprend. »

Après les manifs pour tous et tout ce qu’on a entendu sur la « théorie du gender », on peut même dire que c’était assez Gender studiescasse-gueule. Et puis votre dossier sur le machisme à Hollywood, et la façon dont les producteurs ne font pas confiance aux femmes réalisatrices, et n’approuvent pas les films dans lesquels les personnages féminins s’éloignent des stéréotypes, c’était une super idée aussi. J’ai bien aimé ce que dit Michelle Rodriguez, la fille dans Fast & Furious ou Resident Evil :

Ce cinéma ne sait jamais quoi faire des femmes puissantes. En général, ils ont déjà un mec fort dans l’histoire, que faire de la fille qui l’est aussi ? Moi, je ne suis la petite amie de personne. Et je ne me déshabille pas. Alors je meurs.

Bon, alors évirayon lazerdemment, votre magazine comporte son lot de photos retouchées, de mannequins cure-dents, de pages de pub bizarre. Du genre le produit XXX, dont je tairai le nom. « Capte les graisses alimentaires et aide à contrôler votre poids », qu’elle dit, la page de pub. Genre la gélule va se mettre en mode radar et, comme un sergent chef de l’armée, elle va séparer les graisses à gauche, les protéines à droite, et puis désintégrer les graisses avec un rayon lazer. C’est un vers solitaire, en fait, vot’ gélule ?

Evidemment, sur la page mode, on peut lire « Tu entretiendras ton allure féminine et sensuelle avec des accessoires délicats. » Evidemment on n’échappe pas au traditionnel photshoot avec des filles bizarres, dans des poses bizarres, dans des lieux bizarres, mais « C’est de l’art ma brave dame ». 

Mais je savoure ces premiers numéros, où vous avez encore la liberté de parler de « genre » dans votre édito, de machisme dans le monde du cinéma, sans que votre boss ne vous coince dans un couloir, l’oeil brillant, l’air hagard, pourpub vous demander à quoi vous jouez, au juste, et si vous avez envie que tout le monde pointe au chômage dès le lendemain. 

Oh, je ne me fais aucune illusion. Dans quelques semaines, le rouleau compresseur des annonceurs aura fait son travail, et vous ne pourrez plus tellement vous éloigner du modèle standard, de ce qui fait vendre. (Le travail a d’ailleurs commencé.) Mais vous aurez au moins essayé. 

Sans allure féminine, sans sensualité et sans accessoires délicats, fémininement vôtre,

Aquelquespasdela

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Hier, je suis allée au cinéma. Mais pas n’importe quel cinéma ! L’un des derniers cinémas « drive-in » des Etats-Unis, ces anciens cinémas où l’on venait en famille, avec sa voiture, assister à une projection en plein air. Voilà comment cela se présente :


Depuis la route principale, on prend à droite de l’écran principal (vu ci-dessus depuis la rue), on paye à la caisse, et on se retrouve sur cet immense parking :

Le sol fait des « vagues » pour permettre aux gens de mieux voir depuis l’intérieur de leur voiture. En effet, l’avant de la voiture se trouve sur-élevé par rapport à l’arrière, et notre regard se pose directement sur l’écran, sans que l’arrière d’une autre voiture ne bloque notre champ de vision. On règle ensuite son auto-radio à la station indiquée (en l’occurence 106.1). La bande-son du film, projetée sur les ondes FM, envahit l’habitacle de la voiture. Plus ou moins fort, à nous de choisir. Pop-corn bruyant si on veut. Et discussions à voix haute à propos du film si ça nous chante… C’était tellement chouette ! On se serait crus revenus cinquante ans en arrière, au temps où les voitures ressemblaient à ça :


Et leurs passagères à ça :

Ah, les sixties… Bob Dylan et la guerre d’Algérie, le premier homme sur la Lune et l’invention de la mini jupe, Serge Gainsbourg, Jimi Hendrix et Edith Piaf, la crise de Cuba et le festival de Woodstock… C’était le bon temps ! Je trouve cela intéressant cette nostalgie qu’on a, en général, des époques précédentes. Elles sont toujours plus intéressantes, plus riches en évènements, plus capitales, plus engagées que notre temps. On compare nos combats et les leurs, et on se dit qu’on aurait bien voulu, nous aussi, s’élever contre la guerre au Vietnam, s’émouvoir de la mort de Kennedy et voir décoller le Concorde… On oublie trop souvent que nos soldats sont envoyés en Afghanistan pour mener une guerre qui n’est pas la leur, que nous sommes les premiers producteurs d’énergie nucléaire mais ne savons toujours pas quoi faire des déchets, que d’inquiétantes entorses sont faîtes au droit à la vie privée par des entreprises comme Facebook, tandis que des gens comme Julian Assange (fondateur de WikiLeaks) sont arrêtés et interrogés sans ménagement par les autorités américaines pour avoir fait ce que tous les médias font depuis la nuit des temps : révéler des informations confidentielles que le public a « le droit de connaître », du moins à leurs yeux…

Je ne vais pas entonner l’éternel couplet de la faim dans le monde et des guerres entre les peuples, mais je crois que chaque époque regorge de combats à mener, mais qu’il est toujours plus simples de s’asseoir et de contempler d’un oeil déçu la fuite du temps et la persistance de la mémoire que de se lever et de se battre pour ce en quoi on croit. C’est un peu comme ces gens qui critiquent les hommes politiques mais n’ont pas été voter aux précédentes élections : si tu ne t’exprimes pas, tu n’as pas le droit de te plaindre du choix que d’autres ont fait pour toi. Si tu ne mènes pas les combats de ton époque, tu n’as pas le droit de dire qu’ils ont moins de valeur que les batailles des temps anciens. « Et pi c’est tout », comme dirait Philippe Lucas.

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« Les problèmes de ce monde ne peuvent être réglés par des personnes sceptiques, ou cyniques, dont les horizons se limitent aux réalités évidentes. Nous avons besoin d’hommes capables de rêver de choses qui n’ont jamais existé. »  ~ John F. Kennedy.

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Les mini-bus de Hong Kong ont 16 places et pas une de plus. Donc si un minibus est plein ? Prends le suivant.

Et aujourd’hui, il ne restait plus qu’une place dans le mini-bus. Un homme est descendu pour laisser sa place à un couple qui voulait monter. Il prendra le suivant…


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